TOME II
À l'endroit où le chemin aboutit à la rivière , elle se divise en deux branches qui entourent une petite île couverte de capoeiras. Là des rochers qui bordent les deux bras, et s’élèvent du lit des eaux , gênent leur cours , et les forcent de s’échapper en bouillonnant. Deux ponts établissent une communication entre la terre ferme et l’île qui donne son nom à une habitation voisine ( Fazenda da Ilhd). L’un des deux ponts est en fort mauvais état; mais puisque l’on néglige d’entretenir ceux mêmes des routes royales ( estradas reaes), doit - on s’étonner de trouver à demi ruiné un pont qui n’appartient qu’à un chemin vicinal , et encore dans un pays aussi désert que celui que je parcourais alors?
Au-delà de l’île dont je viens de parler, on traverse des capoeiras ? en suivant un chemin toujours montueux ; et de temps en temps on côtoie l’Itamarandiba ou un bras de cette rivière auquel on donne le nom de S . Lourenço. On passe enfin la rivière , et , dans cet endroit, je trouvai une prodigieuse quantité d’oiseaux-mouches. Prégent en tua une espèce charmante et très-petite, dont la tête porte une huppe rousse et couchée.
Après avoir passé sur un morne élevé d’où l’on découvre une grande étendue de bois et de camp os y
naturelle des Poissons , avec fi g-) ; et si, comme je l’espère, mes étiquettes ont été conservées , on pourra établir la concordance des dénominations scientifiques avec une partie des noms vulgaires cités dans ma Relation.
j arrivai à une montagne plus haute encore , qui se termine par un plateau, appelée dans le pays Chapada do Malo de Mcindrâ (la plaine du bois de Mandrü). L’aspect de la végétation de ce plateau me rappela assez exactement celle de certaines terres incultes de la Sologne. C’étaient également de très -petits arbrisseaux entremêlés de grandes touffes de graminées à feuilles raides et jaunâtres : une composée très -abondante, dont les feuilles sont étroites , imitait nos bruyères, et le mimosa dumetorum , N. notre genêt anglican .
Ayant cheminé, pendant une heure, sur la Chapada do Mato de Mandrii , j’aperçus quelques chaumières éparses dans un vallon. C’était le petit village de Capellinha (la petite chapelle ). Je m’y rendis, et la première personne à qui nous demandâmes ou il serait possible de trouver un gîte , nous offrit l’hospitalité de la meilleure grâce.
U n’y a que seize ans (écrit en 1817), le hameau de Capellinha n’existait point encore. LesBoLocudos firent des incursions sur les terres de quelques cultivateurs qui s’étaient rapprochés de leurs forêts ; le poste militaire qui depuis a été établi à Alto dos Bois pour protéger les habitans du voisinage, n’avait pas encore été créé-, la terreur s’empara des colons dont les habitations étaient les plus voisines du pays des sauvages ; ils se retirèrent , et se réunirent sur les bords du Fanado. Une petite chapelle que l’on construisit donna son nom au hameau naissant; elle attira de nouveaux cokms , et c’est ainsi que se forma le village de Ca-
pellinha. Telle est F origine de toutes les sociétés : la ; nécessité rapproche les hommes, et la religion 'vient ajouter des liens à ceux qui les ont reunis.
Capellinha est situé dans un vallon où coule , comme je Fai déjà indiqué, la petite rivière de Fanado, qui, plus loin , donne son nom au chef-lieu du termo de Minas Novas-> et va, ainsique FItamarandiba , se jeter dans F Arassuahy. Ce village se compose d’une cinquan- \
taine de chétives habitations bâties dans le vallon ou sur le penchant des collines qui le bordent. Une église commencée et couverte en tuiles s’élève sur une hauteur. Au-dessus du village, les collines ont leurs flancs et leur sommet couverts de carrascos; mais le fond de la vallée présente une végétation moins triste , et lorsque les collines laissent entre elles quelque enfoncement , l’on y voit de grands arbres. Peu d’endroits offrent aussi bien que Capellinha l’image d’une colonie naissante. Les maisons sont éparses çà et là. On n’en voit guère que quatre ou cinq qui soient couvertes en tuiles-, les autres le sont avec des feuilles de palmier ou celles d’une graminée que j’avais déjà observée sur les toits des cabanes de FAlclea de S. Antonio. Quelques maisons n’ont pas même de murailles de terre -, mais entre les morceaux de bois qui composent leur carcasse, on a entrelacé des branches d’arbre ou des feuilles de palmier.
Les habitans de Capellinha , à peu près tous hommes de couleur, s’appliquent à l’agriculture, et ont leurs plantations dans des bois situés à quelque distance de leur village. Ils récoltent des haricots, du riz et du
maïs qui leur rend au moins cent pour un : leurs terres sont également favorables au tabac ; mais on n’y cultive point le coton. J’ai peine à croire que le seigle ne réussît pas sur les chapadas , et il serait à désirer qu’un agriculteur un peu instruit tentât quelques essais à cet
égard.
Après avoir quitté Cap ellinha , je traversai encoie plusieurs plateaux couverts de carras cos. Sur des côtes pierreuses , j’observai une composée qui croit en société, et mérite une mention particulière. C’est un arbrisseau qui atteint jusqu’à 6 pieds de hauteur, et dont la tige donne naissance à quelques rameaux qui, piesque droits dans la jeunesse de la plante, se recourbent ensuite à la manière des candélabres. Ces ïameaux couverts, ainsi que le tronc, d une espece de lame ex trêmement serrée, sont nus dans presque toute leur longueur, et leur seule extrémité porte une touffe de feuilles longues d’environ un pouce et demi , lineaiies , très -rapprochées , du milieu desquelles naissent des tètes de fleurs d’un violet purpurin (lycluiophora ,
Mart.).
Ayant fait deux lieues depuis Capellinlia , je m auetai à la petit efazenda iïAntcLo Soares , qui se composait d’un misérable hangar et d’une chaumière dont les murs, mal garnis de terre, laissaient penetiei partout le vent et l’humidité. Cette chétive demeure est située dans une vallée, sur le bord de la petite rivièie deFanado, dont les eaux, arrêtées par des rochers nombreux qui s’élèvent au-dessus de leur suiface, s eeou lent en écumant. Un pont rustique très -pittoresque
traverse la rivière; les montagnes dentelle est bordée sont couvertes de bois épais, et, derrière la maison sont d’autres bois qui bornent la vue. Ce lieu sauvage était habité par des mulâtres qui paraissaient extrêmementpauvres; les terres voisines de leur demeure étaient fort bonnes; mais ils n’avaient pas d’esclaves pour les faire valoir, et ils étaient réduits à leur propre travail. Ces excellentes gens me reçurent avec l’hospitalité la plus touchante. N’ayant pas de maïs pour mes mulets, ils en achetèrent dans le voisinage ; ils me servirent à souper ce qu’ils avaient de meilleur; ils me cédèrent leur lit, et cependant ils ne voulurent rien recevoir de moi. <f Ces hommes, dit mon hôtesse à mon muletier Manoel da Silva , sont assez malheureux d’être si loin de leur pays-, nous devons tâcher de leur rendre le nôtre plus supportable. »
Entre la fazenda d’Antâo Soares et Alto dos Bois, je traversai encore des chapadas entrecoupées de vallées peu profondes. Dans ce canton, la végétation est fort maigre , et l’on ne voit en général que des graminées au milieu desquelles croissent çà et là des arbres rabougris. Du sommet des plateaux, mes regards s’é¬
tendaient de tous côtés sur une longue suite de mornes
découverts entre lesquels étaient des bouquets de bois ; mais je n’apercevais ni habitations, ni troupeaux, ni champs cultivés: c’était partout la solitude la plus profonde.
Aucun ombrage ne me garantissait de l’ardeur du soleil; cependant la chaleur n’était pas extrême. Depuis quelque temps, j’avais toujours monté. Plusieurs
rivières, entre autres le Fanado , prennent leur source dans ce pays très -élevé -, le vent y était frais , et se faisait d’autant mieux sentir que, sui ces liauteui s , il
n’est arrêté par aucune forêt.
Le chemin qui devait me conduire à Alto dos Bois était très -difficile à suivre : ce 11’était qu’un sentier croisé par d’autres sentiers, et rien n’indiquait celui qu’il fallait choisir; nous nous égarâmes, mais un bon nègre nous remit dans notre route. A environ une demi - lieue de l’aldea , le chemin devient presque impraticable; il faut descendre des pentes ties-iaides au milieu des pierres et des rochers , et les mulets ont de la peine à se tenir. Cependant, apres avoii fait deux lieues depuis la fcizendci d Antâo Soares , janivai, malgré ces difficultés ? a Alto dos Bois.