TOME I
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contre les Botoeudos. Le propriétaire de lafazenda, qui a remplacé le rancho des Monoxos, acheta de leur capitaine , moyennant une modique valeur de 200,000 reis (i,a5o fr.), le terrain qu'il possède aujourd'hui, et qui embrasse plus d'une demi-lieue ; il construisit une chaumière pour lui et sa famille , et il y joignit quelques petits bâtimens d'exploitation.
Cette fazenda est située dans un fond, sur le bord d'un ruisseau qui se jette dans le Sussuhy. Ordinairement les mornes laissent peu d'espace entre eux et les habitations qu'ils entourent. Ici, au contraire, un vaste terrain plat s'étend devant la maison du maître, entre elle et les mornes qui lui font face 5 le propriétaire a mis ce terrain en culture, et, pour ainsi dire, sans sortir de chez lui, il peut surveiller ses esclaves.
Soit en allant à Passanha, soit en revenant de ce village, je fus reçu, à l'Aldea de S. Nicolao, avec l'hospitalité la plus aimable. La femme du propriétaire, M. le sous -lieutenant (alferes) Machado, ne prit point la fuite devant moi, et cependant elle était blanche. Dans cette maison, tout le monde était en activité, spectacle dont jouit trop rarement le voyageur qui parcourt le Brésil. Madame Machado cousait-, quelques-unes de ses fdles filaient du coton, et d'autres faisaient de la dentelle.
Je mangeai à S. Nicolao des tubercules produits par une aroïde appelée mangareto branco (mangareto blanc). C'est une espèce dont les feuilles , hastées et d'un vert agréable, naissent en petites touffes, mais dont je ne vis malheureusement point les fkyirs.
Le tubercule principal est jaune et environ de la grosseur d'une pomme-, tout autour de lui, en naissent d'autres , et ce sont ces derniers que l'on mange , quand ils ont atteint à peu près les dimensions d'une noix. Us sont assez farineux, d'un goût agréable, mais ils n'ont pas la douceur de la patate (convolvulus batatas). M. Macbado me fit aussi voir dans son jardin, une autre aroïde comestible connue sous le nom de mangareto roxo (mangareto violet). Je ne mangeai point de ces tubercules 5 mais on me dit qu'à l'extérieur ils étaient violets , et qu'en dedans ils présentaient la même couleur avec un mélange de jaunâtre. D'ailleurs ils naissent comme ceux du mangareto branco. Les feuilles de l'espèce violette sont réniformes, allongées, fort obtuses, très-glauques en dessous et portées par des pétioles rougeâtres.
Avec un peu de soin l'on pourra élever à Rio Grande, Saint- Paul, et même dans les parties élevées de la province des Mines , tous les légumes des potagers d'Europe^ mais il est incontestable qu'ils doivent mal réussir dans les pays très - chauds où la rapidité de la végétation s'oppose à cet état d'amaigrissement, qui, pour ainsi dire, constitue toute la délicatesse de nos plantes potagères. Mais si une partie des Brésiliens ne peut guère espérer de pouvoir cultiver nos légumes, ce peuple trouve un dédommagement dans ses nombreuses racines comestibles, les patates, les ajpis (manihot aipi, P.), les caras et les caracatingas (dioscorea) , les inhumes (arum esculentuiri), les deux mangaretos (aroïdes), etc. Je ferai
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remarquer, en passant, qu'il n'est pas au Brésil une racine comestible dans ces familles de végétaux qui , chez nous, produisent des racines potagères-, et tandis qu'en Europe il n'existe point une espèce à racine comestible qui appartienne à la classe des monocotylédones % c'est au contraire à cette classe qu'il faut rapporter la plupart des racines comestibles des Brésiliens.
Le bon sous-lieutenant Machado me montra sa plantation de cotonniers, qui était immense. Elle n'avait qu'un an, et déjà les jeunes arbrisseaux atteignaient la hauteur d'un homme, et ils étaient couverts de capsules.
En général les cotonniers sont une des plantes que Ton cultive avec le plus de succès aux alentours de Passanha. Rien n'est moins coûteux dans ce pays que la culture du cotonnier, et rien ne produit davantage. Comme pour le maïs, on lait dans la terre, préparée à la manière ordinaire, des trous où l'on jette les semences. On met dix palmes de distance entre les différens pieds } mais d'ailleurs on observe dans les plantations aussi peu de régularité que dans celles de maïs et de café. Au bout de six mois , on nettoie la terre, et l'on répète ce travail tous les six mois ; mais on se donne fort peu de peine pour ce nettoyage, car au lieu de remuer la surface du sol , comme on fait dans les champs de maïs et de froment, on se contente de couper les mauvaises herbes au pied. C'est à ce léger travail que se borne toute la culture des cotonniers, et un nègre chargé de soigner l'espace de
1 II est bien clair que je ne parle pas ici des bulbes.
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terrain planté de cotonniers, qu'on ensemencerait avec un alqueire de maïs l , peut en même temps cultiver une égale quantité de terre en maïs et en haricots. Une plantation de cotonniers dure ordinairement cinq à six années, et, en certains endroits, elle dure jusqu'à neuf ans. L'espace de terrain qu'on pourrait ensemencer avec un alqueire de maïs, rend à S. Nicolao et aux alentours, cent arrobes par récolte, et à Passanha même un égal espace rend jusqu'à cent cinquante arrobes. Dans les terrains peu favorables à ce genre de culture, les cotonniers ne produisent que la deuxième année-, mais aux environs de Passanha, comme à Minas Novas, le canton de la province le plus propice aux cotonniers % ces arbrisseaux rendent dès la première année ; cependant la seconde récolte est encore plus abondante que celle qui Fa précédée. Le coton de Passanha est, m'a-t-on dit, d'une qualité excellente-, et, dépouillé de ses semences, il rend jusqu'à huit livres et demie par chaque arrobe de trentedeux livres, garni de graines. Des marchands de Villa do Principe et d'ailleurs vont chercher le coton chez les cultivateurs du pays , et ils le paient comptant. Il se vend ordinairement avec la graine 900 reis l'arrobe (8 fr. 12 a); mais quelquefois il va jusqu'à 1,000 ou
1 h'alqueire n'est pas le même partout : M. Freycinet évalue celui de Rio de Janeiro à ^o litres.
2 On trouvera, dans le deuxième volume de cet ouvrage, des détails étendus sur la culture des cotonniers dans les Minas Novas.
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1,200 reis, et on ne Ta point encore vu descendre audessous de 600 reis.
Pour séparer le coton de ses grains, on se sert d'une petite machine portative qui se compose de deux montans sur lesquels sont appuyés autant de cylindres longs d'un pied environ, gros comme le doigt et très-rapprochés l'un de l'autre. On présente les paquets de coton d'un côté des cylindres, et on fait tourner ceux - ci en sens contraire à l'aide de manivelles placées en dehors des montans. Les cylindres pincent le coton, l'entraînent en tournant, le font passer de l'autre côté de la machine, et les semences restent du côté où le petit paquet avait été présenté. Ce procédé est, comme on voit, d'une extrême lenteur, et demanderait des perfectionnemens1. Déjà mon hôte de Jacuhy 2 et le sous-lieutenant Machado avaient gagné quelque chose du côté de la main-d'œuvre, car c'était à l'aide de l'eau qu'ils faisaient tourner les cylindres.
Pour carder le coton , on a un petit arc dont la corde peut être longue d'environ un pied et demi. On glisse cette corde dans un paquet de coton ; on la pince avec légèreté; on répète sans cesse ce mouvement, et, à mesure qu'on le réitère d'une main, de l'autre, avec laquelle on tient l'arc, on promène celuici assez doucement en l'éloignant de soi. La corde
1 Une machine semblable est encore en usage dans le Levant.
a Voyez le chapitre XII de ce volume.
pousse le coton, et par le mouvement saccadé qu'on donne à la première, elle écarte les poils. Cette méthode de carder est peut-être plus expéditive que celle des peignes; mais il est facile de sentir qu'elle ne saurait avoir la même perfection, et que les fils ne peuvent être aussi bien séparés que lorsque des dents de fer égales et très -fines ont passé entre eux.
Si les bois que je trouvai après l'Aldea de S. Nicolao n'ont point la majesté de ceux des environs de Rio de Janeiro, ils offrent pourtant aussi de très - grandes beautés. Sur le flanc de quelques montagnes qui laissent entre elles une de ces gorges étroites au fond desquelles coule un ruisseau, et où régnent sans interruption l'ombrage et la fraîcheur , je vis des palmilos ? à la tige menue élever leur feuillage à environ cinquante pieds de hauteur2. A leur pied , une espèce de fougère en arbre à feuilles recourbées semblait vouloir imiter leurs formes. Tous les autres arbres avaient cédé la place aux deux monocotylédones , et les bambous seuls contrastaient avec ces végétaux parfaitement droits, par la courbure élégante de leurs tiges et par leurs rameaux qui, se croisant en différens sens, s'étendaient en guirlande des palmiers à la fougère.
Un assez grand nombre d'espèces de serpens se trouve dans les bois que je parcourais alors. On les
1 Palmier appelé euterpe oleracea par M. Martius {Palm., p. 29, t. 28, 29, 3o). Son jeune bourgeon peut se manger, et rivalise même avec les légumes les plus délicats de l'Europe.
* Mesure très- approximative.
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connaît sons les noms de suntcucâ (bothrops surucuciiy Spix et Mart.), jararaca, jararacassû (bothrops Neuwiedii, Spix et Mart.), surucucûcatinga, coral (coluber fulviiis , Lin. ex Neuw. ), cipô (coluber bicarinalus ? ) cainana de papo amarello , cainana de papo branco ? cobra de duas cabeças (serpent à deux têtes), et cobra fria (serpent froid). On conte, dans le pays, que cette dernière espèce se nourrit d'autres serpens, même des plus venimeux, tels que le surucucû, le jararacassû , etc. Quand elle en rencontre un, elle tourne, dit-on, autour de lui, et laisse échapper, dans sa marche, une bave gluante. L'autre serpent, comme enchanté dans cette espèce de cercle, et n'osant franchir la barrière empoisonnée que vient de former son ennemi , reste immobile, et se laisse dévorer. Ces faits ont sans doute besoin d'être confirmés par quelque observateur instruit; mais on sait que des fascinations de ce genre ne sont pas sans exemple.
Le jour où je quittai S. Nicolao , je m'arrêtai à la fazenda de Luiz da Mota, où la maison du maître n'est, comme tant d'autres, qu'une modeste chaumière bâtie avec de la terre , du bois et des bambous. Soit en allant à Passanha, soit à mon retour de ce village , je fus parfaitement accueilli à cette habitation.
Mes hôtes étaient deux hommes pauvres qui n'avaient point d'esclaves, et s'étaient associés pour faire valoir la fazenda de Luiz da Mota, dont les terres sont excellentes. L'un des deux avait couru le
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monde-, il était né à Porto; il avait été à Angola, et probablement il aura fini ses jours dans ces bois. Une chose assez singulière, c'est que, proportion gardée, je trouvai entre Villa do Principe et Passanba beaucoup plus d'Européens que je n'en avais rencontré jusqu'alors. Il vient un moment où celui qui a erré sur la terre, jouet continuel de ses espérances, finit par avoir besoin de repos et de solitude; on lui parle de ces forets où il possédera de vastes terrains , et où il vivra tranquille à l'abri de la pauvreté -, il renonce à ses ambitieux projets, et le dangereux aventurier, s'attachant au sol, devient un citoyen utile.
Mes hôtes, qui cultivaient la canne à sucre, avaient un petit moulin mis en mouvement par des bœufs. Ils me servirent du vesoul sortant, de la canne, et réduit par l'évaporation à la consistance de la mélasse ordinaire. Cette espèce de sirop, dont j'ai encore mangé ailleurs, est d'un rouge doré un peu transparent. Chacun le mêle dans son assiette avec de la farine de maïs ou de manioc, et l'on en forme ainsi une pâte d'un goût assez agréable.
Dans les environs de Luiz da Mota, je vis sur un grand arbre une troupe nombreuse d'aras. Celles de leurs plumes qui sont vertes ou bleues se confondaient avec la couleur des feuilles ; on ne distinguait que les autres, et, de loin, l'arbre semblait couvert de morceaux de velours du rouge le plus beau. Les aras s'approchèrent ensuite davantage, et j'eus le plaisir de contempler ces oiseaux avec leurs grâces naturelles et les riches couleurs dont ils sont ornés.
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