‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 18 sur 54 · MARIANNA · texte numérisé non relu

MARIANNA

Départ de Villa Rica. — Passe-port. — Chemin de Villa Rica à Marianna, végétation ; gamelleiros . — Village de Passagem ; aqueducs rustiques. — Marianna; sa situation; ses rues; ses places; palais épiscopal; séminaire ; fontaines ; maisons ; végétation des environs de Marianna ; denrées ; mines ; commerce.

Au bout d'une quinzaine de jours, nous songeâmes à quitter Villa Rica, et nous prîmes congé du gouver neur, qui nous avait comblés de politesses et de marques d'intérêt. Il m'offrit de me donner un soldat pour m'accompagner dans le reste de la province, et montrer aux habitans du pays que je voyageais sous la pro tection spéciale du gouvernement. Mais j'allais parcourir une contrée paisible et hospitalière 5 je crus que la délicatesse ne me permettait pas d'accepter cette offre , qui d'ailleurs excita toute ma reconnaissance. Le gouverneur ne s'en tint pas à cette marque de bonté; au moment de mon départ, je reçus de lui un passeport qui m'accordait les prérogatives les plus étendues. Ce passe-port m'épargna les visites des registros, et m'exempta des droits que l'on paie aux passages des rivières. D'ailleurs, excepté dans deux occasions ex-

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traordinaires, je ne le montrai, pendant quinze mois, à aucun particulier -, et si , durant le cours de mes voyages, j'ai été traité par les habitans du pays avec tant de bienveillance et d'hospitalité, je n'en suis redevable qu'à eux-mêmes.

Le lendemain de notre arrivée à Villa Rica, notre compagnon de voyage, M. Antonio Ildefonso Gomes, s'était séparé de nous pour se rendre dans sa famille à S. Miguel de Mato dentro. Nous quittâmes Villa Rica avec l'intention d'aller le rejoindre, et, jusqu'au village de Catas Altas , nous suivîmes la grande route qui conduit de Villa Rica à Villa do Principe et au District des Diamans.

Jusqu'à Marianna , qui est située à deux lieues de Villa Rica, cette route va toujours en descendant; elle est fort belle, du moins pour le pays, et, ce qui mérite d'être cité, on a eu soin de la paver dans le voisinage de Marianna. On suit d'abord à mi-côte les mornes qui dominent du côté de l'ouest la vallée où coule la rivière d'Ouro Preto, et tant que l'on décou^ vre une partie de la ville, on jouit toujours de ces points de vue pittoresques qu'elle présente de quelque côté qu'on l'aperçoive. Le terrain ne descend point par une pente douce jusqu'au bord du Rio d'Ouro Preto-, mais, presque partout, cette rivière est encaissée entre des rochers noirâtres et à pic. Quelques maisonnettes, bâties vers le fond de la vallée et entourées de bananiers épais , jettent de la variété dans le paysage -, mais elles ne lui ôtent rien de son aspect austère et sauvage. Quand Villa Rica a disparu aux yeux du voyageur, ce qui ar-

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rive bientôt, il ne voit de tous côtés que des mornes stériles. Ceux que nous traversions étaient couverts en grande partie de la composée appelée carqueja et des tiges visqueuses du matapasto, autre composée dont l'odeur forte éloigne les bestiaux, et qui, s'emparant, comme notre gentiane jaune , de terrains considérables , les rend entièrement inutiles. Dans le voisi nage de Marianna, c'est une autre plante qui domine sur les mornes; une éricacée , dont le fruit est succulent, et qui, par ses feuilles blanches en dessous et d'un vert foncé à la surface supérieure , communique aux pâturages une teinte particulière.

De distance à autre, on a planté sur le bord de la route quelques-uns de ces figuiers sauvages connus dans le pays sous le nom de gamelleiros. Ces arbres viennent de boutures; une simple branche, enfoncée dans la terre sans aucun soin, végète avec promptitude, et donne bientôt un assez bel ombrage. On ne saurait sans doute tirer un grand parti pour les arts du bois très -tendre de ces mêmes arbres-, cependant la rapi dite de leur croissance , le peu de travail qu'exige leur plantation , l'utilité de l'ombrage dans un pays aussi chaud, le besoin de bois de chauffage qui, dans bien des endroits , se fait déjà sentir, sont autant de motifs qui devraient engager l'administration à faire planter des gamelleiros sur le bord des chemins dans les parties découvertes de la province.

Peu de temps après avoir quitté Villa Rica, on voit près de la route une fontaine d'eau minérale légèrement ferrugineuse. Les mornes sur lesquels on a tracé

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le chemin, ont élé, dans beaucoup d'endroits, creusés à leur surface parles mineurs, et, dans le voisinage de Villa Rica, on aperçoit, de distance en distance, l'entrée des galeries qu'ils ont pratiquées autrefois dans les entrailles de la terre. Quelques-unes de ces galeries n'avaient été que commencées, et elles forment des grottes tapissées de mousses et de fougères, où l'eau, qui s'échappe de tous côtés, entretient la fraîcheur.

A environ une demi-lieue de Marianna, on traverse Passagem , village de peu d'importance situé sur la pente des mornes, et qui a une chapelle dépendante de la paroisse de Marianna. A Passagem , le Rio d'Ouro Preto, qui, cojnme je l'ai dit, a long- temps coulé à l'est du chemin , le traverse avec rapidité -, il se cache ensuite derrière des mornes qui sont à l'ouest de la route, et il ne reparaît plus qu'à l'extrémité de la ville de Marianna.

Au - delà de Passagem , je remarquai un de ces aqueducs rustiques que les mineurs construisent pour amener l'eau, souvent de fort loin , jusqu'à leurs lavages. Ces aqueducs , qui consistent simplement en des conduits de bois découverts et soutenus par de longues perches , forment quelquefois , comme celui de Passagem, de très-larges courbures , et produisent dans le paysage un effet assez pittoresque.

Il ne nous fallutque deux heures de temps pour arriver à Marianna, et les premiers babitans mettaient cinq jours à faire ce voyage, lorsque le pays était encore couvert de forêts vierges, et qu'on était obligé de suivre, à travers les rochers et d'épaisses broussailles,

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toutes les sinuosités que le Rio d'Ouro Preto décrit dans son cours x .

Immédiatement avant d'entrer à Marianna, on passe auprès d'une église bâtie isolément sur le sommet d'ur morne qui domine presque toute la ville, et qui luimême est dominé par d'autres mornes plus élevés Cette église n'est point achevée; mais, par cela même elle produit dans le paysage un effet plus pittoresque De ce point, Marianna semble, par une illusion d'op tique, s'étendresur le bord d'un ruisseau dans une petit* plaine environnée de montagnes ; mais il n'en est pa ainsi. Cette ville presque entière est bâtie sur le som met et sur le côté oriental d'une colline très -basse étroite et allongée, qui s'étend du midi au nord e diminue insensiblement de hauteur jusqu'à son extré mité. Deux ruisseaux qui sont loin de remplir toutleu lit, coulent parallèlement aux flancs de la colline su un sable ferrugineux et noirâtre. L'un baigne le côt

1 Des mines furent découvertes , en i 700 , dans le Ribcira de Carmo par le pauliste Joao Lopes de Lima, et , dès 1711,! gouverneur Albuquerque trouva, sur le bord de ce ruisseau une population assez considérable pour ériger en ville la réu nion des maisons qu'elle s'était bâties. Cette ville fut nom mée d'abord Villa Leal de Nossa Senhora do Carmo; mais en 1 745 , on en fit le siège d'un évêché , on l'éleva au rang <3 cité (cîdade) , et l'on changea son nom pour celui de Mariann que portait la reine alors régnante, Marianne d'Autriche femme de Jean V. La population actuelle de Marianna s'é lève à 5,i3o individus. Mein. hist., vol. VIII , p. 2da , p. 7* — Corog. Bras. } I, p. 371.

orientale, et porte le nom de Ribeirâo do Seminario, parce que le séminaire est bâti sur ses bords -, l'autre coule du côté de l'occident et s'appelle Ribeirâo do Catete. Un troisième ruisseau, celui d'Ouro Preto, qui vient de Villa Rica et prend ici le nom de Ribeirâo do Carmo *, passe, comme je l'ai déjà dit, du côté de l'ouest, derrière un morne assez élevé parallèle à la ville ; formant un coude, il coule un instant perpendiculairement à l'extrémité septentrionale de cette dernière, et, après avoir reçu les eaux rougeâtres des ruisseaux de Catete et do Seminario, il reprend son cours dans la direction du midi au nord. Ainsi Marianna est réellement bâtie dans une presqu'île. Cependant, hors de cette presqu'île, il existe encore deux groupes de maisons dont le principal est situé sur le morne qui se trouve entre le Ribeirâo do Carmo et celui de Catete , et pour établir une communication entre ce morne et la ville, on a construit sur le dernier des deux ruisseaux un pont en pierre , et à une seule arche. Des mornes assez élevés , jadis couverts de bois et aujourd'hui de maigres pâturages , dominent la ville de tous les côtés , et offrent dans plusieurs endroits les traces du travail des mineurs.

La ville de Marianna est traversée par des rues longitudinales, qui coupent d'autres rues obliques relativement aux premières, et à peu près parallèles entre elles. Les rues longitudinales, qui suivent la crête de la colline,

1 C'est ce ruisseau qu'un voyageur anglais appelle Rio del Carmen.

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