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que des Ecossais, et dont le teint était animé par les plus belles couleurs.
Comme une température plus froide exige qu'on prenne quelques précautions de plus, on commence vers Borda do Campo à entourer les ranchos d'un mur d'appui, et l'on continue à faire de même à peu près dans toutes les parties hautes de la province des Mines. Ces petits murs ont encore un aulre avantage , celui de délivrer les voyageurs de la persécution des volailles, et surtout des cochons que les cultivateurs élèvent en très- grand nombre.
On jouit à Registro Velho d'une vue très -agréable. Sur une hauteur est l'habitation ; tout auprès on voit une chapelle, et, au-dessous de la colline, coule le Rio das Mortes , au bord duquel a été bâtie une venda. De tous côtés, on découvre des champs de maïs entremêlés de pâturages et de bouquets de bois j eà et là sont éparses des chaumières avec quelques maisons plus soignées, et ce paysage est continuellement animé par le passage des caravanes.
On m'avait parlé du propriétaire du Registro Velho, l'ecclésiastique Manoel Rodmgues da Costa, comme d'un agriculteur distingué-, et, au retour de mon voyage, j'allai lui rendre visite. Il était alors dans son oratoire occupé à réciter les prières du soir au milieu d'une trentaine de personnes , la plupart nègres et négresses , et je pris place parmi les assistans. Dans ce momentlà même, tous se prosternèrent, et le prêtre se^pit à réciter, en l'honneur des souffrances de Jésus -Christ, des Litanies qui indiquaient le nombre exact des souf-
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ilets et des coups de fouet qu'il a reçus , des gouttes de sang qui ont coulé de ses plaies , et même des larmes qu'il a répandues pour nos péchés. A chaque article des Litanies, la chapelle retentissait du bruit des soufflets que se donnaient ceux qui étaient présens , et tous répondaient : Louvado seja Deos (Dieu soit loué). Quand les Litanies furent achevées, on chanta, au son d'une guitare , quelques prières en l'honneur de la Vierge, et ensuite l'on se retira. Je saluai M. Manoel Rodrigues à la porte de la chapelle : il me fit entrer dans sa maison , et répondit a mes questions avec beaucoup de complaisance. Il me dit qu'après avoir passé quelque temps en Portugal , il en avait rapporté des machines propres à travailler le lin et à faire diiférens tissus ; qu'il avait invité tout le monde à venir voir ces machines et à en faire faire de semblables, mais que personne n'avait profité de cette offre; qu'il avait inutilement fait part au gouvernement de ses projets pour répandre, dans la province des Mines, les arts les plus utiles } qu'il n'avait reçu ni réponse , ni encouragement. Cependant M. Manoel Rodrigues a fait usage de ses métiers pour lui-même et pour les gens de sa maison. Il était vêtu d'une étoffe croisée , fabriquée chez lui avec la laine de ses brebis , et il me montra une pièce de toile d'un tissu fin et assez égal , faite avec du lin recueilli sur ses terres. Je savais déjà que l'on avait essayé avec succès de cultiver le lin dans la comarca du Rio das Mortes : M. Manoel Rodrigues me le confirma, et me dit que cette culture avait toujours trèsbien réussi, et que tous les temps de l'année y étaient
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également propres-, mais il ajouta qu'on l'avait presque abandonnée, parce quelle donne plus de peine que celle du coton. Ceux qui cultivent le lin bêchent la terre, la fument, sèment les graines, et font, au bout de trois mois, une excellente récolte. On s'étonnera sans doute de ce que le gouvernement ne cherche pas à encourager une culture si avantageuse ; mais comment? songerait -on à rendre plus commune une plante exotique , lorsqu'on néglige entièrement cette foule d'espèces indigènes dont les fibres tenaces et flexibles peuvent être employées si utilement pour faire des cordages et des tissus, telles que les embauba (cecropia), les tucum et le macauba (palmiers), le pitta (agave vivipara), plusieurs malvacées , différentes anonées y etc., plantes dont les sauvages savent tirer plus de parti que les Portugais eux-mêmes? Il faut avouer que, pour les usages ordinaires de la vie, les Brésiliens de l'intérieur ont peu besoin de cordes; ils y suppléent par des lanières de cuir brut qui leur coûtent peu d'argent, ou , avec plus de facilité , par des lianes, qui, si elles se détruisent promptement, peuvent du moins être remplacées à chaque instant. Mais il n'en est pas moins vrai que pour les gros cordages, les ficelles dont les muletiers font un emploi si fréquent, les tissus de chanvre et de lin, le Brésil est obligé de recourir aux étrangers, et c'est un tribut dont il pourrait facilement s'affranchir.
Après avoir passé le Registro Velho, nous aperçûmes, du haut d'une crête, la ville de Barbacena l, et nous
1 Et non Barbazinas , Babazena , ou Barbacene.
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y parvînmes, après avoir fait environ six lieues depuis Mantiqueira.
Je m'imaginais que Barbacena , située à l'extrémité des immenses forêts que nous venions de traverser, ne présenterait qu'une réunion de misérables huttes, et je fus agréablement surpris de trouver une petite ville qui peut rivaliser avec toutes celles de France d'une population égale.
Ce lieu, qui dépend de la comarca du Rio das Mortes, n'était autrefois qu'un village, et portait le nom ÏÏArraial da Igreja Nova (village de l'église neuve) '. Le vicomte de Barbacena, gouverneur de la province des Mines, fut frappé de la position avantageuse de ce village \ il lui fit accorder des privilèges , le fit ériger en ville par un décret de l'année 1791% lui donna son nom et y attira des habitans. On y compte aujourd'hui environ deux cents maisons 3 avec une population de 2000 âmes, et l'on estime que celle de toute la paroisse4 peut aller à 9 ou 10,000 âmes dans un rayon d'à peu près dix lieues 5.
1 Eschw. Journ. von Bras. , I , p. 123. 3 Loc. cit.
3 Et non trois cent cinquante à quatre cents, comme on l'a imprimé en 18 18.
4 J'expliquerai ailleurs la signification de ce mot, tel qu'on l'entend dans la province des Mines.
5 Suivant Pizarro (Mem. hist., vol. VIII, p. 2da, p. 200), Barbacena est située par le 210 21' 3o" lat. mer. , et 334° 39' 26" long. , à 10 lieues de S. Joâo del Rey, 22 de \illa Rica et 58 de Rio de Janeiro. D'après les observations de M. d'Esch-
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Quoique agréablement coupés de pâturages et de quelques bouquets de bois, les environs de Barbacena sont généralement assez arides-, ils offrent aujourd'hui fort peu d'or, et c'est, pour ainsi dire, uniquement au passage des caravanes que cette ville doit son existence. Après dix ou douze, ou même quinze jours de voyage à travers des forêts, les muletiers achètent toujours quelque chose dans la première ville qu'ils rencontrent , et ceux qui viennent des diverses parties de la province des Mines pour se rendre à Rio de Janeiro, ont soin de se pourvoir à Barbacena des objets qui leur manquent, parce qu'ils savent que plus loin ils ne trouveront aucune ressource.
L'air qu'on respire à Barbacena est extrêmement pur, mais l'eau y est peu abondante.
Cette ville a été bâtie sur la crête de deux collines allongées , dont l'une aboutit perpendiculairement au milieu de l'autre. Sa forme est à peu près celle d'un T, et l'on y compte deux rues principales qui sont alignées et très-larges-, l'une des deux est pavée dans toute sa largeur, et les autres le sont devant les maisons seulement. Celles-ci sont en général petites et basses, et le plus grand nombre n'a qu'un rez-dechaussée-, mais toutes sont blanchies, leurs toits peu élevés sont couverts en tuiles, et elles ont, à l'exte*rieur, un air de propreté qui flatte la vue. Les portes et les croisées sont moins multipliées qu'à Rio de Ja-
wege , celte ville est élevée de 3,53o pieds au-dessus du niveau de la mer.
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neiro , et leurs contours peints en gris ou en jaune tranchent assez agréablement avec la blancheur des murailles. Quelques fenêtres ont des carreaux, mais l^a plupart sont faites avec un treillage croisé obliquement.
La plupart des maisons ont un petit jardin 5 nous entrâmes dans celui d'un marchand connu de M. Ildefonso, et nous y trouvâmes des treilles chargées de belles grappes de raisin, des pêchers couverts de fruit, quelques-unes des fleurs cultivées dans les jardins d'Europe , telles que des œillets , des scabieuses , des bouquets parfaits (dianthus barbatus), enfin de fort beaux légumes , et entre autres des pommes de terre. Les jardins que nous vîmes d'un des côtés de la grande rue s'étendent sur le penchant de la colline, et la plupart , soutenus par des murs , forment de petites terrasses. Presque tous les murs d'enclos sont construits avec des parallélipipèdes de terre glaise séchés au soleil , et qui peuvent avoir environ un pied et demi de long sur quatre pouces d'épaisseur (adobes) : ils sont couverts avec des tuiles creuses ou du chaume.
On compte à Barbacena quatre églises qui n'offrent rien de bien remarquable , et dont une n'est pas encore achevée. L'église paroissiale, dédiée à Notre- Dame de la Pitié, est bâtie isolément sur le milieu d'une place formée par la rencontre de deux rues principales. En face de cette église est le poteau qui désigne toujours les chefs -lieux d'une justice. A chacun de ces poteaux, ordinairement construits en pierre, est attaché un carcan , et ils sont surmontés d'un glaive
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horizontal ou plutôt d'une espèce de coutelas et d'une
sphère armillaire.
Comme j'aurai souvent à parler des églises du Brésil, je crois qu'il est nécessaire d'en donner une idée générale. Construites à peu près sur le modèle de celles de Portugal , elles sont beaucoup plus petites que les nôtres. Le clocher ne s'élève point du milieu du toit-, il est remplacé par deux tours carrées qui, faisant partie de la façade de l'église, prolongent ses deux côtés , et l'intervalle que les tours laissent entre elles, est rempli par un fronton qui diminue de largeur de la base au sommet, à peu près comme un triangle, et se termine par une croix. Quelques églises de campagne n'offrent qu'un fronton sans ornement; d'autres n'ont qu'une tour ou même elles n'en ont pas du tout, et alors la cloche est ordinairement placée à côté de l'église sous un petit toit soutenu par deux poteaux. Aucune église n'a de bas côtés. Le sanctuaire n'est point , comme chez nous , continu avec le reste du vaisseau \ c'est, ainsi que l'indique la dénomination portugaise capella môr (chapelle majeure), une véritable chapelle distincte de la nef, moins élevée et surtout moins large qu'elle. Pour masquer les angles qui, de chaque côté, résultent naturellement de la différence de largeur de la nef et de la chapelle majeure, on construit à droite et à gauche un autel oblique. Audessus du maître-autel , qui occupe le fond de la chapelle majeure, s'élève dans une niche une haute pyramide de gradins chargée de chandeliers et de bouquets de fleurs; le sommet de la pyramide porte la statue
du patron , et les côtés de la niche sont assez généralement accompagnés de colonnes, ce qui forme un ensemble d'un effet agréable et d'un goûl assez pur.
Il ne faut pas s'attendre à trouver, dans les églises de l'intérieur du Brésil, des chefs-d'œuvre de peinture ou de sculpture ; on n'y voit aucun tableau, mais les statues des saints, les peintures des plafonds et des murailles, ne sont pas beaucoup plus mauvaises que celles de la plupart de nos églises de province. On a senti chez nous que les édifices religieux empruntaient d'une lumière affaiblie quelque chose de plus imposant-, mais souvent on a exagéré ces effets, et plusieurs de nos temples sont devenus tristes et lugubres : il n'en est pas ainsi des églises brésiliennes; elles sont mieux éclairées que les nôtres ; les fenêtres ne sont pas très-grandes, mais elles sont plus multipliées et n'ont point de carreaux à petits plombs. La majesté de nos temples ne se retrouve point , il est vrai , dans les églises du Brésil, mais on a beaucoup plus de soin d'y maintenir la propreté. Toutes sont planchéiées , et, des deux côtés de la nef, dans une largeur de cinq à six pieds, le plancher est plus élevé d'environ neuf pouces que dans le reste de l'église. Cet espace ainsi exhaussé, est séparé du milieu de la nef par une balustrade de jacaranda noir comme l'ébène , et la même balustrade, prolongée parallèlement au maître-autel , sépare encore le sanctuaire de la nef.
Les femmes , sans distinction de rang , se tiennent au milieu de l'église accroupies ou à genoux-, les hommes les plus connus et les mieux mis se placent des deux
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côtés , dans cet espace dont je viens de parler et qui est séparé du reste de la nef par une balustrade -, enfin les nègres et les gens du commun restent à la porte.
Nous passâmes un jour de fête à Barbrfcena , et j'eus ; l'occasion d'observer le costume que les femmes ont à ! l'église. La plupart portaient sur leurs épaules de , grandes capotes d'un drap lourd et épais, le plus sou- ! vent rose ou écarlate, à manches pendantes et à collet large. Les plus âgées, les moins riches, et une grande ; < partie des négresses, avaient la tète couverte d'un fichu ! | en marmotte qui s'avançait au-delà du front à la ma- I nièrç d'une coiffe, et qui, passant sous le menton de , I ces dames , le couvrait quelquefois avec une partie de la bouche ^ d'autres femmes plus élégantes avaient leur j fichu arrangé en turban, et les mieux mises enfin ne i| portaient rien sur leur tète. Ces costumes se retrouvent i presque sans aucune différence dans les diverses parties de la province des Mines.
Lorsque, dans cette province, comme à peu près dans tout le reste du Brésil, une famille se rend à l'église, les femmes marchent à la suite les unes des autres au plus petit pas possible , et forment ainsi une espèce de procession. Elles ne se disent rien, ne tournent la tête ni à droite ni à gauche, regardent ceux qui passent en jetant les yeux de côté avec effort , et répondent à peine par imi léger signe de tête au salut qu'on leur a fait.
On voit, à Barbacena, plusieurs boutiques assez bien garnies, beaucoup de vendas et quelques auberges.
Dans aucune partie de la province , la main-d'œuvre
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n'est aussi chère que dans cette ville, ce qui tient à ce que celle-ci est sans cesse traversée par des voyageurs qui, pressés de se rendre à leur destination, sont forcés de se laisser faire la loi par les ouvriers.
Barbacena est célèbre, parmi les muletiers, pour la quantité de mulâtresses prostituées qui l'habitent , et entre les mains desquelles ces hommes laissent le fruit de leur travail. Sans aucune cérémonie, on vient offrir ces femmes dans les auberges ; souvent les voyageurs les invitent à souper, et ils dansent avec elles des batuques , ces danses lubriques, qui, Ton ne saurait le dire sans honte, sont devenues nationales dans la province des Mines. D'après la facilité avec laquelle le maître de notre auberge paraissait souffrir qu'on fit de sa maison un lieu de débauche, on conçoit que je dus le juger avec quelque sévérité -, mais , après qu'il eut causé long-temps avec nous , je reconnus en lui un trèsbrave homme qui tout bonnement se conformait à l'usage.
Le jour de notre arrivée à Barbacena, on nous parla d'un de ces spectacles ridicules appelés presepio , où l'on fait jouer, par des marionnettes, des scènes tirées de l'Ecriture- Sainte. Nous résolûmes d'abord d'aller voir le presepio; mais nous renonçâmes bientôt à notre projet, ayant su par quelqu'un d'officieux que c'était à nous qu'on voulait faire payer les frais du spectacle. A Barbacena, et probablement ailleurs, personne ne donne rien à la porte du presepio; mais les acteurs proclament avec honneur le nom de ceux que l'on veut faire payer, et, dans le même moment, on leur présente
un plat où ils nieltent leur argent. Souvent un compère a été proclamé avant l'étranger que Ton a choisi pour victime; il met très- généreusement dans le plat une somme qu'on lui rend ensuite, et la honte empêche la personne qui n'est pas dans le secret de donner moins que ceux qui Font précédé. On était si bien disposé à nous traiter de la sorte , que le spectacle n'eut point lieu, quand on sut que nous ne voulions pas y aller. Au reste> le spectacle de Barbacena , fréquenté principalement par des femmes de mauvaise vie , n'était, à ce qu'il paraît, qu'un rendez-vous de débauche.
Le pays que nous parcourûmes dans un espace de plusieurs lieues, entre Barbacena et l'habitation appelée Padre Anastasio , est semblable à celui que nous avions traversé depuis notre entrée dans les campos. Ce sont encore des mornes arrondis et peu élevés couverts de pâturages, et des bouquets de bois se montrent toujours çà et là dans les vallées. Les graminées forment la masse de la végétation-, mais au milieu d'elles on trouve beaucoup de sous -arbrisseaux d'un pied à un pied et demi , entre autres des apocynées , de charmantes mélastomées à petites feuilles , quelques malvacées , un cuphea qui , par son feuillage , sa tige grêle et ses fleurs purpurines , rappelle certaines bruyères -, enfin une petite espèce de psidium , à laquelle on donne le nom de guabiroba, et dont on mange le fruit qui est jaunâtre et un peu moins gros qu'une cerise. Ces pâturages ne sont pas à beaucoup près aussi arrosés que les forêts. Les habitations y sont plus rares,
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et le petit nombre de maisons que l'on rencontre présentent le plus souvent l'aspect de la misère et celui de la décadence plus affligeant encore , car la décadence suppose presque toujours un mieux possible.
Du haut des mornes , on découvre une immense étendue de pays sans population et sans culture, et les vastes pâturages que l'on traverse , et qui pourraient nourrir tant de bestiaux , sont déserts et semblent inutiles. Les oiseaux que je voyais de ces lieux découverts, moins nombreux que ceux des bois, n'avaient pas, en général, des couleurs aussi belles. Quand je traversais les forets, je trouvais sans cesse de nouveaux insectes ; souvent , lorsque le soir j'écrivais mon journal, à la lumière d'une bougie, j'étais fort incommodé par les moucherons qui tombaient en foule sur mon papier; et, à Antonio Moreira , de plus grosses espèces, des sauterelles, des mantes, des spectres, des phalènes, venaient comme à l'envi enrichir mes collections : depuis mon entrée dans les carnpos , elles ne s'accrurent plus qu'avec une extrême lenteur ; car à peine apercevions -nous, dans les lieux aquatiques, quelques petites espèces de papillons.
Deux jours après avoir quitté Barbacena , nous fîmes halte à l'habitation dePadre Ànastasio1, et nous y mangeâmes de petits pains assez bons, faits avec des racines d'inhame (arum esculentum) que l'on avait
1 Entre Barbacena et Padre Anastasio, se trouve la Fa— zenda de Gama, élevée, suivant d'Eschwege, de 3,53o pieds au-dessus du niveau de la mer.
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râpées et ensuite pétries. Ces racines forment un lé gume qui , sans avoir une saveur délicate , est éga lement sain et nourrissant ; elles sont excellente surtout pour engraisser les cochons, et leur cultuni ne peut être trop recommandée aux habitans du Brésil
La sucrerie 4e Padre Anastasio était alors en plein activité, tandis qu'à la même époque celles de Rio d< Janeiro ont déjà cessé leurs travaux-, ce qui prouv que, dans ce pays élevé, la végétation est sensible1 ment plus lente que sur la côte.
Les cylindres des moulins à sucre, que j'avais ei l'occasion de voir jusqu'alors, étaient revêtus de lame de fonte attachées avec des clous. Chez le Padre Anas tasio et dans la plupart des sucreries de la province de Mines , les cylindres sont entièrement découverts mais on les fait avec un bois fort dur qu'on appell paroba.
Le Padre Anastasio, comme beaucoup d'autres pro priétaires de la province des Mines , ne fabriquai point de cassonade , et se contentait de faire ce qu'o; appelle dans le pays des rapaduras. Ce sont des car rés qui peuvent avoir cinq à six pouces et qui son fort épais -, leur couleur, leur goût et leur odeur sont peu près ceux du sucre brûlé de nos raffineries , mai le sirop s'y fait sentir davantage. Pour faire des râpa duras , on ne met point d'eau alcaline dans le vesoul on le fait cuire assez pour qu'il ne s'en échappe aucui sirop , et on le verse dans des moules d'où l'on peu très - prompteiBent retirer les rapaduras refroidies Les enfans , les nègres et les muletiers aiment singu
lièrement cette espèce de sucre et en consomment une quantité prodigieuse. Souvent, lorsque les muletiers irrivent au rancho , et qu'ils n'ont pas la patience l'attendre que leurs haricots soient cuits, ils apaisent eur faim en mangeant un jacuba, mélange qui se fait i froid avec de feau, de la farine de maïs et des ramduras.
Continuant toujours à traverser un pays découvert, îous arrivâmes à Queluz, qui est à i5 lieues E. de 5. Joâo delRey et 8 lieues S. S. E. de Villa Rica. Queuz s'appelait autrefois Sitio ou peut-être Aldea dos Cari j os , du nom d'une peuplade indienne qui jadis V avait fait sa demeure. A la sollicitation du vicomte Je Barbacena, gouverneur de la province des Mines, le village de Carijos fut érigé en ville par un décret de l'année 1791 ; son nom fut changé % et on y établit des juges ordinaires. Cette petite ville , qui fait partie de la comarca du Rio das Mortes (Eschw. , Piz.), bâtie sur une crête élevée , serait fort agréable, si elle n'était aussi déserte ; la rue que traverse la route est large et assez bien alignée, mais l'herbe y croît de tous les cô- Lés ; d'assez jolies maisons nous semblaient être abandonnées, et presque toutes sont mal entretenues et sur le point de tomber en ruines \
1 Ces détails sont empruntés à Pizarr#T
a Un voyageur anglais dit qu'aux environs de Queluz, le tabac fleurit dans l'état sauvage avec la plus grande magnificence (with the utmost luxuriance). Je ne me rappelle pas d'avoir trouvé au Brésil le vrai tabac à l'état sauvage : peutêtre le voyageur dont il s'agit a-t-il pris pour cette plante
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Au-delà de Queluz, nous eûmes le plaisir de retrouver des bois. Dans un pays où les arbres ne vivent point en société , les forets offrent moins de monotonie que d'immenses pâturages , et elles déguisent le défaut de culture et de population que la vue d'un pays découvert trahit en un instant.
Ce fut au hameau appelé Alto que , pour la troisième 1 fois depuis Rio de Janeiro, nous couchâmes dans une maison. Outre le rancho, quelques particuliers ont encore, pour les voyageurs qui sont au-dessus de la classe des muletiers, des chambres que l'on appelle! casa d'escuteivo; mais presque toujours le rancho est j encore préférable.
Nous laissâmes notre caravane à Alto, et, prenant les devans, nous nous rendîmes le jour même à Villa II Rica.
le nicotiana Langsdorffii ou quelque apocynée. — Jamais je n'ai entendu parler non plus d'un oiseau que le même voya— ; geur nomme ariba raba et dont il dit quelques mots , bientôt après avoir donné des détails sur Queluz. — A la vérité il i existe au Brésil un coucou appelé anu branco, qui a le plumage mêlé de gris fauve et de blanc j mais comme l'écrivain que je viens de citer attribue à son wkite anou un dos bleu, il est bien évident qu'il a mal appliqué le nom des Brésiliens. C'est aussi à tort qu'il donne à une espèce le nom de merlu, c'est merlo qu'il fallait écrire. Ces inexactitudes débitées à la suite d'un article sur Queluz, où l'auteur prodigue les plus grossières injures aux habitans de cette ville, pourraient bien, ce me semble, fournir à ceux-ci un argument pour se défendre.
Il est temps de parler de la manière dont nous avions vécu depuis Rio de Janeiro. Dans la compagnie de M. Langsdorff, l'homme le plus actif et le plus infatigable que j'aie rencontré dans ma vie, j'appris à voyager sans perdre un seul instant, à me condamner à toutes les privations, et à souffrir gaîment tous les genres d'incommodité. Nous nous levions avec le jour -, j'achevais d'écrire mon journal ou de faire l'analyse des plantes que j'avais recueillies la veille , et mon domestique changeait de papier celles qui étaient sous presse. Pendant ce temps -là, on préparait notre déjeûner, qui se composait de haricots noirs cuits avec du lard, de riz et de quelques tasses de thé. Dans le commencement du voyage nous avions du biscuit-, mais bientôt il fallut se contenter de farine de maïs ou quelquefois de manioc. N'étant pas encore accoutumé à cette nourriture, je jetais, par respect humain, un peu de farine sur mes haricots ; mais j'éprouvais une sensation désagréable, lorsque les grains, imparfaitement broyés de la farine, passaient sur ma langue et sur mon palais. Après avoir mangé à la hâte , tenant mon assiette à la main, et presque toujours m'occupant en même temps de tout autre chose, je refaisais mes malles que j'avais défaites la veille. Le départ était l'instant critique. Mon compagnon de voyage allait, venait, s'agitait, appelait celui-ci, réprimandait celui-là, mangeait, écrivait son journal, arrangeait ses papillons et courait çà et là tout à la fois. Tout son corps était en mouvement; sa tête et ses bras, qui se portaient en avant , semblaient accuser de lenteur le reste de ses