‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 15 sur 54 · TOME · texte numérisé non relu

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membres; ses paroles se précipitaient; sa respiration était entrecoupée-, il était haletant comme après une longue course. De mon côté, je me hâtais autant qu'il m'était possible, tremblant de faire attendre, et souvent j'étais plus fatigué au moment du départ que lorsque nous arrivions le soir. Malgré nos efforts, nous ne pouvions presque jamais nous mettre en route avant sept à huit heures. Du haut de mon mulet, je cueillais les branches d'arbres et d'arbrisseaux que je pouvais atteindre, et je descendais lorsque j'apercevais quelque plante moins élevée qui présentait de l'intérêt. La mule de mon domestique étant devenue dans les premiers jours du voyage incapable de servir, je partageai ma monture avec le fidèle Prégent, et la botanique y gagna. J'avais adopté l'usage des habitans du pays, et je portais toujours un parasol; j'ai fait de même pendant le reste de mes voyages, et je crois devoir en grande partie à cette précaution la conservation de ma santé. On était alors dans la saison des pluies : quand l'eau tombait dès le matin, nous ne nous mettions point en route ; mais le plus souvent , il ne pleuvait que vers les trois ou quatre heures , et c'était alors que nous avions coutume de faire halte-, quelquefois cependant, il nous arrivait d'être mouillés-, mais dans ces climats heureux, la pluie n'a pas les mêmes inconvéniens qu'en Europe -, elle est beaucoup moins froide, et pour peu qu'il survienne un rayon de soleil , l'humidité s'évapore promptement. Pour pouvoir attendre avec moins d'impatience notre frugal souper, je ne me mettais point en roule sans emporter avec

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moi un peu de chocolat et une petite bouteille d'eau mêlée avec du tafia et du sucre. A peine arrivé sous le ranclio , j'ouvrais mes malles, je desséchais les plantes que j'avais recueillies, j'en faisais l'analyse, et j'arrangeais les insectes que j'avais trouvés 5 nous mangions avec précipitation nos haricots noirs et notre riz ; j'écrivais mon journal 5 rarement il était moins d'onze heures lorsque je me couchais , et souvent l'air froid qui circulait sous le rancho me privait du sommeil.

Peu d'instans après avoir quitté Alto, je vis , pour la première fois, des terrains que l'on avait lavés pour en extraire de l'or. La surface de la terre avait été enlevée, et des monceaux de cailloux remplaçaient la verdure des gazons.

Depuis Alto, l'horizon est borné par une haute montagne appelée Deos Livre (que Dieu nous en délivre), ou d'Ouro Branco , que nous avions déjà aperçue le jour précédent. Dans le lointain , son sommet semble tronqué et à peu près égal \ ses flancs paraissent trèsescarpés et sont couverts d'herbes.

Bientôt nous arrivâmes au village iï Ouro Branco %

1 Ouro Branco ou S . Antonio* d Ouro Branco est situé par le 20° 3i' de lat. , et 332° fâ long. , à 6 lieues E. S. E. de Villa Rica, 8 de Marianna , «j3 de Rio de Janeiro. Ce village est le chef- lieu d'une paroisse qui fait partie du termo de Villa Rica, et dont la population s'élève à plus de 1600 individus (1172 individus en 181 3, Eschw. ). Mem. hist. , vol. VIII, p. 2da, p. 7 5.

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le seul que nous ayons trouvé entre Rio de Janeiro et Villa Rica, et qui peut se composer d'une cinquantaine de maisons. Ce village se termine par une place à l'extrémité de laquelle on a bâti l'église et qui domine une large vallée. Comme celle-ci ne peut être aperçue, l'église semble appuyée contre la montagne qui présente derrière elle un rideau de verdure. D'un côté de la place sont les maisons les plus considérables du village ; l'autre côté n'a point été bâti ; mais ce qui achève de rendre cet ensemble extrêmement pittoresque, c'est un groupe de palmiers à tige élancée et à feuilles légères , qui entourent une grande croix plantée sans symétrie du côté de la place opposé â l'église \

Après être descendus de cette petite plate-forme, nous entrâmes dans la vallée. C'était un jour de fête, et les habitans du voisinage se rendaient en grand nombre à l'église. Tous avaient des habillemens propres : les femmes portaient des robes blanches, une sorte de spencer de drap et un chapeau de feutre , mais leurs jambes et leurs pieds étaient nus. Presque tous ceux que nous rencontrions , hommes et femmes , blancs et gens de couleur, avaient un large goitre, et,

1 Un voyageur anglais a érigé en église métropolitaine celle de l'humble village d'Ouro Branco. Ce voyageur, le même qui s'est imaginé qu'on ne voulait pas qu'il mangeât de la volaille un jour de fête, a parlé beaucoup trop souvent de la religion des Brésiliens : on voit qu'il eût bien fait de commencer par s'instruire un peu mieux des choses qui la concernent.

dans ce canton comme dans les vallées d'Europe où cette infirmité est commune , on l'attribue à la fraîcheur des eaux.

En suivant la vallée, nous vîmes une suite de terrains d'où l'on a tiré de l'or, et où le sol creusé, l'absence de la végétation, et des monceaux de cailloux épars çà et là, donnent au paysage un air de tristesse.

Arrivés au pied de la montagne de Deos Livre, a l'endroit même où nous devions la monter, nous fûmes frappés de l'aspect singulier d'une plante monocotylédone qui s'élevait du milieu des gazons. Ses tiges vivaces ont cinq à six pieds de haut; elles sont grosses comme le bras , tortueuses, et se divisent en un petit nombre de rameaux également tortueux, écartés et aussi gros qu'elles. Si Ton excepte les sommités, toute la plante est dépouillée de feuilles et couverte seulement d'écaillés sèches qui se recouvrent comme les tuiles d'un toit, et ne sont que la base des feuilles anciennes. Les feuilles nouvelles forment une touffe à l'extrémité des rameaux , et sont longues d'environ un demi-pied , raides , linéaires et aiguës. Du milieu d'entre elles, naît une belle fleur bleue d'environ trois à quatre pouces de diamètre, et qui , pour l'ensemble de ses formes , a de la ressemblance avec nos lis ; les étamines sont nombreuses , et l'ovaire inférieur se termine par un long style que couronne un stigmate jaune, étalé et à trois lobes. Celte plante singulière appartient au genre vellozia k, dont les espèces assez

1 J'ai déjà donné des détails abrèges sur les vellozia dans

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nombreuses caractérisent généralement les sommets découverts et pierreux de la chaîne occidentale; à cause de leurs tiges sèches et couvertes d'écaillés, les grandes espèces de ce genre ont été appelées par les habitans du pays canella d'ema ou jambe d'autruche-, ces mêmes tiges sont généralement résineuses1, et Ton peut s'en servir pour s'éclairer comme on se sert en quelques endroits des branches du sapin.

La montagne de Deos Livre fait partie de la chaîne occidentale : comme les hauteurs qui l'avoisinent, elle était couverte, à cette époque, d'une verdure aussi fraîche que celle qu'étalent nos champs de blé au commencement du printemps. On monte sur cette montagne par une pente assez facile, et parvenu au sommet, on découvre une vue extrêmement étendue.

Après avoir descendu la serra de Deos Livre, nous allâmes dîner au lieu appelé Capâo, dans le voisinage duquel on trouve des topazes, et ensuite nous passâmes par le hameau de Boa Vista qui domine un pays immense.

Entre Capâo et Villa Rica, les chemins sont affreux, et Ton assure que dans certains endroits où la route est

mon introduction à V Histoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay. Si l'on réunit les espèces à étamines définies à celles à étamines nombreuses, le genre doit porter le nom de xerophyta , donné jadis aux premières par Ant. Laur. de Jussieu ; mais je crois qu'il est mieux de conserver les deux genres.

1 L'analogie semble indiquer que toutes les espèces contiennent de la résine,

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resserrée entre des mornes, on est quelquefois attaqué par des nègres fugitifs.

A peine a-t-on passé Capâo, que Je paysage prend un air de tristesse qu'il conserve presque toujours jusqu'à Villa Rica. On ne découvre de tous côtés que des campagnes désertes, sans culture et sans troupeaux. Si l'on aperçoit quelques maisons , ordinairement elles sont en ruines-, les contours des montagnes sont pour la plupart âpres et irréguliers ; sans cesse on aperçoit des excavations faites pour les lavages de l'or; la terre végétale a été enlevée , la verdure a disparu avec elle , et il ne reste plus que des monceaux de cailloux.

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