‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 10 sur 54 · ROUTE DU PARAHYBUNA A L'ENTREE DU CAMPO · texte numérisé non relu

ROUTE DU PARAHYBUNA A L'ENTREE DU CAMPO

Histoire de la province de Minas Geraes ; ses limites ; sa population ; ses divisions politiques. — Rivière du Parahybuna; paysage qu'on découvre en arrivant sur les bords de la rivière; hospitalité. — Passage du Parahybuna ; rezistro ; droits ; employés du rezistro. — La redingote de M. Langsdorff. — Explication du mot vargem. — Rocuiha de Simâo Pereira ; visite qu'on y fait pour empêcher la contrebande de l'or et des diamans. —Explication des noms de lieux.— Paroisse de Simâo Pereira. — Rezistro de Mathias Barbosa ; droits qu'on y acquitte ; réflexions sur le système colonial; observation sur le lieu où aurait dû être placé le rezistro. — Morro da Boa f^ista; idée superstitieuse. — Marmelo; différence des ranchos et des vendas. — Juiz de Fora; joli paysage. ~—«ui.lcaide mor ; forêt de bambous. — Ribeirâo ; conversation avec un nègre ; réflexions sur l'esclavage. — Paysages. — Palmier appelé andaia. — Paroisse de Chapeo d' Uvas. — Paysages. — Machine appelée manjola. — Mantiqueira. — Termites.

La province de Minas Geraes, qui a fourni à l'Europe tant d'or, de diamans et de pierreries, fut une des dernières que les Portugais découvrirent.

Vers le milieu du dix - septième siècle , un aventurier, nommé Marcos de Azevedo , remonta le Rio Doce et le Rio das Caravellas , et rapporta de ce voyage des émeraudes et des morceaux d'argent 5 mais ayant

refusé de déclarer en quels lieux il avait fait ces découvertes, il fut jeté dans une prison, et il y termina ses jours \

Quelques années s'étaient écoulées, lorsque Fernando Dias Paes sollicita et obtint la permission de faire des recherches , à ses frais, pour retrouver les mines découvertes par Azevedo. Il fallait pénétrer dans un pays hérissé de montagnes, couvert de forets gigantesques, habité par des peuplades barbares. Une telle entreprise paraissait exiger toute la vigueur de la jeunesse, et ce fut un vieillard de quatre-vingts ans qui osa la concevoir et sut l'exécuter -, car tel était l'âge de Fernando Dias. Cet homme extraordinaire explora une grande partie de cette immense contrée qui forme aujourd'hui la province de Minas Geraes ; il y ouvrit des chemins , il y forma un nombre prodigieux d'établissemens -, mais il ne découvrit point de mines, et, après tant de fatigues et de travaux, il mourut abandonné des siens au milieu d'un désert.

Ce fut Rodriguez Arzâo , natif de Taubaté , qui , le premier, découvrit de l'or dans la province de Minas Geraes. Il avait remonté le Rio Doce; il avait pénétré dans les déserts de Cuyaté , et à son retour, en l'année 1695, il présenta trois oitavas d'or à la munici-

1 Suivant Casai {Chorog. Bras. I, pag. 526) , Sebastiao Tourinho de Porto Seguro avait remonté le Rio Doce dès Tannée 1 5-j3 , et était revenu sur la côte par le Jiquitinhonha. Dans le précis historique que je donne ici, j'ai suivi Southey et Pizarro , écrivains qui me paraissent mériter beaucoup de confiance.

palilé (càmard) de la ville capitale de la province du Saint - Esprit.

Bientôt des bandes de Paulistes quittèrent leur patrie pour aller à la recherche de For; et comme on en trouvait, pour ainsi dire, de tous les côtés, on donna au pays le nom de Minas Geraes, qui désigne une longue suite de mines. Alors, fut fondée Villa Rica, naguère si florissante \ on vit s'élever presque en même temps, les villes de Marianna 9 de Sabarâ, Caeté, S. Joâo ciel Rey, S. Jozé; et , vers la même époque, l'on découvrit les mines du Serro do Frio.

Cependant des essaims d'aventuriers arrivèrent de toutes parts. Le désordre s'introduisit avec eux; toutes les passions semblèrent s'être déchaînées , et deux partis se formèrent : celui des Paulistes qui se prétendaient les seuls maîtres des mines, et le parti des Étrangers ou Forasteiros que les premiers, par dérision, appelaient Embuabas1. Un combat s'engagea auprès du Rio das Mortes; les Paulistes y furent vaincus, et les Forasteiros donnèrent à leur chef Manoel Nunez Vianna, le titre de gouverneur de la province.

D. Fernando Martins Mascarenhas, capitaine général de Rio de Janeiro , se présenta pour faire rentrer les révoltés dans le devoir; mais, au lieu de se soumettre, ils le forcèrent à se retirer. Plus habile ou plus

1 Ce nom est celui d'un certain oiseau qui a les jambes couvertes de plumes, et avait été donné aux Européens parce qu'ils portaient des bottes ou des guêtres. Le nom d'embuaba s'est conservé jusqu'à ce jour dans la province de Saint-Paul.

heureux que lui , Antonio de Albuqijerque pacifia le pays; les rebelles obtinrent leur pardon, mais Vianna fut jeté dans les prisons de Bahia et il y termina ses jours.

Jusqu'alors , la province de Saint -Paul et celle des Mines avaient fait partie de la capitainerie de Rio de Janeiro. On sentit enfin qu'un seul homme ne pouvait gouverner un pays aussi vaste, et, par un décret du 9 novembre 1709 , Saint-Paul et le pays des Mines devinrent ensemble une capitainerie particulière.

Onze ans plus tard, le gouvernement jugea, à la suite de quelques révoltes , qu'une nouvelle division était encore devenue nécessaire, et, depuis cette époque, le pays des Mines, érigé en capitainerie, eut toujours un gouvernement séparé. Son premier capitaine général, D. Lourenço de Almeida prit possession de sa place en 172 1, et quatorze gouverneurs se succédèrent jusqu'à la révolution qui sépara le Brésil du Portugal.

La province de Minas Geraes est située entre les 1 3e et s3e degr. 27" lat. S., et entre les 328e et 336e degr. long. Elle est bornée au nord par la province de Femambouc et par celle de Bahia -, au levant par celle du Saint- Esprit-, au midi parles provinces de R.io de Janeiro et de Saint -Paul, et enfin à l'occident par celle de Goyaz. Le Rio Canirihanha , qui se jette dans le S. Fran cisco, la sépare de la province de Fernambouc, et le Rio Verde de celle de Bahia. C'est File de Y Espérance, située dans le Rio Doce, qui forme la limite des provinces du Saint-Esprit et de Minas. Enfin cette dernière est séparée de Rio de Janeiro par le Parahyba,

le Rio Prêta et le Parahybuna, de la province de Saint- Paul par la Serra de Mogiguassû et celle de Mantiqueira, et de la province de Goyaz par les. montagnes appelées Serras daParida, dos Cristaes et da Tabatinga \

La province des Mines présente à peu près la forme d'un carré. Comme je l'ai déjà dit, elle est partagée en portions très -inégales par une longue chaîne de montagnes qui s'étend du midi au nord , et ce sont des bois qui couvrent le côté de l'orient , tandis que la partie occidentale n'offre généralement que des pâturages. Cette dernière est elle-même divisée, dans presque toute sa longueur, par le Rio de S. Francisco, fleuve majestueux navigable dans une étendue immense. D'autres fleuves , le Rio Doce , le Jiquitinhonha et le Rio Grande , offriront un jour les moyens de transport les plus utiles à la province des Mines, qu'arrose encore une multitude incroyable de rivières et de ruisseaux. Non -seulement cette province est riche de ses diamans et de ses pierres précieuses , de ses mines d'or, de fer, de plomb , etc. ; mais elle l'est encore de ses gras pâturages, de ses belles forêts et de son territoire fertile qui, suivant les lieux et les hauteurs , peut produire la vigne , le sucre et le café \ le chanvre et le coton ; le manhiot, le froment et le seigle; la mangue, la pêche, la figue et la banane. S'il existe un pays qui jamais puisse se passer du reste du monde , ce sera certaine-

1 Mem. hist., xo\. VIII, p. 2a% p. 58.

ment la province des Mines , lorsque ses ressources innombrables seront mises à profit par une population moins faible.

Celle qui se trouve aujourd'hui (1817 à 1818) disséminée sur ce vaste territoire, ne s'élève environ qu'à 5oo,ooo individus ', ce qui en fait 10 pour chaque lieue carrée 5 et ainsi la population de la province des Mines est, par lieue carrée, environ 110 fois moindre que celle de la France. La moitié de cette population se compose d'esclaves 5 les mulâtres libres ou privés de la liberté en forment presque le tiers ; les nègres libres ou esclaves environ les deux cinquièmes, et les blancs un peu moins du quart \

1 Suivant Pizarro, la population de Minas Geraes s'éle^ vait, en 1776, à 319,769 individus. En 1808, elle s'élevait , d'après d'Esc hwege , à 433, 049. En i8i3, le nombre des communians du diocèse de Marianna montait, d'après le Palriota cité par Southey, à 425,28i, et ce diocèse renferme, dit l'historien anglais, les deux tiers de la population de la province. Le Corrcio Brasiliense , probablement plus exact, ne portait ce nombre qu'à 390,685 pour l'année 1816 ( South. ). Pizarro dit qu'en exceptant la population de Minas Novas, qu'il fait monter à 27,000 individus, celle de Minas Geraes allait, en 1817, à 397,685. Enfin, Martius et Spix indiquent le nombre de 621,885 âmes comme celui de la population de l'année 1820 , et l'on retrouve la même évaluation dans Pizarro. Si donc cette dernière évaluation et celle de l'année 1776 sont exactes, il en résulterait que, dans un espace de quarante — quatre ans , la population de la province des Mines a presque doublé.

3 Je suis ici les proportions indiquées par M. d'Eschwegc

AU BRESIL. 8r

La province des Mines a été divisée en cinq comarcas , au midi celles du Rio das Mortes et de Villa Rica, à l'est celle du Serro do Frio, au milieu celle de Sabard, et à l'ouest, celle de Paracatâ. Ces cinq divisions ont entre elles des limites généralement assez naturelles; mais avec quelques légers changemens , on eût rendu leur circonscription bien plus naturelle encore. Pour cela, il eût suffi d'ajouter à la comarca de Villa Rica, plus petite que toutes les autres, les portions de celles de Sabara et du Rio das Mortes qui se trouvent à l'est de la grande chaîne; et de retrancher, pour la joindre à Sabara, la partie de la comarca du Serro do Frio, située à l'occident des montagnes. De cette manière , on aurait eu généralement, dans la comarca du Rio das Mortes, des pâturages découverts, avec un peuple agricole et livré à l'éducation des troupeaux ; dans la comarca de Villa Rica, un pays boisé et aurifère-, dans celle du Serro do Frio, encore des forets et une population moins composée de mineurs que d'hommes appliqués à la culture des terres. La comarca de Sabara eût généralement offert des pâturages parsemés d'arbres tortueux et rabougris, une population occupée de l'éducation des bestiaux , mais qui ne sait point leur donner des soins aussi rationnels que les cultivateurs du

mais si elles offrent quelque inexactitude, ce doit être dans le nombre des mulâtres et des nègres esclaves , nombre que les propriétaires sont sans doute portés à diminuer plutôt qu'à augmenter.

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