‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 32 sur 54 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

blables à des œufs d'autruche. D'un lit assez profond quelle s'était creusé au sommet de ces rochers, se précipitait une cascade qui pouvait avoir cinquante à soixante pieds, et, à l'endroit même où elle tombait, on avait placé au-dessous d'elle un petit pont qui produisait, dans le paysage, un effet pittoresque. Après sa chute, l'eau, d'un jaune roussâtre, fuyait avec rapidité et formait un ruisseau. Au pied de la cascade, un vieux mulâtre, dans l'eau jusqu'aux genoux, lavait le sable! pour en tirer de l'or. L'occupation à laquelle il se livrait; et la misère dont il offrait l'image, présentaient un! contraste bizarre. Quelques haillons, rassemblés avec des ficelles, couvraient sa poitrine et ses épaules; il avait les jambes et les cuisses nues, et, à sa ceinture, était attaché un petit sac de cuir très - épais. Une grande sébile lui servait d'abord à écarter les pierres qui étaient au fond de l'eau; après cela, il la remplissait de sable à peu près jusqu'à moitié, et, avec la main, il jetait les cailloux mêlés avec le sable. Tourné ensuite dans le sens du courant, il inclinait sa sébile vers la surface de l'eau, et il la balançait avec beaucoup d'adresse et de légèreté. A chaque balancement, il y laissait entrer un peu d'eau qui entraînait le sable; la poudre d'or restait au fond du vase, et il la faisait; glisser dans son petit sac de cuir. Deux enfans de ce mulâtre, à peu près aussi bien vêtus que lui, lavaient; à ses côtés le sable aurifère dans des sébiles beaucoup plus petites que la sienne \

s Ce genre de travail s'appelle mergulkar, plonger. ( Voy. I EscWege , Journ. , I , p. 3i .)

On peut penser aisément que les faiscadores ne suivent pas toujours les mêmes procédés, et que les différences de localités et de circonstances les obligent à admettre des modifications dans leur travail. En me rendant à Antonio Pereira , j'eus occasion de voir un jeune mulâtre qui s'occupait à chercher de For dans un ruisseau, et dont le costume annonçait aussi peu la richesse que celui du faiscador de la cascade. Comme le lit du ruisseau n'était point pierreux, le jeune homme prenait simplement la terre dans sa sébile, et la portait au-dessous d'un filet d'eau qui tombait d'environ deux pieds. Là il versait peu à peu la terre sur un morceau d'étoffe de laine, et l'eau emportait les parties les plus légères, tandis que l'or restait sur le morceau d'étoffe.

Ce qui a été dit jusqu'ici des faiscadores , est peu fait pour donner une idée favorable de l'industrie à laquelle ils se livrent. Malgré le froid de l'eau dont se plaignait le vieux mulâtre de la cascade , et les douleurs de poitrine que lui causait sa position inclinée , il se félicitait encore de gagner environ cinq vintëis d'or par jour ( environ un franc vingt - cinq centimes, et il ajoutait que quelquefois il ne gagnait pas même la moitié de cette faible somme. On m'a assuré, il est vrai , que les faiscadores ont grand soin de taire une partie de leurs profits 5 mais il est douteux que ce métier ait jamais enrichi personne.

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