TOME I
manière d'amener l'eau dans les lieux où le lavage de l'or la rend nécessaire. D'ailleurs, Fart d'exploiter les mines n'est chez eux qu'une routine imparfaite et aveugle, et il n'existe dans leur pays aucune école où ils puissent acquérir les connaissances qui leur seraient si nécessaires. Sans prévoyance pour l'avenir, ils jettent dans les vallées la terre des montagnes; ils recouvrent avec les débris des lavages, des terrains qui n'ont point encore été exploités, et qui euxmêmes contiennent une grande quantité d'or; ils encombrent le lit des rivières de sable et de cailloux, et souvent ils compromettent l'existence de leurs esclaves.
On distingue en général, au Brésil, deux modes principaux de minérations > mot qui indique l'exploitation des mines d'or, considérée d'après la nature de leur gisement. Ces deux modes sont : la minération de montagne (inineracâo de morro) , et la minération de cascalho (mineraçdo de cascalho). Toute minière en exploitation se désigne sous le nom de lavra, et l'on peut distinguer les lavras d'après ! leur mode de minération.
Quand il s'agit de la minération de montagne, c'està-dire lorsque For n'est pas encore sorti de son gisement naturel (Eschw. ), les mineurs, dans leur langage, reconnaissent deux sortes de formations , celle de sable (formaçâo de area) , et celle de pierre (formaçâo de pedrà) , suivant que le métal précieux se trouve renfermé dans des matières divisées ou compactes, quelle que soit d'ailleurs la nature de ces matières.
L'or se rencontre, soit à la surface, soit dans Fin-
térieur des mornes, tantôt en poudre, en grains oii en paillettes, tantôt en lames peu épaisses, et plus ou moins grandes, très- rarement en morceaux d'un volume considérable. L'or est, ou disséminé dans sa matrice, ou disposé en veines ou filons. Cette matrice est très- ordinairement du fer, et la poudre fine à laquelle celui-ci se trouve souvent réduit porte le nom d* esmeril * . Les veines ou filons reposent sur un lit appelé piçarra, qui quelquefois contient lui-même une poudre d'or extrêmement fine, aisément emportée par l'eau.
Deux méthodes sont mises en usage pour extraire des montagnes les substances aurifères : l'une, qu'on appelle la minération de talho aberto* (travail à ciel ouvert) , consiste à couper les mornes perpendiculairement au sol, jusqu'à ce que l'on arrive à l'or qu'ils contiennent dans leur sein. Ouvrir des galeries, afin de suivre les filons dans l'intérieur des montagnes, constitue la seconde méthode appelée mineraçâo de mina. On pourra être tenté de faire aux mineurs brésiliens un reproche d'employer le travail à ciel ouvert ; mais on doit considérer que, dans certaines localités, le manque de bois ne leur permet pas de creuser des voûtes souterraines, qu'il faudrait, pour la sûreté des travailleurs, soutenir avec des étais.
Lorsque les matières compactes qui renferment de l'or ont été extraites de la minière, il est nécessaire
1 Eisenglantz , Spix et Mart.
* Et non talha aberta, comme on l'a écrit.
de les briser, avant d'exécuter l'opération du lavage. J'ai vu employer à cet effet deux procédés différens, dont l'un consiste à faire écraser le minerai par des esclaves armés de masses de fer, et l'autre à le soumettre à des bocards analogues à ceux qui sont en usage chez les Européens.
Dans la minière de la montagne à'Itabira de Mato dentro, on brisait, avec des masses de fer, les matières compactes qui renfermaient For. On recueillait ensuite les fragmens qu'on avait obtenus , et on les mettait dans une grande sébile carrée, où l'on versait de l'eau. Deux nègres étaient assis par terre, et chacun avait entre les jambes une partie de la sébile. Dans celle-ci étaient deux gros morceaux de fer immobiles : chaque nègre en tenait un autre, et entre ce dernier et celui des deux morceaux immobiles qui était devant lui, il usait les fragmens mouillés de minerai, jusqu'à ce qu'il les eût réduits en une espèce de pâte destinée à être soumise à l'opération du lavage.
Les mineurs se servent de trois outils principaux , Xalavanca, le cavadeira et Yalmocafre. Ualavanca est une barre de fer d'environ trois à quatre pieds de longueur, terminée d'un côté par un coin, et de l'autre par un pic en pyramide quadrangulaire : l'extrémité en forme de coin sert à détacher le minerai lorsqu'il est tendre, et l'autre s'emploie quand il est dur. Le cavadeira est une langue de fer droite, tranchante à l'extrémité, et d'environ trois ou quatre pouces de large : on en fait usage pour creuser la terre à la partie supérieure des galeries et la préparer
à recevoir les revêtemens à mesure qu'on avance dans la mine. Enfin , on désigne sous le nom d' almoeajre une pioche aplatie et courbée, dont la largeur diminue de la base à l'extrémité qui est arrondie : les mineurs s'en servent pour rassembler le minerai et le mettre dans les sébiles (carumbé) destinées à le transporter. On ne connaît point la pelle, avec laquelle on se donnerait moins de peine en perdant moins de temps.
Le carumbé1 est une sébile d'environ deux pieds de diamètre qui a la forme d'un cône tronqué et renversé. Nous verrons plus tard qu'on se sert pour terminer l'opération du lavage, d'une autre espèce de sébile, qu'on distingue sous le nom de batea% , et qui ne diffère du carumbé que parce qu'un homme a de la peine à l'embrasser. L'une et l'autre se font le plus ordinairement avec le bois rouge et odorant appelé cedro (cedrela).
Sous le nom de cascalho, les mineurs désignent un mélange de cailloux et de sable qui renferme des parcelles d'or3. Disposé en couche, ce mélange repose, comme les filons des montagnes, sur un lit de piçarra.
1 Ce mot, dans le langage des Indiens, signifie écaille de tortue.
3 C'est à tort que des savans allemands ont constamment écrit paten. Il ne faut non plus ni garombc , ni almocafes , ni midinete pour bolinete.
3 Ce mot cascalho , en portugais, signifie proprement cailloux mêlés de sable. Les mineurs l'appliquent encore aux: cailloux qui ont été lavés.
Le cascalho ne se trouve jamais au sommet des montagnes, ni dans leur intérieur, et doit être considéré comme un dépôt d'alluvion \ Il existe à une certaine profondeur, au pied des mornes, dans les endroits plats et sur le bord des rivières 5 enfin on le trouve dans le lit même de ces dernières.
Le cascalho du lit des rivières, auquel on donne le nom de cascalho de veto de rio, a été le plus souvent enfoui sous des terres meubles , qui quelquefois peut-être ont été amenées par des causes naturelles, mais qui bien plus ordinairement ne sont que le résidu des lavages. Ainsi, à Villa Rica, où les travaux des mineurs ont été si multipliés , le cascalho du Rio d'Ouro Preto ne se trouve pas à moins de cinquante palmes de profondeur, et souvent cette précieuse couche a été tellement recouverte qu'on ne peut guère espérer de rentrer dans les frais qu'il faudrait faire pour arriver jusqu'à elle.
On appelle cascalho de tablette {cascalho de tàboleiro) celui qui se trouve dans les terrains plats et sur le bord des rivières. Son nom rappelle le peu d'épaisseur de sa couche et sa position horizontale. La profondeur à laquelle on le rencontre varie de trois à cinquante palmes.
1 Un homme instruit , auquel j'aurai l'occasion de donner de justes éloges, a distingué le cascalho de montagne et le cascalho de rivière. Comme il décrit son cascalho de montagne, tel qu'est réellement le gurgulho des gupiaras (V. plus bas, p. 2Ô2), il est assez clair qu'il n'avait pas, lorsqu'il a écrit % cette idée nette des objets qu'il a dû acquérir depuis.
La troisième espèce de cascalho, qui, comme nous l'avons dit, se trouve au pied des mornes, y forme des couches inclinées plus larges au sommet qu'à la base. On désigne ce cascalho parle mot de gupiara, à cause de la ressemblance qu'offrent la forme et la position de sa couche avec les véritables gupiaras , petits toits triangulaires qui s'avancent au-dessus du pignon des maisons *.
Des trois diverses positions qu'affecte le cascalho doivent naturellement résulter des nuances dans le mode de minération. Le simple amoncellement des sables aurifères constitue la minération du cascalho de vejo de rio. Celle de taboleiro consiste à enlever la terre qui recouvre la couche aurifère pour extraire ensuite les sables caillouteux dont elle est formée. Dans la minération de gupiara, on se borne à mettre à nu la surface de la terre aurifère, en la disposant de manière à pouvoir opérer en place une partie du lavage \
Le lavage est la seule méthode que les Brésiliens mettent en usage pour séparer l'or des matières avec
1 Voyez ce qui est dit p. 252 sur le gurgulho des gupiaras.
2 Les premiers mineurs ne connurent que le travail des rivières et des terrains qui les avoisinent. Ils faisaient des excavations carrées auxquelles ils donnaient le nom de catas , mot qui signifie proprement recherche , et ils creusaient jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au cascalho; ils enlevaient celuici avec Yalavanca et Yalmocafre, et le lavaient dans des hateas. (V. South. , Hist. of Braz. , III, p. 53; et Piz. , Mem. , vol. VIII, p. 2da, p. 25 1.)
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lesquelles il se trouve mêlé, quelle que soit d'ailleurs la nature de ces matières. Leurs procédés, peu nombreux, fondés sur la pesanteur spécifique de For et sa ténuité habituelle, consistent, comme on le verra, à faire entraîner par l'eau les substances qui accompagnent le précieux métal, tontes moins pesantes ou plus volumineuses que lui.
On peut distinguer trois temps dans l'opération du lavage. i° On sépare l'or des substances les plus grossières par l'action d'un courant d'eau, et on parvient à ce résultat par diverses nuances de procédés, que nous ferons connaître avec quelque détail , en offrant la description particulière de chaque espèce de lavra. i° Lorsque le produit de cette première opération est en assez grande quantité, on l'enlève des canaux dans lesquels il se trouve placé , après l'avoir lavé de nouveau par le même courant d'eau- c'est là ce qu'on appelle apurar as canons. 3° Enfin , on place dans une batea ce qui reste des opérations précédentes, et là , par un dernier lavage , on débarrasse l'or de toutes les substances qui lui sont étrangères.
Les seuls esclaves sont employés dans les grandes exploitations -, les hommes libres n'y ont d'autres fonctions que celles de surveiller les esclaves.
Jusqu'ici j'ai exposé d'une manière générale tout ce qui se rapporte aux travaux des mineurs. J'achèverai de les faire connaître en présentant le tableau particulier des différens lavras.
Lorsque j'étais à Itajuni, j'allai avec M. Langsdorflf visiter les lavras de M. ***, qui sont de l'espèce de
ceux dits de <vejo de rio et de taboleiro. Ces exploitations étaient établies sur la rive droite du Percicaba. De tous les côtés la terre, dépouillée de verdure, présentait des' excavations profondes. Des cases à nègres, étroites, basses et couvertes de chaume, étaient dispersées au milieu des fouilles. Plus loin était un aqueduc en bois , élevé de quarante à cinquante pieds, qui, des montagnes de la rive gauche, amenait sur la rive droite l'eau nécessaire pour l'opération du lavage. Cet aqueduc, comme tous ceux du même genre que j'ai eu occasion d'observer dans ce pays , n'était autre chose qu'un conduit en bois , soutenu par de longues perches, et celles-ci servaient en même temps à appuyer un pont qui traversait la rivière. Dans cette localité, et probablement dans beaucoup d'autres, quand les eaux sont basses, on se livre à l'extraction du cascalho, et on l'amoncelle pour le laver ensuite dans la saison où les eaux deviennent abondantes. C'est à ce dernier travail que l'on était occupé lorsque nous arrivâmes. Des nègres allaient à la suite les uns des autres prendre avec leur carumbé le sable destiné à être lavé, et ils le portaient sur leur tête à peu de distance du courant d'eau où se commençait le lavage. Il se faisait ici par un procédé généralement en usage dans tous les lavras où le premier temps de l'opération ne s'exécute pas sur le terrain même.
Dans ces lavras , on dirige un courant d'eau sur des conduits ouverts (canoas), dont la longueur totale est de trente à quarante pieds et la largeur de deux. Non -seulement on donne à ces conduits une
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grande inclinaison ; mais encore , pour augmenter la rapidité de l'eau, on les divise en trois ou quatre portions {bolinetes) , formées par trois planches, dont Tune fait le fond et les deux autres les côtés. Ces bolinetes, placées sur trois ou quatre plans différens, à deux palmes ou deux palmes et demie les unes audessous des autres , produisent trois ou quatre petites chutes d'eau. On jette le cascalho à l'origine des conduits; des nègres le remuent avec la main ou avec Y almocafre , en le repoussant toujours vers la partie supérieure des bolinetes, et en même temps ils ôtent les cailloux qui encombreraient ces dernières. Les eaux entraînent le sable et les parties hétérogènes mêlées avec l'or. Celui-ci s'amoncelle à l'origine des bolinetes, encore mélangé avec du sable fin ; et les parcelles d'or qui s'échappent sont retenues par des cuirs de bœuf de deux pieds en carré, couverts de leurs poils et placés à l'extrémité de la dernière bolinete. Quand les cuirs sont suffisamment parsemés d'or, on les enlève, et un nègre, debout dans une citerne où il a de l'eau jusqu'à la ceinture, lave chacun d'eux dans une batea. Il sépare à l'instant même For du sable qui y est encore mêlé, et les parcelles de métal qui s'échappent de la batea se retrouvent au fond de la citerne.
L'or amoncelé à l'origine des conduits se lave d'abord sur place. Cette opération, appelée apuration (apuraçâo) , ne se fait pas à mesure que l'or se ramasse; elle n'a lieu qu'à des époques déterminées. Dans quelques endroits où For est fort abondant, Fapurationse
fait tous les jours ; dans d'autres, elle ne se fait que toutes les semaines, et c'est ordinairement le samedi que Fou consacre à ce travail. Au moment de Fapuration , on ne porte plus de cascalho dans les conduits \ on remue celui qui s'y trouve encore, jusqu'à ce que l'eau l'ait réduit à la quantité qui peut remplir deux carumbés , et l'on fait alors le lavage à la batea. Dans l'intervalle qui s'écoule d'une apuration à l'autre, on a soin de faire garder les conduits pour empêcher les vols.
Il est clair que les procédés qui viennent d'être détaillés sont susceptibles de perfectionnemens faciles. D'abord , au lieu d'employer un grand nombre de nègres à transporter sur leur tête une quantité de terre extrêmement petite, on pourrait se servir de brouettes, machine dont l'usage est presque totalement inconnu dans ce pays \ Nous communiquâmes cette observation au propriétaire du lavra que nous visitions près Itajuru, et il nous objecta la coutume. Nous lui fîmes aussi observer que, par l'extrême rapidité avec laquelle l'eau s'écoule sur le cascalho, elle devait entraîner beaucoup d'or au-delà des cuirs, et nous lui proposâmes de vérifier ce que nous avancions, en faisant laver un carumbé de sable pris au bas du conduit. M. *¥¥ se rejeta encore sur la coutume, et refusa de faire l'expérience proposée.
Quelque imparfait que puisse être le mode de lavage employé aujourd'hui dans l'intérieur du Brésil, je ne sache pas qu'aucune autre personne que le baron
1 Je les ai vues en usage uniquement à Ilabira.
d'Eschwege ait tenté de le perfectionner. Chez lui, on déposait d'abord les terres aurifères sur uiîe sorte de claie disposée en pente et formée de petites planches parallèles qui, retenant les cailloux et le gros sable, laissaient assez d'intervalle entre elles pour que les parcelles d'or pussent s'échapper avec l'eau qu'on amenait sur la claie. Cette eau, chargée de terre et de parcelles d'or, s'écoulait dans une cuve où elle était agitée par des spatules en fer suspendues à une rouehorizontale qu'un courant d'eau faisait mouvoir. Les parties terreuses se délayaient dans l'eau, et l'or se» déposait au fond de la cuve. On faisait écouler cette* eau par une ouverture latérale, et on la dirigeait sur un plan incliné revêtu d'une étoffe de laine, sur la-, quelle s'arrêtait le peu d'or qui pouvait avoir échappé; à l'opération précédente.
Les différences qui existent entre les lavras de veyo de rio , dont'nous avons parlé plus haut, et ceux de gupiara, seront rendues plus sensibles par une description de ces derniers. Étant au Rancho de Mars al, près S. Joâo del Rey, j'allai avec mon hôte visiter laminière de gupiara qu'il faisait exploiter. Elle s'étendait en pente très- douce à peu de distance de l'habitation. Les parcelles d'or étaient éparses çà et là presque à la surface de la terre, et le cascalho qui se trouvait à huit ou dix palmes de profondeur contenait souvent moins d'or que les couches supérieures \
1 Les débris de roche encore anguleux, au milieu desquels on trouve l'or dans les lavras dits de gupiara, portent , eu portugais, le nom de gurgulho.
Pour exploiter ces terrains, quelle que soit d'ailleurs leur inclinaison on leur position, on commence par enlever le gazon dans un espace déterminé, en creusant des rigoles parallèles de trois ou quatre palmes de largeur ou davantage, suivant la quantité d'eau dont on peut disposer. A mesure que Ton creuse ces rigoles, on y fait tomber, de la partie supérieure du sol, un courant d'eau qui délaie la terre et l'entraîne , tandis que les parcelles d'or, plus pesantes , restent au fond de la rigole. Quand le même courant d'eau a ainsi passé successivement par toutes les rigoles, on revient à la première-, on la creuse plus profondément, on abat la partie supérieure des bords qui l'encaissent , et on y ramène le courant d'eau. On fait la même opération pour la seconde rigole , et ainsi de suite pour toutes les autres. Enfin on recommence à creuser de la même manière une troisième et une quatrième fois toutes les rigoles, et, lorsqu'on juge qu'il s'est amassé une quantité d'or suffisante , on fait X apuration. A cet effet, on dirige le courant d'eau vers une des rigoles que l'on a creusée de manière à former deux plans diiférens, et l'on obtient ainsi une petite chute. On porte au-dessous de l'eau , dans la batea, les terres qui se trouvent au fond des diverses rigoles, et on les lave à la manière ordinaire jusqu'à ce qu on les ait réduites à ne plus être que de Yesmeril. Alors on vide la batea dans un petit réservoir, et c'est là que se termine l'opération du lavage.
Ce qui précède suffira, je l'espère, pour donner une idée des lavras de cascalho. Je vais à présent
entrer dans quelques détails sur ceux de montagne Le colonel Antonio Thomas de Figueredo Neves chez lequel je m'étais arrêté à Santa Quiteria, possédai une exploitation à ciel ouvert. Un morne assez élev( avait été coupé à pic dans le milieu de son épaisseur et, par l'effet de ce travail , un intervalle d'une dizain* de pieds restait entre les deux parties séparées. Des nègres, pour ainsi dire suspendus à mi-côte sur une des deux faces coupées du morne, abattaient les terres qui se trouvaient immédiatement au-dessus de la portion de filon qu'on allait exploiter. Dans l'espèce de sentier qui se trouvait entre les deux parties séparées, des négresses brisaient, avec des masses de fer,: la terre quartzeuse aurifère. Le même sentier servait de lit à l'eau destinée au lavage; mais cette eau, qui s'échappait d'un réservoir placé au-dessus du morne, pouvait être retenue lorsqu'on interrompait le travail .{< Le sentier où était l'or, mêlé avec la terre qui lui ser-W vait de matrice, était disposé en pente très -oblique, et, pour augmenter la rapidité du courant, on avaiti] pratiqué , de distance en distance , des degrés qui for- i çaient l'eau à se précipiter. Celle-ci délayait et entraînait! les terres aurifères. A l'extrémité du courant était une espèce de claie étroite, placée sur un terrain plus bas,i et qui était formée par des barres de bois transversales,! arrangées à peu près à la manière de nos jalousies. Les cailloux restaient sur cette claie, ou même étaient rejetés plus loin par la force de l'eau -, un nègre enlevait avec la main les pierres que le courant n'avait point précipitées , et l'eau passait à travers la claie
avec l'or et d'autres parties assez fines pour suivre le métal. Un canal oblique conduisait cette eau dans un réservoir, et au-dessous de celui-ci se trouvait un autre canal en bois qui pouvait avoir deux pieds de large, et était placé sur un plan très -incliné. On cou- Trait le fond de ce dernier canal de morceaux de peau de bœuf carrés , garnis de leurs poils , et faciles à transporter. L'eau du réservoir coulait sur ces peaux, et l'or était retenu par leurs poils avec des matières sablonneuses. On enlevait ensuite ces mêmes peaux, et on leslavait dans une citerne qui fermait à clef1. Lorsqu'on voulait retirer l'or de la citerne , on prenait avec dès carumbés tout ce qui se trouvait au fond ; on mettait sur un plan légèrement incliné un canal de bois (bolinete) , beaucoup plus court et plus étroit que ceux dans lesquels on lave le cascalho; on avait soin que l'eau n'y arrivât qu'en petite quantité, et l'on n'exposait à son action qu'une faible portion du sable aurifère. Un nègre remuait celui-ci en le repoussant sans cesse vers la tête du canal, comme cela se pratique dans les lavras de cascalho , et l'or, qui s'accumulait ainsi à l'origine du conduit, se lavait ensuite avec la batea. A l'extrémité du canal , on avait ménagé une petite chute d'eau, au bas de laquelle on avait placé, sur un plan très-légèrement incliné, des morceaux d'étoffe de laine grossière qui arrêtaient les parcelles d'or légères (ouro palme) entraînées par l'eau,
1 Je n'ai pas vu l'opération jusqu'à la fin ; je rapporte ici les détails qui m'ont été communiqués.
et, quand les pièces d'étoffe paraissaient dorées, on les plongeait dans une batea où elles étaient lavées. Enfin l'opération se terminait par le lavage à la batea.
Dans l'exploitation dont je viens d'offrir le tableayiJ on pouvait profiter d'un courant qui, passant dans ,l{i minière, commençait sur le terrain même de l'opération dn lavage; mais on sent qu'on ne jouit pas tou»-j jours d'un aussi grand avantage. C'est ce qui avait lieu dans les mines de Morro Grande, près Sabara. | Dans cette exploitation, l'or était disposé en filons I qui se dirigeaient du nord -est au sud-ouest. Le fer, i qui servait de matrice à ce précieux métal, se présentait sous la forme d'une poussière très -fine (jacutinga ). L'eau était amenée de la distance de plus d'une lieue à l'endroit où s'opérait le lavage ; des nègres remplissaient leurs carumbés de sable aurifère \ ils le portaient sur leur tête dans des conduits (canoas) semblables à ceux que nous avons décrits en parlant des lavras de cascalho, et le lavage s'opérait comme dans ces exploitations.
Il me reste encore à parler du travail souterrain (lavra de mina). Si ce genre de travail n'a pas été partout bien entendu , on verra du moins, par la description que je donnerai un peu plus tard du village d'Itabira, que la manière dont on y creusait les galeries et dont on y exécutait le boisage, différait peu de la méthode suivie par les Européens.
Quels que soient le mode de minération et les nuances de procédés employés pour les lavages, le sable et les autres matières qui sont entraînés par l'eau, vont,
comme je Fai dit , recouvrir le cascalho des rivières , et ont encore l'inconvénient grave d'encombrer leur lit, au point de causer quelquefois des inondations fâcheuses. Les résidus des lavages, connus sous le nom de lavagems ou desmontes , renferment une assez grande abondance de parcelles d'or, et sont encore lavés et relavés mille fois par des hommes trop pauvres pour se livrer à de plus grands travaux. Ceux qui s'adonnent à cette espèce d'industrie sont appelés faiscadores, probablement du mot Jaïsca, qui signifie étincelle. Le premier chercheur d'or que j'eus l'occasion de voir, était un faiscador. Ce fut dans une promenade que je fis auprès de Villa Paca, avec M. LangsdorfT et le baron d'Eschwege. Nous avions côtoyé le lit du Rio d'Ouro Preto , et plusieurs fois nous avions été obligés de traverser ce ruisseau, parce que les mornes, souvent taillés à pic, ne nous laissaient aucun passage. La ville était restée à notre gauche , et , de tous côtés , nous n'apercevions plus que des hauteurs stériles. Après avoir attaché nos mulets dans une maison qui tombait en ruines, nous descendîmes pendant quelques minutes , et nous passâmes sur un petit pont rustique. Il était formé de trois morceaux de fougères en arbre, dont Fécorce brune, marquée de l'empreinte des feuilles, ressemblait un peu à la peau d'un serpent. Au-delà de ce pont, nous nous trouvâmes dans une espèce de salle à peu près arrondie et entourée de rochers. Ceux que nous avions devant nous, taillés à pic, n'offraient qu'une végétation rare, et, à des pierres plus avancées r étaient suspendus des nids de guêpes à peu près seiu-