CHAPITRE X
LA VILLE DE SOROGâBA. -^ LES FORGES d'YPâNÉMâ.
Départ de Porto Feliz. — Guarda de Sorocâba. — Pays situé entre ce Heu et la ville da même nom. — Histoire de cette ville ; sa population ; sa situation ; rues ; maisons ; places publiques ; églises ; couvents ; hôpital ; hôtel de ville; pont. — Les plantes que Ton cultive dans les environs de Sorocàba. — Commerce des mulets. — Droits que Ton paye sur ces animaux. — Mœurs des habitants de Sorocàba ; jeux. — Les fêles de Noël. — Les étrangers au Brésil ; circonstances fâcheuses où s*est trouvé ce pays. — M. Rafaël Tobias de Agciar.— Vouvidor d'Hytù. — Description des forges d'Ypanéma; leur histoire ; l'état où étaient ces forges en 1820. — Une cascade charmante. — Portrait de M. Natterer. — Celui de M. Sellow. — Pluies ; disette.
Je partis de Porto Felîz pour me rendre à la ville de Sorocâbay qui n'en est éloignée que de 5 lieues et i/2, et je fis ce voyage en deux jours.
Pendant 1/4 de lieue environ, je fus accompagné par le capiiào môr de Porto Feliz, qui m'avait comblé de politesses et m'avait forcé de prendre mes repas chez lui. C'était an bon campagnard, ouvert, joyeux, un peu fier de la dignité de capitâo môr dont il avait été nouvellement revêtu , et qui me parut désirer beaucoup que je fisse part de sa bonne réception au capitaine général.
Le péys que je pareouras le premier jour de moii voyagie, dans uti espace de 4 legoasj est plutôt inégal que montueux. Je fis d'abord 3 lieues dans des bois qui n'ont pas une grande vigueur, et pendant la dernière lieue Je traversai des campos au delà desquels sont encore des bois. Quelques maisonnettes (sitm) sont éparses dans la campagne.
A six heures du matin, le thermomètre de Aéaumur avait indiqué 14 degrés; pendant la journée, la chaleur fut insupportable. Je ne trouvai aucune plante en fleur dans les bois, et à peine trois ou quatre dans les campos.
Je fis halte au lieu appelé Gnarda de Sorocâba (garde de Sorocâba), où était une maisonnette avec une varanda et où Ton percevait les droits dus, comme je le dirai plus tard, sur les mulets venant du Sud. Il ne passait qu'un trèspetit nombre de ces animaux par cette route; aussi la garde se composait -elle seulement de deux soldats de la milicia (garde nationale) que Ton renouvelait tous les six mois, et qui recevaient 10 pataquès (20 francs) d'indemnité.
Entre la garde de Sorocâba et la ville du même nom, je traversai toujours des campos; mais, à peu de distance, j'apercevais des bois. Les premiers oflFrent des touffes de Graminées dont les tiges et les feuilles sont fines et serrées, et au milieu desquelles il ne croît qu'un petit nombre d'autres plantes- Dans l'espace de 1 lieue et 1/2 que je parcourus ce jour-là, je ne vis aucune fleiur. Un peu avant d'arriver à Sorocâba, on découvre cette Ville, dont la position est fort agréable, comme on le verra bientôt.
La viHe de Sorocâba, dont le nom vient du guarani çoro-
caa, bois brisé» forêt brisée (i], est élevée de 1,960 pieds anglais (597 mètres) au-dessus du niveau de la mer (2) et à 18 legoas de S. Paul (3), 6 d^Hytù, 5 et 1/2 de Porto Feliz, par le 23* degré 39' lat. australe et le 303** degré 23' long. , à partir du méridien de File de Fer (4). Elle appartenait, lors de mon voyage, à la comarca d'Hytûy et aujourd'hui elle en fait encore partie. Elle avait deux juges ordinaires {juizes ordinarios) et un capitào wdr, et Ton venait d'y établir un professeur de grammaire latine payé par le roi.
Cette ville y suivant les traditions des habitants les plus éclairés, doit son origine à un petit monastère de bénédictins que l'on y voit encore. Un cultivateur qui s'était établi dans le pays avait appelé deux religieux de cet ordre , et leur avait donné une étendue de terre considérable. Le couvent fut bâti, et différents particuliers se fixèrent dans le voisinage pour pouvoir remplir plus facilement leurs devoirs de chrétiens. Peu de temps après, les habitants d'une certaine ville appelée Itapébussû, mécontents de sa position, l'abandonnèrent entièrement; ils se transportèrent à Sorocéba, qui était peu éloigné, et le pilori, signe de la dignité des villas, fut aussi transféré d' Itapébussû à SorocÂba , que l'on érigea en chef-lieu de paroisse et de termo (5). En 1838, Sorocâba n'avait encore que le titre de
(1) Je n'ai pas besoin de dire qu'on ne doit pas, arec J. Mawe, écrire Soricàba (Travels, 54).
(2) Eschw., Jour, von Bras., H, 86.
(3) Si Ton tronve 48 1. dans les Memorias hisloricas de Pizarro, ce n'est éyidemment que le résultat d'une faute d'impression. '
(4) Eschwege indique la latitude de 2S^ 31' 24" {Joum, von Bras,, n, 173).
(5) D. P. Millier fait remonter la fondation du petit monastère des bénédictins de Sorocéba à l'année 16674 Cet écrivain et Pizarro indiquent
ville; mais depuis on lui a donné celui de cidade (cité), probablement pour faire taire les petites jalousies qu'excitait le rang accordé à Hytù , capitale de comarca.
À la fin de 1819, la population permanente de Sorocâba s'élevait à peu près au chiffre indiqué, en 1817, par Tabbé Manoel Ayres de Cazal, savoir à 1,777 individus. Dans toute la paroisse, qui avait ik legoas de long sur une largeur un peu moindre, et qui, bien certainement, comprenait alors la paroisse de Campo Largo, on comptait de 9 à 10,000 âmes ; ce qui ferait approximativement 62 individus par lieue carrée (1).
Faa 1670 pour celle de la fondatioa de la ville elle-même ; mais ils ne nous apprennent pas à quelle époque elle obtint son titre ; Millier se contente de dire que ce fat postérieurement à sa fondation ( Mùller, Ens. eslalisl., 50, et tab. 19; — Piz., Mem, hisL, Vin, 297). On lit, dans Futile Diccionario geographico do Brazil (II, 664), que Sorocéba» fondé en 1670, commença à augmenter sensiblement, quand Affonso Sardinha eut découvert la mine de fer de TAraçoiaba. Il est évident que cette assertion est le résultat d*une de ces inadvertances quUl est presque impossible d'éviter dans un travail aussi immense que le Diccionario» Comme le disent très^bien les auteurs de ce livre eux-mêmes (1, 139), ce fut en 1590 que Sardinha fit sa découverte. Je dois ajouter que je ne trouve dans aucun des ouvrages que j'ai pu consulter le nom d'Itapétussû; mais il est évident que ce fut la petite ville qui se forma daos les alentours de TAraçoiaba peu de temps après la découverte de la mine de fer de cette montagne, et dont les habitants se retirèrent à Sorocàba avant Tannée 1626 (Varnh. in Escfaw., Journ,, II, 261). Cependant il faut nécessairement admettre qu'il y a erreur dans quelqu'une des dates indiquées, car le couvent de Sorocàba ne peut pas avoir été fondé en 1667, la vilte elle-même en 1670 , et les habitants d'Itapébussû s'y être transportés en 1626. Itapébussû est probablement le lieu indiqué par Van Laet {Orb, Nov., 5S0) sous le nom de S. Philipe.
(1) Ne trouvant la création de la paroisse de Campo Largo indiquée nulle part avec sa date, je ne puis affirmer d'une manière bien positive que cette paroisse n'avait pas déjà été, en 1820, détachée de celle de Sorocàba ; mais cela est fort vraisemblable, car, si cette dernière eût con- 1. 24
La ville de Soroc&ba est située dans un pays inégal, coupé de bois et de campos; elle s*étend sur le penchant d'une colline au-dessous de laquelle coule une rivière qui porte le même nom qu'elle {Rio Sorocâba\ mais que les habitants appellent communément Rio Grande (la grande rivière], parce qu'ils n'en connaissent pas de plus considérable. Cette rivière se jette dans le Tieté, non loin de Piraporâ ; c'est sur sa rive gauche que la ville est bâtie.
Vu des coteaux voisins, Sorocâba produit, dans le paysage, un effet très-agréable ; mais cette ville est fort laide dans l'intérieur. Les rues ne sont point pavées, et, comme elles vont en pente , les pluies y ont creusé de tous côtés des trous profonds (1820). Les maisons sont, en général, petites, et il y en a peu qui aient plus que le rez-de-chaussée; elles sont couvertes en tuiles, bâties en pisé (taipa), et toutes possèdent un qainial planté de bananiers et d'orangers.
On voit à Sorocâba deux places publiques : l'une, fort grande et très-irrégulière, dans la partie la plus basse de la ville; l'autre, presque carrée, devant l'église paroissiale. Celle-ci, dédiée à Notre-Dame du Pont [Nossa Senhora da Ponte)^ domine une partie considérable de la ville; elle
tenu 10,000 habitants après la séparation, comment le district tout entier, comprenant les deux paroisses, n'aurait-il été habité, en 1838, que par 11,133 individus, cbiffire indiqué par D. P. Millier? I^ailleurs il y a 3 legoas de Sorocâba aux limites du district de Porto Feliz et 2 1^ à Campo Largo, en tout 51/2; par conséquent, je suis loin de trouyer là retendue de 14 L, en longueur ou en largeur, qui m*a été indiquée pour la paroisse de Sorocâba, telle qu'elle était de mon temps. Enfin il est très- Traisemblable que, si celle de Campo Largo eût existé alors, on m'en aurait parlé, puisque j'ai passé sur son territoire, et je ne trouve rien dans mes notes qui y soit relatif.
est grande, mais en fort mauvais état (1820). Lors de mon voyage 9 on venait de reconstruire une de ses deux tours , et on Tavait faite d'une largeur et d'une hauteur démesurées, eu égard aux dimensions de Tédifice lui-même/ Outre cette église , il en existe encore une autre fort petite, dédiée à S. Antoine (1).
Le monastère des bénédictins, dont j'ai déjà parlé, est situé dans la partie la plus élevée de la ville, et n'a rien de remarquable , sinon la belle vue dont on y jouit. Lors de mon voyage, il n'était habité que par un religieux , et il n'y en avait toujours qu'un en 1838 (2). Une étendue considérable de terre dépend de ce couvent; mais il n'en est pas plus riche : dans une contrée où il y a encore tant de terrains vacants, on ne possède réellement rien quand on n'a que des champs sans esclaves et sans usines.
Il existe à Sorocâba une maison de recluses qui suivent la règle de Sainte-Claire et ne font point de vœux. Cette maison a fort peu de biens , et les recluses , qui sont au nombre de quatorze environ (1820) (3), vivent, en grande partie, des présents qu'elles reçoivent de leurs familles. L'église du couvent est ouverte à tons les fidèles ; mais aucune des fenêtres de l'habitation des recluses ne donne
(1) Avec cette chapelle^ D.P.MûUer enindiqae encore une .'sous le nom de Santa Cruz (Ens, estât., 51). Selon Gazai, qui écrivait en 1817, les nè^es en avaient commencé une autre pour placer l'image de Notre- Dame du Rosaire {Corog. Braz,, l, 244) ; cette dernière n'était pas encore achevée en 1838 (Miill., 1. c.) ; mais Milliet et Lopes de Moura, qui ne disent rien de la chapelle de Santa Cruz, parlent de celle du Rosaire comme étant complètement bâtie en 1845 (Dicc, II, 664).
(2) MuU., Ens.y tab. 19.
(3) Selon MUller, elles étaient vingt en 1838.
372 VOYAGE DANS LES PROVmCEl»
sur r extérieur. Dans un pays on les mariages ne sont pas assez communs et où le libertinage Test malheureusement beaucoup trop, on ne peut nier que de telles maisons ne soient d'une très-grande utilité, et j'ajouterai qu'à cause des fâcheuses influences sous lesquelles les recluses se sont nécessairement trouvées dans leur enfance il est extrêmement sage de n'exiger d'elles aucun vœu.
Il y avait autrefois un hôpital à Sorocâba ; à l'époque de mon voyage , le bâtiment existait encore , mais il ne servait plus à rien. J'ai montré ailleurs (1) combien d'obstacles s'opposent à ce que les établissements de bienfaisance aient, au Brésil , une longue durée. Une charité active et ingénieuse triompherait, n'en doutons pas, de ces obstacles; mais, quoique le bien produit par les confréries de la Miséricorde (00505 da Misericordia) prouve assez que les Brésiliens sont loin d'être étrangers à cette vertu sublime, elle aurait besoin, nous ne pouvons en disconvenir, d'être ravivée chez un grand nombre d'entre eux. C'est la noble tâche que le clergé devrait remplir. Qu'il sorte de sa torpeur et comprenne enOn sa véritable mission : un vaste champ s'ouvre devant lui , un champ depuis trop longtemps en friche; qu'il le sème d'institutions charitables, de bonnes œuvres, de bons exemples, et il méritera de la religion, de l'humanité et du pays.
L'hôtel de ville de Sorocâba {casa da camara) est un bâtiment petit et très-vilain, placé à l'angle d'une rue sale et étroite.
Un pont établit des communications entre la rive droite
(1) Voir mon Voyage dans le district des Diamants, etc., I, 45.
du Rio Sorocéba et la rive gauche , sur laquelle est située la ville; il est en bois, et peut avoir environ 150 pas de longueur.
Les boutiques sont ici assez nombreuses et bien garnies. Comme à Hytû , on vend les comestibles dans de petites maisons (casinhas) qui appartiennent à la ville. J'avais aussi vu, à S. Paul, des maisonnettes du même genre.
Une partie des maisons de Sorocâba appartient à des agriculteurs, qui ne les occupent que le dimanche. On cultive la canne à sucre dans les environs de cette ville ; mais elle y rend moins qu'à Hytû, et surtout à Campinas. Les cotonniers réussissent parfaitement au-dessus des montagnes qui s'étendent à Test de la ville; à la vérité, leurs produits sont d'une qualité ordinaire. Nous n'avons plus le climat ni probablement le sol de Goyaz et de Minas Novas; cependant les grosses toiles qu'on fabrique dans ce pays trouvent un débit assuré à Curitiba et dans les provinces de Rio Grande do Sul , où l'on ne rencontre plus de coton.
Au reste, ce n'est pas l'agriculture qui fait la richesse de Sorocéba, mais le commerce des mulets indomptés, dont cette ville est véritablement l'entrepôt , et qui viennent de la province de Rio Grande. Une partie de ces animaux est amenée ici , en troupes considérables , par des marchands du Sud. Ces troupes [iropaSy manadas de bestas brabas) se mettent en marche vers les mois de septembre et d'octobre, à l'époque où les pâturages commencent à reverdir. Plusieurs marchands font faire le voyage aux leurs sans aucune interruption, et elles arrivent vers les mois de janvier, février et mars ; d'autres laissent reposer leurs troupes
un an entier dans les environs de Lages, ville de la province de Sainte-Catherine, et ce n'est qu'après ce long intervalle de temps qu'ils leur font passer le Sertao, immense désert couvert de bois, où Ton ne trouve ni habitations ni pâturages (1). Les marchands de Minas viennent acheter ici les mulets, et les conduisent dans leur pays, où ils les font dompter. Il y a des années où il est venu de Rio Grande à Soroc&ba jusqu'à 50,000 mulets; en 1818, il n'en vint que 18,000, et leur priic augmenta d'un tiers.
Ce commerce procurait au gouvernement des sommes considérables; car on payait à Sorocâba 5,500 reis (21 fr. 87 c.) pour chaque mulet qui venait du Sud (1820). Sur cette somme, 1,000 reis destinés à la province de Rio Grande auraient dû être acquittés à la douane [registro) de Santa Victoria , qui appartient à la même province et est située à son extrême limite^ tout près de la Routière de S. Paul ; mais, pour faciliter le commerce, on permettait que cette partie du droit ne fût, comme le reste, acquittée qu'à Sorocâba. A Santa Victoria , on donnait aux marchands une permission de passer [guia) avec le nombre
(1) Le Sertào oa désert dont il s'agit ici a, m'u-t-on «ssnré, environ 60 1. de longueur, et s'étend de la petite ville de Lapa à celle de Loges. En 1806, Lapa prit officiellement le nom de Villa Nova do Principe; mais, lors de mon voyage, son ancien nom prévalait encore dans le pays. Elle appartient à la province de^. Paul ; elle en est la viUe la plus occidentale et forme la liQiite du désert du côté de Forient, Lages la borne, en quelque sorte, du côté de Touest, et, après avoir fait longtemps partie de la province de S. Paul, comme Lapa, elle a été réunie, en 1820, à celle de Sainte-Catherine. Les Indiens sauvages Font souvent attaquée ; de 1832 à 1840, elle a été prise plusieurs fois par les rebelles de la province de Rio Grande (Gaz., Corog, Braz., I, 230 ; — Mill. et Lop. de Mour., Dicc,^ I, 546), et par conséquent elle n'a pu acquérir une grande importance*
d'animaux qu'ils avaient avec eux, et ils laissaient au regislro une obligation du montant de F impôt qu'ils auraient dû payer. Cette obligation se passait par triplicata. Une des copies était envoyée à l'administration de Rio Grande, parce que c'était, comme je viens de le dire, au profit de cette province que se percevait cette partie du droit ; la deuxième copie s'envoyait au receveur de Sorocâba, et la troisième à la junte du trésor, à S. Paul (junta da fazenda real), précaution que l'on prenait pour qu'il n'y eût de supercherie ni de la part du marchand ni de la part du receveur. Celui-ci remettait les sommes qu'il avait touchées à la junte de S. Paul, et cette dernière s'en entendait avec celle de Rio Grande. Sur les 2,500 reis que l'on percevait à Sorocâba, en sus des 1,000 dont je viens de parler, une moitié, appelée direitos do contrato (droits de la ferme), se mettait à l'enchère de trois ans en trois ans, et était touchée pour le compte du fermier (1). Les 1 ,250 reis restants portaient le nom de direitos da casa
(1) Dans le tableau des finances de la province de S. Paul pour Tan 1813, tableau qui fut remis è d'Eschwege par le comte da Barca, ministre d'État, les direitos do contrato sont indiqués sous le nom de meios direitos de Curitiba (demi-droits de CuriUba) {Journ, von Bras.^ 11, tab. Y). Us s'élevèrent, en cette année 1813, à 25,656,532 reis ou 160,353 fr., et, comme chaque mulet payait 1,250 reis, il est clair que, cette même année , il en entra 20,525. A la vérité, je ne puis donner ce chiffre que comme approximatif, car les chevaux et les juments payaient aussi un droit dont le résultat devait être compris dans la somme totale ; mais je doute qu'on en importât un grand nombre, car il s'en élève beaucoup à S. Paul, et c'est surtout de mulets qu'on a besoin, puisque ce sont eux qui, il Minas, à Goyaz et à S. Paul même, servent surtout pour le transport des denrées. Quant au nom de meios direitos donné aux droits dont il s'agit, il ne leur était pas mal appliqué, puisquMls ne formaient que la moitié de la somme totale qu'on avait à payer.
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doada (droits de la maison favorisée d'un don). Ce dernier impôt avait été originairement créé au profit de celui qui avait ouvert le^ chemin de S. Paul au Sud ; mais, plus tard , on Tavait appliqué au trésor public, et il faisait partie des revenus de la province pour le compte de laquelle on le percevait directement (1). Les droits de 3,500 reis ou 21 fr . 87 c. par mulet paraîtront , sans doute , extrême^ ment élevés; mais ce n^était pas tout encore : les animaux pour lesquels on avait acquitté cet impôt étaient assujettis à de nouveaux droits lorsqu'ils entraient dans la province de Minas Geraes. Les mulets sont, dans une immense partie du Brésil, les seuls moyens de transport; les imposer autant, c'était certes favoriser bien peu le commerce et r agriculture, qui, dans ce pays, ont tant besoin d'encouragement.
Quoi qu'il en soit, il résulte du tableau des finances de la province de S. Paul pour 1813 que, cette même année, il entra dans la province 20,525 mulets; nous savons que.
(1) Le tableau des recettes et des dépenses de la province de S. Paul, en 1838, désigne, sous le nom de direitos do Rio Negro, Fensemble des droits qui se payent sur les mulets à rentrée de la province. « Ces droits, « dit D. P. Millier (Ens, estatisL, tab. 9), consistent en 2,500 reis pour « les mulets, 2,000 reis pour les chevaui, 960 pour les juments ; ils ont tt rapporté 81,869,950 reis. » Cette somme, représentant le total des anciens direitos do conlrato et direitos du casa doada, doit être divisée par 2,500 reis, si nous voulons connaître le nombre des mulets introduits, et nous aurons 32,747. Je ne tiens pas compte ici des chevaux et des juments, non-seulement à cause des raisons déduites à la note précédente, mais parce qu*en 1838, époque de la guerre de Rio Grande, les habitants de cette province devaient garder leurs chevaux pour leur propre pays. J'ajouterai ici que le nom de direitos do Rio Negro est emprunté h une paroisse qui dépend de Lapa ou Villa Nova do Principe, et est située k Textrême frontière de S. Paul.
dans les années qui précédèrent immédiatement 1848» on en introduisit environ 30,000; enfin, en 1838, leur nombre s'éleva à 32,747. Ces données sont bien peu nombreuses, sans doute ; cependant , si les chiffres de 1815 et de 1858 ne sont pas exceptionnels, ils tendraient à prouver que le besoin de mulets s'est fait sentir de plus en plus dans l'espace de vingt-cinq ans, que^ par conséquent, les produits agricoles sont aussi devenus de plus en plus importants, et qu'on a cultivé graduellement une étendue de terre plus grande.
Par tout ce qui a été dit plus haut, on a pu voir que les habitants de Sorocâba et ceux d'Hytu ont, en général , des occupations fort différentes ; par conséquent , il est bien clair que leurs mœurs, leurs habitudes, le développement de leur intelligence ne peuvent être exactement les mêmes, et il paraîtrait, en effet, que la jeunesse de Sorocâba est moins instruite que celle d'Hytu. Depuis longtemps , un professeur royal de grammaire latine a été placé dans cette dernière ville, et, comme je l'ai dit, c'est peu de temps avant mon voyage qu'on en avait donné un à Sorocâba ; mais ce n'est pas la seule raison de la différence qu'on remarque entre les jeunes gens des deux villes. Les habitants d'Hytu , agriculteurs et sédentaires , peuvent donner à leurs enfants toute l'éducation que permet le pays. Les marchands de Sorocâba, au contraire, font souvent de longs voyages ; leurs fils les accompagnent et passent leurs premières années sur les chemins , au milieu des mulets et des camaradaSf par conséquent il serait bien difficile qu'ils acquissent quelque instruction, et leurs manières doivent nécessairement se ressentir de celles des
S7a VOYAGE DANS LES PROVINCES
hommes grossiers au milieu desquels ils ont été élevés (1819-1822).
Il m'a semblé qu*à Sorocâba les hommes jouaient aux cartes beaucoup plus qu'ailleurs. Il y avait aussi dans cette ville un très-beau jeu de boules ; il en existait également un à Hytûy et c'étaient les premiers que je visse depuis que j'étais au Brésil. Personne , il est vrai , ne vint à ces jeux en ma présence ; mais il est à croire qu'on ne les avait pas faits sans but , et leur seule existence tendrait à prouver qu'il y avait, dans ce pays, un peu moins d'indolence que dans les parties du Brésil où j'avais voyagé jusqu'alors. Les hommes très-indolents se résignent à faire 4e l'exercice quand la nécessité de soutenir leur existence l'exige; ils n'en font point dans l'unique but de se procurer du plaisir.
Je me trouvai à Sorocâba au temps de lïoël (1) ; il y eut alors sept jours de fête. Dans ce pays et les autres parties du Brésil que j'avais parcourues jusqu'à ce moment, on travaille peu les jours ouvrables; les jours de fête, on ne travaille point ; voilà à peu près toute la dififérence. On a rempli ses devoirs de chrétien quand on a entendu une messe basse; il n'est célébré de grand' messe que lorsqu'une confrérie ou quelque particulier en font les frais, et l'on ne connaît pas les autres offices de l'Église.
Comme je l'ai dit ailleurs (2], les fêtes de Noël sont l'époque des réunions de famille ; mais là tout se passe tristement; on s'ennuyait seul, on s'ennuie en plus nombreuse
(1) MM. Spix et Martius ont parlé d'une manière touchante des soorenirs que firent naître en eux les fêtes de Noël passées au Brésil.
(2) Voir mon Voyage dans le di$trici des Diamants, etc., 1 , 124.
compagnie. Point de promenades» point de parties de campagne, rien qui puisse exciter la gaieté; on s'étend mollement, on s'entretient avec longueur sur les sujets les plus communs, et Ton s'endort.
Autrefois, quand un étranger s'arrêtait à Sorocâba, il recevait la visite des principaux habitants du pays, comme cela, en 1818, était encore l'usage à Minas (1); il est souvent arrivé que ces visites n'ont pas été rendues, et actuellement on n'en fait plus. Les étrangers qui voyagent dans le Brésil semblent croire qu'ils ne doivent rien aux Brésiliens, et que ceux-ci leur doivent tout; j'ai vu des Allemands, surtout, traiter ce peuple avec un dédain que rien ne justifiait. Il en est des nations comme des individus isolés; toutes ont leurs défauts, toutes ont quelques bonnes qiialités, et les bonnes qualités, 'Comme les défauts, sont le résultat dételles ou telles influences. Ainsi je pourrais citer une ville d'Allemagne où, il y a quarante ans , on parlait des sciences et des lettres avec un mépris que personne n'a jamais montré parmi les Brésiliens. Cette ville est un port de mer; elle faisait alors les affaires du monde entier, le commerce absorbait tout le temps , toutes les facultés de ses habitants; il ne leur restait aucune pensée pour autre chose. Et quel pays s'est trouvé dans des circonstances plus fâcheuses que le Brésil? Depuis le règne de Philippe, ses habitants ont été, pendant deux siècles, tellement séquestrés des autres peuples, que Commerson, relâchant à Rio de Janeiro en 1767, fut obligé de se déguiser en matelot pour pouvoir cueillir quelques plantes. Les Brésiliens n'avaient 4e relations qu'avec les Portugais, qui les opprimaient et
(1) Voir moD Voyaige dans le district des Marnants, etc, l, 39.
les accablaient de mépris ; ils trouvaient chez eux très-peu de moyens de s'instruire, rien n'excitait leur émulation, et, pour être sûr d'eux, on les laissait languir dans l'indolence et la torpeur. Puis, quand ils ont été déclarés indépendantSy une cour corrompue est venue étaler tous les vices au milieu de leur capitale; des nuées d'aventuriers de toutes les nations ont fondu sur leur pays, les ont autorisés à croire que l'Europe était plus dégradée que l'Amérique, et ont fait naître en eux une triste émulation.
Au reste, la société de Youvidor d'Hytû, qui habitait alors Sorocâba, et celle d'un des habitants les plus recommandables de la ville, M. Rafaël Tobias de Aguiar, ne pouvaient guère me laisser regretter d'avoir perdu quelques visites passagères et purement cérémonieuses.
J'avais connu à Rio de Janeiro M. Rafaël Tobias, et, quand je fus à peu de distance de Sorocâba, j'envoyai quelqu'un en avant pour le prévenir de mon arrivée. Il eut la bonté de me procurer une fort belle maison , sur le soir il m'envoya un excellent souper, et il continua a faire de même jusqu'au moment de mon départ. J'aurais été charmé, je l'avoue, de manger avec lui ; je rougissais de profiter d'une hospitalité aussi aimable sans pouvoir montrer à celui qui me l'accordait que je n'en étais pas indigne; il me semblait que c'était souper à l'auberge sans payer son écot. Chaque jour^ au reste, je me dédommageais , autant qu'il m'était possible, en allant voir mon excellent hôte, et je ne tardai pas à savoir pour quelle raison il ne m'admettait pas à sa table ; il avait coutume de manger avec sa mère et ses sœurs, et, comme ces dames ne voulaient pas se montrer aux étrangers, il ne pouvait me recevoir. M. Rafaël Tobias de Âguiar, dont je devais la connaissance à
notre ami commun Joâo Rodrigaes Pereira de Almeida, baron d'Ubé, était alors, quoique très-jeune , major de la garde nationale, et plus tard il a occupé, dans sa province, un poste fort important; il en a été président depuis le mois de novembre 1851 jusqu'au mois de novembre 1835.
Quant à Youvidor, je lui avais déjà rendu visite, comme on Ta vu, en passant par Hytù; je le retrouvai aux forges d'Ypanéma, dont je parlerai tout à Theure, et je revins avec lui à Sorocéba ; dans cette ville, il m'invitait, presque tous les jours, à dîner avec lui, et il ne cessa de me combler de politesses.
Ce fut le lendemain de mon arrivée à Sorocéba, le 22 décembre, que je me rendis à Ypanéma (1), situé à 2 lieues et 1/2 de la ville. Le pays que Ton traverse pour y arriver est inégal, et coupé de bois et de campos. A quelque dis* tance de Sorocéba, la route se divise en deux embranchements : une grande croix de fer, fondue à Ypanéma, indique celui des deux qui conduit à cet établissement.
Lorsqu'on y arrive, on ne peut s'empêcher d'être frappé de son étendue, du mouvement qui y règne et de la beauté du paysage. Je n'avais rien vu de semblable depuis que j'étais au Brésil.
Les forges d'Ypanéma sont adossées à la montagne d' Jiraçoiaba (2), autrement appelée Morvo doFerro (la mon-
(1) Ypanéma vient de yg, riyière, eav, tt panémo, sans valeur; la rivière sans valeur. Le P. Ruiz da Montoya dit quUpane signifie rivière sans poisson (Tes. guar,, 261 bis), ce qui rend absolument la même idée.
(2) Araçùiaba ne peut venir que des mots araçoeya , Taurore , mbae , ou mba, chose, fantôme (Ruia de Mont., Tes. guar., 5 bis, 212), chose, fantôme de Taurore. Le nom &Araçoiaba ou Araçoeyambae avait probablement été donné à cette montagne par quelque peuplade indienne
382 VOTâGE dans LES PROVINCES
tagne de fer), d'où l'on tire le minerai, et qui est couverte de bois. Les bâtiments dont se compose rétablissement forment une espèce d'amphithéâtre au-dessous duquel coule la rivière d'Ypanéma, Tun des afQuents du Sorocàba.
Quand on arrive aux forges , on passe T Ypanéma sur un pont assez large. En face est une grande maison habitée par le directeur. A gauche, on aperçoit un beau lac creusé de main d'homme qui sert de réservoir aux eaux de la rivière : il est entouré de bois, et quelques petites îles s'élèvent du milieu de ses eaux. Le pont se divise en deux parties, ou, si Ton veut, il existe deux ponts qui se correspondent exactement; Tun sur la rivière, l'autre sur un canal qui fournit aux nouvelles forges ses eaux tirées du réservoir. Une digue en pierres, haute de 60 pieds anglais (18 mètres 24 cent.) et large de 150 {45 mètres 60 cent.), construite au-dessous du pont, dans le lit de TYpanéma, ne laisse échapper que le superflu des eaux de la rivière. Entre les deux parties du pont, sur la gauche^ se trouve un bâtiment carré qui sert de magasin et où est déposée la caisse de l'établissement. C'est à droite, du côté opposé au réservoir, que sont toutes les constructions dont les forges se composent. Sur le bord de la rivière, on voit les anciennes forges élevées par la compagnie suédoise , dont je parlerai plus tard. Les nouvelles forges l'ont été sur un plan plus élevé; elles comprennent deux hauts fourneaux construits dans une même pièce, deux bocards et deux pièces
qni la voyait du côté de Test , et son isolement avait pn la faire comparer à un fantôme. On lit, dans la Corografia Brazilica (I, 203) et dans le Diccionario geographico do Brazil {l, 68), qne le mot Araçoiaba veut dire qui couvre le soleil. Je n'ai rien trouvé, je dois Tavouer, qui confirme cette assertion.
différentes où sont les raffineries. Cet ensemble forme un bâtiment régulier qui présente trois corps de logis avancés : les hauts fourneaux au milieu» les raffineries aux deux extrémités, et, sur un plan plus reculé, les bocards, placés entre les raffineries et les fourneaux. Derrière le bâtiment que je viens de décrire passe le canal, dont les eaux, tirées du réservoir, sont destinées à faire mouvoir les roues des hauts fourneaux , des bocards et des raffineries. Ce canal, construit en pierres de taille, a 1 5 pieds de large (4 mètres 56 cent.) et 1 ,000 de longueur. Au-dessus du canal, sur un plan encore plus élevé, sont trois bâtiments carrés qui correspondent aux hauts fourneaux et aux raffineries, et servent de magasins à charbon. Plus haut encore, mais sur le côté. Ton voit divers bâtiments qui servent d'ateliers et de logements pour les maîtres, pour les esclaves de l'établissement, et enfin pour le détachement militaire qui y est cantonné (1).
En résumé, les forges d'Ypanéma se composent (1820] de deux hauts fourneaux, chacun avec son soufflet en bois ; de huit raffineries, chacune avec son soufflet aussi en bois ; de deux bocards à pilons, de deux martinets, de quatre fourneaux à la catalane, d'une machine à forer les canons, d'une roue avec sa meule, d'un moulin à farine, d'un moulin à scie, et d'un très-grand four à chaux qui, à la fin de 1819, n'était pas encore achevé. On compte, dans tout
(1) La planche VUI da Pluto Brasiliense de d'Eschwege représente parfaitement les nouyelles forges d'Ypanéma. On pent aussi se faire une idée de Tensemble de tous les bâtiments par la pi. VU du même onyrage ; mais la manière extrêmement défectueuse dont on y a figuré le pont de l'Ypanéma et rentière omission du pont sur le canal nuisent 'singulièrement à la clarté du plan.
rétablissement, dix-sept roues mises en mouvement par l'eau.
Le minerai se tire, comme je l'ai dit, de FAraçoiaba, et se trouve à fleur de terre. Cette montagne se divise en plusieurs sommets et est entièrement isolée, ce Sa base, dit ce Friedrich Varnhagen, forme un ovale dont le plus grand <c diamètre est de 5 legoas du nord au sud, et le plus petit « de 1 legoa et 1/2; les sommets qui la terminent sont « séparés par plusieurs plateaux, sur l'un desquels est « un petit lac marécageux auquel on donne le nom de (( Lagoa dourada, et où, dit-on, sont cachés des tré- (c sors (1). Plusieurs ruisseaux s'échappent de la montaa gne; le plus considérable est celui qui prend naissance ce dans la vallée de Fumas (les grottes] , et qu'on nomme a le ruisseau de l'ancienne fabrique. Des forêts épaisses « où presque nulle part on n'a porté la hache couvrent « la mine, et sont extrêmement riches en bois de charte pente et de menuiserie, dont j'ai pu réunir cent huit « espèces différentes (2). C'est du côté de l'est que coule la
(1) n existe au Brésil plusiears lacs snr lesquels on débite des fables h peu près semblables , et qui tous sont également appelés Lagoa Dourada ou do Pao Dourado (voyez ce que j*ai écrit à ce sujet dans mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, II, 189).
(2) MM. Spix et Martius disent que VAraçoiaba est élevé de 1,000 pieds au-dessus de l'Ypanéma ; selon Varnbagen, il le serait de 2,010 pieds anglais, et de 4,060 au-dessus du niveau de la mer ; enfin d'Eschwege indique 1,822 pieds anglais pour la bauteur de la plaine ou est située le montagne, 1,088 pieds pour TéléraCion de celle-ci au-dessus de la plaine, et, par conséquent, 2,910 pieds (884 mètres) pour sa hauteur au-dessus de rocéan (Spii et Mart., Reise , 253 ; — BeoàacMungen in Eschw., Jowrn., 255 ; — Pl%Ué Bras., 530). Des différences si énormes prouvent la nécessité d'un nouveau mesurage.
« rivière d' Ypanéma y qui a ici 25 pieds anglais de large « (7 mètres 60 cent.); le côté de Touest est arrosé par le « Saraipuhûj qui est un peu plus considérable. Les deux « rivières se jettent dans le Sorocâba , et sont navigables « jusqu'à leur confluent. En quelques endroits voisins de « r Araçoiaba, il existe des terrains aurifères qui jadis ont « été en exploitation ; mais on les a abandonnés , parce « que les vivres sont devenus plus chers, et qu'un esclave « ne gagnait à ce travail que 6 tnntens (75 c.) par jour, « tandis qu'il faut qu'il gagne 8 vintens^ pour laisser à « son maître quelque bénéfice (1 ] . »
II y a déjà un grand nombre d'années que l'on a reconnu l'existence du fer dans la montagne d'Araçoiaba, qui autrefois a porté les noms de Biraçoiàba, Guarcuçoiaha et Qui-* raçoiabay altérations du nom véritable (2). Dès l'année 1590» Affonso Sârdinha, mineur entreprenant et actif, construisit, sur la montagne même, un fourneau à la catalane dont on reconnaît encore la place; il en fit présent à D. Francisco de Souza, qui fut administrateur général des mines (5). Une espèce de village se forma dans les alentours, et fut honoré du poteau de justice qui désigne les villes ; mais bientôt les habitants se transportèrent à Sorocâba (4), et en 1629 la fabrique fut entièrement abandonnée. Vers 1766 ou 1770, on établit de nouvelles forges
(1) Friedr. Varnhagen, Beobachtungen, etc., in Eschw., Journ. von Brasilien, II, 254-8.
(2) J'ai'à peine besoin de dire que le nom de Gorusuâva indiqué jpar Mawe est entièrement erroné.
(3) Pedro Taques, Historia dacapilania de S, Vicente in Rev. trim., 2» ser., n, 450.
(4) Ce fut incontestablement la ville d'Itapébussù dont j'ai déjà parlé (voir la p. 368 et la note qui raccompagne).
386 VOYAGE DAKS LES PROYINCES
dans le lieu même où avaient été les premières, et, si elles ne subsistèrent que peu d'années , c'est que le gouvernement, qui voulait maintenir le système colonial dans toute sa rigueur, fit défense d'y travailler (1).
Lorsque le roi Jean YI vint au Brésil, on dut naturellement songer à une mine qui , située à peu de distance de la mer et au milieu d'un pays agricole , pouvait s'exploiter avec tant de focilité. A l'effet de former, sur les bords de l'Tpanéma, un établissement important, on proposa la création d'une société de soixante actions de 2,000 cruzades chaque. Quarante-sept actions furent prises par des particuliers et treize par le roi , qui remplaça les siennes par une valeur beaucoup plus considérable que n'aurait été celle des treize actions elles-mêmes : il donna à l'établissement projeté quatre-vingt-cinq esclaves , la plupart mulâtres, que l'on tira des anciennes habitations des jésuites, et qui étaient plus civilisés que ne sont ordinairement les esclaves. On fit venir de Suède une compagnie d'ouvriers avec un directeur, et les fondements des nouvelles forges furent jetés en 1 81 1 . La compagnie suédoise, c'est ainsi que fut appelée la réunion d'ouvriers étrangers qui commença l'établissement, la compagnie suédoise, dis-je, fit creuser le réservoir, construisit les quatre fourneaux à la catalane, ainsi que le moulin à scie, et ouvrit plusieurs chemins. Le directeur suédois resta à la tète de l'établissement jusqu'en i815, et pendant tout ce t^mps les actionnaires ne touchèrent pas la moindre chose. Cet homme fut accusé d'incapacité ; on lui reprocha d'avoir fait des dépenses inutiles, et on le congédia.
(1) M. Friedrich Varahagen assigne une aatre cause à la destraction de ces forges, l'ignorance des entrepreneurs.
Pour le remplacer, on choisit le lieutenant-colonel Friedrich Yarnhagen y Hessois, qui depuis longtemps servait le Portugal dans le corps du génie. On avait assuré que , dans ce pays , il était impossible de faire usage de hauts fourneaux; on objectait la chaleur» la nature de Tair atmosphérique, et surtout celle de la pierre. M. Yarnhagen soutint que de hauts fourneaux réussiraient à Ypanéma tout aussi bien qu'en Europe, et que la pierre du pays résisterait à la force du feu; il fit le plan des bâtiments que j'ai décrits et qui composent les nouvelles forges, il en dirigea toutes les constructions, et l'ouvrage fut achevé au bout de deux ans. On fondit, pour la première fois, dans les hauts fourneaux, le 4*' novembre 1818, et le succès couronna l'entreprise. Quand on connaît l'esprit d'intrigue qui règne dans ce pays, l'ignorance des ouvriers, leur légèreté et leur excessive paresse (1820), alors seulement on peut se faire une idée des obstacles presque insurmontables que M. Yarnhagen eut à vaincre, et l'on ne saurait s'empêcher de regarder comme une espèce de prodige la promptitude avec laquelle il acheva des travaux aussi importants.
Les nouvelles forges ont été construites par corvées; c'est le gouvernement qui a fait tous les frais , dont il devait être remboursé sur le dixième du produit net de l'établissement. Les appointements du directeur et des ouvriers étrangers étaietit payés par le roi, qui ne cessa de protéger rétablissement depuis le moment où on le commença.
Si ce que m'a dit le directeur Yarnhagen est exact, le fer de la montagne d'Araçoiaba rend 80 pour 100, quand il est traité en grand; mais on est obligé de le mélanger d'un quart de pierres vertes et d'un quart de chaux. Le directeur m'a aussi assuré que chaque haut fourneau pou-
vaitfournir, chaque jour, 20 quintaux de fer(i,i80kilog.).
Au lieu de charbon , on employait, pour chauffer les hauts fourneaux , des copeaux de l'arbre appelé parôha. La manière de raffiner participait de la méthode wallonne et de la méthode allema^nde.
L'établissement possédait un terrain de 7 lieues de tour, |)resque entièrement couvert de bois, au milieu duquel est située la montagne d'Âraçoiaba. On faisait avec les habitants du pays un arrangement d'après lequel ces derniers s'engageaient à rendre aux forges une certaine quantité de minerai qui leur était payé 8 rels l'arrobe (5 c. pour 14 kilog. 75); on payait le charbon 40 reii^ rarrobe, et la chaux 25 reis. Ceux qui fournissaient le charbon étaient obligés de se conformer, pour le faire, à l'une des deux méthodes usitées en Europe, et de couper le bois dans les portions de forêts qui leur étaient indiquées par le directeur. Pour le travail intérieur, on employait, avec les quatre-vingts esclaves dont j'ai déjà parlé, environ vingtquatre maîtres libres.
Le gouvernement faisait fondre à Ypanénfa des canons et des boulets ; on y foildait aussi des cylindres pour les moulins à sucre, et l'on y fabriquait des haches, des pioches, des clous propres à ferrer les mulets, etc. Le prix des ouvrages fondus était de 6,400 reis le quintal (40 f. pour 58 kilog. 9 h.) ; le fer en barre, qui était surtout recherché dans le pays, se vendait au même prix. S'il faut en croire le directeur, le fer fondu ne coûtait à l'établissement que 908 reis (5 f. 67 c), et le fer en barre 5,200 reis.
Le directeur conduisait tout l'établissement; mais il était obligé de rendre ses comptes à un conseil dont il faisait partie, et qui était composé du capitaine général, de
Vouvidor de la comarca d'Hytu, et d'un représentant des actionnaires {procurador dos (ict%onistas)y nommé par le général. II n'est personne qui ne sente que cette administration avait un très-grand défaut , c'est que les actionnaires ne pouvaient y prendre aucune part. Le directeur, qui était réellement tout, devait sa nomination au roi, et recevait de lui ses appointements ; le capitaine général et Touvidor de la comarca n'avaient pas le moindre intérêt à rétablissement; en6n le représentant des actionnaires, choisi par le général, ne pouvait être qu'un homme dont il était sûr , et , si cet homme n'avait point partagé les opinions du reste du conseil, il n'aurait eu aucuQ moyen de faire prévaloir les siennes. Ainsi, quoique appartenant, en grande partie, à des particuliers, les forges étaient réellement tout à fait dans la dépendance du gouvernement.
Il s'en fallait bien que ce fût le seul reproche que le public fît à l'établissement des forges d'Yp^anéma. Selon beaucoup de gens, cet établissement était ))ien loin de produire d'aussi beaux résultats que le prétendait le directeur, et il coûtait même beaucoup plus qu'il ne rapportait. M. Varnhagen avait eu le tort de se brouiller avec ceux qui étaient employés sous ses ordres, et il s'en était fait autant d'enneniis. Tout le monde assurait que le principal maître suédois, qui était resté à Ypanéma après le départ du premier directeur^ avait une grande intelligence , principalement pour la mécanique , et l'on soutenait qu'à cet homme était due principalement la construction des nouvelles forges . Un fondeur français chassé de l'établissement avait remis , disait-on, au capitaine général des états et des comptes par lesquels il prétendait démontrer que les forges, conduites comme elles Tétaient alors , devaient occasionner aux ac-
tionnaîres une perte considérable. Ce qui était bien certain, c'est que, depuis la nomination du nouveau directeur, rétablissement n'avait pas rendu aux intéressés plus d'argent qu'auparavant. Cependant, on doit le proclamer, il ne pouvait être mieux situé et réunir plus d^avantages à la fois. La mine est riche , presque à fleur de terre, et ne peut jamais être épuisée; sans être extrêmement abondantes, les eaux ne manquent cependant point; l'établissement possède 7 lieues de forêts ; la pierre à chaux et la pierre verte sont communes dans le voisinage, et enfin l'on y trouve aussi des pierres à bâtir qui peuvent résister à la chaleur des hauts fourneaux.
Après mon départ , Yarnhagen quitta Ypanéma. Pendant la guerre de la révolution, on ne fit rien ou presque rien pour cet établissement , et à la paix D. Pedro I s'en occupa aussi peu qu'auparavant; mais, sous la régence de Feijé, on tâcha de rendre aux forges leur première activité, de les tirer de l'état de ruine où elles étaient tombées, et même de leur donner des proportions beaucoup plus grandes. Le major Bloem, qui avait été nommé directeur, appela à Ypanéma un grand nombre d'ouvriers allemands ; des constructions plus importantes furent substituées aux anciennes, de nouvelles machines furent introduites, des chemins furent tracés, le réservoir fut agrandi ; Ypanéma devint le chef-lieu d'une paroisse sous le nom de S. Joao d*Ypanémay et en 1836 l'établissement fournit 754 pièces de fonte, 1,460 arrobes de fer en barre et 850 de fer en gueuse. Cependant, malgré de tels succès, le gouvernement central demandait, en 1845, dans un rapport officiel, si, au lieu de continuer les dépenses que Ton faisait depuis trente ans pour les forges d'Ypa-
néma^ il ne serait pas mieux d'abandonner cet établissement (1). « Depuis le temps que l'on a commencé à con- « struire les forges d'Ypanéma, dit M. Kidder, cent éta- « blissements du même genre se sont élevés aux États- <( Unis 9 soutenus par Tindustrie privée, et avec des avance tages peut-être peu inférieurs ils ont fourni des proc( duits un million de fois plus considérables que ceux qui (( sont sortis de la province de S. Paul. Telle est l'immense « supériorité des entreprises particulières sur celles qui « ont le malheur d'être patronées par les gouvernements. » L'expérience de tous les pays a sufiBsamment prouvé que les établissements industriels coûtent infiniment plus aux gouvernements qu'aux particuliers ; mais , indépendamment de cette vérité incontestable , d'Ëschwege cherche à montrer, par des raisons très-plausibles, que le temps n'est point encore venu où de grandes manufactures et, en particulier, de hauts fourneaux pourront , au Brésil , donner de véritables bénéfices, ce A l'aide d'ouvriers berlinois, dit a cet auteur en terminant , Varnhagen avait fini par obtecc nir lar fonte la plus belle et la plus fine ; mais il n'y <c avait pas assez de débouchés pour que les dépenses pus- <( sent être couvertes, et les actionnaires se plaignaient c( amèrement. Personne ne voulait voir que les véritables a obstacles aux succès désirés provenaient principalement a de Textrème faiblesse de la population du Brésil et de « sa dissémination excessive; on s'en prenait à l'adminis- « tration de tout le mal ; on fit plusieurs fois des changea ments, et les résultats furent toujours les mêmes. Des <c raisons que j'ai déduites il faut tirer cette conséquence, <c désormais inattaquable, que, tant que la population du
(1) Kidd., Sket.f 1, 281 ; — Mùll., Ens., tab. H ; — Min, Bras.y 34.
« Brésil B*aura pas éprouvé un accroissement très-sensi- <c ble, de hauts fourneaux ne pourront réussir daas ce « pays ; que de petits fourneaux répandus dans toutes les <c provinces, et ne fournissant pas, chaque année, plus de « 2,000 arrobes de fer, peuvent seuls assurer des avance tages aux acheteurs et aux vendeurs ; enfin que , pence dant longtemps encore, ce chiffre doit servir de règle à « tous ceux qui voudront établir des forges {!). »
Tant que je restai à Ypanéma, je fus traité par M. Vamhagen avec toute sorte d'égards et de politesses. Je n'étais point juge de ses connaissances en métallurgie et en mécanique, mais bien certainement c'était un homme d'esprit.
Je trouvai à Tpanéma M. Natterer, le zoologiste de la commission scientifique que Fempereur d'Autriche avait envoyée au Brésil pour en recueillir et en étudier les productions. Il était établi depuis un an dans le voisinage des forges, et y avait formé une immense collection d'animaux. Il était impossible de ne pas admirer la beauté de ces oiseaux; je n'en vis pas un qui eût une plume collée ou une goutte de sang. M. Nat-
(1) Les hommes de Fart liront avec frait le mémoire technique fort détaiUé qu'a écrit d'Eschvege sar les forges d* Ypanéma dirigées par Varnhagen. Ce morceau , d'abord inséré dans le Brasilien die neue Welt, n, 88, a été, depuis, reproduit dans le Pl%Uo Brasiliense, 350, avec .l'addition d'un chapitre intitulé. De hauts fourneaux peuveni-iU réussir au Brésil ? Quelques passages empruntés à Varnhagen se trouvent aussi dans la reproduction du Pluio; mais on ne peut s*empêcher de regretter que l'auteur n'ait pas été cité. — J'ai à peine besoin de dire que le comte de Palma ne succéda point, comme ministre d'État, au comte de Linhares, ainsi que l'a cru M. Kidder, mais que , lors de la fondation des forges d'Ypanéma , il était simplement gouverneur de S. PauL
terer était fils de rempailleur du muséum de Vienne, mais il avait plus de connaissances et de talents qu'un préparateur ordinaire ; il dessinait fort bien et décrivait , m'a-t-on assuré, toud les objets qu'il faisait entrer dans sa collection. C'était, d'ailleurs, un bomme froid et peu communicatif ; il parlait rarement et paraissait s'occuper exclusivement de sa mission .
Je trouvai aussi à Ypanéma M. Sellow, jeune Prussien, le premier naturaliste qui f&t arrivé au Brésil depuis la paix : il avait été placé plus anciennement au jardin des plantes de Paris, pour s'y perfectionner dans le jardinage, et il vivait alors d'une pension que lui faisait l'illustre et généreux de Humboldt, en lui laissant croire qu'elle était payée par l'administration du jardin. Sellow mettait dans ses recherches une activité et un zèle presque sans égal. Il avait suivi les côtes du Brésil « depuis Rio de Janeiro jusqu'à Bahia, avec M. le prince de Neuwied; il était ensuite reparti avec M. d'Olfers , pour aller visiter la province des Mines ; de là, enfin, il avait passé à S. Paul. La botanique était la partie de l'histoire naturelle à laquelle il s'était livré avec le plus d'ardeur; il me parut posséder, dans cette science, des connaissances fort étendues, et n'avait point négligé l'étude des rapports que les plantes ont entre elles. Ses connaissances ne se bornaient pas à la botanique; il soutenait fort bien la conversation sur d'autres sujets, savait plusieurs langues, et montrait à la fois de l'esprit et du jugement. Froid, roide d'ailleurs, il paraissait avoir un amour-propre excessif. Je le désespérais en lui faisant rénumération des personnes qui , pendant que nous étions au Brésil , décrivaient en Europe une partie des productions de ce pays. En lui montrant beaucoup de politesse
et d'abandon , je T avais forcé de prendre avec moi des manières simples et affectueuses; mais il ne les avait plus quand il était avec Yarnhagen et Natterer. Au retour de mon voyage dans le Sud , je lui remis une foule de lettres de recommandation pour mes amis de Rio Grande et de Montevideo, qui Taccueillirent très-bien. Il m'écrivit, le 24 avril 1824, pour me remercier, et me manda qu'il avait inutilement sollicité des passe-ports pour se rendre à Matogrosso par les Etats de Francia, qu'il s'était contenté de parcourir la province de Rio Grande do Sul et la Bande orientale, et qu'il était sur le point de retourner à S. Paul, en passant par le sertào de Lages. Il terminait sa lettre en me disant qu'il espérait que nous nous reverrions un jour; il s'est noyé dans le Rio Doce, en l'année 4831. Dans ses Annaes da provinda de Rio Grande do Sul , 2' éd., 52, M. J. F. Fernandes Pinheiro a fait un bel éloge de cet homme distingué. Sellow, dit-il, lui avait communiqué des notes précieuses, dont il a profité; il avait déterminé dans la province de Rio Grande plusieurs positions géographiques; il avait étudié les minéraux de cette province, et s'y était formé une collection de plantes trèsconsidérable.
Je fis, avec Sellow et Vouvidor d'Hytû, une petite partie qui fut très-agréable malgré la pluie dont nous fûmes assaillis. Nous allâmes visiter, à 1 lieue au-dessus de SorocÂba, une chute d'eau formée par la rivière du même nom, et plus jolie encore que celle d'Hytû. En décrivant un coude, le Rio Sorocâba tombe tout à coup, d'une hauteur considérable, sur des masses de rochers; ses eaux bondissent, écunient, et ensuite s'écoulent paisiblement entre deux rives couvertes de bois vierges. De grands ar-
bres étendent leurs rameaux par-dessus la cascade ; audessous d'elle est un ilot où croissent quelques arbrisseaux , et sur le côté on voit , entre les branchages , un Glet d'eau qui s'est échappé de la rivière et fait tourner un moulin (1}.
Depuis mon retour d'Tpanéma à Soroc&ba jusqu'au 6 de janvier, il ne cessa de tomber de l'eau, et je ne pus continuer mon voyage. Cette longue pluie était bien nécessaire, car on avait presque entièrement consommé le maïs de Tan* née précédente; depuis longtemps des cultivateurs, même assez aisés , se passaient de farine ; moi-Aième je payai à raison de 10 patacas (20 fr.) Yalqueire, cette denrée, qui était ordinairement ici à 1 et demi ou.^ patacas y et il me fallut des protections pour en obtenir une petite quantité. On se disposait à cueillir le maïs nouveau, quoiqu'on fût encore loin de l'époque de la maturité; mais, comme la cherté qui se faisait déjà sentir depuis longtemps et la crainte de la disette avajent excité les cultivateurs à planter beaucoup plus qu'à l'ordinaire, il était à espérer
(l)«IIya, àl lieue de la ville de Sorocâba, dans la rivière du même « oom, dit VarnhageD, une chute d*eaa d'environ 300 pieds anglais, « à laquelle on donne le nom de Sallo de Vuluraty. Le Rio Sorocâba a a 200 pieds de large et est interrompu par beaucoup d'autres cascades t< plus petites ; mais aussi il présente de longs intervalles où il coule « doucement et où il est navigable. Il a formé, sur sa rive droite, une u vaste grotte dont la voûte est ornée de nombreuses stalactites, et que « les habitants appellent Paiacio (le palais) {Beobachlungetif etc., in <c Eschw., Journ,, H, 253-4). » Il est vraisemblable que vuluraty vient de itu, cascade, râ, chose semblable, qui ressemble, ty, blancheur (Ruiz de Montoya, Tes. guar., 164 bis, 335 bis, 385) (la cascade blanche), nom qui, sans doute, fut donné à cette chute d'eau à cause de la blancheur de son écume.
que la récolte irait, cette année-là, bien au delà des besoins (1).
(1) La place de Taccent aigu dans les mots portugais eo détermine la prononciation et même le sens; ex.famâras^ tu avais aimé, amarâs, tu aimeras. Dans le plus grand nombre de mots on appuie, en parlant, sur ravant-dernière syllabe, et, quand on écrit ces mots, on supprime entièrement Taccent ; mais, coomie c'est fort souvent la dernière syllabe que Ton fait le plus fortement sentir dans les mots empruntés à la langue des Indiens, il est bon, quand le contraire a lieu, de ne pas omettre Taccent , et pour cette raison je Tai toujours placé sur la pénultième dans le mot Sorocâba. U est clair, d*après'tout ceci, qae M. le prince de Neuwied {Brcuilien , 13) a parfaitement raison d'attacher à la position de Taccent une très-grande importance , et c'est précisément parce que je pense oomme lui que je persiste à croire qu'il faut écrire Màricâ et non Mârica, comme il le voudrait. Ayant séjourné cinq fois à Rio de Janeiro, je me croyais déjà à peu près aussi sûr de l'orthographe du nom de la petite ville de Maricâ, voisine de la capitale, que je le suis de oeUe des mots Vincennes et Bercy; cependant j'ai voulu ajouter encore à ma conviction. Sept jeunes Brésiliens récemment arrivés de lear pays, consultés sur ce point, ont assuré tous qu'il fallait Maricâ; on trouve Maricâ dans Cazal {Corog,, II, 9, 10, 22), dans le premier volume de la Revisld trimensal (p. 144) et dans le Diccionariogeographico (U) ; on le lit sur la carte de la proFince de Rio de Janeiro intitulée, Car ta topographica da provincia de Rio de Janeiro de Niemeyer (le petit plan séparé) ; enGn l'orthographe que je suis, avec tout le monde, se trouve consacrée par un document officiel, le Rapport du minisire de V empire pour Vannée 1847 {Relatorio do ministrodo imperio 1847, 37).