VILLA RICA
Arrivée à Villa Rica. — M. le baron (I'Eschwege. — Position de Villa Rica ; sa population ; aspect singulier de cette ville ; ses églises ; palais du gouverneur ; hôtel - de - ville ; caserne ; hôpital civil et militaire ; spectacle , acteurs ; fontaines ; maisons , jardins ; manière de vendre les denrées; manufacture de faïence; fabrique de poudre. — Occupations des habitans de Villa Rica. — Un bal. — Les femmes ne se montrent point. — Excursion au village $ Antonio Pereira ; sa position ; ses habitans ; ses ruines.
On descend, à peu près depuis Boa Vista jusqu'à Villa Rica , et, à mesure qu'on approche de cette ville, le paysage prend un aspect encore plus sévère. Nous marchions depuis long- temps, et nous commencions à nous plaindre de ne pas apercevoir la ville , lorsque tout à coup elle se montra à peu de distance de nous. Le temps était sombre quand nous y arrivâmes , et ajoutait encore à l'aspect mélancolique du pays. Des montagnes qui, de tous côtés, dominent la ville, des maisons anciennes et en mauvais état, des rues qui descendent et qui montent, voilà ce qui s'offrit à nos regards, lorsque nous entrâmes dans la capitale de la province des Mines. En descendant toujours ?
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nous finîmes par arriver au bas de la ville , et nous nous trouvâmes dans une vallée assez étroite entourée de mornes élevés. Une partie des maisons s'étend sur ceux qui étaient à notre droite -, ceux de la gauche sont arides , presque à pic et sans habitation. Dans la vallée où nous étions descendus, coule le Rio d'Oui o PretOy petite rivière dont les eaux, peu abondantes, sont sans cesse divisées et subdivisées par les chercheurs d'or, et dont le lit d'un rouge noir ne présente plus que des fdets d'eau qui coulent entre des amas de cailloux noirâtres, résidu des lavages.
Après avoir traversé le vallon, nous arrivâmes à la maison de M. le baron d'Eschwege , située seule au pied d'un des mornes qui font face à la ville (le 26 décembre 1816). M. d'Eschwege, assez connu par ses ouvrages et alors lieutenant- colonel au service de Portugal, avait été le compagnon d'études de M. LangsdorfF} il nous fit une excellente réception, nous combla de politesses, et pendant les dix-huit jours que nous passâmes chez lui , il alla au devant de tous nos désirs.
La grande quantité d'or que l'on trouvait à Villa Rica fut l'unique cause de sa fondation1. D'ailleurs il
1 Les mines d'Ouro Preto furent découvertes en 1699, 1 700 et 1 70 1 , par Antonio Dias de Thaubatè, et par les Paulistes Thomas Lopez de Camargos et Francisco Bueno da Silva. De nouveaux colons se réunirent bientôt à ces hommes entreprenans , et le village qui venait d'être fondé se trouva assez considérable, dès 1711, pour pouvoir être érigé en ville. — La capitale des Mines est située à 80 lieues de Rio de Ja-
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était impossible de choisir une position moins favorable , puisque cette ville est éloignée des ports de mer et plus éloignée encore de toute rivière navigable; qu'on ne peut y faire arriver des marchandises qu'à l'aide des bêtes de somme , et que ses alentours sont frappés de stérilité.
On compte, à Villa Rica, environ deux mille maisons. Cette ville était florissante, lorsque les terrains qui l'environnent fournissaient de l'or en abondance; mais à mesure que ce métal est devenu plus rare ou plus difficile à extraire , les habitans ont été peu à peu chercher fortune ailleurs , et , dans quelques rues , les maisons sont presque abandonnées. La population de Villa Rica qui s'est élevée autrefois jusqu'à 20 mille âmes, est réduite aujourd'hui à environ 8 mille, et cette ville serait bien plus déserte encore, si elle n'était la capitale de la province , le chef-lieu de l'administration, et la résidence d'un régiment1.
Villa Rica a si peu de régularité , qu'il est extréme-
neiro , par le 200 25' 3o" lat. , et 334° 2' 12" de long. (Mem. hist., vol. VIII, p. 2da, p. 87-93).
1 Villa Rica est non-seulement la capitale de la province, mais encore le chef-lieu d'une comarca qui se divise en deux termos , celui de la ville elle-même et celui de Marianna. Cette comarca, la plus petite des cinq qui forment la province , comprenait en i8i3, suivant d'Eschwege , 6,617 feux et 72,209 individus, c'est-à-dire environ la septième partie de la population totale des Mines ; du moins si nous admettons le nombre de zp3,o49 habitans > indiqué par d'Eschwege pour 1808.
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ment difficile d'en donner une idée très -exacte. Elle est bâtie sur une longue suite de mornes qui bordent le Rio d'Ouro Preto et qui en dessinent les sinuosités. Les uns sont plus avancés; d'autres reculés davantage forment des gorges assez profondes -, quelques-uns, trop à pic pour recevoir des habitations, ne présentent, au milieu de ceux qui les environnent , qu'une végétation assez maigre et de grandes excavations. Les maisons se trouvent ainsi disposées par groupes inégaux, et chacune est, pour ainsi dire, construite sur un plan différent. La plupart ont un petit jardin long et étroit, assez mal soigné. Ces jardins sont soutenus par une muraille peu élevée, presque toujours couverte d'une immense quantité de fougères, de graminées, de mousses, et le plus souvent ils forment les uns audessus des autres une suite de terrasses dont l'ensemble présente quelquefois une masse de verdure , telle qu'on n'en vit jamais dans nos climats tempérés. De ces maisons ainsi entremêlées de sommets arides et de touffes serrées de végétaux, il résulte des points de vue aussi variés que pittoresques; mais la couleur noirâtre du sol, celle des toits qui n'est guère moins obscure, le vert foncé des orangers et des cafiers trèsmultipliés dans les jardins , un ciel presque toujours nuageux, la stérilité des mornes où l'on n'a point bâti, communiquent au paysage un aspect sombre et mélancolique.
Pour faire connaître ces paysages singuliers, je vais tâcher d'esquisser celui que nous avions devant nous, lorsque , de la maison du baron d'Eschwege , nous
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jetions les yeux sur la ville. Cette maison, eomrae je l'ai dit, en était séparée par le Rio d'Ouro Preto. Un gazon d'un assez beau vert tapisse les espaces inégaux qui se trouvent compris entre la rivière et le bas des mornes sur lesquels est bâtie la ville. Ceux de ces derniers qui font exactement face à la maison de M. d'Eschwege , n'offrant pas une pente assez douce pour recevoir des habitations , sont restés couverts d'un gazon rare et grisâtre; une seule maison a été construite tout-à-fait : à leur pied, et ses murs, nouvellement reblanchis, contraitaient alors avec le vert foncé des orangers , des bananiers et des cafiers qui l'entourent , pressés les uns contre les autres. C'est vis-à-vis le côté gauche de ! la maison de M. d'Eschwege que sont situés deux des ! i groupes de maisons les plus considérables. Réunis à leur base, ils s'élèvent, en divergeant, sur la pente de deux mornes qui s'avancent dans le vallon du Rio d'Ouro Preto , et ils laissent entre eux , sur un plan un peu i i moins avancé , un espace triangulaire sans culture et sans habitation, oùle terrain bouleversé et dépouillé de verdure laisse voir partout les traces aflligeanles du travail des mineurs. Aucun des deux groupes ne parvient jusqu'au sommet des mornes-, celui-ci est resté nu, et ne présente qu'un sol rougeâtre etj presque dépourvu de végétation. Comme la disposition du terrain ne permet pas que deux maisons se trouvent sur le même plan , on les découvre pour la plupart en tout ou en partie. Le plus grand nombre, bâties en terre et mal entretenues, annoncent le peu d'aisance des habitans. La couleur brune des toits dont
les bords s'avancent bien au-delà des murailles grisâtres des maisons, et les jalousies d'un rouge foncé, ajoutent à ce que le paysage a de mélancolique 5 et quelques bâtimens, fraîchement reblanchis, font ressortir encore les couleurs sombres des maisons environnantes. Le groupe qui esta gauche, plus large que l'autre, offre un ensemble plus irrégulier, et s'élève au-dessus de l'église paroissiale d'Ouro Prelo qui présente un de ses côtés au cours de la rivière. Les maisons qui forment le groupe de la droite, rapprochées les unes des autres, ne laissent entre elles presque aucun intervalle -, chacune a un jardin qui forme sur le même pian qu'elle une terrasse étroite , et j'ai compté jusqu'à vingt -deux de ces terrasses qui s'élevaient en amphithéâtre les unes au-dessus des autres. Les fougères qui couvrent les murailles des terrasses masquent la couleur des pierres , et , mélangeant leur verdure aux teintes plus foncées des plantes cultivées dans les jardins, produisent un effet très-pittoresque 5 mais si ces parasites ' montrent la force de la végétation dans ces climats heureux , elles attestent en même temps la négligence de l'homme, et ajoutent à l'air d'abandon que présentent les habitations. Sur le côté du groupe que je viens de décrire, on voit l'église militaire bâtie sur une plate -forme, au-dessous d'une pente qui n'offre que des broussailles entremêlées de quelques rochers noirâtres. Un peu plus loin que le
1 Je n'ai pas besoin de dire que ce mot n'est pas pris ici dans le sens qu'y attachent les naturalistes.
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groupe de la gauche , eu est uu autre que couronne une église, et au-dessus duquel s'élèvent, sur un autre plan, des hauteurs arides qui ont été bouleversées par les mineurs. On voit au-delà quelques terres cultivées et des bouquets d1 araucaria; enfin des montagnes élevées, en décrivant un demi-cercle, bornent cet ho- 1 rizon très - rapproché , et semblent séparer le bassin étroit qu'elles renferment , du reste de l'univers.
On compte à Villa Rica quinze ou seize chapelles ■ j et deuxr églises paroissiales , l'une dédiée à Notre-Dame ; du Pilier (Nossa Senhora do Pilar, Piz.) et connue1 sous le nom à' Antonio Dias son fondateur; l'autre, \ bâtie sous l'invocation de Notre-Dame de la Conception (Nossa Senhora da Conceiçâo , Piz.), et appelée généralement l'église du Rio d'Ouro Preto, à cause de la rivière auprès de laquelle elle est située.
L'église d'Ouro Preto a une longueur d'environ cinquante- cinq pas, depuis la porte d'entrée jusqu'au maître-autel-, elle est fort ancienne et m'a paru ne pas être d'une grande solidité. Moins éclairée «que ne sont en général les églises plus modernes, elle est d'ail-
1 Par le mot chapelle, capella, il faut entendre tous les temples qui ne sont pas des églises paroissiales. Pizarro donne la liste de dix - huit capellas ; mais on peut, ce me semble, soupçonner qu'il a fait un double emploi; car après avoir nommé , entre autres , la chapelle de Nossa Senhora do Rosario do Taquaral , il termine son catalogue de la manière suivante : A de S. Sebastiâo e as très do titulo de Nossa Senhora do Rosario no Ouro Preto, no Alto da Cruz e no sitio denominado do Padre Faria.
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leurs extrêmement jolie. La forme de la nef est elliptique ; et à chacun de ses deux côtés , sont adossés trois autels fort ornés et chargés de dorures. Ces autels sont séparés par des pilastres d'ordre corinthien et voilés, hors du temps des offices, par des rideaux de damas cramoisi. A peu de distance d'eux , une balustrade de jacaranda fait, suivant l'usage, le tour de la nef. Au-dessus de la porte d'entrée et des autels latéraux, règne une tribune qui s'arrête , des deux côtés , à l'entrée du sanctuaire ou chapelle majeure. Les peintures du plafond et des autres parties de l'église sont passables et infiniment supérieures à celles des autres temples qu'on voit dans la province. A l'époque où fut construite l'église d'Ouro Preto , les mineurs trèsopulens auront pu appeler du Portugal des ouvriers et des artistes; devenus moins riches , ils se seront contentés des peintres de leur pays qui, souvent doués d'un génie naturel , restent pourtant de misérables barbouilleurs , parce qu'ils n'ont point de maîtres et qu'ils ne voient jamais de bons modèles. Sur les côtés du sanctuaire de l'église d'Ouro Preto , on voit , à une certaine hauteur, des tableaux supportables qui représentent les quatre Évangélistes : ceux qui étaient plus bas avaient probablement été détruits ; une main moderne s'est avisée de les remplacer par les quatre Saisons faites, comme toutes les peintures actuelles, à grands coups de pinceau et avec des couleurs grossières.
L'église paroissiale d1 Antonio Dias, bâtie dans la partie la plus élevée de la ville, a environ la même
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longueur que celle cTOuro Preto : elle est mieux éclairée, mais ses dorures sont moins fraîches, ses peintures beaucoup plus grossières, et sa forme moins agréable. De chaque côté de la nef, sont quatre autels; et, suivant l'usage, les deux plus voisins du sanctuaire sont placés obliquement. Des pilastres dorés séparent ces autels qui, hors du temps des offices, restent cachés par des rideaux de damas cramoisi. Au-dessus delà porte d'entrée, est une tribune, et sur l'un des côtés de cette tribune, on voit un très -petit buffet d'orgues.
L'édifice le plus considérable que renferme Villa Rica est l'hôtel du gouverneur, auquel on donne le nom pompeux depalacio, et qui estsitué sur une place irrégulière dans un des endroits les plus élevés de la ville. Ce prétendu palais présente une masse de bâtimens fort lourds et d'un mauvais goût, dont la forme est celle d'un carré long, et à laquelle on a voulu donner quelque ressemblance avec un château -fort La principale façade, celle par où l'on entre, est formée par un des grands côtés du bâtiment, et présente un corps de logis et deux ailes fort peu saillantes. Cette façade donne sur une terrasse très -étroite qui domine la caserne , un des petits côtés du bâtiment fait face à la place; ce côté présente aussi un corps de logis avec deux ailes extrêmement courtes, et il s'élève également sur une terrasse très - étroite qui s'avance sur la place en manière de bastion. Quelques petites pièces d'artillerie que l'on a fait venir avec beaucoup de peine à travers les montagnes, ont été
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placées sur cette dernière terrasse. L'intérieur du palais offre une suite d'appartemens élevés et très-vastes, mais aussi peu meublés que le sont en général ceux des anciennes maisons portugaises. Les murs y sont entièrement nus 5 il n'y a de peints que les corniches et les lambris, et encore le sont -ils fort grossièrement \ Le local consacré à la fonte de l'or en poudre, fait partie du palais.
La place dont j'ai déjà parlé forme un carré long, peu régulier, dont le palais occupe un des côtés étroits. Vis-à-vis cet édifice est l'hôtel -de -ville (casa da camara), bâtiment d'un assez bon goût, auquel on monte par un perron et qui est couronné par une balustrade à l'italienne. Il est fâcheux que ce bâtiment ne soit pas achevé, et qu'il ne fasse pas exactement face au palais. Suivant l'usage du pays, une partie de l'hôtel- de-ville sert de prison.
En face de la principale entrée du palais se trouve, comme je l'ai dit, la caserne, qui ne présente rien de remarquable ; ce sont simplement des bâtimens à un seul étage, disposés autour d'une cour dont la forme est celle d'un carré long. A peu de distance de la caserne, on voit l'église militaire, bâtie sur une plateforme, d'où l'on découvre une fort belle vue.
1 Pizarro dit de ce palais qu'il est magnifique. On sent qu'il parle ainsi , parce que sans doute il n'a pas eu d'objets de comparaison. Ce ne sont pas , au reste, des jugemens sur les objets d'art qu'il faut chercher dans les Me/norias historié as , etc., livre d'ailleurs extrêmement estimable.