‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraesChapitre 34 sur 54 · tome · texte numérisé non relu

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ployer, et la mine, toute riehe qu'elle est, est devenue inutile.

L'histoire des mines de l'Itabira est aussi celle du village qui porte ce nom. Depuis 1720 jusqu'en 1740, il augmenta lentement, et ne fit que se soutenir jusqu'à l'exploitation des trois mines dont nous avons fait une mention particulière. Cette exploitation devint pour le pays une source de richesses: les largesses des propriétaires de mines , et les vols des ouvriers , firent circuler l'or avec abondance, et les fais c adores eux-mêmes participèrent à cette prospérité momentanée-, car ils recueillaient, dans les nombreux débris des lavages, depuis une drachme jusqu'à deux onces d'or par jour. Cependant des troupes de fainéans et de bandits accouraient de tous côtés -, ils devenaient un fardeau pesant pour les propriétaires, et la faible autorité du commandant ne pouvait arrêter les crimes qui se commettaient.

Telle était la situation des choses, lorsque la permission d'exploiter les mines de fer, accordée par le gouvernement, produisit, dans le pays, une heureuse révolution. Domingos Barbosa fut le premier qui, après avoir vu travailler le fer près de Marianna, fit l'essai de celui d'Itabira, et son exemple fut bientôt suivi par les hommes riches et par les maréchaux du village. Manoel Fernandes Nunes, homme très -industrieux, fit construire des fourneaux, et créa une manufacture de fusils. Ses forges furent le modèle de douze autres qu'on a établies depuis dans le pays. Des gens, qui autrefois passaient leur vie à mendier, travaillent

aujourd'hui dans ces fabriques, et ils y trouvent un asile contre l'oisiveté, le vice et la misère1.

Le morne aride sur lequel on a bâti le village d'Itabira , se rattache aux mornes voisins par une espèce de chaussée naturelle qui s'étend du côté du nord-est. D'ailleurs, il est séparé de tous les autres par deux vallées profondes qui se joignent, en se courbant circulairement autour de lui, et qui ont été bouleversées parles mineurs. Dans l'une, passe le ruisseau de Penha, et dans l'autre, celui de Piçarrâo. Les hauteurs, qui ceignent ces vallées, sont couronnées par des forêts; mais leur base est généralement dépourvue de végétation.

C'est du côté oriental et à la partie inférieure du morne dont nous venons de parler, que le village d'Itabira est situé presque tout entier. Quelques maisons sont éparses sur les autres côtés du morne -, un petit nombre s'étend vers l'est, sur les hauteurs voisines. La principale église s'élève au-dessus du village sur le sommet de la montagne.

Malgré la diminution qui pouvait avoir eu lieu dans les produits des mines, ce canton était encore, lors de mon voyage, un de ceux qui fournissaient le plus d'or-, aussi le village d'Itabira se trouvait -il dans un

1 Les détails que nous venons de donner sur la chaîne de l'Itabira, l'histoire des mines de cette chaîne, et celle du village du même nom, sont extraits d'un mémoire inédit, écrit en français par M. Manoel Jozé Pires da Silva , et qu'il a bien voulu me communiquer. J'en ai retranché beaucoup de choses , mais je n'y ai presque rien ajouté.

état de splendeur remarquable. Bien n'y rappelait cet air de décadence qui afflige le voyageur lorsqu'il parcourt les environs de Villa Rica , ou même lorsqu'il traverse les villages d'Inficionado, Camargos etCatas Altas. On y voyait beaucoup de jolies maisons à un étage, et on en bâtissait encore d'autres, malgré les frais trèsconsidérables qu'il fallait faire pour tirer le bois des mornes voisins. Presque toutes étaient construites en braûna, bois qui se conserve si bien qu'il est réputé incorruptible-, les pièces qui formaient la carcasse des maisons étaient appuyées sur des fondemens en pierre ; les toits avançaient peut-être un peu moins qu'à Villa Rica, et les croisées n'étaient point les unes sur les autres, comme à Rio de Janeiro. Si trois exploitations, avec trois cents ouvriers, ont ainsi métamorphosé un misérable hameau en un village considérable, que sera-ce quand on exploitera les montagnes du Rio do Peixe, du Piçarrâo, duPiriquito et du Doze Vintêis, qui , selon tous les indices, sont très-abondantes en or x! Cependant ces mines , actuellement si riches , s'épuiseront probablement comme celles de Villa Rica, de Catas Altas, etc.; et si l'exploitation du fer, qui abonde dans le pays, ne devient pas une source plus durable de richesse, rien ne pourra retenir des habitans sur un morne aride dont les environs, dépouillés de terre végétale par les mineurs , seraient peu propres à l'agriculture. En attendant, les mineurs d'Itabira, se reposant sur un avenir incertain , dépensent leur or à mesure

» Cette phrase appartient à M. Manoel Jozé Pires da Silva,

qu'ils le tirent de la terre. Plus d'une fois le produit de leurs mines a été insuffisant pour leurs besoins et leurs fantaisies, et, avant l'établissement des forges, plusieurs d'entre eux avaient déjà fait banqueroute.

Les grains et le bétail , qui se consomment à Itabira, viennent des fazendas voisines.

Ce village ressort de la justice de Villa Nova da Ramha ou Caeté, qui en est éloigné de quatorze lieues, et il est situé à dix- sept lieues de l'intendance de la comarca. Ces distances ne sont pas sans doute très -considérables pour le Brésil 5 cependant elles le sont encore assez pour que le défaut de police se fasse sentir ici comme dans tant d'autres villages.

Les églises d'Itabira sont trop petites pour la population. Je dois faire mention de celle du Rosario, où j'entendis un orgue qui a été fait dans le pays même.

Les médecins , chirurgiens et pharmaciens , manquent entièrement dans ce village. Le catarrhe , les pleurésies , la péripneumonie sont les maladies qu'on y observe le plus communément, et elles attaquent surtout les ouvriers des mines, souvent exposés à des alternatives de froid et de chaud. C'est principalement à l'époque du passage des temps secs à celui des pluies, et des pluies au temps sec, que ces maladies sont le plus ordinaires. Dans le petit été de janvier (veranico) régnent aussi des fièvres intermittentes et malignes , ainsi que des dysenteries souvent très -funestes \

1 Ces quatre derniers alinéas sont encore extraits du mémoire de M. Manoel Jozé Pires da Silva.

Pendant mon séjour à Itabira, je parcourus les environs de ce village, et. je citerai successivement ce que je vis de plus remarquable.

Le capitaine Pires m'avait parlé d'une fontaine à laquelle on donne le nom d'Eau sainte, à cause de la propriété qu'on lui attribue de guérir les rhumatismes. J'allai la visiter avec mon hôte. Après avoir passé à côté du morne opposé au village d'Itabira, nous arrivâmes à une grotte qui s'étend obliquement sous la terre. Son entrée est presque fermée par des lianes-, des fougères et d'autres cryptogames croissent autour d'elle. C'est du fond de cette grotte que sort la fontaine d'Eau sainte qui tombe sur des rochers en formant une très-petite cascade. Auprès de cette cascade en est une seconde qui mêle ses eaux à celles de la première. Je ne trouvai aucun goût ni aux unes ni aux autres , et elles ne me parurent différer des eaux ordinaires, que par une élévation de température, qui d'ailleurs n'est pas la même dans les deux sources-, car la fontaine d'Eau sainte est plus chaude que la cascade qui se réunit à elle.

Dans une autre promenade , nous allâmes visiter les mines de la Conception. Après avoir passé la vallée où coule le Piçarrâo, nous entrâmes dans un bois, et, montant toujours dans la direction du midi, nous arrivâmes à la montagne du Piriquito. Là on se trouve entre l'Itabira et l'Itabiraçu , et on découvre trèsbien leurs sommets. Continuant à marcher, nous parvînmes à la montagne de la Conception, qui se rattache immédiatement à celle de l'Itabiraçu , sans en

être séparée par aucun vallon. De la première de ces montagnes , on découvre tous les mornes voisins couverts de bois, mais aucune habitation ne se montre dans le lointain.

La Conception présente l'aspect de la plus grande aridité. Le sol est entièrement ferrugineux et d'un rouge noirâtre. Des arbrisseaux rabougris, la composée appelée dans le pays mata pasto , une espèce de vellozia, une rubiacée à feuilles de bruyères, et d'autres espèces qui appartiennent aux terrains ferrugineux, croissent éparses sur cette montagne; et les intervalles que ces végétaux laissent entre eux, sont couverts d'une petite graminée à deux étamines, qui me paraît devoir entrer dans le même genre que le briza eragrostis. La sécheresse, dont on se plaignait depuis long-temps, donnait aux plantes une teinte jaune et noire qui ajoutait encore à l'aspect aride de la montagne. Son large sommet est partagé par une gorge peu profonde, au milieu de laquelle passe le chemin. De droite et de gauche sont éparses les maisons des nègres qui travaillent à la mine, et celles de leurs surveillans. Ce sont de petites chaumières à peu près carrées , et presque toutes en mauvais état.

Il n'y avait, dans la montagne, que deux mines en exploitation : nous les visitâmes l'une après l'autre, en commençant parla moins élevée. La galerie de cette dernière avait alors plus de six cents pas, et elle était, dans toute sa longueur, à peu près de niveau avec son entrée. Elle avait été commencée depuis environ quatre ans, et quatre-vingt-dix nègres continuaient à la

creuser. Elle traversait une mine de fer presque toujours en poudre, et pouvait avoir six à sept pieds de large et environ six pieds de haut. Dans les endroits où le fer est pulvérulent, on soutenait la galerie par des étais. A mesure que l'on creusait, on enfonçait transversalement, à la partie supérieure de la galerie, des morceaux de bois brut, que Ton avait soin de serrer Jes uns contre les autres. Les côtés étaient revêtus de la même manière , et Ton soutenait ces revêtemens par de grosses pièces de bois non - équarries. On composait une espèce de ferme de trois de ces grosses pièces, dont deux un peu obliques soutenaient les côtés de la galerie, tandis que la troisième, appuyée sur les deux autres, supportait le plancher supérieur. Ces fermes se plaçaient d'abord à une distance de quelques pieds les unes des autres 5 mais, à mesure que la galerie devenait plus ancienne , on ajoutait de nouvelles fermes entre les premières, et, de cette façon . les unes et les autres finissaient par se toucher. Les bois qui soutenaient ainsi les galeries se tiraient des mornes voisins ; des nègres traînaient les grosses pièces sur des voitures et portaient les petites sur leurs épaules. C'est principalement le braûna que Ton emploie pour le boisage, et, malgré son excessive dureté , il ne se conserve pas plus de six ans; quant aux autres espèces de bois , on est obligé de les renouveler tous les ans ou tous les deux ans. On tirait de la galerie, à l'aide de brouettes, les matières qui la remplissaient; le minerai le plus riche se lavait surle-champ dans une citerne ; quant à celui qui l'était

le moins, on l'amoncelait, et, pour le laver, on attendait le temps des pluies. C'était la disette d'eau qui contrariait le plus les mineurs de la Conception 5 car il n'existe, dans cette montagne, qu'un faible ruisseau qui suffit à peine pour les travailleurs. Comme il n'avait pas plu depuis long -temps, le minerai, lors de mon voyage, se trouvait accumulé en monceaux qui grossissaient tous les jours. Les lavages se faisaient , sous des hangars, par des procédés que j'ai décrits en parlant des lavras de cascalho.

La mine la plus élevée , que nous visitâmes à son tour, avait été ouverte il y avait déjà seize ans. Elle avait deux puits de ventilation fort bien entendus. Ses galeries s'étendaient en différens sens et étaient de hauteur inégale. L'une d'elles se dirigeait de bas en haut et était fort difficile à monter, à cause du fer en poudre qui s'échappait sous les pieds ; il y faisait une excessive chaleur.

Il paraît que les employés et les esclaves commettaient, dans ces mines, des larcins continuels. Pour recouvrer une partie de ce qui leur était dérobé, les propriétaires avaient établi , sur la montagne même , des vendas qui étaient tenues à leur compte, et où les nègres rapportaient une portion de ce qu'ils avaient volé. Sûrs de pouvoir voler encore, ils imitaient la prodigalité de leurs maîtres , et dissipaient le fruit de leurs larcins. On les nourrissait avec de Yangû et des haricots , auxquels on ajoutait quelquefois du lard.

Je ne dois pas oublier de dire que je fus très -bien reçu à la Conception par M. LacxE , directeur de la mine

supérieure, qui me donna plusieurs échantillons de minéraux. Les employés eurent aussi pour moi toutes sortes de complaisances. L'un d'eux m'apporta plusieurs plantes usuelles, entre antres diverses salsepareilles {sais as des Brésiliens), et une espèce appelée dans le pays angelica. Cette dernière est une gcntianée dont les fleurs assez grandes et en entonnoir, sont d'un ronge vermillon, et dont la racine fort amère pourrait probablement très-bien remplacerla gentiane jaune. En revenant de la mine de la Conception, j'entendis le chant de cette gallinacée que l'on appelle capoeiras (tinamus Brasiliensis , ex New.), et dont la chair est d'un goût agréable. Ce chant annonce la sécheresse-, il imite le coassement de certaines grenouilles, et semble formé de la répétition rapide des syllabes dont on a fait le nom de l'oiseau lui-même.

On me donna, à la Conception, une effraie (stryoc Jlammea) que Ton venait de tuer dans une grotte. J'ai fait voir ailleurs que, si certaines plantes sont limitées à d'étroites localités, d'autres se retrouvent sous des climats et dans des pays entièrement différens \ On peut dire la même chose des oiseaux. Les espèces qui vivent dans les bois vierges ne sont pas celles qui habitent les campos , et, dans la province des Mines, le soffré (priolus aurantius) ne s'éloigne point du désert du Rio de S. Francisco. Au contraire, j'ai vu le stryx Jlammea dans un pays de bois vierges voisin du Parahyba, je l'ai vu sur les montagnes d'Ita-

1 Voyez V Histoire des Plantes les plus remarquables.

bira ainsi que dans les campos de la province deGoyaz, et la même espèce se retrouve, sans aucune différence, en France et dans les Indes orientales.

Deux excursions que je fis encore accompagné par le capitaine Pires me firent connaître avec détail la montagne d'Itabira. Parvenus à une certaine hauteur, nous nous trouvâmes sur une espèce de plaine qui s'étend, par une pente douce, au-dessous du sommet de la montagne, et qu'on appelle le Campestre. Je présume, par la ressemblance de la végétation, que cette plaine peut avoir la même hauteur que la ville de Villa Rica et l'ermitage de Nossa Senhora Mai dos Homens, dans la Serra da Caraça. C'étaient encore des mélastomées à petites feuilles, quelques myrtées velues, des rubiacées à feuilles de bruyères , le cinchona à fleurs rousses et odorantes *-, cependant, au milieu de ces plantes, j'en trouvai quelques-unes que je n'avais point recueillies jusqu'alors. Le capitaine Pires me montra un grand nombre d'espèces que les habitans du pays emploient comme médicinales-, il me fit voir les bignonées appelées vulgairement ipé mirim et cinco folhas , que l'on regarde comme sudorifiques et anti-vénériennes-, un purgatif d'une odeur désagréable qu'on nomme fedorenta; enfin le ligadeira, arbre dont on m'avait beaucoup parlé, et auquel on attribue les propriétés les plus merveilleuses pour la guérison des blessures récentes : malheureusement cette dernière plante n'avait point de fleurs.

1 Voyez les Plantes usuelles des Brésiliens , n° i i,

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En revenant de cette course , nous passâmes de l'autre côté du morne sur lequel est bâti le village d'Itabira. Je vis la gorge par laquelle arrivèrent les aventuriers Paulistes qui, les premiers, ont exploité les mines de ces environs -, je vis le terrain qu'ils creusèrent, du côté de l'ouest, après avoir fait le tour du morne , en se dirigeant d'abord du côté du midi. Quelques vestiges de la première maison qu'ils bâtirent existaient encore. Comme je l'ai déjà dit, les vallées qui entourent le morne ont été déchirées en tous sens, et, dans certains endroits, il a fallu enlever plus de soixante pieds de terre pour arriver au cascalho.

Dans ma seconde promenade à la montagne d'Itabira , nous entrâmes, après avoir passé le Campestre, dans une gorge assez profonde qui s'étend au- dessous du sommet de la montagne. Il existait, dans cette gorge , cinq à six mines d'or qui appartenaient à différens propriétaires. On voyait de droite et de gauche des excavations qui furent faites à l'époque où l'or se trouvait encore à la surface du sol; et, au milieu de ces excavations, le terrain, couvert des débris du minerai de fer dont se compose la masse de la montagne, ne produisait que des arbrisseaux rabougris, des lichens et quelques plantes herbacées écartées les unes des autres. Je trouvai là plusieurs des espèces que j'avais déjà recueillies dans la Serra daCaraça, entre autres une ombellifère à feuilles entières qui rappelle l'odeur du ginseng-, mais je n'aperçus aucun eriocaulon Ce sont les melastomées qui abondent le plus dans cet endroit, principalement une espèce, haute d'environ

quatre pieds , à fleurs blanches et à feuilles couvertes en dessous d'un duvet épais également blanc, dont la couleur contraste d'une manière peu agréable avec celle du terrain qui est d'un brun foncé, ou presque noir. Je vis aussi, sur l'Itabira, quelques pieds d'une espèce charmante de rheocia haute d'environ cinq pouces, couverte de fleurs innombrables, dont les pétales, de couleur capucine, portent à leur base une tache jaune en forme de cœur. La grande espèce de vellozia (canella d'ema) est extrêmement commune sur cette montagne aride, et, comme on n'y trouve pas d'argile, on s'est servi, dans plusieurs cases à nègres , des tiges de ce même vellozia pour remplir les intervalles que laissent entre eux les bâtons horizontaux et transversaux qui forment la carcasse des maisons. Au milieu des pieds de 3a belle espèce dont je viens de parler, il en croît une autre du même genre qui mérite aussi d'être citée : sa tige, haute d'un pied, droite, épaisse, couverte des anciennes feuilles desséchées, se termine par plusieurs touffes de feuilles raides , et, du centre de ces dernières , partent de grandes fleurs visqueuses, blanches en dedans et jaunâtres à l'extérieur.

De la montagne d'Itabira , on découvre une vue plus étendue encore que celle dont on jouit à la Conception. On distingue parfaitement le Morro Agudo , voisin de S. Miguel , et la Serra da Caraça éloignée de quatorze lieues.

Les galeries des mines de l'Itabira étaient étayées de la même manière que celles de la Conception. On

n'y avait pas encore construit de puits ventilateurs -, mais on avait en quelque sorte suppléé à ce mode de' renouveler l'air, en établissant des communications! d'une galerie dans une autre. Dans cette montagne, j comme à la Conception, l'or se trouve dans le fer magnétique sablonneux % mais aussi on le rencontre dans des masses compactes. Il varie singulièrement pour la couleur-, on m'en montra plusieurs lingots qui présentaient une suite de nuances depuis la teinte du plomb jusqu'au plus beau jaune.

A la montagne d'Itabira , comme à celle de la Conception, un filet d'eau très -faible suffit à peine aux besoins des travailleurs , et, pour pouvoir laver l'or, on est obligé d'attendre la saison des pluies. Avant cette époque, le minerai reste exposé à des vols faciles: j'en ai vu des monceaux énormes réduits en poudre et dont la couleur était d'un gris cendré.

Il faisait nuit lorsque je revins de la montagne d'Itabira. Le tonnerre grondait dans le lointain; les éclairs brillaient dans l'atmosphère , et je remarquai qu'ils différaient beaucoup de ceux que l'on voit en Europe. Ils formaient à l'horizon une immense lumière d'une couleur argentée ; au milieu d'elle s'élevait un jet plus brillant à peu près semblable à une fusée volante, et ce jet disparaissait avec la lumière elle-même.

Pendant mon séjour à Itabira, je reçus la visite de la plupart des habitans. Je vis, entre autres, le chapelain, qui entendait très -bien le français, et qui m'é-

' M. Pire».

tonna par la connaissance qu'il avait de notre littérature. En général , dans tout ce canton , je trouvai beaucoup cle gens qui comprenaient bien notre langue, malgré le peu de moyens qu'ils avaient eus pour l'apprendre; ce qui contribue à prouver quelle est la facilité que les habitans des Mines ont pour l'étude. On pourrait' encore citer, comme un exemple de l'intelligence naturelle des Mineiros, la création de la fabrique de fusils qui avait été établie dans le vallon de la Penha, près Itabira. Le fondateur de cette fabrique forgeait le fer en poudre , et faisait le charbon qu'il employait; il avait imaginé et fait construire des machines hydrauliques pour souffler le feu et battre le fer; et lui-même avait formé les nègres et les mulâtres qui travaillaient les différentes parties de ses fusils. Nous devons dire, à la louange du gouvernement, qu'il avait cherché à soutenir cet homme industrieux, en lui avançant quelques fonds pour le mettre en état de fabriquer des fusils de munition dont on lui avait fait la commande.

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