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suivi des à peu près , et quand un bâtiment se trouvait trop élevé, on l'abaissait, ou, si on le jugeait trop petit , on le faisait abattre pour en construire un autre plus grand. De tels tâtonnemens seraient sans doute inexcusables en Europe -, mais ils l'étaient beaucoup moins dans un pays où l'on n'avait encore aucun modèle à imiter, et où des souvenirs et des livres trop souvent inexacts et incomplets pouvaient seuls servir de guides.
Jusqu'au commencement de 1818, le fer fondu au Morro de Gaspar Soares avait été envoyé à Tijuco, si on en excepte pourtant quelques quantités peu considérables, que l'on avait cédées auxhommes employés dans les forges, et dont on avait déduit la valeur sur leurs appointemens. On avait essayé de faire le transport sur des chariots attelés de bœufs ; mais ensuite on ne s'était plus servi que de mulets. Le fer arrivait en barres dans le District des Diamans-, on faisait travailler dans les différens services ■ les quantités dont on avait besoin, et l'on vendait le reste.
Sous l'intendant, un administrateur est chargé de diriger les forges de Gaspar Soares, et reçoit quatre cent mille reis (2,5oo francs) d'appointemens. Cent et quelques ouvriers sont employés dans l'établissement, et payés à la journée, en raison de ce qu'ils sont capables de faire : le prix moyen est d'environ six vintèis d'or (1 fr. 4<> c). Les esclaves que l'on loue à leur maître sont payés sur le pied de trois vintèis (70 c), et nourris comme ceux du District des Diamans.
1 Comme on le verra par la suite , chaque exploitation de diamans porte le nom de service (servico).
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Quand l'intendant est au Morro, il anime les travailleurs par son activité; mais à peine est-il parti, que tout devient languissant. Dans un pays où la chaleur invite à la paresse, où l'homme a peu de besoins, où le travail , en quelque sorte entaché de honte , semble devoir être le partage des esclaves , rien n'est plus difficile que de fixer les ouvriers libres ; aussi l'administrateur calculait-il que tous les mois il y avait en général un millier de journées de manque.
Chaque maître ouvrier, fondeur, charpentier, serrurier, etc. , a la liste 'de ses ouvriers, et doit pointer ceux qui ne se présentent pas-, mais le roi, m'a -t- on dit, a souvent payé les journées d'hommes qui étaient fort loin des forges , ou dont les employés se servaient pour tout autre chose que pour le service de l'établissement.
S'il est un pays où le gouvernement ne doive point former de manufactures pour son compte, c'est surtout le Brésil. La paresse, et peut-être une indulgence naturelle portée à l'excès , doivent rendre peu active une surveillance qui n'a point pour mobile un intérêt personnel immédiat. D'ailleurs, il faut l'avouer, le relâchement des liens sociaux, causé par le système colonial, par l'admission de l'esclavage, par l'espèce de dégradation où était tombée la métropole, enfin par les mauvais exemples des Européens , avait dû rendre la probité plus rare encore chez les Brésiliens que chez beaucoup d'autres peuples , et par conséquent le gouvernement était un de ceux qui couraient le plus de chances d'être trompé.
Je couchai à Gaspar Soares dans une auberge qui
avait été autrefois très-commode pour les voyageurs , mais que le propriétaire négligeait entièrement. Ce n'était plus qu'une masure qui tombait en ruine de tous les côtés, que l'on ne nettoyait jamais, où les pourceaux entraient en toute liberté , et qui servait de repaire aux chauves -souris.
Le pays qui s'étend au-delà de Gaspar Soares présente de bonnes terres. Il a été cultivé autrefois $ mais malgré les ressources qu'il pourrait offrir encore , les habitans l'ont abandonné pour se retirer près des Botocudos , dans le canton appelé OS Ferros (les fers).
Le botaniste a peu de plantes à espérer entre Gaspar Soares et la venda de Sumidouro (goufre), où je passai la nuit. Les bois me parurent offrir dans leur ensemble une végétation à peu près semblable à celle des forêts de Rio de Janeiro -, cependant les arbres ont en général moins de vigueur, et l'on ne voit au milieu d'eux aucune de ces lianes immenses qui étonnent par les effets bizarres qu'elles produisent.
Près de Sumidouro , j'eus le plaisir de joindre à mes collections un individu de l'espèce de serpent à sonnettes du pays (cascavel), espèce si dangereuse, que sa morsure peut faire périr au bout de vingt -quatre heures. L'animal était au milieu du chemin lorsque mes mulets passèrent ; il se retira tranquillement sur la lisière du bois qui bordait la route, et mon muletier put lui tirer un coup de pistolet presque à bout portant, ce qui prouve combien cette sorte de reptile a peu de vivacité.
La venda de Sumidouro est située dans un fond sur
le bord du Rio de S. Antonio dont j'ai déjà parlé, et qui , outre les eaux du Picâp et du Rio Preto , reçoit encore celles du Rio d'Itambé, et enfin du Rio Mata Cavallos , que l'on passe à quelque distance de Gaspar Soares. On trouve de l'or dans le voisinage de Sumidouro-, mais ce métal n'est pas ici assez abondant pour mériter qu'on forme pour l'extraire des établissemens un peu considérables *. On m'a aussi assuré que l'ipécacuanha (cepkaëlis ipecacuanha) 2 croissait communément dans ce canton : les nègres qui vont le recueillir le vendent six cents reis ( 3 fr. 75 c.) la livre. Entre Sumidouro et la Conception, sur le sommet d'un morne très-haut d'où l'on découvre tout le pays d'alentour, et même les montagnes d'Itabira , je trouvai quelques jolies mélastomées au milieu du capim gordura. Cette exception est fort remarquable, sans doute -, mais il paraît qu'elle se reproduit en général dans les lieux élevés , et que , si le capim gordura parvient à s'y introduire, il ne s'y empare pas aussi exclusivement du terrain ; c'est du moins ce que j'observai encore à mon retour, dans la grande chaîne occidentale de Congonhas , et ce que je vis aussi à l'endroit appelé Mato Grosso, au-delà de la Conception. Avant d'arriver à ce village , c'est un saccharum à tige droite , à feuilles roides et horizontales, que l'on voit dominer
1 C'est à peu de dislance de Sumidouro que se trouve le platine , signalé il y a déjà long -temps par M. Mawe ( Tra— vels in the interior of Brazil, p. 209).
2 Voyez les Plantes usuelles des Brésiliens , n° VI.
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clans les pâturages. Cette espèce est commune dans plusieurs parties de la province des Mines.
Le village de la Conception (Nossa Senhora da Conceiçâo de Mato dentro) est le chef-lieu d'une paroisse dont la longueur est de quarante lieues , mais où l'on comprend sans doute des forets inhabitées qui doivent s'étendre vers l'est \ Ce village est situé dans un fond , sur le bord d'un ruisseau qui porte le même nom que lui. De tous les côtés il est entouré par des collines arides et découvertes , qui ne sont nullement propres à la culture. Sur quelques-unes cependant ' croît encore du capim gordura; sur d'autres, on trouve avec des malvacées le saccharum dont j'ai i parlé tout à l'heure 5 celles enfin que l'on descend avant d'arriver au village présentent en abondance une singulière espèce de composée à tige arborescente et noirâtre et à feuilles blanches, que l'on connaît dans le pays sous le nom de candeia (Jychnophora Mart.), et qui paraît naturelle aux terrains ferrugineux. La Conception peut avoir environ deux cents maisons
1 Cette étendue ne peut plus être la même aujourd'hui, puisque, comme on l'a vu plus haut dans une note, la paroisse de N. S. da Conceiçâo de Mato dentro a été divisée par décret du i3 avril 181 1. Elle comprend encore pour suceur— sait? (conta por suas filiaes as Capellas ou Ermidas) N. S. da Apparecida dos Corregos , S. Antonio da Tapera , Santa Anna das Congonhas , S. Francisco da Paraûna, S. Domingos do Rio do Peixe , enfin N. S. do Porto de Guanhaens. N. S. da Conceiçâo est situé par le 19e deg. de lat. et 339 deg. 1 8' long. (Voyez Mem. hist. , vol. VIII, p. 2da, p. 139.)
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qui forment deux rues parallèles. Si j'excepte Ita tube, de tous les villages que j'avais vus jusqu'alors , il n'en est aucun qui présente comme celui - ci l'aspect de la décadence et de la misère. Ce village n'a jamais été sans doute ce que furent jadis Inficionado et Catas Altas ; cependant la construction des maisons prauve que leurs premiers habitans étaient dans l'aisance. A cette époque , l'or se tirait sans peine des terrains qui avoisinent le village \ mais les mines se sont appauvries, et les propriétaires actuels ne sont pas assez riches pour les faire exploiter. Ils s'éloignent successivement d'un pays qui ne fournit plus d'or et qui n'est point propre à l'agriculture 5 l'herbe qui croît dans les rues de la Conception cache presque entièrement les pierres dont elles sont pavées-, un grand nombre de maisons a déjà été abandonné , et les autres tombent en ruine.
J'allai faire halte à un quart de lieue de la Conception, dans une misérable auberge appelée Bandeirinha. Devant la maison était une croix sur laquelle plusieurs individus d'une espèce defurnarius, "Vieil! . avaient construit leurs nids. Je fis enlever l'un d'eux, et je pus l'examiner avec soin. Il était construit avec de la terre glaise, mêlée de crins et de brins d'herbes , et sa dureté était extrême. Sa forme était celle d'un four, et il pouvait avoir neuf pouces de diamètre, y compris la croûte qui était épaisse d'environ un pouce à un pouce et demi. L'entrée était ovale, un.peu oblique, et avait à peu près trois pouces de hauteur. L'intérieur répondait à l'extérieur, et était également
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arrondi comme un four \ A chaque ponte l'oiseau construit un nouveau nid ; mais l'ancien dure plusieurs i années , et quelquefois il sert de base à celui qui lui j succède. Ce nid singulier a valu à l'oiseau qui en | est l'architecte le nom de joâo do barro ou jean de \ la terre glaise, qu'il porte dans le pays, lue joâo do \ barro riz, du reste, rien dans son plumage qui attire l'attention $ mais il est du nombre de ces espèces qui semblent amies de l'homme, et se plaisent dans le voisinage de nos habitations.
Avant de quitter Bandeirinha , mon'muletier ayant été blessé en plusieurs endroits de la jambe par un de mes mulets, appliqua du coton sur les blessures, et y j mit le feu. Il m'assura que c'était le moyen curatif que l'on employait généralement en pareille circonstance; mais il est difficile de voir dans ce remède autre chose qu'une augmentation de mal.
En sortant de Bandeirinha, je suivis un chemin pins court que la route anciennement tracée, et qui va la rejoindre à environ une lieue de Tocoropa : ce chemin porte le nom de Caminho Novo. Je trouvai d'abord des collines arides semblables à celles qui entourent le village de la Conception-, mais bientôt les mornes sont plus élevés , la terre devient meilleure, et elle se couvre
1 J'avais déjà observé des nids semblables sur des branches d'arbres près de Queluz ; mais ces derniers étaient divisés en deux cellules par une cloison, comme ceux qui ont été décrits par les auteurs. Y aurait -il ici deux espèces , ou bien la cloison des nids observés à Bandeirinha avait-elle été détruite?
d'un épais capim gordura. Un peu avant d'arriver à cet endroit, je comptai, dans un espace de cinq à six arpens, plusieurs centaines de bêtes à cornes : c'était la réunion la plus considérable de bestiaux que j'eusse observée depuis que j'étais dans la province des Mines, où l'on pourrait en élever un si grand nombre.
Après avoir perdu de vue la vallée aride où est bâtie le village de la Conception , je côtoyai pendant quelque temps. la rivière de S. Antonio, dont les eaux troubles et d'un jaune rougeâtre attestaient les travaux des mineurs. Le pays est en général très-bien arrosé, comme toute la partie de la province des Mines que j'avais parcourue jusqu'alors. Dans les fonds , sur le bord des ruisseaux, j'apercevais de loin en loin des chaumières à demi ruinées, habitées par des hommes de couleur, et quelques-unes de ces misérables demeures m'étaient annoncées d'avance par le bruit monotone de la manjola. A environ une lieue de Bandeirinha , je commençai à découvrir une montagne élevée qui domine toutes les autres, et la même vue se représenta à moi toutes les fois que je me trouvai sur des hauteurs-, je parvins enfin au pied de la montagne, qui se termine par deux sommets égaux comme une mitre d'évêque, et bientôt j'arrivai au misérable rancho de Toporoca % où je passai la nuit.
Les terres des environs de Toporoca sont bonnes, mais il n'y a point de bras pour les cultiver. Dans ce
1 Ce nom vient peut-être des mots indiens qui signifient des yeux affligés.
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canton, on trouve de l'or d'une couleur rougeâtre,
mais seulement en petite quantité.
Aussitôt après avoir quitté Toporoca , je montai sur une montagne où, de tous les côtés, les rochers se montrent à nu au milieu d'un terrain sablonneux. Cette nature de sol que j'avais déjà observée, comme on l'a vu, dans la Serra da Caraça et près d'Itambé, ne produit à la vérité qu'une végétation naine -, mais cette végétation est aussi variée qu'intéressante. Sur la montagne dont je viens de parler, je trouvai, entre autres, un vellozia, que je n'avais point encore recueilli , un sous-arbrisseau appartenant à la famille des laurinées , une charmante mélastomée à fleurs jaunes , deux gentianées , plantes d'une famille qui , dans la partie orientale de la province des Mines , se rencontre uniquement dans les lieux élevés, etc.
Le village de Tapanhuacanga *, où j'allai passer la nuit, est situé dans une vallée, à environ huit ou dix lieues de la Conception, et peut avoir une centaine de maisons qui bordent les deux côtés de la route. Il j est entouré de montagnes qui s'élèvent sur des plans inégaux -, mais beaucoup plus rapproché de celles qu'on | découvre vers le couchant, il domine lui-même un j
; * Tapanhuacanga ou S. Jozé de Tapanhuacanga , succursale de Villa do Principe, est situé à 4 1 de cette ville, et non à 7 1. , comme le dit Pizarro. Le mot tapanhuacanga vient évidemment des deux mots de la lingoa gérai, tapanhâna, noire, et acanga, tète. Ces deux mots présentent un sens j complet , et écrire I tapanhuacanga , avec l'auteur des MemoA rias , c'est s'écarter de la prononciation usitée daus le pays. Je
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vallon où coule un petit ruisseau. Les hauteurs qui , comme je viens de le dire , environnent le village , présentent une grande. variété, non-seulement dans leur élévation, mais encore dans leur aspect. Les plus rapprochées sont couvertes de pâturages, au milieu desquels on voit quelques arbres et de nombreuses habitations de termites -, plus loin, d'autres montagnes présentent de sombres bois vierges ; d'autres enfin laissent apercevoir de grands rochers nus au milieu d'une herbe dont la couleur, d'un vert jaunâtre, fait paraître encore plus obscures les teintes des forêts voisines. L'église de Tapanhuacanga est bâtie sur une petite plate-forme, vers le milieu de la longueur de la rue, et domine les maisons du village. Celles-ci sont petites et basses : elles n'ont en général qu'un rez-dechaussée, mais toutes sont couvertes en tuiles, et l'on voit qu'autrefois elles ont été blanchies -, enfin derrière chacune d'elles sont plantés , suivant la coutume , quelques pieds épars d'orangers, de caféyers, de bananiers. L'ensemble que je viens de décrire produit un effet très-agréable, et l'on ne peut s'empêcher de déplorer l'état d'abandon où est actuellement ce \ïU lage, qui avait dû à ses mines d'or sa fondation et
n'ai pas besoin de rappeler que l'on ne dit point Tapinhacanga , ainsi que fa fait un certain voyageur. Casai indique comme imaginaire le lieu que le, même voyageur appelle Covvos y et que celui-ci place entre la Conception et Tapanhuacanga. Je devine qu'on aura fait Corvos de N. S. da Appa-« recida dos Corregos, lieu qui, suivant l'auteur des Memorias % est situé à 3 1. de la Conception.
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sa prospérité éphémère. Aujourd'hui, presque toutes les maisons tombent en ruine , et plus de la moitié d'entre elles reste sans habitans. Vers le milieu du village en est une fort belle-, elle avait été bâtie avec soin ; les plafonds sont peints et en dôme , et l'on voit aux croisées, des jalousies très-bien faites ; cependant elle est déserte, comme tant d'autres.
Il existe toujours de l'or dans le lit du ruisseau d1 ' Arraial de baixo> qui coule au-dessous du village ; mais on n'a pour l'extraire ni esclaves ni argent, et on l'abandonne à quelques faiscadores auxquels il fournit leur subsistance journalière.
L'histoire des villages qui doivent leur origine à la présence de l'or est toujours la même. Ils ont été florissans tant que les mines ont été riches ou faciles à exploiter •, quand elles se sont épuisées , les habitans se sont retirés ailleurs. Les mineurs n'auraient dû former qu'une population nomade 5 mais ils s'aveuglèrent sur la nature de leurs richesses, et ils précipitèrent leur ruine en fondant des établissemens fixes qu'il fallut bientôt abandonner. L'or qu'ils avaient tiré de la terre n'a servi qu'à la prospérité des étrangers, et leurs descendais sont restés pauvres \
Ayant déjà décrit la situation et l'état actuel d'un assez grand nombre de villages, je crois devoir dire un
« Les premiers établissemens des mineurs n'étaient réelle- \\ ment que des espèces de camps où l'on construisait des I huttes semblables à celles des Bohémiens ( Ciganos). Voyez South., Hist. o/Braz., vol. Ill, p. 55. Le nom à'arraial, que portent encore aujourd'hui les villages des Mines, ne sîgni- '
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mot de leurs habitans. Dans les cantons aurifères , comme dans les pays purement agricoles, les cultivateurs ne viennent guère au village que pour assister à la messe du dimanche et des fêtes, et leurs maisons -estent fermées pendant les jours ouvrables. La popuation habituelle des villages est, en général, composée 3resque tout entière de gens de couleur, cabaretiers ît ouvriers. Ces hommes , naturellement sobres et étrangers à cette foule de besoins que nous imposent 10s climats froids, peuvent, sans aucun inconvénient, e livrer à cette nonchalance , si naturelle dans les conrées situées entre les tropiques. Quand ils ont de la arine pour la journée, quelques haricots et un mor- :eau de citrouille , ce serait souvent en vain qu'on leur (ffrirait de l'argent pour les faire travailler ; et , dans e cours de mes voyages, j'ai presque toujours eu beoin de protecteurs pour obtenir des ouvriers les objets [ui m'étaient nécessaires. La gaîté qui anime nos payans est étrangère aux habitans des villages de la proince des Mines. A l'exception des tournois {cavalhalas) qui se célèbrent quelquefois à l'époque de la Penecôte , ils ne connaissent d'autre divertissement qu'une lanse que la décence permet à peine de citer, et qui (ourtant est devenue presque nationale (le batuque).
e pas autre chose que camp. Mais les mineurs étaient presés de jouir, et les arraiaes se métamorphosèrent bientôt en ourgs et en villes. Ainsi, Marianna, qui, en 1700 , époque de 1 découverte de son territoire , ne fut d'abord qu'un lieu de ampement, était déjà devenu une ville en 171 1.
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Leur bonheur, c'est de ne rien faire } leurs plaisirs sonl de la débauche. Triste fruit de l'esclavage , des mulâtresses prostituées se trouvent dans tous les villages V et doivent nécessairement y entretenir cette dépravation de mœurs à laquelle n'excitent déjà que trop h chaleur du climat, l'ennui et l'oisiveté.
Je ne quittai point Tapanhuacanga sans aller hen boriser dans les montagnes appelées Serra da Canclonga qui dominent le village du côté de l'ouest Après avoir traversé le vallon où coule le ruisseau d'Arraial de Baixo, je franchis une capoeira très-serrée puis j'entrai dans un bois vierge , et j'arrivai à de: montagnes où de grands rochers quartzeux se mon trent à découvert. J'y trouvai des mélastomées et plu sieurs utriculaires sans feuilles ; mais la plante qui mé ritait le plus mon attention est un lantana (lantant pseudo-thea, N,)% qu'on connaît dans le pays sou| le nom de capitâo do mato (capitaine des bois) oïl chà de pedreste (thé de piéton). Cette espèce, très -H aromatique, a des feuilles visqueuses; on fait sécher celles-ci , et leur décoction fournit une boisson extrêmement agréable que je préférais au thé, et qui, ave( une saveur beaucoup plus prononcée , n'aurait pai sans doute les mêmes inconvéniens. D'ailleurs , ls Serra da Candonga ne me fournit point autant de
1 S'il est des exceptions, je crois qu'elles sont bien rares.
a Je dois avertir que je la nomme lantana sans en avoir vu les fruits. Cette espèce se retrouve dans le District des Diamans.
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plantes que je l'avais espéré, parce que les cimes les plus hautes, quand elles n'offrent pas de rochers , sont presque entièrement couvertes d'une graminée à feuilles roulées et menues qui laisse peu de place aux autres végétaux. Parvenu sur un des sommets les plus élevés, je découvris une immense étendue de montagnes presque toutes boisées et de différentes hauteurs, parmi lesquelles le village de Tapanhuacanga, que l'on apercevait dans un fond, répandait un peu de variété.
Je vis , dans la Serra da Candonga , quelques bêtes à cornes -, elles errent la nuit et le jour dans ces vastes solitudes-, elles y perdent l'habitude d'entendre la voix de l'homme, et, quand on veut les ramener au village, soit pour en vendre ou en tuer quelques-unes, soit pour leur donner du sel, ce que l'on fait rarement, on les chasse avec des chiens. Cependant les propriétaires de ces bestiaux en perdent très -souvent : quelques-uns sont mangés par les bêtes sauvages, et d'autres sont tués par les nègres fugitifs, qui en font sécher la chair dans les lieux les moins accessibles.
En quittant Tapanhuacanga, je passai par un de ces grands bois qui ne sont point vierges et qu'on appelle capoeirâo ( grande capoeira ). Lorsqu'on est long - temps sans couper des capoeiras , et que les bestiaux n'y pénètrent point, de grands arbres finissent par prendre la place des baccharis et autres arbrisseaux qui composent les capoeiras. Ces bois ne sont pas communs, parce que les circonstances qui les font naître se rencontrent rarement; au premier as-
pect, on les prendrait pour des forets vierges; cependant on peut les distinguer de celles- ci, parce qu'ils n'ont pas une aussi grande vigueur, que la verdure y est moins sombre , et que les arbres et les arbrisseaux y sont généralement moins serrés les uns contre les autres.
A quelque distance de Tapanhuacanga , le chemin traverse un ruisseau appelé Rio das Pedras. Un pont en bois a été construit sur ce ruisseau-, mais il était en si mauvais état , que les mulets ne pouvaient le passer sans danger, et cependant deux ou trois journées de travail auraient suffi pour le réparer. J'aurais pu déjà citer, depuis le commencement de mon voyage, une foule d'exemples d'une négligence semblable.
Après avoir passé le Riberâo dos Porcos, et ensuite le Rio do Peiace, j'arrivai au rancho d'Ouro Finmj qui était tenu par des nègres , et, comme il était tard, je me décidai à y passer la nuit, quoique nous nel fussions plus qu'à une lieue de Villa do Principe.
Avant de quitter Tapanhuacanga, je m'étais déjà I senti très - fatigué $ mais j'espérai que cette indisposi- 1 tion n'aurait pas de suite , et je me mis en route. I Cependant je souffris beaucoup dans le chemin, et, toutes les fois que je descendais de mon mulet pour recueillir quelque plante , j'éprouvais des étourdissemens et j'avais de la peine à remonter. A mon arrivée à Ouro Fino , la fièvre se déclara. Tout manquait dans le misérable rancho où je m'étais arrêté ; mais ce que j'y trouvais de plus désagréable, c'était le bruit qui s'y faisait continuellement entendre, principale-
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ment le soir. Le moment de la prière était cruel pour moi. Aux personnes de la maison se joignait Manoel da Silva et les nègres d'une caravane qui était depuis plusieurs jours à Ouro Fino. Ces bonnes gens chantaient d'une voix assez juste, mais criaient si fort qu'ils faisaient hurler tous les chiens du voisinage. Après la prière, il fallait entendre une guitare, sur laquelle le plus opiniâtre des musiciens répétait , pendant des heures entières , trois ou quatre notes éternellement les mêmes. Pendant la nuit, les nègres dansaient en battant des mains et en frappant la terre de leurs pieds-, enfin, lorsque tout ce vacarme avait cessé, et que chacun commençait à dormir, un bœuf affamé de sel venait lécher sans relâche le volet de ma chambre , et produisait le bruit le plus monotone. J'avais une lettre de recommandation de M. Joâo Rodrigues Pereira de Almeida pour son parent le curé de Villa do Principe. Je me décidai à envoyer cette lettre; le curé, homme excellent , eut l'honnêteté d'emprunter pour moi une litière, et, après avoir passé quelques jours malade à Ouro Fino, je fus transporté à Villa do Principe. Ce fut le curé lui-même qui voulut bien me recevoir, et ! je trouvai chez lui tous les soins de la maison pater- \ nelle.
Lorsque je commençai à sortir, j'allai me promener | sur les mornes qui font face à la ville. Toute la nuit j'éprouvai des démangeaisons cuisantes qui m'empêchèrent de dormir, et je commençais à croire que j'allais être attaqué de quelque maladie cutanée , lorsque le jour me montra que j'étais couvert d'une multitude