‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 11 sur 54 · tome i · texte numérisé non relu

tome i

Rio das Mortes. La comarca de Paracatu telle qu'elle est aujourd'hui, se trouve renfermée dans des limites parfaitement naturelles -, elle présente un pays presque semblable à la population qui la borne du côté de l'orient ; mais le peuple qu'elle renferme, moins nombreux et plus isolé que celui du reste de la province, est plus éloigné encore des progrès de la civilisation.

En passant de la province de Rio de Janeiro dans celle de Minas Gcraes , on se trouve sur le territoire de la comarca du Rio das Mortes qui est comprise entre les ic)edegr.3o'et 23e degr. 35'lat. S., et les 328e degr. et 334e degr. 5' long. ; elle a pour chef-lieu S. Jodo del Rej, et se subdivise en huit termos , ceux de S. Joâo del Rey, de Jacuhj, de Baependy, de Tailla da Campanha , de Barbacena , de Queluz , de S. Jozé et de Tamanduâ.

Le paysage qui s'offre aux yeux du voyageur lorsqu'il arrive à l'entrée de la comarca du Rio das Mortes sur les bords du Parahybuna , a quelque chose qui frappe par un mélange de désordre et de régularité sauvage. Partout la rivière est dominée par de hautes montagnes -, comme elle fait un détour avant de parvenir au rezistro , on n'aperçoit de ce côté qu'une petite partie de son cours, et elle semble commencer tout entière au pied d'une montagne plus élevée que toutes les autres, et dont le sommet absolument nu contraste avec la végétation vigoureuse des mornes voisins. Sur la droite de la rivière sont quelques maisons couvertes en chaume \ une petite chapelle a

été construite au bord de l'eau, et tout auprès on voit une maison à un étage et qui annonce l'aisance du propriétaire. De l'autre côté de la rivière et en face de cette maison , est située celle du rezistro qui est très-basse, à peu près carrée, et dont le toit extrêmement plat et couvert en tuiles se prolonge audessus d'une galerie ( varanda ). Deux mornes à peu près semblables s'élèvent derrière le rezistro , et, se rencontrant à leur pied , ils s'écartent ensuite l'un de l'autre jusqu'à leur sommet. Un troisième morne, placé derrière les premiers , masque l'intervalle qui se trouve entre eux, et, décrivant une courbe, il forme une sorte d'hémicycle dont les deux autres mornes seraient les gradins. Le sommet de ces montagnes est couronné par des bois vierges , et sur leur penchant s'étendent des taillis vigoureux (capoeird) -, trois ou quatre chaumières bâties çà et là au milieu des taillis donnent de la vie à cet ensemble, et l'une d'elles, placée absolument au milieu de la montagne qui présente la figure d'un hémicycle, ajoute à la régularité du paysage. M. Ildefonso nous présenta chez un propriétaire qu'il connaissait; mais on nous fit une réception tellement froide , que j'exprimai à mon compagnon de voyage le désir de me retirer sous le rancho. M. Ildefonso me dit qu'il allait s'expliquer franchement avec notre hôte -, il revint bientôt en m'assurant que nous pouvions compter actuellement sur un meilleur accueil, et effectivement nous fûmes traités, pendant tout le reste de la journée , de la manière la plus aimable. Quelques années auparavant, un habitant de ce can-

ton avait reçu chez lui un étranger qui , de retour en Europe, l'avait rendu ridicule par la relation de sou voyage 5 notre hôte avait craint quêtant également étrangers , nous ne nous conduisissions de même à son égard , et il n'avait pas été maître de nous cacher la méfiance que nous lui inspirions. C'est ainsi que trop souvent le voyageur honnête a porté Ja peine des torts de ceux qui l'avaient précédé, et peut-être évite -t- on aujourd'hui les étrangers dans des pays vantés naguère pour leur hospitalité %

Nous passâmes le Parahybuna sur un grand bac semblable à celui que l'on trouve au Parahyba , et , arrivés sur la rive gauche de la rivière , nous présentâmes nos passe-ports au commandant du rezislro qui nous reçut avec politesse.

On examine les passe-ports au rezislro du Parahybuna avec plus de sévérité que sur les bords du Parahyba, et pour s'assurer si ceux qui viennent de la province de Minas Geraes n'emportent pas de l'or en poudre ou des diamans, on visite leurs malles et leur bagage, qui l'avaient déjà été plus loin, au lieu appelé Rocinha de Simâo Pereira. Il faut donner 640 reis (4 fr.) pour la vérification de chaque passe-port; l'on paie en outre, pour le passage des deux rivières, 460 reis (un peu moins de 3 francs) par mulet, et a5o reis ( 1 franc 60 centimes environ ) par individu libre ou

1 Voyez, par exemple, ce qui est raconté dans Macart— nef, de l'accueil qu'il reçut à Rio de Janeiro , avant que les Portugais d'Europe s'y fussent réfugiés.

esclave-, enfin ceux qui conduisent dans les Mines des nègres nouvellement achetés, sont obligés d'acquitter un droit de 54oo reis ( 33 francs 75 centimes) par tête de nègre. Les personnes qui vont de la province des Mines à Rio de Janeiro avec des lingots d'or sont aussi obligées d'en faire la déclaration au rezistro du Parahybuna. On leur donne un certificat de la valeur des lingots qu'elles exportent, et, comme elles ne peuvent les vendre à aucun particulier , mais qu'elles sont tenues de les échanger à l'hôtel des monnaies de Rio de Janeiro, il faut, quand elles retournent dans leur pays , qu'elles présentent un reçu de la monnaie parfaitement conforme au premier certificat.

Ce sont des employés civils qui perçoivent les droits : la rétribution que l'on paie pour les passe-ports leur appartient ; mais le péage fait partie des revenus de la province de Rio de Janeiro, et, pour cette raison, le détachement militaire cantonné au rezistro a été composé de vétérans tirés des différens régimens de la même province x. Aussi , quoique la rive gauche du Parahybuna appartienne à la province de Minas Geraes et à la paroisse de Sirnâo Perdra, qui déjà dépend de l'évêché de Marianna, le rezisiro fait encore partie, de la paroisse du Parahyba.

Comme M. LangsdorfF et moi nous étions porteurs de passe-ports royaux , signés de la main du ministre

1 Le commandant de ce détachement n'a pas plus le titre de superintendant qui lui a été donné par un voyageur, que celui du Parahyba n'a le titre de gouverneur.

d'État, les employés du rezistro n'exigèrent rien de nous , et M. Ildefonso fut compris dans la même faveur.

Nous avions à peine quitté le Parahybuna , lorsque deux hommes courant à toutes jambes me demandèrent M. Langsdorlï qui avait pris les devants. Ils l'eurent bientôt rejoint , et nous le vîmes de loin entre ces deux hommes qui lui avaient ôté sa redingote et qui la retournaient en tous sens. M. Ildefonso et moi nous crûmes que les employés du rezistro avaient eu regret de nous laisser passer aussi facilement , et qu'ils prenaient M. Langsdofff pour un homme suspect. Cependant tout s'expliqua bientôt : les deux hommes n'étaient autre chose que des tailleurs , qui , voulant faire un habillement à la française, prenaient pour modèle une redingote sortie des mains d'un mauvais ouvrier de Rio de Janeiro, et la plus mal faite peutêtre que j'aie vue de ma vie.

Le premier endroit habité qu'on trouve après le Parahybuna est Rocinha da JYegra (le petit champ de la négresse), où l'on voit un rancho et une venda bâtie dans une vallée sur le bord d'un ruisseau \ Un peu plus loin , on passe devant la chaumière appelée Très Irmâos (les trois frères) , et bientôt après on arrive à l'habitation de Vargem , située dans une large vallée entourée de mornes. Le nom àevargem, synonyme

1 11 n'y a point là de village, comme l'a écrit un voyageur qui change le nom de cet endroit en celui de Rocinkas do

Negro .

du mot portugais varzea , s'applique généralement à ces espèces de plaines humides et entourées de hauteurs qui sont assez communes dans les parties montagneuses du Brésil et diffèrent un peu du reste du pays par leur végétation \

A environ deux lieues et demie du Parahybuna se trouve Rocinha de Simâo Pereira, le premier endroit où Ton visite les voyageurs qui viennent des Mines. On fait ouvrir les malles -, on enfonce des sondes de fer dans les sacs de maïs et dans les rouleaux de toile de coton , qui forment une branche de commerce si importante pour la province des Mines*, mais en général les recherches ne sont pas extrêmement rigoureuses, à moins que le voyageur n'ait été secrètement dénoncé comme contrebandier. Il n'est personne au reste qui ne sente que cette double visite pour les diamans et la poudre d'or n'est qu'une formalité vexatoire; car ces objets ont si peu de volume , qu'avec de l'intelligence on pourra toujours les soustraire à la vigilance la plus active. Des tropciros ne craignaient pas de m'offrir de la poudre d'or dans le moment même où l'on visitait leurs effets , et tout le monde sait que chaque année les contreban-

1 Nous famés accueillis, à l'habitation de Vargem , de la manière la plus aimable. Un autre voyageur s'est aussi beaucoup loué de l'hospitalité qu'il reçut dans cet endroit ; comment se fait -il qu'ensuite il cherche à ternir le caractère de son hôte? Pourrait -on rester hospitalier quand on a été ainsi voué à la haine et au ridicule par l'inconnu auquel ou a cherché à se rendre utile?

diers portent à Rio de Janeiro de l'or et des diamans pour des sommes considérables.

Les soldats cantonnés à Rocinha de Simâo Perdra appartiennent au régiment des Mines; ils font partie du détachement du rezistro de Matliias Barbosa, situé un peu plus loin , et sont chargés non- seulement de visiter, comme je l'ai dit, les voyageurs et leur bagage , mais encore de faire des patrouilles sur la route et dans le voisinage, toujours pour empêcher la contrebande '.

Le jour g)ù nous quittâmes le Parabybuna , nous allâmes coucher au rancho de Simâo Pereira. Ce nom est celui du premier cultivateur qui s'établit dans cet endroit , et on le donne aujourd'hui à toute la paroisse dont le Parahybuna forme les limites. En général la plupart des noms de lieu qui n'ont point été empruntés à la langue des Indiens sont ceux des plus anciens propriétaires. On allait chez Simâo Pereira, chez Joâo Gomez, Antonio Moreira, Pedro Alvez y etc. Les individus qui s'appelaient ainsi sont morts ; mais on s'était accoutumé à attacher leurs noms à leurs habitations, et , quoiqu'elles aient changé de maître , le nom du premier possesseur a été conservé \

1 11 paraît que le poste dont il est ici question n'a pas été constamment placé à Rocinha de Simâo Pereira. ( Voyez Eschw. journ. von Bras. , 1 , 94-)

a La plupart des noms de ferme dans la Beauce et la Normandie n'ont pas une autre origine.

AU BRESIL. 8g

Il n'y a pas plus de village à Si mâo Pereira que sur les bords du Parahyba *. L'église, à peu près isolée, a été bâtie à peu de distance du chemin au milieu d'une petite plate-forme, et, derrière, elle s'élève un morne dont le sommet est couronné de bois vierges et dont le penchant, autrefois cultivé, n'offre plus que des arbrisseaux. La paroisse qui dépend de cette église s'étend dans une longueur de dix lieues portugaises , depuis le Parahybuna jusqu'au lieu appelé Juiz de Fora. Autrefois elle ne comprenait guère que le petit nombre de maisons situées sur le bord du chemin ; mais, depuis l'arrivée du roi Jean VI à Rio de Janeiro, elle a reçu un accroissement de population très-considérable. Plus de quatre cents hommes libres, avec autant d'esclaves , sont venus s'y établir des différentes parties de la province des Mines, attirés par la fertilité des terres, par les avantages que procure le voisinage de la capitale , et celui de ne payer aucun droit en demeurant au-delà du rezistro de Mathias Barbosa 2.

1 C'est donc à tort qu'un voyageur anglais place dans cet endroit un village et qu'il l'appelle Simon Pre.

* Suivant Pizarro , la paroisse de Simâo Pereira fait partie du termo de Barbacena ; elle comprend plus de 2460 individus, et porte proprement le nom de Nossa Senhora cla Gloria do Caminho novo ou de N. S. da Conceicào. Simâo Pereira, dit le même auteur, est situé par le 21e degr. Sir lat. , à 45 1. et 1/2 de Marianna , et 35 1/2 de Rio de Janeiro ( Mem. hist. y vol. VIII, p. 2da, p. 2o3). Pizarro ajoute ailleurs (p. 235) que le rezistro de Mathias Barbosa fait partie de la justice (julgado) de Sapucahj. Il faut convenir que, si cela

9o VOYAGE

Ce rezistro, où nous arrivâmes bientôt, est situé à peu de distance de Simâo Pereira. On y pèse toutes les marchandises sèches qui entrent dans la province des Mines, et l'on fait payer iis5 reis (9 fr. 55 c.) par chaque arobe de 3 s livres , quelle que soit d'ailleurs la nature des objets et leur valeur. Quant aux droits sur les liquides , ils se perçoivent en raison de leur volume, et Ton exige io5o reis pour le baril de 8 cariadas. Enfin, outre ces droits, on fait payer encore au rezistro de Barbosa une nouvelle somme , celle de 7800 reis pour chaque nègre nouveau. Les revenus de ce rezistro sont une partie très - importante de ceux de la province des Mines, et s'élèvent annuellement à environ 90 ou 120 contos de reis (de 562,375 francs à 749,833).

Ce sont des employés civils et un détachement militaire qui font le service du rezistro. Les bâtimens qui y sont consacrés forment un carré long, et sont construits autour d'une cour assez grande que traverse la route. Ils n'appartiennent point au gouvernement , mais à un propriétaire qui les loue et s'en est réservé une partie. Ils comprennent le logement du commandant x ,

est, ce serait une bien singulière enclave; car, d'un côté, la paroisse de Simâo Pereira n'est point au nombre des cinq comprises dans cette justice; d'un autre côté, elle s'étend jusqu'à Juiz de Fora, qui est situé à 6 1. N. du chef-lieu même de la paroisse , tandis que le rezistro de Mathias Barbosa n'en est qu'à 1 1. 1/4.

1 Le commandant de Mathias Barbosa ne porte point le litre de superintendant qui lui a été donné par un voyageur.

celui des employés civils et des soldats , une grande pièce entièrement ouverte du côté de la cour et où l'on pèse les marchandises, enfin une autre pièce, voisine de la première et également ouverte, où se fait la visite.

Aucune autre province que celle des Mines n'est sujette à des droits semblables à ceux qui se paient à Mathias Barbosa. Cette partie du Brésil passait pour la plus riche $ c'était sur elle que le joug du système colonial devait peser le plus. Aussi ne se contenta- 1 -on pas de soumettre ses produits à des impôts, ce qui eût été juste-, on exigea de ses habitans des tributs auxquels les autres provinces n'étaient point soumises. Il y a plus : les mineurs faisaient une très-grande consommation de fer; mais quoiqu'ils marchassent sur des montagnes qui en sont presque entièrement formées, ils furent condamnés à n'employer que des outils tirés du Portugal, et, par la manière dont on établit les droits de Mathias Barbosa , le fer fut , à cause de son poids et de son peu de valeur , une des marchandises qui payèrent le plus. Tout ceci était une conséquence naturelle du système administratif adopté pour le Brésil avant l'arrivée du roi Jean VI, et par conséquent ce n'est point de l'absurdité qu'il faudrait reprocher k ceux qui, antérieurement à cette époque, exigeaient des droits infiniment plus élevés sur le sel et le fer que sur la bijouterie , les rubans et la dentelle. Mais ce dont on ne saurait trop s'étonner, c'est qu'après l'émancipation du Brésil , lorsqu'on eut ouvert ses ports aux étrangers , et lorsqu'on ne devait songer qu'à

réparer les maux engendrés par le système colonial, on ne changea absolument rien à la manière de perce- j voiries droits de Mathias Barbosa, et que le poids des I marchandises fut toujours la seule règle de ces droits. I Comme il fut alors permis aux mineurs d'exploiter le | 1er de leurs montagnes, on pouvait, on devait même, conserver des droits élevés sur le fer étranger, pour | forcer les propriétaires à n'en plus faire usage. En même temps, depuis qu'un grand nombre de pères de fa- !i mille avaient renoncé à l'extraction de l'or pour s'occuper de l'agriculture, on devait encouragerl'éducation si importante et si productive des bestiaux-, et comme, j dans une grande partie de la province des Mines , les bêtes à cornes ne peuvent vivre si on ne leur donne du sel , il fallait supprimer toute espèce d'impôt sur une denrée si nécessaire et que la diiïiculté des transports fait déjà monter à des prix trop élevés. Mais si | l'entrée des Français à Lisbonne et l'établissement de la cour de Portugal à Rio de Janeiro exigèrent qu'on émancipât le Brésil et qu'on cessât d'envoyer ses habitans se faire juger sur les bords du Tage, on n'alla pas plus loin. Au système monarchique qui remplaçait un despotisme dont le résultat était d'épuiser et de désunir, on ne sut point rattacher des institutions uniformes et monarchiques \ Le Brésil était

* D. Rodrigo , comte de Linharcs , ministre du roi Jean VI, à l'arrivée de celui-ci au Brésil, avait de grandes idées , une imagination active; mais il ne s'occupa point assez de l'ensemble , ses plans de détails furent trop gigantesques relativement aux moyens d'exécution qui étaient en son pouvoir,

émartcipé; mais comme tous les détails du régime colonial subsistèrent, il n'y eut aucune harmonie dans l'ensemble du gouvernement, et de ïà, comme on le verra ailleurs, les terribles dangers qui ont un instant menacé le Brésil, de là même la plupart des embarras que rencontrera long -temps le gouvernement actuel. •

Quoi qu'il en soit, au reste, des droits que l'on exige sur les marchandises qui entrent dans la province des Mines, il est bien évident que , dans l'intérêt du fisc, ce n'était point à Mathias Barbosa que la douane devait être établie : elle avait été placée dans l'origine environ vingt-cinq lieues plus loin au-delà des bois vierges, dans le lieu qu'on appelle aujourd'hui pour celte raison Rezistro Velho. On ne tarda pas à s'apercevoir que le pays étant découvert de tous les côtés, offrait aux contrebandiers des moyens faciles pour se soustraire à la surveillance des employés , et il y a déjà à peu près soixante-dix ans, on avança le rezistro jusqu'à Mathias Barbosa. Alors il y avait sans doute peu d'habitans entre ce lieu et le Parahybuna, et les bois vierges qui bordent la route ne devaient point encore être percés de chemins. Mais depuis cette époque une population nombreuse s'est fixée au-delà du rezistro, et, quoiqu'elle appartienne à la province des Mines, elle

enfin il crut trop aisément qu'il lui suffisait d'avoir formé une entreprise pour qu'elle fût mise à exécution. Un hcfïnme d'esprit peignait le genre d'instruction de ce ministre , en disant que sa tête contenait les premières lignes de tous les articles d'une Encyclopédie.

ne paie aucun droit. D'un autre côté on ne saurait empêcher qu'il existe des chemins de traverse pour communiquer de la grande route aux habitations et des habitations entre elles , et, par conséquent, les contrebandiers adroits peuvent éviter de passer par Mathias Barbosa. Il est donc bien clair que les intérêts de l'administration exigeraient que la douane fût établie sur le bord même du Parahybuna. Par ce moyen, aucune partie de la population n'eût été plus favorisée que le reste des habitans de la province, et comme le Parahybuna, embarrassé dans plusieurs endroits par des rochers, n'est pas une rivière navigable, on pourrait facilement empêcher la contrebande, en faisant observer les réglemens qui défendent aux propriétaires riverains d'avoir des pirogues.

Lorsqu'on a quitté Mathias Barbosa , on côtoie de temps à autre le Parahybuna -, le terrain devient plus sablonneux-, la végétation perd quelque chose de sa vigueur-, les arbres des forêts sont moins rapprochés, et leur feuillage n'offre plus des teintes aussi obscures, différence qui, dans le pays, suffit pour faire distinguer les bonnes des mauvaises terres.

Après avoir passé l'habitation qui porte le nom de Roça da Viuva deJoâo do Faite (le champ de la veuve de Jean do Valle) , les mornes deviennent plus élevés, et l'on arrive à une montagne appelée Morro da Boa4^ista ou dos Arrependidos 1 (la montagne

1 Un voyageur lui a donné le nom de Morro de Mideiros. 11 y a dans le voisinage un lieu appelé Medeiro dont il est

de Belle-Vue ou du Repentir ) , d'où Fou découvre une vue extrêmement étendue. On domine une longue suite de collines boisées qui se perdent dans un immense lointain -, mais , sans une habitation qui se trouve au milieu des mornes, cette vue fatiguerait par sa monotonie. Au sommet de la même montagne, on voit sur le bord du chemin une multitude de petites croix faites avec des brins de bois longs d'un pied à un pied et demi. Ces croix sont plantées par ceux qui passent par ce chemin pour la première fois, et qui croiraient ne pas revenir, s'ils négligeaient de remplir un devoir aussi important. Ce qui prouve cependant que ces idées superstitieuses sont loin d'être générales aujourd'hui, c'est que le maî're de la venda du rancho de Marmelo (Coing) où nous passâmes la nuit, nous dit qu'il n'y avait plus que les fous qui se conformassent encore au vieil usage.

Marmelo est situé dans un fond entre des montagnes qui laissent peu d'espace entre elles. Un ruisseau traverse cette étroite vallée et y entretient la fraîcheur.

Nous trouvâmes le rancho de Marmelo assez grand et bien entretenu, tandis que la venda voisine était fort petite et extrêmement mal approvisionnée. Cette différence, qui est très-ordinaire, tient à ce que les muletiers, qui ont coutume de porter leurs provisions avec eux et sont d'une sobriété extrême , s'inquiètent beaucoup moins de la venda que du rancho. Le propriépossible qu'on lui donne quelquefois le nom ; dans tous les cas ce serait alors Morro de Mcdeiro.

taire qui de son côté veut se débarrasser de son maïs, cherche à s'attirer des chalands en soignant son rancho , et l'approvisionnement de la venda, dont il y a peu de chose à espérer, reste assez généralement au compte de l'homme pauvre chargé de débiter le maïs.

A i 3/4 1. de Marmelo on trouve l'habitation de Juiz de jFom(Juge du dehors), nom qui vient sans doute de l'emploi qu'occupait le premier propriétaire. De la venda de Juiz de Fora on a sous les yeux un paysage charmant. Cette venda a été bâtie à l'extrémité d'un vaste pâturage, borné de tous les côtés par des mornes. Le Parahybuna coule auprès du chemin-, sur un petit ruisseau qui s'y jette, après avoir traversé la route, a été construit un pont en bois d'un effet trèspittoresque 5 auprès est une croix : plus loin on voit une chapelle abandonnée et les ruines d'une sucrerie. Sur le côté de la venda est un vaste rancho , et tout auprès une grange pour le maïs.

Jusqu'alors je n'avais rencontré des bambous qu'au milieu des forêts vierges , mêlés parmi de grands arbres ; mais je trouvai les mornes qui avoisinent le lieu appelé Alcaide mor, presque uniquement couverts de ces herbes gigantesques. Avant même d'avoir pu les reconnaître, déjà de loin j'avais été frappé de l'aspect aérien de la végétation que j'apercevais sur les collines ; j'éprouvai un véritable ravissement, lorsque je vis de près ces forêts de graminées hautes peut-être de quarante à soixante pieds, qui, courbées en arcades élégantes, se croisaient en tous sens, entremêlaient leurs immenses panicules , et laissaient entrevoir l'azur du|

ciel à travers des feuilles étalées comme un tapis à jour et soutenues par des demi-verticilles de rameaux délicats. L'espèce que j'avais sous les yeux s'appelle clans le pays toboca ou tobioca. Ses tiges sont creuses comme celles du taquarassû que j'ai déjà décrit 5 elles sont presque aussi grosses et servent aux mêmes usages-, mais l'ensemble de la plante est infiniment plus élégant \ ses rameaux , beaucoup plus menus , ont moins de raideur, et ses feuilles sont plus petites. Comme le taquarassû, le toboca ne fleurit qu'au bout d'un certain nombre d'années , et la floraison met un terme à son existence. Lorsque je passai pour la première fois à Alcaide mor, la plante était en fleurs, et plusieurs tiges avaient déjà perdu leurs feuilles ; au bout de quinze mois , je ne retrouvai plus aucune trace de ces forêts que j'avais tant admirées.

Après Alcaide mor nous passâmes devant l'habitation de Ribeirâo (torrent) , et ensuite devant celle d1 Entre os M orros (entre les mornes). A peu de distance de cette dernière, un ruisseau traverse le chemin 5 puis, se répandant sur des rochers inclinés , il forme une nappe d'eau écumante qui descend en cascade jusqu'au fond d'un vallon.

Lorsque je revins de la province des Mines , je fis halte à Ribeirâo, et comme il me restait encore quelques instans avant la chute du jour, j'en profitai pour aller herboriser dans les bois. Suivant toujours le cours d'un Yuisseau , j'arrivai à une plantation de maïs. La fumée qui s'élevait au milieu du champ annonçait quelque case à nègre ; je me dirigeai de ce côté, et je

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