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était Suisse « qu'il était venu de Porto Alegre dans tiiiè grande charrette, dont la location lui avait coûté 5 doa« blés (dobroêt 940 fr.]i et que le conducteur ne demanderait certainement pas mieux que de me prendre en retournant chez lui. Sur-le-champ je louai une pirogue pour aller parler à ce dernier qui se trouvait de l'autre c6té du lac.
Quoique mon batelier fût venu de la campagne à la vilte pour se confesser» il avait un peu bu} la pirogue était d'une petitesse eitrème, le vent s'éleva, et je dois avouer que je n'aurais pas été fâché d'être resté à terre. Tout en causant avec mon batelier^ je lui demandai de quel pays il était, tt De Sainte-Catherine, me répondit-il ; mais, ayant commis un meurtre, j'ai pris la fuite; je me suis retiré auprès de Laguna et me suis marié. » Il y a deui choses à remarquer dans cette réponse : la facilité avec laquelle cet homme avait échappé à la justice» sans même se donner la peine de passer dans une >autre province» et l'inutile aveu qu'il faisait si naïvement de son crime. Il n'est pas» au reste» te seul qui m'eût parié d'un meurtre avec cette légèreté : Eu sou criminosOf j'ai commis un crime et suis poursuivi par la justice» était une phraseà laquelle on m'avait accouininé. En Europe» les gens du peuple sont continuellement en querelle ; ils s'emportent pour des riens» et ils se réconcilient avec la même facilité : on voit rarement les Brésiliens se mettre en fureur les uns contre les avktres ; maïs » quand cela arrive» ils se tuent.
Arrivé de l'autre câié du lac» je trouvai sur le rivage la charrette et son conducteur» et j'étais à peîne entré «n marché avec ce dernier, que l'homme de la pirogue m'interrompit en me reprochant de la manière la plus malhon-
nête de le faire attendre trop longtemps. Comme le conducteur de la charrette voulait examiner mon bagage avant de conclure le marché, je me mis en devoir de m'embarquer ; mais je fus effrayé de voir entrer avec moi dans la pirogue un homme énorme qui nous aurait infailliblement fait chavirer. Je déclarai au batelier que je ne partirais pas, s'il emmenait ce personnage. Il devint insolept; mais alors je lui dis que j'étais envoyé par le gouvernement, et que je me plaindrais au commandant en jarrivànt à Laguna. Dans l'instant mon homme changea de langage; il me fit des excuses, ne me traita plus que de senhoria, et fut d'une politesse extrême.
Le lendemain matin, le conducteur de la charrette vint à la ville, et je m'arrangeai avec lui moyennant 5 doubles (240 fr.), pour aller de Laguna à Porto Alegre. Nous convînmes que je partirais dans deux ou trois jours. Il fallait encore que je me procurasse deux chevaux ou deux mulets, parce que la charrette devait être tellement encom-
brée que je n'espérais pas pouvoir y trouver place.
Le conducteur de la charrette que je venais de louer appartenait à la province de Rio Grande, et m't)ff*rit un type que je retrouvai à peu près dans toute cette province. Il ^taît fort jeune encore, bien fait et d'une taille élevée. Il avait une figure agréable, des cheveux d'un châtain clair, la peau fine et très-blanche, et des joues colorées. Quoique fort douce , sa physionomie indiquait assez qu'il possédait le sentiment de sa valeur; ses manières, fort différentes de celles d'un grand nombre de Mineiroset de Goyanais d'une classe subalterne, n'avaient rien d'efféminé, et on pouvait facilement reconnaître qu'il était fort éloigné de l'inconsistajice des hommes de l'intérieur.
Pendant le peu de jours que je passai encore à Laguna, je fis une plus ample connaissance avec le Suisse qui m'avait indiqué le moyen de transport dont j'allais profiter. Cet homme et son compagnon de voyage étaient venus de Porto Alegre à Laguna vivant toujours de leur chasse. L'un et l'autre se disaient escamoteurs ; mais leurs manières et leur langage les démentaient » et ils étaient démentis bien davantage encore par leur maladresse. En arrivant» ils avaient annoncé aux habitants de Laguna une séance récréative ; je les aidai d'un peu de compérage ; I mais, malgré nos efibrts, ils produisirent peu d'effet : les
Lagunois étaient plus avancés que nous ne pensions.
Poussé par je ne sais quel instinct, j'allais commencer un nouveau voyage qui ne devait pas durer moins d'un an 9 et cependant je soupirais après l'instant où j'aurais la force de mettre un terme à cet exil volontaire. Je ne pouvais regarder sans horreur les camaradas qui m'accompagnaient et semblaient n'être heureux qu'en troublant mon repos. Tout les choquait, tout les offensait. Quand je rentrais chez moi après une promenade fatigante, et que j'aurais eu un si grand besoin d'être encouragé, je ne voyais que des visages mécontents ; je ne pouvais me laisser aller au moindre épanchement; j'étais obligé de garder un profond silence. Singe de José Marianne, l'Indien était devenu aussi maussade que lui ; je ne lui demandais jamais un service sans exciter ses murmures; il me tenait tète quelquefois avec une audace effrayante, et, quoique je lui eusse toujours donné des marques d'attachement, je suis bien sûr qu'il me détestait. Un jour qu'il était allé à la chasse avec José Marianne, celui-ci revint de bonne heure; Firmîano ne rentra qu'à la
nuit ; je commençais à croire qu'il avait pris la fuite» et j'avoue que je le regrettais peu.
Pendant les huit jours que je passai à Laguna , je ne reçus d'autre visite que celle des personnes à qui j'étais recommandé; on ne me fit aucune invitation, et, si mon séjour dans cette ville se fût prolongé, je m'y serais ennuyé autant qu'à S. Francisco.
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