‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-CatherineChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LA TILLE D*HYtlJ. — CELLE DE PORTO FELIZ : LA

NAVIGATION DU TIETÉ.

Histoire de la ville d'Hytù. — La population de la comarca dont elle est le chef-liea. — Celle de son district. — Description de cette ville; mes ; maisons ; églises ; couvents ; hôtel de ville ; hôpital ; boutiques; le lieu où Ton vend les comestibles. — Production des environs d*Hytù ; sucreries. — La cascade. — Venda de Caracalvnga; métis. — Sécheresse. — Description de la ville de Porto Feliz ; sa situation ; ses rues ; ses maisons ; son église. — Route de Porto Feliz à Cuyabà par les rivières ; le chemin actuel. — Le port de Porto Feliz. — Les sucreries des environs de cette ville. — La population de son district.

Hytù, qui passe pour une des villes les plus anciennes et les plus importantes de la province, est situé auprès du ruisseau de Caracatinga (1), à 18 legoas de S. Paul, 1 de Tieté , 5 de Porto Feliz , par le 23' degré 28' lat. S. et le 330' 25'10" à partir du premier méridien de F île de Fer (2).

(1) Le mot Caracatinga désigne une espèce de card {Yigname des colons français, Dioscorea des botanistes). — Muller écrit Caicusatir^ga.

(2) Ces positions notées par Pizarro paraissent avoir été déterminées par les pères de la compagnie de Jésus (Jlf^m. hist,, YIII, 262, 300). Il y

Le mot Hytûy emprunté à la langue des Indiens, signifie cascade, et ^ été donné originairement à la ville qui le porte aujourd'hui à cause d'une chute d'eau remarquable que le Tieté forme dans son voisinage (1). Avant même que

a cependant quelque différence avec celle de 23° 27' 2 " que d'Eschwege indique pour la latitude, et dont la détermination est due, dit-il, aux jésuites Diogo Soares et Domingqs Capaci , dont j*ai parlé ailleurs (Voyage aux sources du Rio de S, Francisco, elc,,\oL II, 67).

(1) On a écrit Jtû, Hytû, Hilû, Ylû et Yg-Tû. C'est Uû qu'il faudrait écrire, si Ton voulait se conformer à la prononciation actuelle, car cette orthographe la rendrait parfaitement ; mais on a cherché à se rapprocher de rétymologie indienne , et on a dû nécessairement éprouver quelque embarras, parce que la prononciation du mot primitif n'a pas d'analogue dans la langue portugaise. Dans le mot yg, eau, et tous les mots où l'on a un son à peu près semblable à faire entendre parfaitement, « ce son, dit le P. Araujo, se forme dans la gorge en doublant la a langue, en inclinant vers le bas la pointe de cette dernière et en pousa sant l'air en avant pour former une sorte d'intermédiaire entre les a voyeUes % et ou, qui n'est ni l'une ni l'autre et semble les comprendre « toutes les deux {Advertencias in Dicc» port, e tras.^ iii). » Cette prononciation, qui se rapproche en partie de la syllabe ig des AUemands, avait été rendue d'abord par un t compris entre deux points placés l'un en haut, l'autre en bas ; de son côté, le P. Ruiz da Montoya avait employé, pour la peindre, un i surmonté du signe qui, en latin, indique les brèves (i) ; mais, conformément aux règles, bien motivées, du P. Araujo, il faudrait écrire y pour eau, et ylû pour cascade, si depuis longtemps les Brésiliens-Portugais n'avaient généralement consacré la syllabe hy pour rendre, dans les noms composés, le mot qui, chez les Indiens, signifiait eau, rivière; ex'., Jundiahy, Jacaréhy^ Apiahy^etc. Puisque, dans ces mots, nous admettons ky, il est bien clair que, pour être conséquent, nous devons écrire Hytûf car personne, bien certainement, ne prétendra que l'orthographe d'un mot doit varier, dans ses composés, suivant qu'il se trouve au commencement ou à la fin ; le mot allemand milch, lait, par exemple, s'écrit de même dans milch^brau , laitière, et buUe-milch, lait de beurre. 11 ne faut pas croire, au reste, que dans tous les noms propres actuels finissant par t il y ait toujours l'indication des mots eau ou rivière, et que ce son doive constamment se rendre par hy. Sans parler des verbes, la lettre t à la fin des substantifs en modifie le

les Européens eussent pris possession de Ttle de S. Yicente, remplacement où Uytû s'élève maintenant était occupé par une tribu d'Indiens Guaianazes. Ces hommes furent du nombre de ceui qui accoururent pour défendre le pays (4550) quand ils apprirent que Martim Âffonso de Souza voulait s'en rendre maître ; mais , voyant que le chef de toutes les tribus guaianazes, le grand Tebyreça, avait fait alliance avec le capitaine portugais, ils se retirèrent (1). Attirés, un peu plus tard, par l'amour qu'Anchieta et ses frères montraient aux hommes de leur race, les Indiens d'Hytù, sous la conduite de leur cacique, se réunirent à la colonie que les jésuites venaient de fonder sous le nom de S. Paulo de Piratininga. Ce fut vraisemblablement vers cette époque que quelques Européens ou Mamalucos commencèrent à se fixer à Hytû; ses premiers habitants finirent par être anéantis ou dispersés, et dès 1654 l'ancienne aidée devint une ville portugaise (2). En 1811 , on fit d'Hytu la capitale d'une comarca qui comprenait Mogmirim,

sens et parait être un diminutif, comme le prouvent les exemples donnés par le P. Luiz Figueira {Arte da grammalica da lingoa gérai, 4* éd., 97) : comandâ, fève; comandai , petite fève; pilanga, enfant; pitangai, petit enfant. Nous n'aurions aucun doute sur les étymologies de ce genre, si les Portugais, en adoptant les mots indiens, avaient songé à les accentuer d*après les règles adoptées par les jésuites; mais, comme il n*en est pas ainsi, il est impossible qu'il n'échappe pas quelques erreurs aux étymologistes actuels les plus attentifs. De ceci je crois, cependant, qu'il faut conclure que le mot Pilangui, qui désigne une viUe de Minas, ne veut pas dire la rivière des enfants, mais le petit enfant.

(1) Gaspar da Madré de Deos, Noticia, etc., in Revist. trim,, II,

(2) Cette date a été indiquée tout à la fois par Pizarro, Spii et Martius, et D. P. MûUer ; si l'on trouve 1584 dans le Diccionario geographico do Brazil, ce ne peut être que le résultat d'une faute d'impression.

Campinas, Porto Feliz, Sorocâba, Itapéva, Itapitininga , Àpiahy. Lors de la nouvelle division de la province de S. Paul en 6 comarcas (1833), Hytù devint le chef-lieu de la 4''; rassemblée provinciale Térigea en cité [cidade), et r empereur D. Pedro I" lui donna le titre de très-fidèle (fidelissima) (1). En 1839, la 4'' comarca comprenait^ outre sa capitale, 9 villes, Porto Feliz, Sorocâba, Itapéva, Itapitininga, Apiahy, et quatre autres de création nouvelle^ savoir Capivarhy, Constituçào, Araraquara et S, Roque (2); à partir de cette époque, des villages ont encore été érigés en villes , et à celles que nous venons de nommer il faut ajouter Piraporâ , Limeira S, Joào do Riheirâo Claro, Tatuhy ; ce qui fait en tout 13 villes comprenant ensemble 27 paroisses (3). Depuis longtemps, T histoire d*Hytû, intimement liée à celle du reste de la province, n'ofTre rien qui mérite d*ètre mentionné d'une manière particulière ; cependant nous dirons que, malgré son titre de très-fidèle, la ville d'Hytù fut une des premières à prendre part à la révolte qui éclata, le 17 de mai 1842, contre le gouvernement central , mais dont les nombreux amis de Tordre ne tardèrent pas à triompher (4).

Lorsque la province de S. Paul ne comprenait encore que 3 comarcas, la population de celle d'Hytu, suivant le tableau communiqué à d'Eschwege par le ministre d*État, comte da Barca, se composait de la manière suivante pour l'année 1813 (6) :

(1) Mill. et Lop. de Moura, Dicc, l, 504.

(2) D. P. MuU., Eus. est.

(3) Mapa topographica da provincia de S. Paulo , 184.

(4) Discurso recilado pek> présidente José Carlos Perdra û^âV' meida Torres emjan, 1843, p. 3.

(5) Journ. von Bras. y II, tab. 1.

Blancs,

Hommes. ^ . . . . 12,795| Femmes 13,725

Mulâtres et mulâtresses libres.

Mulâtres 5,641 1

Mulâtresses 5,162

Nègres et négresses libres.

Nègres 336|

Négresses 336}' • • • • ^72

Mulâtres et mulâtresses esclaves.

Mulâtres 9i7j

Mulâtresses 968r * ' • * ^»^^^

Nègres et négresses esclaves.

Nègres 6,2661

Négresses 4,196)

Total. . . 50,372 mdiyid.

En 1859, après qu'on eut séparé les districts de Campinas et de Mogimirim de la comarca d'Hytù, le nombre de ses habitants était représenté par le chiffre total et les chiffres partiels que voici :

Blancs,

Hommes 18,943»

Femmes 19,778f "^^'^^^

Mulâtres et mulâtresses libres.

Mulâtres 5,411)

Mulâtresses 6,142

A reporter, , , 50,274 ï. 22

Repori, . . 50,274 Nègres et négresses libres.

Nègres créoles. . . . 667) \

Négresses créoles. . . 670J ^'^^^1

Africains 108| (' ' ' *'^*

Africaines 77} ^®^/

Mulâtres et mulâtresses esclaves.

Mulâtres 958 j

Mulâtresses 1,052(* ' '

Nègres et négresses esclaves.

Nègres créoles. . . . 4,053) ^

Négresses créoles. . . 3,9761 ^'"^^i

Africains '^^^^la «au

Africaines 4,246 î"'^"*)

Indiens 14

Total. . . 73,453 ind. (1).

La comparaison de ces deux tableaux nous fournira quelques considérations assez curieuses, l"" Malgré le retraocbement des districts de Campinas et de Mogimirim , la population de la comarca d'Hytu s'est accrue, en vingtcinq années, de la moitié environ du nombre primitif, et comme le chifTre des habitants de ces mêmes districts s'éle« vait, en 1838, à 12,574, il est clair que, si le retranchement n'avait pas eu lieu , l'augmentation aurait été à peu près des 7/10®'. Le terme moyen annuel de cette dernière serait donc, pour la comarca actuelle d'Hytû» plus les districts de Mogimirim et Campinas, de 14,26S, ou, si Ton aime mieux, de 1/35 du nombre primitif, en négligeant la fraction, et par conséquent, si nous admettons, uo

(1) MÛI1., Ens., conl. do app. a tah. 5.

instant, une absence totale de causes perturbatrices^ trentecinq ans suffiraient pour faire doabler la population, quand même Taccroissement ne s'effectuerait pas comme cela a lieu en progression ascendante. En France, au contraire, il ne faudrait pas moins de cent trente-neuf ans pour que la population devint le double de ce qu'elle était en 1846, en supposant que l'accroissement se maintint tel qu'il a été dans cette même année (i); par conséquent, l'augmentation de la population française serait à celle de la comarca d'Hytû comme 1 à 3,97 (2). 2*" Le nombre des individus libres était à celui des esclaves, en 1813, comme 3 est à 1> et, en 1838, comme 2,38 également à 1, ce qui tient à l'extension qu'a prise la culture de la canne à sucre, pour laquelle on emploie beaucoup d'esclaves. 3'' Comme en France, le chiffre des hommes est, dans la comarca d'Hytû, inférieur à celui des femmes; mais il semblerait que l'égalité tend à s'établir aussi bien que chez nous (3), car la différence est déjà moins forte en 1838 qu'en 1813. Il est évident qu'il ne peut être ici question que des blancs et des blanches, car les affranchissements, les importations d'esclaves, le besoin que l'on a de nègres plutôt que de négresses, l'état des mœurs apportent, dans les autres

(1) Annuaire Umg., 1846, 139.

(2) On lit sar le Carta topographica de S. Paulo, publié à Rio de Janeiro en 1847, que la population de la comarca d'Hytû s'élève actuellement à plus de 100,000 âmes. Si ce chiffre est exact, la réalité aurait encore été au delà du calcul que je yiens de faire ici, puisque c'est malgré le retranchement des districts de Campinas et de Mogimirim que le nombre des habitants de la comarca d^Hytû aurait doublé en trentednq ans.

(3) Annuaire long., 1846, 139.

castes, des perturbations très-multipliées. 4*" Le nombre des mulâtres et des mulâtresses libres est bien loin d'avoir éprouvé la même augmentation que celui des blancs ; les premiers sont généralement pauvres, et se marient, par conséquent, beaucoup moins que les hommes de notre race ; les mulâtres s'engagent souvent comme camaradas^ et accompagnent au loin les caravanes ; un grand nombre de mulâtresses se livrent è la prostitution. En finissant ces observations, je dois répéter que les métis de blancs et d'Indiens, fort nombreux dans les parties septentrionales de la province de S. Paul, y sont considérés comme blancs de race pure (1) et confondus , dans tous les états de population, avec les véritables blancs, dont il n'est pas, en réalité, toujours facile de les distinguer.

Pour la population du district d'Hytû, isolé de tous ceux qui, avec lui, forment la comarca tout entière, nous avons les deux tableaux suivants :

Blaocs des deux sexes 3,076)

Mulâtres libres des deux sexes. . . 621> 3,836 indiv. libres. Nègres libres des deux sexes. . . . 139)

Mulâtres esclaves des deux sexes. . . 287 1

Nègres esclaves des deux sexes. . . 2,9141 ^'^* «neuves.

Total. . . 7,037 individus.

(1) « Il y a des Indiens, dit M. José Arouche de Toledo Rendon. qui « sont considérés comme blancs, parce que des croisements ont fait ou- « blier leur origine. Telles sont beaucoup de familles nouvelles de « courte généalogie {Memoria sobre as aldeas, etc., in RevisL trim., « vol. IV, 299). »

Blancs des deux sexes.?. . .

Mulâtres libres des deux sexes.

Nègres libres des deux sexes. .

Mulâtres esclaves des deux sexes.

Nègres esclaves des deux sexes.

Indiens *! .

Total.

6,532 indiv. libres.

4,714 esclaves.

11,246 individus (1).

II suffirait de comparer ces deux tableaux avec ceux qui indiquent les chiffres de la population de toute la comarca pour conclure que le district d'Hytû est un de ceux où il existe le plus de sucreries; nous savons, en effet, que c'est surtout dans les exploitations de ce genre que l'on emploie des esclaves noirs, et, proportion gardée, nous en trouvons beaucoup plus dans le district d'Hytù isolé que dans tous les autres districts réunis. Cette conclusion , tirée à priori d'un seul fait, est parfaitement conforme à la vérité; car, en 1859, il y avait quatre-vingt-dix-huit sucreries dans le seul district d'Hytu. Constituiçâo, qui ensuite en possédait le plus, n*en avait que soixante-dix-huit; Araraquara en avait une; S. Roque n'en avait pas du tout.

A l'époque de mon voyage et même à la 6n de 1820 (2), le district d'Hytù ne comprenait encore qu'une paroisse, celle de la ville elle-même; en 1838, on en avait déjà érigé trois de plus, celles de Cabrinva^ Indaiaiuba et Capivarhy

(1) Ces deux tableaux sont extraits, le premier du tableau gcuéral de Spix et Martius pour 1815 {Reise, I, 238, 9); le second, de Touvrage de D. P. Millier {Ensaio eêiat.y cont. do àpp. a tab, 5).

i2) Eschv., Jour, von BrasUicny I, 09.

de Cima (1); enGn, depuis cette époque» on en a encore créé une, celle d*Agoa Choca (2).

J'ai fait connaître, au moins d'une manière approximative, la population de la comarca d'Hytu et celle du district dont cette ville est le chef-lieu ; mais il sérail plus difficile d'indiquer d'une manière précise celle de cette dernière en particulier. En effet, il en est d'Hytû comme d'une foule de villages et de petites villes de Goyaz et de Minas Geraes (5] ; un grand nombre de maisons appartiennent à des propriétaires de sucreries qui n'y viennent que le dimanche, afin d'assister au service divin, et je ne sais jusqu'à quel point ils doivent être compris dans la population de la ville. Quant à la population permanente, composée principalement de marchands et d'ouvriers, on ne la faisait pas monter, vers la fin de i819, à plus de 4,000 ou 4, 200 âmes (4).

Le pays qui entoure la ville d'Hytû est ondulé ; des bois vierges le couvrirent probablement autrefois ; aujourd'hui on n'y voit plus que des capoeiras et des bois peu élevés. Quant à l'emplacement sur lequel a été bâtie la ville elle-

(1) D. p. MiiUer, Ensaio eslatistico, tab. 18.

(2) C'est snr la carte intitulée Carta topographica da provincia de S, Paulo, 1847, qae je trouve cette dernière indication. Millier dit (jue la paroisse de Capivarhy de Cima portait également, en 1838, le nom &Agoa Choca ; les deux noms lui étaient donnés, sans doute, parce qu'alors elle embrassait les deux villages ; mais si la carte citée plos haut est exacte, et je n'ai aucune raison pour en douter, on aura fait depuis une paroisse de chacun des deux.

(3) Voir mes relations précédentes.

(4) On lit, dans le Diccionario geographico do Brazil, II, 305 , que la population d'Hytû s'élève à plus de 10,000 âmes; il est bien évident que c'est à celle du district tout entier que cette évaluation doit être appliquée.

^MMMMMi«a«iau

DE SAUST-PâUL £T DE SAINTE-CÂTHEaiNE. 34$

même, il offre à peine de légères inégalités. CelleKii est étroite et fort allongée. Elle se compose de quelques rues parallèles, d'une largeur médiocre, mais bien alignées, que coupent d'autres rues généralement étroites et bordées par des murs de jardin. Dans les rues principales, le devant des maisons est garni de larges dalles faites d'une pierre lisse et compacte; les autres ne sont point pavées, et l'on y enfonce dans le sable. Leâ maisons sont blanchies, et pour la plupart bâties en pisé ; quelques-unes, qui peuvent passer pour jolies, ont un étage, outre le rez-de-chaussée; le plus grand nombre sont petites, basses et assez vilaines. Toutes possèdent un quintal plus ou moins grand où l'on retrouve les arbres que les habitants de Minas ont coutume de planter dans ces espèces de jardins (1).

On voit à Hytù plusieurs petites places; mais celle où s'élève l'église paroissiale est la seule qui soit un peu remarquable.

Cette église , dédiée à Notre-Dame de la Chandeleur {Nossa Senhora da Candellaria) , occupe un des petits côtés de la place qui forme un carré long. Elle est ornée avec goût , tenue avec une extrême propreté , et a toute la majesté qui convient à un édifice consacré au culte divin. Elle peut avoir environ 57 pas de longueur depuis la capella môr (chapelle majeure) jusqu'à la porte d'entrée (2). De chaque côté de la nef, sont deux autels,

(1) Voir mes relations précédentes.

(2) Voici ce que je dis ailleurs de la capella môr : « Aucune église n*a « de bas côtés. Le sanctuaire n'est point, comme chez nous, continu ayec « le reste du yaisseau ; c'est, ainsi que l'indique la dénomination por- « tugaise capella mùr, une véritable chapelle distincte de la nef, moins n élevée et surtout moins large qu'elle. Pour masquer les angles qui, « de chaque côté, résultent naturellement de la différence de largeur

et il y en a encore deux autres , placés obliquement , suivant l'usage, à l'entrée de la capella môr. Ces derniers et celui de cette chapelle elle-même sont accompagnés de colonnes torses fort bien faites et dorées avec soin. Le plafond de la eapella môr est orné de peintures qui montrent que leur auteur était né avec des dispositions naturelles, et que pour devenir un véritable artiste il ne lui a manqué que de voir de bons modèles. On ne peut s'empêcher de regretter qu'une aussi belle église que celle de la Candellaria n'ait pas de clocher, qu'elle ne corresponde pas parfaitement au milieu de la place sur laquelle elle a été bâtie , et que la nef soit sans plafoud.

Outre réglise paroissiale , Hytû possède encore huit édifices consacrés au service divin. Les principaux sont l'église des Carmes dont je parlerai bientôt et celle de Notre-Dame du Patronage {Nossa Senhora do Patrocinio),

Cette dernière est peut-être la plus jolie de toutes. Lors de mon voyage, elle venait d'être décorée, et elle l'avait été avec goût; tout y était d'une fraîcheur et d'une propreté extrêmes. La nef est entièrement de plainpied, et, différente de celle des autres églises, elle n'a point de balustrade sur les côtés (1). Deux rangs de

a de la nef et de la capella môr, on élève, à droite et à gauche, un au- « tel oblique {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Mi- « nas Geraes, 1, 120). » Ce genre de construction, beaucoup moins majestueux que celui qui a été adopté pour la plupart de nos églises, se retrouve néanmoins dans quelques parties de la France.

(1). Voici ce qui a lieu dans les autres églises : « Toutes sont plan- « chéiées, et des deux côtés de la nef, dans une largeur de 5 à 6 pieds, it le plancher est plus élevé d'environ 9 pouces que dans le reste de Fé- « glise. Cet espace, ainsi exhaussé, est séparé du milieu de la nef par une

stalles garnissent la capella mÔTy ce que je n'avais encore vu nulle part. Au-dessus du maître - autel s'élève une haute pyramide composée de dix rangs de gradins et terminée par une figure dorée qui représente l'agneau pascal. Sur les gradins sont, suivant la coutume, des chandeliers dorés, qui, très-rapprochés les uns des autres , doivent produire un bel effet quand on les allume , ce qui se pratique les jours de grande fête.

A l'une des extrémités de la ville est le couvent des Carmes chaussés, et à l'autre celui des Franciscains.

Ce dernier est un très-grand bâtiment à un étage; mais son église est fort petite. Il a été fondé en l'année 1704.

Le couvent des Carmes, qui date de 17i9 (1 ), dépend de celui de Rio de Janeiro. Il possède des terres affermées et une fazenda (habitation rurale); mais celle-ci, lors de mon voyage, était mal administrée, et on craignait qu'elle ne perdit bientôt une partie de sa valeur. A cette même époque, il n'y avait plus d'esprit de corps chez les religieux brésiliens ; chacun dans les couvents vivait pour soi, et personne ne songeait à l'avenir ; ces hommes avaient cédé à l'influence énervante du climat et imitaient trop souvent les laïques qu'ils étaient appelés à édifier (2). Il fallait que l'état de moine fût tombé dans un grand discrédit, car en ce pays, où il n'obligeait plus à aucun devoir pénible et où l'oisiveté a tant de charmes, on évitait de

« balustrade... qui, prolongée parallèlement au maitre-autel, sépare « encore le sanctuaire de la ne( {Voyage dans les provinces de Rio de « Janeiro el de Minas GeraeSt II, 121). »

(1) La date de la fondation des deux conyents est empruntée à J. P. Mùller.

(2) Voyage dans le district des Diamants el sur le littoral du Brésil, II, 69.

Tembrasser. A Dieu ne plaise» cependant, que j'appelle la destruction sur les monastères qui existent encore au Brésil ! Je n'ignore pas combien de services ont rendus les ordres monastiques dans les différentes parties du globe, et je sais combien ils peuvent en rendre encore. Si Ton anéantissait toutes les institutions humaines où des abus se sont introduits, rien sur la terre ne resterait debout, et, après avoir tout détruit, il faudrait bientôt tout détruire encore. Le jardinier auquel on conlSe le soin d'un arbre fruitier, négligé trop longtemps, ne l'arrache pas, il rémonde et lui fait reprendre sa direction primitive.

Quoi qu'il en soit, je fus très-bien reçu par le prieur des carmes, le seul religieux qu'il y eût dans le couvent (1), et il me montra son église avec beaucoup de complaisance. Cette église est jolie et très-propre , mais elle n'a pas la majesté de la Candellaria , et peut-être est-elle trop éclairée pour un édifice religieux. De chaque côté de la nef sont trois autels, et sur chacun s'élève une grande statue en bois, peinte et habillée, qui représente Jésus-€hrist dans une des attitudes de sa passion. Des rideaux empêchent la poussière de gâter ces figures ; on n'a négligé aucun des accessoires qui peuvent les orner, tels que de grands nimbes d'argent, etc., mais tout cela ne les rend pas plus belles ; cependant on ne manque pas de les montrer comme des chefs-d'œuvre , et, chaque fois qu'un des rideaux s'ouvrait, le bon religieux me regardait avec un air de complaisance et cherchait à voir si je partageais son admiration (2). Le plafond et les murs de l'église des Carmes sont

(1) Il parait qu'il n'y en avait non plus qu'un en 1839 (Kidd., SkeL, I, 269).

(2) Nous n'avons certainement pas le droit de nous étonner de trouver

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ornés de beaucoup de peintures : ces dernières sont loin, sans doute y d* être bonnes; cependant on y découvre le cachet d'un vrai talent, et elles ont été faites, comme une partie de celles de Téglise paroissiale, par un prêtre qui n'avait jamais appris le dessin et n'était sorti d'Hytû que pour se faire ordonner à S. Paul. Quant au couvent des Cannes lui-même, il a un étage, outre le rez-de-chaussée ; mais il est d'une grandeur médiocre. L'intérieur est tenu avec propreté ; les cellules sont spacieuses , jolies et trèsgaies.

L'hôtel de ville d'Hytû a été construit à Pun des angles de la place sur laquelle est bâtie l'église paroissiale. C'est un bâtiment à un étage qui ne diffère pas d'une maison ordinaire. La prison, suivant l'usage, occupe le rez-de* chaussée.

Il existe, à Hytû, un hôpital pour les malheureux attaqués de la morfea, et l'on dit qu'en 1839 on était sur le point d'en construire un second pour recevoir les autres malades (1).

Les dimanches et les jours de fête, Hytû est fort vivant. Ces jours-là , comme je l'ai déjà dit, les propriétaires du voisinage se rendent à la ville pour assister au service divin ; mais dans le courant de la semaine les principales maisons restent fermées, et les rues sont désertes.

Les habitants aisés d'Hytû et des alentours, ayant, à cause du placement ou du transport de leurs sucres, des relations continuelles avec S. Paul, s'y fournissent des

des figures mal sculptées dans un pays nouveau comme le Brésil, lorsque chez nous, où les arts sont cultivés depuis si longtemps, on voit dans les églises, même celles des grandes villes, tant d'affreux barbouillages.

objets dont ils ont besoin ; aussi y a-t-il , dans lear ville, moins de boutiques que dans beaucoup d'autres qui ne sont pas aussi considérables^ et celles que j'ai vues ne m'ont pas paru très-bien garmes.

Les comestibles se vendent ici, comme à S. Paul, dans des espèces de maisonnettes obscures qui donnent sur une des rues transversales dont j'ai déjà parlé. Comme dans la capitale de la province, on appelle ces maisonnettes as casinhas; elles appartiennent à la ville, et leur location fait un de ses revenus. On m'a assuré que, pendant Fannée 1818, il s'y était vendu des denrées pour 20,000 cruzades, et il ne faut pas oublier qu'alors l'argent avait une valeur que lui ont fait perdre l'introduction du papiermonnaie et celle d'une trop grande quantité de pièces de cuivre.

On récolte dans le district d'Hytù un peu de café, de coton, de thé, d'huile de ricin , une certaine quantité de maïs et de haricots; mais c'est la culture de la canne à sucre qui fait la richesse de ce district. Lors de mon voyage, on y comptait plus de cent sucreries, et parmi elles il y en avait quelques-unes d'importantes. Certaines terres sont encore fort bonnes; mais beaucoup d'autres, étant depuis longtemps en culture jet ne recevant jamais d'engrais, commencent à s'épuiser- Au lieu d'y faire ^ avec dix esclaves, l,Qûttarrobes (14,700 kilog.) de sucre comme en d'autres endroits , on n'en fait que 6 à 800, et , lorsque la canne a produit pendant trois ans, on est obligé de laisser reposer son champ pendant dix années avant d'y faire une plantation nouvelle. Les propriétaires de sucreries estimaient, à l'époque de mon voyage, que leurs bénéfices étaient fort beaux lorsqu'ils vendaient le sucre blanc de 1,000 à

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1 ,200 reis (6 fr. 25 à 7 fr. 50) Tarrobe de 44 kilog. 74. La plupart plaçaient leurs produits à S. Paul et à Santos; les plus aisés les expédiaient pour Rio de Janeiro. On m'assura que les villes d'Hytû, de Jundiahy, Campinas, Sorocàba, Porto Felîz, et la paroisse de Percicaba, érigée depuis en ville sous le nom de Constituiçao, avaient exporté, dans le courantde 1818, 300,000 arrobes de sucre (44,100,000 k.). On assure que les grenades des environs d'Hytù sont les meilleures de tout le Brésil, et que les oignons y atteignent une grosseur remarquable. Quelques jardins, ajoute-t-on, sont parfaitement cultivés; on y recueille des raisins excellents^ et on a réussi à faire de très-bon vin (1 j.

Ne voulant pas quitter Hytu sans voir la cascade à laquelle cette ville doit son nom, je me mis en route, pour r aller visiter, accompagné de mon muletier, José Marianne. Dans un espace d'environ 1 lieue jusqu'à la rive du Tieté, qui traverse la route d'Hytù à Campinas , je parcourus un pays couvert autrefois de bois vierges, mais où Ton ne voit plus aujourd'hui que des capoeiras; j'aperçus dans la campagne plusieurs sucreries.

Arrivé au Tieté , on trouve un pont étroit , fort mal entretenu et sans balustrades. Ce pont est partagé par une île en deux parties inégales; la plus voisine de la rive droite a environ 48 pas de longueur, File en a 47, l'autre partie 1 20. En cet endroit la rivière se divise, et forme plusieurs lies bordées , ainsi que la rivière elle-même , de rochers , de pierres noires qui semblent entassées avec régularité, et forment une sorte de mur d'appui. Des masses d'arbres et d'arbrisseaux d'un effet pittoresque couvrent les iles, et des

(1) Cazal, Coroflf., 1, 2i5 ; — Kidd., SkeL, I, 271.

touffes d'Orchidées, qai croissent sur les rochers, étalent de superbes bouquets de larges fleurs purpurines. A chaque extrémité du pont est une venda accompagnée d'un petit rancho, et un peu plus bas, à droite de la rivière, on voit la chapelle de Notre-Dame du Pont [Nossa Senhora da Ponte) avec la maison du chapelain. Tout cet ensemble forme un très-joli paysage.

En passant sous le pont, Teau, resserrée par des rochers, s'échappe avec bruit; au delà est un large amas de pierres, et un peu plus loin la cascade. Après avoir serpenté avec rapidité entre deux rangées de pierres amoncelées, la rivière se jette tout à coup dans un étroit canal borné de chaque côté par une muraille de rochers à pic, et là elle se précipite, d'une hauteur de 25 à 30 pieds, avec une inconceva* ble impétuosité, et un bruit assez fort pour qu'on puisse l'entendre de la ville d'Hytû. Rencontrant, dans sa chute, des roches diversement groupées, elle se divise en plusieurs jets qui bondissent , se croisent , se confondent , forment une masse confuse d'une écume d'un blanc roussâtre, et font jaillir dans l'air d'innombrables gouttelettes d'eau qui se réunissent en un brouillard épais. Au-dessous de la cascade les eaux rencontrent encore des rochers , et pendant quelque temps elles continuent à écumer.

Pour avoir le temps d'examiner tout à mon aise cet ensemble admirable, j'avais prié le chapelain de Notre-Dame du Pont de recevoir mes mulets dans sa maison, et il y avait consenti avec beaucoup de politesse. Il me raconta que, lorsqu'il était venu dans ce lieu, il y avait quarante ans, le rocher d'où la rivière se précipite formait une longue avance creusée comme une gouttière, que l'eau, en tombant, décrivait alors une large portion de cercle, et que les hî-

DE SAINT-PAUL ET DE SAiNTE-GATHERmE. 351

rondelles (1) passaient et repassaient sous cette espèce d* arcade. Peu à peu cette avance a été usée par les eaux , et aujourd'hui elles tombent sur les rochers eux-mêmes. J'ai encore vu un grand nombre d'hirondelles voler autour de la cascade ; je présume qu'elles y cherchent quelque espèce d'insecte aquatique. Au-dessus de la chute d'eau on ne trouve dans le Tieté que de petites espèces de poissons ; mais au-dessous on en pêche de très-grands, entre autres des douradoSf etc.

On avait à Hytù la plus grande confiance en l'image de Notre-Dame du Pont; dans les temps de sécheresse, on allait la chercher en procession , et on la transportait à l'église paroissiale, où elle restait jusqu'à ce qu'on eût obtenu de la pluie. Elle y était lors de mon voyage, parce qu'on avait un très^grand besoin d'eau, et tous les soirs on lui adressait des prières. C'était la seconde année que la sécheresse se faisait sentir.

D'Hytù je me rendis en deux jours à Porto Felîz , qui en est éloigné de 5 legoas. Quand je partis, le capitào môr d'Hytû me donna son neveu pour m' accompagner. Je devais être, sans doute, fort reconnaissant ; mais il n'en est pas moins vrai que ce genre de politesses me contrariait tou^ jours. Quand j^avais un compagnon de voyage, j'étais forcé d'aller plus vite, et, de peur de le gêner, je passai, sans m'arrêter, devant des plantes qui me laissaient des regrets. C'est précisément ce qui m' arriva encore dans les campagnes les plus voisines d'Hytû.

(1) M. le prince de Nenwîed, dans son ouvrage extrêmement important sur les oiseaux du Brésil, a décrit trois espèces du genre Cypselw, et huit du genre Hirundo (Beitr'àge zur Naturgeschichle von BrcuiHent

Le pays que je parcourus au delà de cette ville est inégal et couvert de capoeircis.

Après avoir fait 2 lieues , je m'arrêtai , pour y passer la nuit, à une venda située près du ruisseau de Caracatinga, qui, comme je Tai dit, coule aussi à Hytû. Cette venda appartenait à une famille pauvre et nombreuse; dans le voisinage il y avait encore plusieurs maisons éparses çà et là, des deux c6tés de la rivière; mais, comme la venda elle-même, toutes n'annonçaient que l'indigence.

Les habitants de ces pauvres demeures avaient le teint très-blanc, souvent coloré, des cheveux châtains ou même fort blonds. Il était facile, cependant, de voir que ce n'étaient pas des descendants de Portugais de race pure ; leur tête arrondie, leurs arcades zygomatiques très- proéminentes, leur nez épaté indiquaient assez un mélange de sang indien. Je fus également frappé de la ressemblance de leur prononciation avec celle des Indiens véritables. Comme ceux-ci, ils n'ouvraient presque pas la bouche en parlant, ils élevaient peu la voix, et donnaient aux mots un son guttural. La manière dont ils rendaient le eh portugais était tout à fait indienne. Ce n'était ni tch ni même ts^ mais un son mixte mollement articulé. Je trouvai aussi aux femmes ces manières enfantines que l'on remarque chez celles des indigènes (1),

Plus d'une demi-douzaine de ces femmes s'étaient réunies dans la taverne où j'avais fait halte, et au lieu de fuir,

m, 342-374); je ne saurais dire, malheureusement, à laqueUe de ces onze espèces doit être rapportée ceUe dont il est ici question.

(1) Voir, plus bas, le chapitre intitulé. Voyage éltapitininga aux Campos Geraes, etc.

comme auraient fait la plupart des blanches et même des mulâtresses de Minas ou de Goyaz , elles restèrent au mi* lieu de nous pendant que nous travaillions. Elles passèrent l'après-midi à causer, à rire, â boire du grog, et à fumer dans des pipes longues de près de 5 pieds, assez en usage chez les femmes d^ ce pays et celles de Goyaz ; d'ailleurs aucune d'elles ne fit la moindre chose, quoique le mauvais état de leurs vêtements prouvât bien suffisamment qu'elles avaient grand besoin de travailler.

En quittant la venda de Caracatinga, je traversai le ruisseau du même nom qui, à peu de distance de là, se jette dans le Tieté. Le pays que je parcourus, dans un espace de 3 legoas, est inégal : comme celui que j'avais traversé entre Hytû et Caracatinga, il me parut avoir été jadis couvert de forêts vierges ; mais aujourd'hui on n'y voit plus que des bois peu élevés et des capoeiras où croît abondamment la grande Fougère [Pteris caudata).

La veille, 16 décembre, à Hytù, le thermomètre avait indiqué IS"" R. à six heures du matin ; ce jour-là, il n'indiqua que i4^ à la même heure. Cependant la chaleur fut extrêmement forte pendant toute notre marche : le temps était superbe; il ne tombait point d'eau, quoique nous fussions au temps de l'hivernage, et l'on pouvait regarder comme perdu le maïs qui, ayant été planté de bonne heure, était alors en fleur. Il était facile de prévoir que, si la sécheresse continuait, la disette déjà très-grande, qu'avait produite le temps sec de l'année précédente, aurait, en 4820, les suites les plus fâcheuses. Je ne trouvai, ce jour-là» aucune plante ; les localités que je parcourus en fournissent généralement peu , et la sécheresse en diminuait encore le nombre.

Porto Feliz (le port heureux) (1), où je fis halte, fut érigé en ville, dans l'année 1797, sous l'administration du gouverneur de la province, Antonio Manoel de Mello Castro e Mendonça (2), et avait été plus anciennement une aidée qui portait le nom A' Araritaguaba (3).

Cette ville, située à 23 legoas de S. Paul, 5 d'Hytu^ 5 1/2 de Soroc&ba , est le chef-lieu d'un district et d'une paroisse, et était, lors de mon voyage, administrée par deux juges ordinaires {juizes ordinarios).

Elle a beaucoup moins d'étendue qu'Hytù, et n'a pas été aussi bien bâtie; mais sa position est infiniment plus agréable. En effet, elle s'étend sur une colline au pied de

(1) Je n'ai pas besoin de dire qae ce n'est points. Feliz, comme on a écrit dans un livre trop pen conna dont la lecture est amusante et instructive (J. F. Van Weech, BeUe uber England und Portugal nach Brasilien^ 1, 267), mais dont Fauteur doit être rangé parmi ceux auxquels M. le prince de Neuwied reproche d^avoir trop négligé Forthographe des noms portugais (Broiilieu^ M).

(2) Piz., Mem. hisU, YUl, 301.

(3) MM. Spix et Martius ont traduit ce mot par ceux-ci : le lieu oà lei areu mangent des pierres. Ararita peut Fêtre, sans doute, par pierre des aras; mais, quoique Lacerda ait rendu g%Mva par manger {Mario da tiagein , 55) , guaba en guarani , et guabo dans la lingoa gérai , ne paraissent pas avoir ce sens : ces sjUabes sont, dans certains cas, Findication du gérondif (Ruiz da Montoya, Tes, guar., 127 bis ; — Luiz Figiieira, Àrte da grammalica, 4« éd., 69). Notre mot manger est représenté, selon les mêmes auteurs, en guarani par u, dans la lingoa gérai par ui. Je dois ajouter, cependant, qu'à Fartide guaba du Te^ souro on trouve caguaba , instrument dont on se sert pour boire^ et qu'à Farticle ca revient le même mot avec cette explication : chose à Vaide de laquelle on boit le maté. J'ai déjà montré aiUenrs que dans Guaba Grande, nom d'un lieu situé sur les bords du lac d'iraruama, dans la province de Rio de Janeiro, guaba vient du guarani iguaba^ vase pour t)oire de Feau (Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, I, 358).

DE SâINT-PAUL et DE SAINTE-CATHERINE. 35»

laquelle coule le Tieté; de plusieurs points on découvre la rivière qui serpente dans une vallée profonde» on voit sur ses bords quelques fazendas, et plus loin des campagnes couvertes de bois et dé pâturages. La colline sur laquelle la ville a été construite s'élève à peu près à pic au-dessus da Tieté; néanmoins , dans un espace peu considérable, elle s'étend y par une pente assez douce, jusqu'au bord de la rivière; c'est l'endroit où se font les embarquements et que Ton appelle le port (porto).

L'emplacement sur lequel a été bâti Porto Feliz est fort inégal. Les rues ne sont point pavées; elles n'ont pas même été nivelées. Les maisons, basses, petites, écartées les unes des autres, n'ont, en général, qu'un rez-de-chaussée ; tandis que celles d'Hytû sont, pour la plupart, con^ struites en pisé, ici on n'en voit point qui ne le soient avec des Mtons croisés (pao apigtie) et de la terre (1 ) , parce qu'on ne trouve pas, dans le voisinage, de glaise propre à faire du pisé.

Il n'y a pas à Porto Feliz d'autre édiQce religieux que l'église paroissiale, et c'est le seul bâtiment qui soit construit comme les maisons d'Hytû. A l'époque de mon voyage, cette église, dédiée à Notre-Dame, mère des hommes [N. S, mai dos homms)y n'était pas encore entièrement achevée. Elle a environ 58 pas de long depuis la capella môr jusqu'à la porte, et est ornée de deux tours qui servent de clocher et s'élèvent, suivant l'usage du pays, des deux côtés de la porte (2).

Actuellement le Tieté ne contribue guère qu'à l'agré-

(1) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, l, 205.

ment de Porto Feliz; mais, par la suite des temps, il donnera à cette ville la plus haute importance. En effet, en deçà de la cascade d'Hjtû, il devient navigable un peu au-dessous de cette dernière, et à Porto Féliz commenceront ces navigations gigantesques dont j'ai déjà parlé ailleurs et qui frappent d'étonnement l'Européen accoutumé à ses mesc^ines rivières. Quoique embarrassé par un grand nombre de rapides, le Tieté permet d'arriver jusqu'à son confluent dans le Paranùâ, et de là on pourra se rendre soit au Rio de la Plata , soit à Goyaz et même à Tembotichure du Tocantins (i), soit enfin à Cuyabâ et à Matogi'osso.

Cette dernière navigation, tentée pour la première fois au commencement du siècle dernier, a souvent aidé les Paulistes dans leurs expéditions lointaines, et elle les a conduits aux mines d'or de Cuyabà. De nos jours, comme on le verra bientôt, elle a été fort négligée ; cependant > à l'époque de mon voyage, on ne l'avait pas encore abandonnée entièrement.

Quand on veut se rendre à Matogrosso par les rivières, on s'embarque à Porto Feliz dans de très-graitdes pirogues. A 4 lieues de cette ville, on trouve la paroisse de Santa Trinidade de Piraporâ, qui, en 4842 et 4844, a été érigée en ville sous le nom de Villa de Piraporâ ; puis on parcourt une immense étendue de territoire, toujours dans les déserts. Au bout de vingt-cinq ou vingt-six jours, on arrive au confluent du Tieté, on descend le Parannà, dans un espace d'environ 50 à 35 legoas; puis on remonte le Rio Pardo, et souvent on met jusqu'à deux mois pour faire

(1) Voir mon Voyage dans la province de Goyaz, I, 369.

80 legoas sur cette rivière, embarrassée , comme le Tieté, par une suite de rapides et de cascades. Parvenu au Rio Sanguexuga, qui se jette dans le Rio Pardo, on met les pirogues à terre y et on les charge, ainsi que les bagages qu'elles contiennent , sur des chars à quatre roues traînés par six & sept paires de bœufs. Ces voitures sont fournies par le propriétaire du premier établissement brésilien-portugais que Ton rencontre, après Piraporâ, dans ces immenses solitudes, et qui porte le nom de fazenda de Camapuan. C'est à cette fazenda y située sur les bords d'une petite rivière du même nom (Rio de Camapuan) (1), que les , chariots, après avoir parcouru un espace de près de 5 legoas à travers les bois et les eamposy transportent les pirogues. A Camapuan, qui dépend déjà de la province de Matogrosso , on trouve diverses provisions , du maïs , du lard.

(1 ) Oo trouve aussi un Rio Camapuan dans la province de Rio Grande, et un lieu du même nom dans celle de Minas. Camapuan est, d'après Cazal {Corog. Brax,, U, 61), le nom primitif de la rivière qui sépare la province de Rio de Janeiro de celle d'Espirito Santo ; et par corruption on en aurait fait Camapuana et CaJbapuana, Ce sont les deux noms que Ton m'a indiqués dans le pays même {Voyage sur le littoral^ II, 168); mais M. le prince de Neuwied a entendu plusieurs cultivateurs dire Itabapwma {Brasilien, 161). Pizarro revient au nom primitif, et écrit Camapuan (Mem. hisL, III, 28); Milliet et Lopes de Moura, reconnaissant que ce dernier nom est le plus ancien, admettent Cabapwma dans tout le cours de leur important ouvrage, comme a fait également M. Joâo Manoel da Silva en retraçant la vie de José Anchieta. Il ne faut pas croire cependant que M. de Neuvied soit le seul de son avis, comme je l'avais imaginé autrefois, car je trouve Ilabapoana dans Vinformaçao de Francisco Manoel da Cunha {Revisl, trim,, IV, 245) et sur la carte assez récente intitulée Caria lopographica da provincia de Rio de Janeiro. De tout ceci il faut conclure, ce me semble, que la rivière dont il s'agit a au moins deux noms; et ce n'est pas le seul exemple de ce genre que nous offre le Brésil.

des haricots, de la viande sèche; mais on n'est encore qu'à la moitié du voyage. Sur la rivière de Camapuan, les pirogues ne peuvent prendre qu'une demi-charge. De là on passe sur le Rio Coehim, où un grand nombre de rapides donnent encore beaucoup d'embarras au navigateur. Le Coehim porte les pirogues au JRtb Tacoary, rivière plus large que lui. A leur confluent se trouvent encore des rapides qu'il faut franchir, et un peu plus loin on en rencontre d'autres qu'on nomme Belliago; ceux-ci, moins difGciles que les précédents, sont, dit l'abbé Manœl Ayres de Cazal , les derniers des cent treize rapides et catadiq>es que le navigateur rencontre depuis Porto Feliz jusqu'à Cuyabé, le but de son voyage. Le Tacoary arrose de charmantes prairies parsemées de bouquets de bois, et comme il décrit des courbures de peu d'étendue, mais répétées souvent, le voyageur, charmé, croit parcourir une suite de lacs. Comme les Payagoas , Indiens presque amphibies qui vivaient dans ces cantons, attaquaient fort souvent les Paulistes , ceux-ci avaient coutume de se rassembler dans le port appelé Pouso Alegre^ et là se formait une flottille dont les forces réunies pouvaient faire face à l'ennemi. Bientôt on arrive au lieu appelé Pantanaes (les marécages), où le fleuve, divisé et subdivisé, forme une foule d'îles qui, dans la saison des pluies, sont couvertes par les eaux. Là tout est nouveau pour le voyageur; soit qu'il vienne d'Europe, soit qu'il ait déjà parcouru quelque autre partie du Brésil, il ne reconnaîtra plus les objets qui l'entourent. Des palmiers aux formes bizarres, mêlés à des groupes d'arbrisseaux odorants, bordent le fleuve; les oiseaux les plus curieux volent en foule de tous les côtés. A mesure que la pirogue avance, elle fait lever des nuées de poules d'eau et de canards sau-

vages aux becs immenses ; des cigognes gigantesques semblent vouloir disputer aux caïmans F empire des marécages» tandis que des bandes de poissons se jouent au milieu des eaux vives. Partout du mouvement, partout une surabondance de vie; mais c'est la vie des déserts, celle des premiers jours : rhomme n'y paraît point encore. C'est à peine si quelquefois la légère pirogue du sauvage guaycuru se glisse au milieu des champs immenses de riz sauvage que la nature a semé dans ces lieux pour nourrir les oiseaux aquatiques dont ils sont couverts. L'aspect étrange et grandiose des Pantanaes annonce le voisinage d'un des grands fleuves de l'Amérique, le Paraguay, qui, même dans le temps de la sécheresse, a, au confluent du Tacoary, presque 1 lieue marine de largeur, et qui, lorsque les Pantanaes sont inondés, forme, selon Spix et Martius, un immense lac de plus de 100 milles carrés. Quand on est entré dans le Paraguay, la navigation ne présente plus aucune difSculté. De ce fleuve on passe dans le Rio de S. Lourenço, environ par le iT degré 25'; on entre dans le Rio Cuyaba, bordé de vastes champs de riz sauvage , et après avoir vécu quatre ou cinq mois sur des pirogues, au milieu des déserts, on arrive à la ville de Cuyabâ, terme du voyage (1).

(1) Ce qne je dis ici de la route de Cuyabà par les rivières est emprunté à divers passages épars dans la Corographia Brazilia de Cazal (I, p. 211, 262, 267, 272, 299, 303), ainsi qu*aux renseignements fournis è MM. Spix et Martius par le capUâo môr d'Hytû en exercice au commencement de 1818 {RHse, I, 264), renseignements presque identiques avec le texte de Cazal lui-même. Il est vraisemblable, au reste, que Cazal avait eu connaissance des précieux manuscrits du mathématicien José Francisco de Lacerda e Almeida, extraits dans le IX» vol. des Menwrias historicasde Pizarro, et publiés eu 1840, par ordre de l'assemblée législative de la province de S. Paul, sous le titre de Diario da

Cette esquisse rapide suffira pour montrer combien est périlleuse cette navigation presque aussi longue que celle de l'Europe aux Indes orientales. Aussi persévérants qu'intrépides, les anciens Paulistes bravaient tous les dangers ; ils ne craignaient ni la flèche du sauvage, ni la faim, ni les intempéries des saisons, ni le manque de repos, ni les privations de tout genre, ni même les maladies pestilentielles, qui pourtant avaient dévoré, au milieu de ces déserts, un si grand nombre de leurs devanciers.

Cependant, lorsqu'en 1737 on eut ouvert le chemin de Goyaz à S. Paul, et que des communications se furent établies entre la province de Matogrosso, Rio de Janeiro et Bahia, lorsque enfin on eut pris l'habitude de se rendre de cette province au Paré par les Rios Guaporé, Madeira et MaranKaOy la route de S. Paul à Cuyabâ, par les rivières, commença à être moins fréquentée (1). A l'époque de mon voyage, il y avait quinze années surtout qu'on la négligeait, et depuis trois ans les négociants y avaient entièrement renoncé. Le gouvernement seul s' en servait quelquefois pour faire passer à Matogrosso des troupes ou des munitions de guerre; quelques mois avant mon passage à Porto Feliz, il s'était encore fait une expédition de ce genre. Ce ne sont pas les fatigues et les difficultés du voyage qui en ont dégoûté les négodants ; si les mœurs des Paulistes se sont rendurcies. Ils n'ont perdu ni leur esprit entreprenant ni leur intrépidité : les voyages par Je Tieté, le Parannà et Camapuaa ont •été remplacés par d'autres^ voyages qui ne sont pas beauosoup moins pénibles, mais qui laissent de plus grands bé-

viagem do D. Francisco José de Lacsrda e Almeida pelas capilanias do Para, etc., nos annos de 1780 a 1790.

(1) Cazal, Corog, Braz, , I, 262.

néfices. On part de S. Paul avec des mulets chargés; on passe par Goyaz; arrivé à Matogrosso, on s'y défait de ses marchandises^ et ensuite on se rend à Bahia, où les mulets sont vendus avec un bénéfice de plus de 100 pour 100 (1). Une spéculation de ce genre ne peut être amenée a sa fin qu'au bout de plusieurs années, et l'imagination s' effraye quand on songe à la longueur du voyage qu'elle nécessite et aux misères qu'il faut endurer, surtout en traversant les déserts arides de Bahia, où la dis^te d'eau se fait souvent sentir.

II est bien évident, au reste, qu'on ne se servira plus du Tieté et des autres rivières que pour le transport des objets d'un très-grand poids, lorsqu'on aura réalisé le projet qui a été fait d'ouvrir un chemin allant en ligne directe de Matogrosso à S. Paul. Il paraîtrait, d'après les discours des présidents de la province à l'assemblée législative, que quelques portions de ce chemin sont déjà faites, et en 1845 le président de Matogrosso fit même passer par le sentier tracé le porteur de ses dépêches , qui ne resta que deux mois en route (3).

Avant d'arriver à Porto Feliz, je ne connaissais pas le peu d'importance qu'avait dès lors la navigation du Tieté; je m'étais attendu à voir régner ici à peu près le même mouvement que dans celles de nos petites villes qui sont situées sur le bord des rivières les moins considérables ;

(1) Oq peut voir, dans mon Voyage à Goyaz (vol. II, 56), que je rencontrai un conducteur de caravanes qui s*était proposé de faire ce voyage.

(2) Disc, récit, pelo près. Manoel Felisardo de Souza e Mello no dia 7 dejan. 1844. p. 39.

mais mon imagînatioD avait encore été infiniment au delà du vrai. Je ne trouvai à Porto Feliz que trois ou quatre pirogues qui servaient aux cultivateurs du voisinage pour traverser la rivière ; rien n'indiquait le port, si ce n'est un grand rancho , où l'on pouvait mettre les pirogues à F abri du soleil et déposer les marchandises avant de les embarquer.

La plupart des maisons de Porto Feliz appartiennent à des cultivateurs > et je ne vis dans cette ville que peu de boutiques et de vendas.

C'est encore la culture de la canne à sucre qui fait la richesse du pays. Les habitants assurent que leurs terres, qui sont d'une couleur rouge, sont beaucoup plus propres à cette plante que celles d'Hytù; ils ajoutent qu'avec dix nègres on peut faire chez eux 1 ,000 arrobes de sucre , et même bien davantage; enfin qu'il n'est pas nécessaire, quand on est obligé d'arracher la canne, de laisser reposer son terrain plus de deux à quatre anné^. Mais, d'un autre côté, Porto Feliz est plus loin de Santos qu'Hytù; on ne met pas moins de huit jours pour faire le voyage, et lors de mon passage dans le pays, époque où le maïs était rare et extrêmement cher, les muletiers demandaient, pour le transport, 1 pataque et 1/2 par arrobe (3 fr. pour 14,7 kil.), somme qui, il ne faut pas l'oublier, avait alors une valeur beaucoup plus forte qu'elle n'aurait aujourd'hui.

En 1858, lorsque le district de Piraporà dépendait encore de celui de Porto Feliz, on avait fait, dans tout ce dernier, 75,113 arrobes de sucre (2,924,520 litres) et 560 canadas de tafia (2,541 litres); on y avait récolté 20,480 alqueires de maïs (807,200 1. ), un peu de riz et

une certaine quantité de haricots; enfin on y comptait soixante-seize sucreries (i).

La population de ce même district en 1815 , comparée avec celle de ISSS, nous offre le tableau suivant :

Blancs des deux sexes 3,877 ]

, 1,583 > 5»609 indiv. libres.

Mulâtres libres des deux sexes.

Nègres libres des deux sexes. .

Mulâtres esclaves des deux sexes. Nègres esclaves des deux sexes. .

Total.

149) ^ f^ I 2,752 esclaves.

8,361 individus.

Blancs des deux sexes. . .

Mulâtres libres des deux sexes. .

Nègres libres des deux sexes.

Mulâtres esclaves des deux sexes.

Nègres esclaves des deux sexes. .

1,023 ) 8,066 indiv. libres.

,JS! 3,177 esclaves.

Total. . . 11,243 individus (2).

Si nous rapprochons ce tableau de celui que nous avons donné, page 540, pour la population du termo d'Hytû dans les deux, mêmes années, nous trouverons qu'au bout de vingt-trois ans Taugmentation des blancs a été, dans ce termo, de presque les deux tiers du nombre primitif, et

(1) p. Mûller, Ensaio, tab. 3, 4.

(2) Spix et Mart. (Reise, 1, 238; — Enê. eslal., cont. do append, a (a*.5).

celle des nègres esclaves d'un peu plus de moitié ; tandis que, dans le termo de Porto Feliz, le nombre des blancs a presque doublé, et que celui des esclaves s'est à peine accru d'un cinquième. Cette différence peut paraître singulière au premier abord; mais il est facile de s'en rendre compte. Le pays d'Hytû est un de ceux de la province que les blancs ont le plus anciennement occupés ; toutes les terres doivent depuis longtemps avoir des propriétaires, et les immigrations ne peuvent être fort nombreuses. Le termo de Porto Feliz, au contraire, beaucoup plus récemment formé, touche aux déserts, et en 1838 il contenait encore des terrains qui n'appartenaient à aucun maître; des hommes, chassés de leur pays par leur inquiétude naturelle, le désir de posséder quelque chose, ou toute autre cause, ont dû, par conséquent, s'y porter, et ils sont entrés pour beaucoup dans l'accroissement de la population. L'augmentation des nègres esclaves a nécessairement procédé en sens inverse : les propriétaires de sucreries du district d'Hytû, établis depuis longtemps , étaient assez riches ou avaient assez de crédit pour acheter des noirs ; mais les nouveaux colons de Porto Feliz , parmi lesquels il y avait sans doute un bon nombre de métis passant pour blancs, devaient être trop pauvres pour acquérir beaucoup d'esclaves (1).

(1) « Si la populatioQ da termo de Porto Feliz a beaucoup augmenté « depuis un certain temps, il s'en faut, disent les docteurs Spix et Mara tius, que Porto Feliz et ses environs soient aussi favorables à notre « espèce qu'aux produits 4g la culture. Le voisinage de la rivière, soute vent couverte de brouillards épais, celui des forêts, la mauvaise « construction des maisons, qui sont basses et dont les murs en terre « se couvrent d'efflorescences salines , sont autant de causes qui favo- « risent le développement des goitres , et produisent des fièvres ioter- « termitttntes, des bydropisies, des chloroses et des catarrhes, mala-

« dies presque endémiques dans ce pays. Nous remarquâmes que les « adultes étaient bouffis et que plusieurs enfants souffraient d'une toux « asthmatique d*une mauvaise nature (tosse comprida) qui, dit-on, « dégénère souvent ici en phthisie pulmonaire {Reise in Brasilien, l, « 272). »

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