‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-CatherineChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

VOYAGE DE S. PAUL A LA VILLE D*HYt6.

Description du pays sitné eotr/e S. Panl et Agua Branca. — Usage fà« cheui pour les voyageurs. — Trois chaugemeats remarquables de végétation en 18 lieues. — Le village de Pinheiros ; son histoire. — Réflexions sur les Indiens. Fazenda de Carapicûva, ■— Sitio d'itaque; son propriétaire, le métier que faisaient lui et ses voisins. — Réflexions sur Tusage abusif de bâtir un grand nombre d'églises. — Les paroisses très-multipliées dans les environs de S. Paul. — L'habitation de PutrUnî ; le nombre de nègres nécessaire pour cultiver la canne à sucre. — Un pays situé sous le tropique du Capricorne offrant une végétation semblable à celle qu*on observe sous le 14* degré de latitude S. — Pourquoi, dans le même espace de terrain , la température change plus souvent /qu'en Europe. — Arrivée à Hytû.

Le 9 décembre 1819, je partis de S. Paul pour me rendre à Ilio Grande do Sul , et je commençai par visiter Hytû, Porto Feliz et Sorocéba, villes fort rapprochées les unes des autres et peu éloignées du chef-lieu de la province.

Ce fut vers Hytû que je me dirigeai d'abord. Il existe, m'a-t-on dit, un chemin beaucoup meilleur que celui par lequel je passai, et qui était fréquenté presque uniquement par les conducteurs de mulets [trofeiros) et de bètes à cornes ; piai^ mon ami M. Joaquim Roberto de Carvalho,

auqael j'étais redevable d'un petit itinéraire, m'avait indiqué la route la plus rapprochée de sa maison de campagne» la chacaré d'Âgua Branca, où il voulait me recevoir encore (i).

Entre cette maison et la ville d'Hytû, dans un espace d'à peine iS tegoas, je vis l'aspect du pays, et sa végétation change trois fois. Au delà d'Agua Branca, le terrain est montueux, et la campagne agréablement coupée de bouquets de bois peu élevés et de pâturages. Plus loin le pays devient très-montagneux, et l'on entre dans de grands bois vierges entremêlés de véritables capodras. Enfin, tout près d'Hytù , je retrouvai des campes absolument semblables à ceux que j'avais longtemps parcourus à Minas Geraes et à Goyaz. Je ne me rappelle pas que, pendant toute la durée de mes voyages, un espace de terraia si peu consîdé-

(1) If. Manoel Felisardo de Sou^a e Mello, président de la proyince de S. Paul en TaDDée 1844, dit, dans sqd rapport à rassemblée législative de cette province (p. 26), que la grande route [estrada gérai) d'Hytù à S. Paul est délaissée par les Iropeiros , parce qu'elle fait un détour considérable, et qu'ils aiment mieuK suivre des chemins vicinaux {caminhos parliculares). U fera examiner, ajoute-t-il, s'il ne conviendrait pas de faire un chemin qui irait, en droite ligne, rejoindre la percée que Ton a ouverte entre Jundiahy et S. Paul (voir plus haut), et qui n'est que l'ébauche d'une route nouvelle. Quoi qu'il en soit, voici l'itinéraire que j'ai ^oivi et auquel je joins l'évaluation approximative des distances :

Legoas.

De S. Paul à la chacarâ d'Âgua Branca. . . . 3/4

D'A. B. à Carapicùva , habitation 3

De C. à Itaque, petite habitation 3

D'I. à Piedade, paroisse. ........ 3 1/2

De P. à Putribû, sucrerie 3

De P. au rancho de Braga 2

Du R. de B. à Hytù , ville 3

18 1/4 legoas^

rable m'ait ofifert d'aussi grandes différences dans la végétation primitive.

M. Joaquim Roberto de Carvalho m'accueillit aussi bien qu*il avait toujours fait; mais, lorsque je l'eus quitté ^ j'éprouvai bientôt les inconvénients d'une sorte d'usage que je n'ai jamais bien compris, et dont j'ai eu fort souvent à me plaindre. Quand je couchais chez quelque propriétaire aisé et qu'il m'invitait à souper avec lui, j'étais presque toujours sûr de souffrir de la faim pendant la marche du jour suivant ; ce n'est pas que le souper n'eût été abondant et fort bon, mais avant mon départ on me faisait prendre, pour tout déjeuner, du café avec quelques petits biscuits, et, il faut bien le dire, c'était un repas un peu frugal pour un homme qui allait rester cinq heures à cheval et ne devait plus manger que vers le soir. Je n'accuserai certainement pas mes hôtes de parcimonie, car j'ai vu mes gens régalés d'un copieux déjeuner lorsque, probablement pour me faire un honneur dont je me serais bien passé, on ne m'offrait que le modeste café. Aûn d'éviter les inconvénients de ce régime, j'avais fini par aller, en cachette, manger avec mes gens, et à la suite de ce repas le café devenait un agréable dessert.

Au delà d'Âgua Branca, j'eus presque toujours devant moi, mais un peu sur la droite, les montagnes de Jaragué, qui répandent de la variété dans le paysage, composé, comme on l'a vu, d'un mélange charmant de pâturages et de petits bouquets de bois. Ce sont les JMyrtées qui dominent dans ces derniers; on y trouve également en abondance la Térébinlhacée , appelée Aroeira (Schinus ierebinihifoliuSy Rad.)> la composée, si commune , qu'on nomme Alecrim do campo (romarin des champs), et

le petit arbre à feuilles ternées n<* 1204 bis. Des espaces assez considérables sont couverts de Barba de bode [Chœ-^ turispallens, var. y Nées) , graminée assez grande , tandis que sur quelques hauteurs croit une herbe maigre et peu élevée. Les bocages retentissent des sons éclatants que fait entendre VAraponga{Casmarinchosnudicollis)y oiseau qui, dans les provinces de Rio de Janeiro et Espirito Santo, ne s'était présenté à mes yeux que dans les forêts primitives.

Je rencontrai, pendant la journée, un grand nombre de mulets qui allaient, chargés de sucre, d'Hytû à Santos; je rencontrai aussi un immense troupeau de bœufs que Ton conduisait de la ville de Curitiba à la capitale du Brésil. Il s'en faut bien, comme Von voit, que je fusse dans un pays désert; cependant, hors du village de PinheiroSy je ne vis qu'un petit nombre de maisons, je n'aperçus aucune plantation.

Ce fut à environ 1/4 de lieue de la maison de Joaquim Boberto que je passai par le village que je viens de nommer, ancien aldea formé jadis pour un certain nombre d'Indiens de la nation des Guaianazes (1). Les maisons dont se compose ce village sont éparses çà et là, et construites absolument comme celles des Brésiliens-Portugais; mais toutes

(1) Un écrivain dit que Y aldea dos Pinheiros porte aussi le nom de Carapicuiba, et un peu plus loin qu'il s'appelle Carapimyba (Mach. de Oliv., Not. Raciocin. in Revisla trimensal, seg, ser., I, 211, 212). U n'est point invraisemblable que le second de ces deux noms soit dû à une faute de typographie, car ou trouve seulement Carapicuiva dans les Memorias du P. Gaspar da Madré de Deos ; M. José Arouche de Toledo RendoD écrit Carapucuibe, orthographe probablement plus conforme que Carapicuiva à la véritable prononciation indienne; enfin moi-même, comme on le verra bientôt, je me suis arrêté à une fazenda qui se nomme Carapicuva et est située à près de 3 L de Pinheiros.

sont fort petites et en mauvais état, plusieurs même ont été ^entièrement abandonnées. L'église est assez jolie à Texterieur, mais également très-petite.

II ne faudrait pas s'imaginer qu'aujourd'hui encore les habitants de l'aldea dos Pinheiros soient tous des hommes >de race américaine parfaitement pure; leur village existe depuis un grand nombre d'années. Fort rapprochés de S. Paul, ils ont des rapports continuels avec les blancs, et surtout avec les mulâtres et les nègres ; aussi la plupart des individus que je vis soit aux portes des maisons , soit dans le chemin portaient les marques les plus évidentes d'un sang mélangé.

On sait que, lorsque Ânchieta jeta les premiers fondements de S. Paul, plusieurs chefs d' Indiens -Guaianazes, attirés par les vertus de cet homme vénérable, se réunirent, avec leurs troupes, à la faible population de la ville naissante (1). Cependant ces Indiens, voyant que les Portugais, chaque jour plus nombreux, s'emparaient de leurs terres, abandonnèrent S. Paul, ou ils demeuraient depuis un assez grand nombre d'années, et allèrent se fixer (vers 1560) dans deux aidées qu'ils construisirent l'une sous l'invocation de Notre-Dame des Pins [Nossa Senhora dos Pinheiros)^ l'autre sous la protection de l'archange S. Michel. Quelques années plus tard , le délégué de Lopo de Souza, propriétaire de la capitainerie de S. Vincent, accorda aux habitants de Pinheiros 6 lieues de terre en carré (6 legoas em quadra) dans le canton de Carapicuiva, et autant, dans le canton de l'Ururay, aux habitants de S. Miguel (2).

(1) Gaspar da Madré de Deos, Nolicia dos annos in RevisL trim,, II,

(2) Gaspar da Madré de Deos, Mem, S. VicenUy 113. — Voici de

Pendant longtemps les membres du sénat municipal de S. Paul [camara) furent chargés de Tadministration de» aidées de S. Miguel, de Nossa Senhora dos Pinheiros, Guarulhos et Baruery; mais ils ne se souvenaient des Indiens que lorsqu'on avait besoin d'eux pour faire quelque expédition dans l'intérieur ou porter du secours aux provinces

quelle manière s'exprime un auteur auquel nous devons de précieux renseignements sur les Indiens de Queluz , d'Itapéva et de Garapuàva : « Lors de rinvasion des conquérants, les Guaianazes ne purent suivre « les tribus de leur nation qui cherchèrent dans les forêts un re- « fuge contre la mort et Tesclavage. Ceux qui étaient restés dans le « pays, fatigués de trente ans d'une vie nomade et des longues souf- « frances qu'ils avaient endurées, cédèrent en6n à la force des circon- (c stances ; ils donnèrent à entendre qu'ils voulaient la paix, et qu'ils se « soumettraient à tout ce qu'exigerait le service des blancs, mais à con-

« ditioQ qu'ils vivraient en commun séparés de ces derniers On y

« consentit. Nous savons par tradition que Taldea dos Pinheiros fut

a fondée en 1560 (Mach. de Oliv., Not. Raciocin, in RevisL Irim., seg. « 8er,t I, 210). » A ce récit j'ai cru devoir préférer ceux du Pauliste dom Gaspar da Madré de Deos , dont les mémoires ont pour unique but d'éclairer les points les plus difficiles de l'histoire de sa patrie et font autorité dans la science. Tout le monde sait avec quelle attention ce consciencieux bénédictin s'est livré à ses intéressantes recherches, et quelle sagacité il a portée dans sa critique, se montrant digne partout d'appartenir à la corporation savante qui l'avait admis parmi ses membres. — Je dois ajouter ici que j'ai eu, quelques instants, des doutes sur l'exactitude du nom de Lopo de Souza, que Gaspar da Madré de Deos applique aa donataire qui concéda des terres aux Indiens de Pinheiros et de S. Miguel, et je ne suis point étonné que, trompés, comme moi , par la ressemblance des noms et le peu d'éloignement des dates , MM. José Arouche de Toledo Rendon et José Joaquim Machado de Oliveira aient indiqué Pero Lopes de Souza, frère de l'illustre Martim Affonso de Souza, comme étant le donataire dont il est question {Mem, AÎd. in RevisL, lY, 309 ; — JVo(. Raciocin. in Reviêt., seg. ser., I, 223). Mais, en réalité, il ne saurait en être ainsi, puisque Pero Lôpes dé Souza disparut dans un voyage qu'il fit en 1539, sans qu'on eût jamais su ce qu'il était devenu (Gasp. da Madré de Deos, Mem., 162), et que la concession eut lieu en

da littoral. Les principaux magistrats eux-mêmes {ouvidores) furent les premiers à ordonner qu'on 6tàt à ces infortunés les terres qui leur appartenaient, et qu'on les donnât à cens pour le compte du sénat municipal. A une époque assez rapprochée, V administrateur général des aidées de S. Paul, Pedro Taques de Almeida, dont le nom mérite d'être conservé, réclama contre cette injustice ; il parvint à se faire entendre de la cour de Lisbonne, mais le corps municipal gagna du temps, et Von recommença à affermer, comme auparavant, les terres des Indiens (1). Comme les Paulistes entraînèrent ces pauvres gens dans leurs expéditions lointaines, les aidées se dépeuplèrent , et les divers services auxquels on employait leurs habitants dans le pays même, pour le compte de TEtat, commencèrent à en souffrir. Un gouverneur général du Brésil crut avoir trouvé un ingénieux moyen pour remédier au mal; ce fut d'ordonner que les hommes qui allaient dans l'intérieur des terres à la chasse aux Indiens en payeraient un cinquième pour les aidées du roi. Ce remède n'eut pas un grand succès ; les Indiens, maltraités par les blancs et les Mamalucos, s'enfuyaient au loin dans les forêts, et en 1686 il n'y en avait plus , dans l'aldea dos Pinheiros, que seize de tout âge et de tout sexe. Lorsque, vers le commencement du siècle dernier, des ordres du gouvernement forcèrent les Paulistes à rendre la liberté à leurs esclaves américains, les aidées recommencèrent à se peupler; mais de nouvelles vexations amenèrent bientôt des désertions nouvelles. Le

(1) J. Arouche de Toledo Rendon, Mem. sobre as aldeas da prov. de 5. Paulo in Remst, trim. de hist, e geogr., IV, 309. — J. J. Macb. de Oliy., Not, RcLciocin. in Revist. trim. de hisL e geogr,, $eg, $er., h

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capitaine général D. Luiz Antonio de Souza Botelho Mou- BÂo, qui gouverna S. Paul en 1766, voulut améliorer le sort des aidées ; il eut des intentions excellentes, mais il ne connaissait ni le pays ni les indigènes, ni mème^ à ce qu'il parait, les hommes en général, car il ne pouvait, raisonnablement, espérer de trouver, dans les directeurs qu'il donnait aux Indiens, les perfections dont il prétendait qu'ils fussent ornés. Ayant reconnu que les terres des aidées avaient entièrement passé en des mains étrangères et que, parmi les intrus, plusieurs ne payaient pas même de cens, il voulut faire restituer aux légitimes propriétaires les biens qui leur appartenaient. Muni des titres de Pinheiros et de S. Miguel, il donna des ordres pour qu'on mesurât les 6 lieues en carre qui avaient été concédées aux Guaianazes, premiers habitants de chacun de ces villages. Contre toute vraisemblance, il s'était imaginé qu'on avait prétendu accorder à ces hommes une surface carrée dont chaque côté aurait eu une longueur de 6 lieues; mais, quand il se fut aperçu que les villes de S. Paul et de Mogi das Cruzes seraient, d'après cette évaluation, englobées dans le lot des Indiens, il ne donna plus aucune suite à son projet de mesurage (1). « Aujourd'hui, écrivait en 1797 le P. Gaspar <( da Madré de Deds, les malheureux Indiens, descendants « des anciens maîtres du pays, ne possèdent presque plus ce rien; les blancs les ont dépouillés de la plus grande partie « de leurs terres, quoiqu'on ne leur en eût concédé à eux- « mêmes qu'à la condition expresse de ne porter aucun « préjudice aux indigènes (2). » En 1825, la ruine des

(1) José Arouche de Toledo Rendon, Mem, sobre as aldeas, etc., i» Kevist. irim., IV, 301, 304, 313, 314.

(2) Gaspar da Madré de Deos, Mem. S. Vicente, 113'.

Indiens de Pinheiros était entièrement consommée^ et probablement elle rétait déjà depuis longtemps; des intrus occupaient toutes les terres qui avaient appartenu à ces infortunés. Les hommes gagnaient leur vie en travaillant comme journaliers ; les femmes faisaient de la poterie (1). D'après tout ce qui précède, il est fort vraisemblable qu'il ne reste pas à Pinheiros un seul des descendants des( anciens Guaianazes ; la population de ce village a été renouvelée plusieurs fois, et plusieurs fois elle a été anéantie. Les lois cependant leur étaient favorables^ et d'un autre côté^ élevés par Anchieta et ses successeurs, il» n'étaient certainement pas plus ignorants que ces Paulistes qui accomplirent des choses si merveilleuses, et n'ont eu parmi eux aucun homme capable d'en transmettre le récit à la postérité. Croit-on que, si on eût peuplé le village de Pinheiros d'Européens, Allemands, Italiens, Suédois, etc., et qu'ils eussent possédé les mêmes avantages que les Indiens, ils se fussent laissé opprimer et dépouiller comme eux? non, certes, ils eussent été les égaux des Portugais, s'ils ne leur eussent pas été supérieurs. Pourquoi cette différence? pourquoi les Indiens du littoral, si favorisés par la loi^ se laissent-ils aujourd'hui (1819) traiter comme le furent jadis ceux de Pinheiros? Comment se faisait-il que, sous mes yeux ^ un seul Espagnol , sans esprit , complètement ignare, tyrannisât, dans les missions de l'Uruguay^ tout un village d'Indiens qui valaient mieux que lui? C'est que les Indiens, hommes comme nous, appelés aux mêmes destinées que nous, restent toujours enfants ; ils peuvent, comme les enfants, avoir de l'intelligence et de l'esprit;

(1) José Aronche de Toledo Rendon, Mem, Àld. in Revist,, IV, 314^

comme eux, ils manquent de prévoyance (1), et Tenfant qu'on abandonnerait sans guide, avec une somme d'argent^ dans une ville ou même le moindre village , serait bientôt complètement dépouillé. Notre société est tout entière fondée sur Tidée de l'avenir» et l'on ne saurait en faire partie quand on reste étranger à cette idée. Un de nos écrivains les plus instruits et les plus graves, qui n'a point visité l'Amérique , mais qui a étudié les faits, sentait parfaitement cette vérité quand il a dit : ce Malgré de nom- « breuses analogies de détail, il ne me parait pas... exact c( de comparer les peuplades germaniques qui conquirent c( la Gaule aux sauvages du nouveau monde, comme Fa ce fait M. Guizot. Ces sauvages sont-ils perfectibles? Jusce qu'ici rien ne semble me le prouver Quand les sauce vages qui ont pris Para, en 1835, prendraient tout le ce Brésil, il ne sortirait de là rien de semblable au moyen ce âge européen (2). » Les Indiens ont besoin de tuteurs; il est vraisemblable qu'on ne leur rendra jamais ceux qu'ils ont perdus; un peu plus tût, un peu plus tard, ils disparaîtront de la surface de la terre.

Mais , tant qu'il en existera encore quelques-uns , les magistrats et les hommes honnêtes devront les protéger, de même qu'ils prêtent leur appui à l'orphelin et au mineur. Les Brésiliens charitables se sont associés, dans plu-

(1) Les petits Guaranis qae j'avais amenés en France ne pouvaient comprendre ce que c'est que le lendemain. — Il faut garder cela pour demain, leur disait-on. — Qu'est-ce que demain? répondaient -ils. --- Quand tu auras dormi , ce sera demain. -^ Oh ! alors il y en aura d'autres.

(2) Ampère, Hisl, de la lUlérature de la France avant le xii' siècle,

sieurs villes, pour fonder l'œuvre de la miséricorde {casas da misericordta)y qui a rendu et rend encore tant de services ; pourquoi ne s'associeraient-ils pas dans le but de patroner les Indiens , ces hommes faibles et enfants, qui pourtant peuvent s'élever jusqu'à l'idée du créateur? Le gouvernement provincial de S. Paul mérite tes plus grands éloges pour avoir eu pitié des Indiens de Carapicuiba et Barueri, Pendant le séjour que l'empereur Pedro II fit à S. Paul, ces infortunés avaient imploré sa protection contre les usurpations des blancs ; le président de la province, en l'année 1847, leur a donné un avocat pour défendre leurs intérêts (i). Espérons que celui-ci remplira ses devoirs avec autant de zèle que Pedro Taques de Almeida, et qu'il obtiendra plus de succès que lui.

A peu de distance de l'aldea dos Pinheiros, je passai, sur un pont nouvellement construit, une petite rivière qui porte le même nom que ce village (Rio dos Pinheiros), et se jette dans le Tieté. Après une marche de 5 legoas^ je fis halte à la fazenda de Carapicuva, l'une de celles qu'on nomme, dans le pays, fazendas de crear, parce qu'on y élève des chevaui et du bétail. On ne voyait, à Carapicuva, qu'un bâtiment très-vilain et fort négligé ; mais il paraît que les terres qui dépendaient de cette habitation avaient une trèsgrande étendue. Au milieu d'elles était un petit hameau qui, habité par des Indiens, dépendait de la paroisse de Pi-

(1) DUcurso recitado pelo présidente Manoel da Fonsecd Lima e Silva no dia 7 de Janeiro de 1847. —L'avocat des Indiens de Carapucuiba et en même temps leur directeur, nommé en 1846, est M. Joaquim Antonio Pinto Junior. Vers la même époque a été nommé directeur général des Indiens de la province M. le colonel José Joaquim Machado de Oliveira , dont les idées philanthropiques peuvent faire concevoir de bonnes espérances pour le sort de ces malheureux.

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nheiros (1), et était peut-être un reste du premier établissement que les indigènes avaient formé dans ces campagnes. Le propriétaire de Carapicuva se plaignait amèrement de ce que ses voisins lui volaient des bestiaux. L'idée du tien et du mien est, comme je le montrerai dans mon voyage aux missions de rUruguay, une de celles que les Indiens saisissent le plus difficilement 9 et ce n'est certes pas l'exemple des blancs, usurpateurs de leurs possessions, qui pouvait les faire comprendre aux habitants de la paroisse de Pinheiros.

À Carapicuva et toutes les autres fazendas de crear des environs de S. Paul , on ne donne du sel qu'une fois par mois aux vaches et aux juments.

Les premières mettent bas depuis le mois d'août jusqu'au mois de janvier ; mais les veaux qui naissent dans ce dernier mois ont peu de vigueur, et souvent on ne peut les élever. Lorsque les vaches mettent bas, on va chercher les veaux au milieu des pâturages ; on les enferme dans un petit parc {curral)^ et on les réunit à leur mère le matin et le soir, ainsi que cela se pratique aux environs de S. Joâo del Rei et ailleurs (2).

Les juments sont divisées par troupes de vingtrcinq environ, et, comme dans le seriào de Minas (3), à la tète de chaque troupe est un étalon qu'on appelle jpo^^or (pasteur).

(1) Ce sont les habitants da pays eax-mèmes qui m'ont dit qae le village de Pinheiros formait ane paroisse, et c'est comme tel qa'on le trouve indiqué sur la carte excellente intitulée Carta iopographica da provincia de S. PaulOf publiée à Rio de Janeiro en 1847 ; mais je dois dire que Dan. Pedro Millier ne le comprend nullement parmi les paroisses de la province, et qu'il n'en fait même aucune mention.

(2) Voyage aux sources du Rio de S, Francisco^ etc, l, 67 et suiv.

(3) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, II, 327.

C'est le pastor qui choisit lui-même ses femelles, et il ne permet pas que d'autres étalons en approchent. Les juments commencent à mettre bas en juillet. On enferme les mères et les poulains dans un pâturage séparé , et l'on a soin de visiter ceux-ci très-souvent , pour les débarrasser des vers qui se forment ordinairement dans la cicatrice ombilicale. On se sert, à cet effet, du mercure doux.

Entre Carapicuva et la petite habitation {sitio) i'Itaqtie, où je couchai , le chemin passe presque toujours sur des hauteurs d'où l'on a souvent une vue très-agréable. Des mouvements de terrain assez variés, ce mélange de bouquets de bois et de pâturages dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, des rochers, le Tieté qui serpente dans un fond, quelques maisonnettes , la chapelle de Bariri ; tout cet ensemble , considéré de différents points , présente de très-jolis paysages. Dans cette journée, je passai à gué deux grands ruisseaux qui se jettent dans le Tieté , le Ribeirào da Cutia (torrent de l'Agouti) et le Riberâo de Beriri, Bariri où Barueri (i ] , ruisseaux dont les noms sont aussi ceux de deux églises voisines.

Tout le pays que je parcourais alors était jadis habité par de nombreux Indiens. Nous les avons anéantis, et les noms donnés par eux à leurs demeures sont les seules traces qu'ils aient laissées sur la terre; c'est ainsi que le feu, à mesure qu'il avance, fait disparaître l'herbe des savanes. Notre race perverse n'use de sa supériorité sur les autres races que pour les opprimer; nous réduisons les Africains en esclavage, et dans un nombre d'années peu considéra-

(1) Suivant Francisco José de Lacerda e Almeida, Barueri ou Baryriy signifie la rivière de la plante appelée baryry , qui a de^ fleurs rouges et des graines noires {Diario da viagem, 57).

ble il ne restera probablement plus de la race américaine que d'obscurs souvenirs.

Le sitio iliaque (1), où je 6s halte, est situé sur le bord d'un ruisseau au delà duquel s'élève une petite montagne couverte, lors de mon voyage, en partie de maïs et en partie de bois vierge ; une très-grande chapelle se voyait auprès de la maison du propriétaire.

Pendant que je travaillais, cet homme, paysan de sang mélangé, vint causer avec moi. Il m'assassinait deques tiens souvent fort sottes, et je remarquai qu'il évitait de répondre à toutes celles que je lui faisais sur le pays. Je lui demandai plusieurs fois combien rendait le maïs ; il finit par m'indiquer un chiffre si peu élevé, qu'il m'était difficile d'y croire, et dans l'instant il me fit l'énumération des impositions qu'il payait et des services qu'il rendait à l'Etat. Il s'était imaginé, à ce qu'il paraît, que j'étais chargé de prendre des renseignements d'où devait résulter quel-, que augmentation d'impôt.

Ce brave homme» et plusieurs de ses voisins» peu aisés comme lui , ne possédant guère que des pâturages , cultivaient uniquement pour les besoins de leurs familles. Us achetaient des mulets qu'ils plaçaient dans leurs herbages^ les louaient aux propriétaires de sucreries, et se chargeaient eux-mêmes de la conduite des sucres. Il paraît qu'on n'a jamais à se plaindre de la probité des gens qui font cette espèce de métier.

C'est la mère du propriétaire d'itaque qui, quoique fort pauvre, avait fait bâtir la grande chapelle que l'on voyait auprès de cette petite habitation , et dont j'ai déjà parlé.

(1) Du guarani iiaqui^ pierre à aiguiser.

Cette femme, voulant assurer, autant qu'il était en elle, la durée de cet édifice, avait, en mourant, légué un pâturage pour l'entretenir. Construire des églises était, à cette époque, l'œuvre que l'on regardait comme la plus agréable à Dieu^ celle que Von mettait au-dessus de toutes les autres (1). Il paraît qu'aujourd'hui on ne peut reprocher aux Brésiliens des abus de ce genre; espérons qu'ils ne négligeront jamais ce qui est indispensable, et qu'ils remplaceront ce que leurs pères faisaient de trop par des actes de charité auxquels ceux-ci ne pensaient pas toujours.

C'est au delà d'Itaque que le pays devient très-montagneux et que la végétation change entièrement d'aspect, comme je l'ai dit plus haut. Ce mélange de pâturages et de bouquets de bois, qui rend si agréables les paysages des environs de S. Paul^ a disparu. On ne voit plus que de hautes forêts qui retentissent des chants de Yaraponga, et où les singes hurleurs font entendre leurs mugissements semblables au bruit des grandes eaux. Dans les endroits où les bois ont été coupés, il leur a succédé des capoeiras; mais nulle part elles ne sont entremêlées de pâturages.

Après avoir fait 3 lieues et demie depuis Itaque, je fis halte à une venda située sur une hauteur. Tous les mornes voisins ont été dépouillés des grands bois qui les couvraient jadis , et }es capoeiras qui en ont pris la place ne gênent nullement la vue. Dans un fond, au-dessous de la venda, on aperçoit une petite église autour de laquelle sont quelques maisonnettes. Cette église est celle de la paroisse de Piedade ou Nossa Senhora da Piedade (2), de

(1) Voyez mes relations préicédentes.

(2) Pedro Millier dit que « le district de Paraoahiva contient la pa-

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laquelle dépendent beaucoup de sitios épars dans la campagne.

Gomme j'ai déjà eu occasion de le dire, les paroisses sont très-multipliées dans ce pays, et souvent elles se composent uniquement d'habitations dispersées çà et là. Bientôt après avoir quitté S. Paul, j'avais d'abord traversé celle de Pinheiros. Itaqne dépend de la paroisse de Cutia ou Nùssa Senhora de Monserrate de Cutia, et, à une distance de cette dernière qui n'est pas très-considérable , j'avais passé sur celle de Piedade. La paroisse de Cutia dépend du tertAo de S. Paul ; celle de Piedade appartient au district de la petite ville de Paranahiva (i). C'est à Pie-

roisse A^Arassariguama, » et il ajoute, quelques lignes plus bas, que dans le même district « se trouve située la chapelle de No$9a Senhora « da Piedade emArassariguama (Ens., 38). » Cette chapelle serait-elle la petite église que j'ai vue, et faudrait-il chercher ailleurs Téglise paroissiale d'Arassariguama? ou bien Féglise que je connais serait-elle la véritable paroisse d'Arassariguama qui aurait été consacrée à Nossa Senhora da Piedade ? J'ai cru devoir admettre ce qui m'a été dit sur les lieux mêmes ; mais je n'ai pas voulu taire les doutes que peut faire naître VEnsaio estatistico (p. 38).

(1) La ville de Paranahiva, qu'on nomme aussi Pamahiba ou ParancLhiba est une des plus anciennes de la province de S. Paul, puisqu'elle a été fondée, dès 1625, par Monsanto , qui avait pris le titre de donataire. Elle possède une église paroissiale dédiée à sainte Anne, et un petit couvent de bénédictins presque en ruine. Son district, qui confine avec ceux de S. Paul, de Jundiahy, de S. Roque et d'Hytû, produit principalement le café, la canne à sucre , le maïs , le coton ; on y fait des élèves de bêtes à cornes, et l'on y nourrit un grand nombre de mulets employés à transporter les denrées du pays. En 1823 Pizarro comptait 6,559 individus sur la seule paroisse de Paranahiva , et en 1838 Millier n'en comptait que 4,196 dans tout le district, comprenant deux paroisses. Si ces évaluations étaient également exactes , il faudrait admettre une dépopulation dont nous ne saurions indiquer la cause (Piz., Mem, hiêt.y YIII, 300; — Mull., Ens., tab. 5).

dade que commence, de ce côté, le pays des sucreries dont j'ai fait connaître ailleurs toute l'étendue (1).

Entre Piedade et le rancho de Braga^ dans un espace de 6 legoas, le chemin, souvent roide et difficile, continue à traverser un pays montagneux et boisé. De distance à autre, j'apercevais le Tieté, puis je cessai de le découvrir. Ainsi, après avoir parcouru un certain espace sans le voir, je le retrouvai un peu au delà d'une habitation appelée Potribû (2); là il coule entre des montagnes. Les bois s'étendent jusque sur ses bords, et il semble avoir une couleur noirâtre. Pendant quelque temps on marche parallèlement à son lit, et tantôt on aperçoit ses eaux, tantôt elles sont cachées par les arbres; mais souvent alors le bruit qu'elles font, en coulant au milieu des rochers, indique au voyageur qu'il ne s'est pas éloigné d'elles.

A peu de distance de l'habitation de Potribû, le chemin passe sur un morne élevé d'où l'on découvre une vue fort étendue, et qui porte le même nom que l'habitation [Morro de Potribû). Le sommet de ce morne est aride, et il n'y croît que des herbes et des sous-arbrisseaux, quoique tout le reste du pays soit couvert de bois vierges. C'est dans des localités semblables que l'on trouve ordinairement la plus grande variété de plantes, comme j'en avais eu bien des exemples à Minas ; mais la pluie qui tom^ hait ne me permit pas de m'arrêter.

Elle m'empêcha d'aller plus loin que l'habitation de Potribû, où je fus hébergé dans le moulin à sucre. Mon hôte m'assura que les terres de son canton rendent en

(i) Voir plas haat.

(2) Potribû serait-il un mot hybride composé du portugais potro, poulaiu, et de riudien ibi, terre, la terre, le pays des poulains ?

maïs 300 pour 1 . Suivant lui , la canne , à peu près comme du côté de Campinas, donne des produits pendant trois années consécutives; ensuite on laisse reposer le terrain. Au bout de trois ou quatre ans les capoeiras sont déjà assez grandes pour être coupées, et on les remplace de nouveau par des plantations de canne. Le propriétaire de Potribû ajoutait que, Tannée précédente, il avait fait, avec sept nègres, 4,000 arrobes (14,746 kil.) de sucre; mais ses esclaves n'avaient vraisemblablement pas été occupés à autre chose qu'à la culture de la canne et à la fabrication de ses produits, car, ainsi que je Tai déjà dit, on estimait, à cette époque , que pour faire 1 ,000 arrobes de sucre il ne fallait pas moins de dpc nègres, qui, à la vérité, pouvaient encore cultiver assez de maïs , de haricots et de riz pour la consommation de la famille.

Près de Potribû , les maisons deviennent assez communes; mais elles sont mal entretenues et de peu d'apparence. Cette sucrerie dépendait de la paroisse de Piedade.

Le jour où j'y couchai, je n'avais fait que 3 legoas; le lendemain, je n'en fis pas davantage. Je m'arrêtai à un rancho très-élevé, couvert en tuiles et entouré de murs en terre, qu'on appelle rancho de Braga. C'était encore un de ceux qui avaient été construits aux dépens du fisc [fazenda real) et que l'on désignait sous le nom de ranchos del Rei[l).

Le rancho de Braga est situé sur la paroisse de la ville d'Hytû. Cette paroisse commence un peu avant Pao éFA- Iho (nom d'une espèce d'arbre), sucrerie assez importante que l'on trouve à environ 1 lieue de Potribû.

(l) Voir plus haut. — H parait, d'après le rapport d'un des prési-

J'ai dit qu'entre S. Paul et Hytù la végétation change trois fois de nature et d'aspect ; ce fut un peu au delà du rancho de Braga que jo vis s'opérer le troisième changement. Le pays devint moins ondulé , la terre devint moins bonne; j'entrai dans des campos. La végétation me parait être, dans son ensemble , la même que celle d' une grande partie des pays découverts que j'avais si longtemps parcourus à Goyaz et Minas Geraes (1 ) : ce sont encore de petits arbres qui s'élèvent, assez rapprochés, au milieu des herbes et des sous-arbrisseaux ; je retrouvai , entre autres, une Guttifère commune dans les campagnes de S. Francisco, iespequi [Caryocar Bnisiliense, Aug. S. Hil,, Juss., Camb.), des Qualea^ entre autres le n* 1244, une Légumineuse et même des borulés [Brosimum).

Il paraîtra extraordinaire d'abord qu'étant sous le tropique du Capricorne je retrouvasse à peu près les mêmes plantes qu'au 14'' degré de lat.; mais on ne doit pas oublier qu'à de grandes distances la végétation se reproduit la même, soit dans le sens des méridiens, soit dans celui des parallèles, quand, d'ailleurs, les conditions sont analogues : le Betula nana croit sur le Broiker comme en Laponie, et quelques espèces maritimes naissent, en Auvergne, sur les bords des sources d'eau minérale. Dans les campos^ parsemés d'arbres rabougris, du nord de Minas et du midi de Goyaz , on éprouve une très-forte chaleur ; le terrain est ondulé et moins bon que celui des bois vierges. Les campos

dents de S. Paal, que le soin de ces ranchos n'a point été abandonné par radministration provinciale.

(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, vol. II ; — Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de Goyaz, vol. II.

DE SAINT-PAUL ET DE SÂmTf-GATHERINE. 331

des entiroDs d'Hytù ne sont pas non plus montagneux, la terre y est extrêmement sablonneuse; enfin, pendant toute la journée du 15 de décembre, j'y éprouvai une très-forte chaleur, et dès six heures du matin le thermomètre avait indiqué 14^ R.

Hytù , Campinas et Santos sont considérés connue les lieux les plus chauds des environs de S. Paul , et je me suis convaincu par moi-même que, pour les deux premières villes, cette réputation n'est point sans fondement. Beaucoup plus élevée que Santos, plus élevée même qtf Hytù et Campinas, ainsi que le prouve la direction du Tieté, la capitale de la province doit naturellement jouir d'un climat plus tempéré que ces trois villes; mais, en faisant même abstraction du canton où Ton voit de hautes montagnes, il m'a semblé que, dans ce pays en général, la température varie bien plus à de petites distances que dans les parties plates ou presque plates de notre Europe; ce qui tient, sans doute, aux inégalités du terrain , à la différence des bois vierges et des campoSy enfin aux difi*érences du sol, qui doivent être beaucoup plus sensibles, dans une contrée presque neuve encore , que dans les pays où une longue culture a modifié la nature du sol et lui a donné une sorte d'uniformité.

Avant d'arriver à Hytù, j'avais donné ordre à José Marianno de prendre les devants, et de présenter ma jportom au capitâo môr, pour qu'il voulût bien me procurer un logement. Au bout de fort peu de temps , je vis reparaître mon messager, qui me dit qu'on l'avait fort bien accueilli, et qu'on avait déjà préparé une maison pour me recevoir. A peine mes effets furent-ils déchargés, que je reçus la visite d'un capitaine de la garde nationale (milicia), envoyé

par le capitào fnér pour me complimeoter et me demander si je n'avais pas besoin de quelque chose. Lorsque les plantes recueillies pendant la journée furent analysées, je sortis avec le capitaine pour me promener dans la ville et voir ce qu'elle contient de plus remarquable; j'allai aussi faire ma yisiie ancapitàomôr, qui m'accabla de ces politesses exagérées hors d'usage, depuis longtemps, dans le nord de l'Europe , mais auxquelles les Portugais n'avaient pas encore entièrement renoncé. Vouvidor de la comarca, que je vis également, me reçut parfaitement bien; je le retrouvai plos tard à Sorocàba , et il ne cessa de me combler de politesses.

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