TOME I. II
i62 VOYAGE
vont en descendant d'une manière insensible; les transversales s'étendent sur le flanc de la colline par une pente un peu raide. Toutes sont passablement pavées $ elles sont en général droites et assez larges, principalement les deux rues longitudinales appelées rua Direita et rua das Cortes. La première aboutit à la place dite da Cadea (place de la prison), et l'autre à celle appelée das Cavalhadas (place des tournois).
C'est au milieu de la place da Cadea qu'est la colonne surmontée d'une sphère dorée qui indique que la ville est le chef-lieu d'une justice. Cette place est petite et carrée. Un de ses côtés est formé par l'hôtel de ville {casa da camara) , bâtiment peu considérable, mais régulier et bien entretenu, qui comprend la prison ; deux des autres côtés sont occupés par autant d'églises. La place dite das Cavalhadas présente un carré allongé et est couverte de gazon ; c'est là que dans les réjouissances publiques se font les courses à cheval et les tournois.
La ville de Marianna forme une seule paroisse ; mais on y compte neuf églises , y compris la cathédrale.
Le palais épiscopal est situé hors de la ville. C'est un bâtiment fort long qui n'a rien de remarquable, et qui présente , du côté de l'intérieur, un corps de logis et deux ailes. On m'en avait beaucoup vanté le jardin , et effectivement , des hauteurs voisines , il me parut dessiné avec régularité , plus grand et mieux soigné que tous ceux que j'ai vus dans le reste de la province. En passant, au retour de mon voyage, devant Tévéché de
AU BRÉSIL, i63
Marianna , j'aperçus deux prêtres à une croisée ; je m'avançai , et demandai à l'un d'eux la permission d'entrer dans le jardin. Il me renvoya à l'autre prêtre, et celui-ci me dit, d'une manière peu honnête, que la permission sollicitée ne pouvait m'être accordée que par le vicaire général, qui, depuis la mort du dernier évêque , gouvernait le diocèse. Comme j'avais déjà vu le jardin des hauteurs qui le dominent, je jugeai qu'il ne méritait pas la peine que je fisse cette démarche, et je me retirai, témoignant ma surprise de ce qu'on faisait une si grande affaire de si peu de chose, et regrettant, je l'avoue, de ne point avoir sur moi mon passe -port pour opposer l'autorité du gouverneur à l'impolitesse de ces messieurs. C'est , au reste, le seul refus de ce genre que j'aie essuyé pendant les voyages de vingt- deux mois que j'ai faits dans la province des Mines , et j'y ai été reçu par les ecclésiastiques en particulier de la manière la plus aimable.
Auprès du palais épiscopal et sur la rive droite du Ribeirâo do Seminario , on voit les bâtimens de l'ancien séminaire. Ils forment un carré long fort irrégulier, et sont très- considérables-, mais comme on les a négligés depuis plusieurs années, ils menacent ruine de tous les côtés. Le séminaire de Marianna avait été fondé par quelques riches mineurs , qui désiraient donner de l'éducation à leurs enfans , sans les envoyer en Europe. On avait attaché à cet établissement des terres et des esclaves, et rien n'avait été négligé pour le rendre digne du but que l'on se proposait. Si , parmi les
propriétaires d'un certain âge qui habitent les campagnes des comarcas de Sabara et de Villa Rica , on trouve autant d'hommes polis et doués de quelque instruction , on le doit en grande partie à l'éducation qu'ils ont reçue au séminaire deMarianna. Cependant les terres que possédait cet établissement s'épuisèrent l , et les esclaves moururent ; les mineurs , deve- ! nus moins riches , n'étaient plus en état de faire de ; nouveaux sacrifices, et l'on cessa d'avoir les moyens de payer des professeurs habiles. C'est alors que les autorités ecclésiastiques et civiles devaient se réunir pour venir au secours d'un établissement aussi avantageux pour la province, et qui, déjà formé, n'avait besoin que d'être soutenu-, mais, pour cela, il eût été nécessaire non- seulement d'être animé de l'amour du bien public , mais encore il aurait fallu déployer quelque activité, savoir former un plan, le suivre avec persévérance, et déjouer les petites intrigues qui, aui Brésil plus qu'ailleurs , s'opposent aux entreprises utiles. On trouva plus commode de fermer le séminaire et de le laisser tomber \
Marianna possède plusieurs fontaines ; mais elles n'ont absolument rien de remarquable.
Les maisons de cette ville, dont le nombre s'élève à
1 Voyez ce que je dis chapitre IX sur le système d'agriculture adopté par les Brésiliens.
a C'est donc à tort que des voyageurs et un historien ont écrit que cet établissement remplissait encore sa destination en 1817 et 1822.
AU BRESIL. i65
environ 5oo , paraissent généralement mieux entretenues que celles de Villa Rica; elles sont beaucoup moins tristes, et les toits n'avancent pas autant au-delà des murailles.
Depuis Mantiqueira, nous avions toujours voyagé sur la grande chaîne occidentale ou à son couchant1; mais à Marianna , nous nous retrouvions à Test de cette chaîne. Malgré le peu de distance qu'il y a de la capitale de la province à Marianna , cette dernière ville est cependant beaucoup moins élevée au-dessus du niveau de la mer 3 ; aussi plusieurs fruits , tels que les ananas , qui réussissent mal à Villa Rica, mûrissent-ils très-bien à Marianna. Nous revîmes près de cette ville les cecropia (vulgairement imbauba) , que nous n'avions pas aperçus depuis Juiz de Fora , et le gervâo (verbena ]amaicensis9 L.) que je ne me rappelle pas d'avoir rencontrée aux alentours de Villa Rica.
Les mornes qui avoisinent Marianna sont stériles et incultes, et les denrées qui se consomment dans cette ville viennent d'une distance assez grande. Comme les forêts qui jadis entouraient la ville ont été détruites , les nègres vont chercher assez loin le bois dont les habitans ont besoin, et, apporté à dos d'hommes, il doit naturellement se vendre cher.
Aujourd'hui il n'y a plus guère autour de Marianna
1 Serra do Espinhaco , Esehw.
2 Suivant d'Eschwege , le palais de Villa Rica est élevé de 63o toises au-dessus de l'Océan , et Marianna de 398 1/2 toises.
que quatre mines en exploitation ; mais les gens pauvres vont chercher dans le lit des ruisseaux les parcelles d'or que les eaux entraînent avec elles.
Le commerce de cette ville se borne à une consommation intérieure 5 Ton n'y compte qu'un petit nombre de boutiques, et à peine deux ou trois marchands riches.
>.î»>.î»i»^tg»»^^»^»S*^«0»^»>'C«^<«^«<««««<«^«c5«<««S'<«<««3