‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-CatherineChapitre 2 sur 14 · TABLEAU ABREGE DE LA PROVINCE DE S. PAUL · texte numérisé non relu

TABLEAU ABREGE DE LA PROVINCE DE S. PAUL

% I". — Histoire.

Le Portugais Pedro Alvares Cabbal s'était embarqué à Lisbonne y en Tannée 1500, pour se rendre dans les Indes orientales ; des vents contraires le portèrent vers r ouest, et le Brésil fut découvert.

Alors le roi de Portugal était entièrement occupé des conquêtes que ses généraux avaient faites dans les Indes, et que ses successeurs devaient bientôt perdre; il négligea le Brésil, qui, pendant deux siècles, versa sur son pays d'immenses richesses.

La côte septentrionale du Brésil fut cependant explorée,

et quelques particuliers y formèrent des établissements ;

quant à celle qui s'étend de la baie de Tous les Saints au

Rio de la Plata, on la connaissait à peine. Le roi Jean III

voulut enfin assurer les droits que le Portugal croyait avoir 1. 1

2 VOYAGE mf^ LES PROVINCES

sar ce pays, et il chargea Martim Affonso de Souza d'en prendre complètement possession. Il ne pouvait faire un meilleur choix : c'était, dit un historien, le courtisan le plus vertueux, le plus sage des conseillers, le plus habile des généraux.

Martim Affonso sortit de Lisbonne à la fin de l'année 1530, et, le 30 d'avril* (1) 1531, il entra dans la baie de Rio de Janeiro, que les indigènes appelaient Ganobarâ ou Nithoy. Comme les Tamoyos, Indiens méfiants et belliqueux, ne lui permirent pas de s'y établir, il continua son voyage jusqu'au Rio de la Plata; puis, retournant vers le nord, il entra, le 20 janvier 1532, dans une baie qui, protégée par deux îles très-voisines de la terre ferme, présente le meilleur mouillage de toute cette càte. II avait reçu de son souverain l'ordre de former une colonie dans le sud du Brésil; ce fut ce parage qu'il choisit, et il jeta dans rîle de S. Vincent les fondements de la ville du même nom. Tels furent les commencements de la capitainerie de S. Vicente, dont l'histoire se lie à celle de presque tout le Brésil, et qui plus tard a été appelée capitainerie de S. Paul.

C'est à tort que l'on a représenté comme un vil ramas de bandits les premiers habitants de la colonie nouvelle : parmi les compagnons de Martim Affonso se trouvaient même de nobles hommes du Portugal et de l'île de Madère ; mais tous devaient naturellement participer aux

(1) Tous les historicDs disent que Martim Affonso entra, le 1" janvier, dans la baie de Rio de Janeiro ; mais le journal de la navigation de cet homme illustre {Diario da navigaçào, etc.), àû à son frère Pero Lopes de Souza, et publié avec des notes savantes par Francisco Adolfo de Varuhagen, prouve suflisamment que cette date est erronée.

vices aussi bien qu'aux qualités brillantes de leur époque ; ils étaient ce que furent, vers le milieu du xvi'' siècle, les autres Portugais. A une foi vive, mais peu éclairée , à une générosité poussée jusqu'à l'imprévoyance, ils joignaient un esprit entreprenant et aventureux, une grande intrépidité, beaucoup d'orgueil et d'audace, l'amour de la renommée, le désir d'acquérir des richesses pour les répandre et pour briller, surtout une rudesse de mœurs contre laquelle luttait en vain l'inefiable douceur du christianisme. Aucun peuple européen n'était, à la même époque, exempt de cette rudesse, et, si les Paulistes l'ont conservée plus longtemps, c'est qu'ils l'entretenaient sans cesse par leurs courses gigantesques dans les déserts et les chasses qu'ils firent aux Indiens pendant un si grand nombre d'années.

Lorsque Martim Afibnso aborda dans l'ile de S. Vincent, cette partie du Brésil appartenait aux pacifiques Tndiens-Guaianazes, qui habitaient le plateau situé au nord de la chaîne maritime, mais qui, à une certaine époque de l'année, descendaient sur le littoral pour y chercher des huîtres et d'autres coquillages.

Au moment où les Portugais entraient dans la baie, des indigènes habitants du plateau péchaient sur la côte. Ef-* frayés de la grandeur des navires européens, ils prirent la fuite, et racontèrent dans leur aidée qu'ils venaient de voir des pirogues qui étaient aux leurs ce que les arbres les plus élevés des forêts sont aux herbes les plus humbles des campos, que des hommes d'une couleur blanche en étaient sortis et paraissaient vouloir s'établir dans le pays et s'y fortifier.

Le chef de ces Indiens jugea que la conduite des hQm-

mes blancs était une insulte , et donna avis de ce qui se passait à tous les caciques du voisinage. Il s'empressa surtout d'en faire part à Tebtbeça, qui commandait aux habitants des campos de Piratininga, et à qui toute la nation des Guaianazes portait un grand respect, parce qu'aucun chef n'était plus puissant ni meilleur guerrier.

Martim Âffbnso n'était pas le premier Européen qui f&t descendu sur cette côte. Parmi les Guaianazes vivait depuis longtemps un Portugais , probablement échappé à quelque naufrage et à qui Tebyreça avait donné sa fille pour épouse. Cet homme, appelé JoÂo Ramalho, n'ayant jamais vu de navire appartenant à sa nation aborder dans ces parages, crut que ceux que l'on annonçait y avaient été jetés par une tempête, en se rendant aux Indes orientales. Plein de compassion pour le triste sort qu'il supposait être celui de ses compatriotes , il parvint à faire partager ce sentiment à son beau-père, et à lui persuader que, s'il accueillait les Portugais comme des amis, il en résulterait pour lui de grands avantages. Tebyreça , accompagné de son gendre, se mit en marche pour S. Vincent avec trois cents hommes de flèches. Lorsque Joâo Ramalho eut aperçu les Portugais, il éleva fa voix, se fit entendre de loin dans sa langue maternelle y et assura ses compatriotes que les Guaianazes ne venaient point ^n ennemis. Les deux peuples se rapprochèrent , firent alliance contre les tribus indiennes qui auraient voulu troubler leur repos, et en signe de réjouissance les Européens mêlèrent le bruit de leur artillerie aux sons des instruments qui accompagnaient les danses des sauvages (1).

(1) L'abbé ManoelAyres de Cazal, s'appuyant sur un passage de Tbis*

N'ayant plus rien à craindre de ces derniers, Martim Âffonso s'occupa avec activité de la construction de la ville naissante ; il permit à ses compagnons de faire des plantations dans rtle de S. Vincent, nomma des officiers de justice, et assura, par de sages règlements, la tranquillité des nouveaux colons et leurs propriétés. C'est à lui, en un mot, qu'est dû le premier établissement régulier que les Portugais formèrent dans le nouveau monde.

Cet homme illustre ne se contenta pas, comme tant d'autres capitaines portugais, d'explorer la côte ; il voulut connaître l'intérieur des terres. A travers mille dangers, il gravit la chaîne maritime appelée par les Indiens Paranapiaçaba (1) ; du sommet de ces hautes montagnes il put prendre une idée exacte de la magnifique contrée qu'il venait d'assurer à la monarchie portugaise, et il pénétra jusqu'à la plaine de Piratininga (153S), le domaine de son allié fidèle, le cacique Tebyreça.

Le roi Jean III avait fini par reconnaître que le Brésil avait quelque valeur ; mais, pour se débarrasser des soins qu'aurait exigés la colonisation de cette vaste contrée , il la divisa en plusieurs capitaineries héréditaires, et les con-

toriea espagnol Herrera, pense {Çorog. Braz., I, 51, 202) qu^avant Farrirée de Martim Affonso à S. Vincent il y existait déjà une factorerie ; il en conclut que les Indiens, accoutumés à voir des navires européens, ne durent éprouver aucune surprise quand ceux de l'illustre Portugais approchèrent de leur cAte , et par ce raisonnement il se croit autorisé à rejeter le récit que je viens de rapporter. Le peu de vraisemblance du fait rapporté par Herrera me parait aflhiblir singulièrement cette argumentation.

(1) On traduit ce mot par ceux-ci : lieu d^oH Van découvre la mer, n ftat supposer quMl viendrait de parana^ mer, cepiaça, voir (Diec. porl, brax., 51,78).

6 VOYAGE DANâ LES PROVINCES

céda à de nobles personnages qui s'engageaient à les défendre et à y former des établissements. Martim Affbnso était un des hommes qui méritaient le mieui cette récompense : Jean III lui donna 100 lieues de cotes depuis le Rio Macuhé jusqu'à la baie de Paranagué; mais dans cette vaste étendue de terrain était comprise une bizarre enclave de 10 lieues, depuis le Rio de S. Vicente jusqu'à celui de Curuparé» aujourd'hui Juquiriqueré, en face de l'île de S. Sébastien, enclave qui faisait partie des 50 lieues accordées à Pero Lopes de Souza , frère de Martim (1 ) . La donation de ce dernier reçut le nom de capitainerie de S. Vincent , et plus tard on appela capitainerie de S. Amaro celle de Pero Lopes de Souza.

Le séjour de Martim au Brésil fut malheureusement très-

(1) Depuis la ville de S. Sébastien jnsqa'à la pointe de Taipu, voisine de S. Yincent,^ côte de la province de S. Paul se dirige à pea près d'Orient en Occident. Des deux lies qui protègent le port de Santos, la plus orientale, ou, si Ton aime mieux, la moins éloignée de Rio de Janeiro, s'appelle S. AmarOf et est séparée de la terre ferme par un canal qui porte le nom de Barra da Bertioga, Entre cette île et la plus occidentale, celle de S. Yicente, se trouve le bras de mer dit Barra Grande, Barra targa , mieux encore Barra de Sanlos , par lequel les navires entrent dans le port de ce nom. Enfin on appelle Rio de S. Vieente le canal plus profond et plus étroit qui sépare la dernière lie du continent. Tels sont les noms généralement en usage aujourd'hui ; mais il n'en était pas ainsi du temps de Martim Affonso (Gaz., Corog, Braz., I, 217^. Ce grand capitaine croyait que les trois bras de mer dont je viens de parler étaient les embouchures d'une même rivière, et il donnait à tous les trois le nom commun de Rio de S. Vieente, La barre de Betlioga était donc la limite du domaine des deux frères et non, comme on Ta cru, le Rio S. Vieente actuel (Gasp. da Madré deDeos, Mem. S. Vicenle, 1. II). Sans cela, il faudrait admettre que Jean 111 aurait ôté à Martim Affonso la portion de territoire qui semblait le plus naturellement devoir lui appartenir, et que ce dernier aurait bâti une ville et distfl^tté des terres dans un pays qui ne lui appartenait pas.

court : il se crut obligé de partir pour le Portugal dans le courant de 1535. Arrivé sur les bords du Tage et fort éloigné de rAniérique, Il n'oublia cependant point la ca** pitainerie dont il était devenu propriétaire. Par ses soins, les femmes de ses compagnons les rejoignirent, et de nou* veaux colons augmentèrent le nombre des plus anciens ; il introduisit à S. Vincent nos diverses espèces d'animaux domestiques; il y fit transporter de Madère la canne à sucre, qui de là se répandit dans les autres parties du Brésil, et il ordonna la construction de la première sucrerie qui ait existé dans oet empire [i).

Les eflTorts intelligents de Martim AfiTonso firent fleurir la nouvelle colonie. L'agriculture y prospéra bientôt d'une manière remarquable, et un commerce suivi s'établit avec le Portugal, favorisé par la fondation d'une seconde ville, celle de Santos, dont le port peut recevoir les plus grands bâtiments. Le numéraire, il est vrai, fut d'abord extrêmement rare ; mais on payait avec du sucre les marchandises que l'on recevait d'Europe; cette denrée était devenue la seule monnaie courante.

Malgré les progrès très-sensibles que nous venons de signaler, la nouvelle colonie ne tarda pourtant pas à se

(1) Vasconcellos , Chronica, I, 61. — Sous le nom d^Alfonsea , j'ai consacré à la mémoire de Martim Âffonso an beau genre brésilien de la £amiile des Légumineuses, distingué par la pluralité de ses ovaires et ses calices vésiculeui (voir mon Voyage dans le district des Dia* manlSy etc., I, 388). Onyoudra bien me permettre de répéter les expressions dont je me suis servi dans la dédicace de ce genre : In honO" rem diaiilluslrissimi ducis Martim Affonso deSouxa qui, maximo incolarum beneficio, saccharum officinale in Brasiliam introduxit. Monumentum splendidius grati consecrent Brasilienses ! Je ne sache pas que, jusqu'à présent, mes voeni aient été remplis.

ressentir de l'absence de son illustre propriétaire. H avait parfaitement compris que, si les Portugais, cédant au désir de changer de place, quittaient le littoral et se dispersaient dans Tintérienr des terres , ils n'auraient plus la même force et ne pourraient envoyer leurs denrées en Europe. En conséquence, il avait défendu aux blancs l'entrée de la plaine de Piratininga et n'avait fait d'exception qu'en faveur de Joâo Ramalho. Mais lorsqu'il fut parti pour rinde, dont le gouvernement lui avait été confié , sa femme, D. Anna Pimentel, leva cette défense; alors les Portugais se mêlèrent avec les Indiens, et aux vices d'une civilisation très-incomplète ils joignirent bientôt ceux de la vie sauvage.

Les fondés de pouvoir de Martim Affonso n'étaient ni assez forts ni assez sages pour maintenir la police , les bonnes mœurs et les règles d'une exacte probité parmi des hommes de deux races différentes, les uns entièrement sauvages , les autres à demi civilisés , audacieux et cupides.

Tout en donnant aux Indiens le nom de compères \^mi^ padres), respectable à cette époque, les blancs fraudaient ces pauvres gens avec une impudeur révoltante, et, pour empêcher que ceux-ci ne connussent la vérité , les administrateurs, complices eux-mêmes de la mauvaise foi de leurs administrés , défendirent à tout chrétien , sous des peines graves, de dire , devant un indigène, du mal d'un autre chrétien ou de ses marchandises. Ce n'était pas seulement dans leurs rapports avec les Indiens que les Portugais violaient toutes les lois de la probité la plus vulgaire ; ils étaient aussi peu scrupuleux quand ils traitaient les uns avec les autres, et le défaut de confiance alla si loin, que.

pour s'assurer de la fidélité des hommes libres qu'on employait dans les sucreries , on leur faisait jurer devant le sénat municipal qu'ils ne déroberaient rien à leurs maîtres (1).

L'absence d'un chef loyal et puissant n'était pas la seule cause qui agtt d'une manière fâcheuse sur les colons de S. Vincent ; une autre cause de corruption s'était introduite parmi eux. dès les premiers jours de leur établissement : ils avaient admis l'esclavage des Indiens. En protégeant la liberté des indigènes , les lois portugaises permettaient pourtant qu'on la leur enlevât dans certaines circonstances ; les planteurs avaient toujours de bonnes raisons pour faire des esclaves. Peu soucieux de s'instruire eux-mêmes des préceptes de la religion chrétienne, ils laissaient croupir leurs esclaves dans une triste ignorance : ceux-ci , en perdant leurs allures sauvages, ne faisaient que s'abrutir; les maîtres s'abrutissaient comme eux, et devenaient de plus en plus cruels.

Plusieurs Yicentistes, nom que l'on donna d'abord aux habitants de S. Paul, se mariaient avec des Indiennes; d'autres prenaient des maîtresses parmi ces femmes , ou , même étant mariés, avaient, dans les aidées, des concubines que les Indiens traitaient comme de légitimes épouses. De ces diverses unions naquirent un grand nombre de métis, et ce fut à ces hommes connus par la barbarie de leurs mœurs que Ton donna le nom abhorré de Mamalucos emprunté à la milice musulmane qui dominait l'Egypte (2).

(1) Gaspar da Madré de Deos, Mem, S. Vieente, 66, 67,

(2) Voir qaelqaes morceaui intéressants écrits par le P. Anchicta et

la VOYAGE DANS LES PROVINCES

Les provinces septentrionales du Brésil étaient, h la même époque, dans une position bien plus fâcheuse encore que la capitainerie de S. Vincent. Leurs donataires, faibles et isolés, avaient de la peine à se défendre contre les attaques incessantes des indigènes, et en même temps ils profitaient de l'autorité sans contrôle dont ils étaient revêtus pour se livrer envers les colons aux actes de despotisme les plus intolérables. Le roi Jean III fut enfin sensible aut plaintes de ses sujets ; il envoya au Brésil un gouverneur général, Thosié de Souza, homme ferme et prudent, qui devait le représenter en toutes choses, et il lui confia les pouvoirs les plus étendus.

Avec Thomé de Souza arrivèrent dans la baie de Tous les Saints, en Tannée 1549, cinq religieux de la compagnie de Jésus ayant a leur tête Manoel de Nobbega, leur provincial, qui à la noblesse de la naissance unissait les plus hautes vertus , une activité prodigieuse et le talent de conduire les afifaires. Ces hommes courageux se livrèrent sans réserve au bonheur des Indiens; mais, comme ils ne pouvaient suffire à la tâche difficile qu'ils s'étaient imposée, on leur adjoignit, quatre ans plus tard, sept de leurs confrères, parmi lesquels José de Anchieta, qui mérita d'être surnommé l'apôtre du Brésil. « Anchieta a fut tout à la fois poëte, guerrier, naturaliste ; pour se « rendre utile, il savait prendre toutes les formes ; il faic( sait récole aux petits enfants, commandait des troupes, « composait des cantiques » soignait les malades et ne c( dédaignait même pas le travail le plus vulgaire. On

publiés dans le précieux recueil intitalé, RetHsta trimensal de kUtoria € geographia, Rio de Janeiro.

<( peut le compter parmi tes hommes les pluâ eitraotdia naires de son temps (1). »

Nobrega était à peine arrivé au Brésil , qu'il avait fondé un collège à S. Vincent; bientôt^ comme nous venons de le dire, il fut suivi par le P. Anchieta, et alors commença pour la capitainerie de Martim Affonso une ère nouvelle. Les jésuites faisaient tous leurs efforts pour ramener les colons portugais à la dignité d'homme et à leurs devoirs de chrétiens trop longtemps oubliés ; ils s'opposaient à leurs injustices y plaidaient courageusement en faveur de la liberté des Indiens et séparaient de la communion des fidèles les oppresseurs de ces infortunés. C'était surtout le désir d'attirer les indigènes à la connaissance de la vérité qui leur avait fait quitter leurs familles et leur patrie ; ils ne négligèrent rien pour remplir ce noble but. Ils allaient chercher les Indiens au fond des forêts , bravaient leur cruauté, les attiraient à eux par des bienfaits, les consolaient dans leurs afflictions, les soignaient dans leurs maladies et les rendaient chrétiens. Les enfants , comme fiascinés par leurs chants, les suivaient, se pressaient autour d'eux, et les pères de la compagnie de Jésus leur enseignaient les principes de la religion, la lecture, l'écriture, les calculs, la musique, les arts les plus utiles (3).

(1) Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, n, 4.

Nobrega famoso, o claro Anchieta, Por meio de perigos e de erpaatos^ Sem temerdo geatio a cruel selta, Todo ovasto sertâo tem peoetrado, E a fé com mil trabalhos propagado*

Les jésuites sentirent bientôt que, pour se rendre véritablement utiles aux Indiens, ils ne devaient point se confiner sur le littoral habité seulement par les Portugais et par leurs esclaves ; Nobrega résolut de former un nouveau collège dans la plaine de Piratininga , et il chargea de ce soin Anchieta» qui alors n'avait pas beaucoup plus de vingt ans. À une époque moins reculée, les mineurs, uniquement attirés par la présence des diamants et de Tor, se fixèrent presque toujours dans des contrées montagneuses, au fond de tristes et arides vallées ; les jésuites, au contraire, s'établissaient au milieu des terres les plus fertiles, sur des éminences où les merveilles de la nature , se déroulant dans un vaste horizon aux yeux du spectateur charmé, l'excitaient à élever ses pensées jusqu'à son Créateur (1). Ce fut une position de ce genre que les disciples de saint Ignace choisirent dans la plaine de Piratininga pour y fonder leur collège.

Le 24 janvier 1554, jour de la conversion de S. Paul, la première messe fut célébrée dans le nouvel établissement, et on lui donna le nom de S, Paulo.

Là où devait s'élever la ville charmante destinée à jouer un si grand rôle dans l'histoire du Brésil, on ne vit d'abord qu'une cabane longue de 1 4 pieds et large de 10, construite en terre et couverte en chaume. « C'est là , écrivait An-

Soffrem riscos trabalhos, fomes, frios, Sem rece^r os barbaros insultos ; Penetram mattos, atrayessam rios, Bascaado nos terrenos mais iDcaltos, Com immensa fadiga e pio ganho, Esse perdido misero ribanho.

(Carumurây canto X, est., 55, 56.) (1) Voir le» trois précédentes relations de l'autenr.

a chieta, que nous tenons notre école, qu'est notre in- « firmerie, notre dortoir, notre cuisine, notre réfectoire, «c notre garde-manger. » Des feuilles de bananier servaient de table , une natte tenait lieu de porte.

La colonie naissante ne tarda pas, au reste, à prendre de l'accroissement. Un grand nombre d'Indiens, de métis et de Portugais vinrent se grouper autour d'elle , et le grand chef des. Guaianazes , Tebyreça , qui avait reçu au baptême le nom de son compère, Martim AfTonso, transporta près du collège des jésuites son aidée tout entière.

Cependant de tels progrès firent naître bientôt une rivalité dangereuse. Dès le temps où Martim AfTonso de Souza était encore à Saint-Vincent, Joâo Ramalbo avait formé, à l'entrée de la plaine, un village qu'il avait appelé S. André et qui, un peu plus tard, fut érigé en ville. A lui et à ses nombreux enfants, tous métis, s'étaient joints un assez grand nombre d'autres métis et même des Portugais. Ces hommes, qui s'abandonnaient à toutes sortes de vices et ne cessaient de faire des esclaves parmi les indigènes, ne purent entendre sans colère les prédications des jésuites contre cette infâme pratique, et par d'absurdes calomnies ils excitèrent contre eux diverses tribus indiennes. S. Paul fut attaqué ; mais les indigènes, convertis à la foi chrétienne, repoussèrent les ennemis, et la victoire accrut encore l'influence des jésuites.

Ils en montrèrent bientôt toute l'étendue dans une occasion importante. On commençait à savoir en Europe ce que valait le Brésil ; les Français voulurent avoir leur part de cette riche colonie, et sous la conduite du chevalier de Malte Nicolas de Yillegagnon ils formèrent un établisse-

14 VOYAGE DAIfS lf& FROTQICES

ment dans la baie de Rio de Janeiro (i). Loin d'opprimer les indigènes , Yillegagnon les traitait avec beaucoup de justice et de générosité (S) ; les belliqueux Tamoyos, gui occupaient tput le pays situé entre Rio de Janeiro et S, Vincent» devinrent pour lui de puissants et utiles alliés. D'abord les Portugais firent peu d'attention aux entre* prises de ces dangereux voisins; mais enfin Npbrega leur ouvrit les yeux, et la cour de Lisbonne donna ordre au gouverneur Mem de Sa de chasser les nouveaux venus. Les colons portugais voulaient temporiser; Nobrega re« poussa avec force leurs timides conseils ; la guerre fut résolue. Les jésuites décidèrent les habitants de S. Vincent à y prendre part, et ils amenèrent à Mem de Sa des vivres, des pirogues et un grand nombre de blancs , de Mamalucos et d'Indiens , qui tous étaient accoutumés à faire la guerre aux Tupinambas et aux Tamoyos amis des Français. Ceux-ci furent battus, leurs fortifications furent détruites/ et l'armée portugaise, emportant les canons de l'ennemi»

(1) Le yéridiqae et judicieux Léry, qui faisait partie de cette expédition et eu a écrit les détails, appelle le pays où elle eut lieu la terre du Brésil, autrement dite Amérique; mais deux auteurs beaucoup moins recommandables se sont ayisés de donner à ce pays le nom de France antarctiqtie, £n racontant cette particularité, Southey s'élève avec aigreur contre r arrogance ordinaire aux Français {Hist., I, 272); il oublie que, avant même d'avoir fait le moindre établissement sur la côte de l'Amérique septentrioDale, les Anglais avaient déjà consacré le nom de Virginie (Robertson, Virginia, 25), assez ridiculement emprunté à une qualité dont se vantait leur reine. Les crimes et les travers dont une nation accuse une autre nation, elle pourrait presque toujours les trouver dans ses propres annales. Au lieu donc de s'adresser réciproquement des reproches, toutes devraient travailler à éviter les fautes dont elles sont à peu près également coupables.

(2) Mem de Sa, Litt,, in Pizarro, Mem. hist.» l, 14.

DE SâWT-PAUL et W SAQïTE-CATHERINE. 15

se retira à Saotos, où T infatigable Nobrega avait préparé des secours pour les blessés et des vivres pour tous.

JMem de Sa avait accompagné son armée à Santos ; les jésuites profitèrent de sa présence pour se débarrasser d'un voisinage dangereux. Ils représentèrent au gouverneur que la ville de S. André, qui avait été bâtie sur la limite des forêts et des montagnes, était exposée aux attaques incessantes des sauvages, tandis que S. Paul, situé sur une hauteur, dans un pays découvert , avait peu de chose à craindre de leurs hostilités. Mem de Sa ordonna la destruction de S. André ; S. Paul fut érigé en ville, Tannée 1560, sous le nom de 5. Paulo da Piratininga , et les Pères de la compagnie de Jésus transportèrent le collège qu'ils avaient formé sur le littoral (1).

Cependant un orage se formait sur la capitainerie de S. Vincent. Les Tamoyos avaient été battus en même temps que les Français leurs alliés, mais ils n'avaient point été

(1) Les erreurs du P. Charlevoix, sur les commencemeDts de la ville de S. Paul (HisL Paraguay, ï, 307-9), répétées par une foule de compilateurs, ont été très-bieu réfutées par Dom Gaspar da Madré de Deos {Mem. S. Vicente^ 119 et suiv.), et il serait inutile de revenir ici sur ce sujet. Je crois cependant devoir faire observer que le dernier de ces écrivains, entraîné par son patriotisme, a quelquefois abondé dans son sens , comme Cbarlevoii dans le sien , lorsqu'il dit , par exemple, des Paulistes destructeurs impitoyables des Indiens : « Ces vassaux a zélés , loin de s'opposer à la conversion des gentils , furent Tinstru- « ment choisi peut-être |par Dieu lui-même pour faire entrer dans le « sein de son Église la plus grande partie de ces millions d'âmes que « nos Paulistes obligèrent d'abandonner leur barbare pays. » — L'historien du voyage de l'amiral Anson est encore bien plus inexact que Charlevoix lorsqu'il parle de l'origine de la ville de S. Paul, car voici comme il s'exprime : « On dit que les Paulistes sont les descendants des « Portugais qui quittèrent le nord du Brésil quand les Hollandais s'en • emparèrent. » (Richard Walter, Voyage round Ihe toorld, 52.)

ït'-:

détruits. Exaspérés par les injustices des Portugais et leurs chasses aux esclaves , ils résolurent de se venger , et'se jetèrent sur la colonie de Martim Affonso. Les uns , après avoir gravi les montagnes, se répandaient dans la plaine de Piratininga; les autres, à l'aide de leurs longues pirogues qui pouvaient contenir jusqu'à 150 guerriers, faisaient des descentes sur le littoral, ravageaient les plantations de leurs ennemis, détruisaient les maisons, enlevaient les esclaves.

De tels succès attirèrent à eux des tribus qui d'abord étaient restées neutres, et un corps considérable d'alliés vint attaquer la ville de S. Paul. La terreur s'empara aussitôt de tous les habitants ; mais Anchieta releva leur courage par ses discours. Devenu, pour quelques instants, homme de guerre d'homme de paix qu'il avait toujours été (1), il prit de sages mesures pour la défense de la ville, mit Tebyreça à la tête des Indiens fidèles, et les assaillants furent vigoureusement repoussés.

La ville de S. Paul avait à peine échappé à ce danger, qu'elle perdit spn plus généreux défenseur, Martim Affonso Tebyreça. Quoique issu d'une race à laquelle on a justement reproché une extrême inconstance , ce noble chef n'avait jamais cessé d'être le protecteur et l'ami des Portugais, surtout des pères de la compagnie de Jésus. Après avoir recommandé à sa femme et à ses fils de ne jamais s'écarter des principes de justice qu'on leur avait enseignés, il mourut dans les sentiments les plus chrétiens, et fut amèrement regretté de toute la colonie (2),

(1) Pereira da Silva, Plutarco bras.^l, 44.

(2) José de Anchieta, LiU., in Revist» (rimens,^ Ut M. ^Vàsconcelles, Chrm.i 1. U, 260.

qui attendait de lui de nouveaux dForts contre les Tamoyos.

Ces derniers étaient trop belliqueux et nourrissaient contre les Portugais une haine trop implacable (1) pour que réchec qu'ils avaient essuyé devant S. Paul les lit re^ noncer à leurs projets de vengeance ; ils se liguèrent avec un grand nombre d'autres indigènes, et c'en était fait de la colonie de S. Vincent, sans le dévouement héroïque de Nobrega et d'Anchieta.

Ces hommes généreux résolurent de se rendre chez les Tamoyos pour les amener à des sentiments pacifiques, et, s'étant embarqués, ils s'approchèrent de la côte occupée par les sauvages. Aussitôt que ceux-ci aperçurent le vaisseau ennemi , ils s'avancèrent dans leurs pirogues pour l'at^ taquer ; mais, ayant reconnu les jésuites , qu'ils regardaient comme les amis de Dieu et les protecteurs des Indiens, ils abaissèrent leurs arcs. Anchieta leur adressa la parole dans leur langue, se livra à eux avec son noble compagnon , et leur persuada d'envoyer douze jeunes gens en otage à la ville de S. Vincent.

Entièrement seuls parmi les Tamoyos, les deux religieux se hâtèrent de construire une chapelle. Les Indiens, en voyant célébrer les saints mystères pour la première fois, sentirent en eux une sorte de terreur qu'ils n'avaient jamais éprouvée au milieu des combats , et commencèrent à regarder leurs hôtes comme des êtres surnaturels. La sainteté de ces prêtres excitait leur respect et leur admiration, en même temps que les marques de dévouement et de bien-

(1) Hans stade, Hist, Amer, » iu Ternaax^Gompans, Voyages^ rela* I. 2

iS VOYAGE DANS LES PROVmŒS

veillaDce qu'ils en recevaient sans cesse faisaient naître en eux une affection presque filiale.

Pendant que les deux jésuites vivaient au milieu des Tamoyosy soumis aux caprices souvent cruels de ces hommesenfants 9 exposés à tous les dangers , supportant mille fatigues, endurant la faim et la soif, le gouvernement de la colonie négociait pour obtenir la paix. Avant de rien conclure^ il témoigna le désir de s'entendre avec Nobrega et son compagnon ; mais les sauvages ne laissèrent aller que le premier d'entre eux et gardèrent Ânchieta (1). Ce fut alors que ce dernier, fort jeune encore, promit à la Vierge de composer un poëme en son honneur, s'il conservait sa vertu exposée à de continuelles attaques. N'ayant ni encre ni papier, il traçait sur le sable les vers qu'il composait» il les apprenait par cœur, et il les écrivit plus tardi lorsque» après cinq mois de négociations, la paix le rendit enfin à sa chère Piratininga (2).

Pendant que ces événements se passaient dans la capi-

(1) SouUiey, Hist., 1, 287-293.

(2) « Ce poëme, dit M. Joio Manoel Pereirt da Sil?a (PkUarco bras., «r I, 47), montre qu' Anchieta avait une connaissance profonde des clas- « signes anciens , qu'il n'était point étranger à la littérature hébraïque « et avait étudié les Pères de FÉglise. Son style est pur, correct et élé- (X gant; ses pensées, ingénieuses et poétiques, sont toujours appro- « priées au sujet qu'il traite ; mais il faut bien convenir qu'il a adopté a un plan très-défectueux. Il se contente, en effet, de retracer les uns « hprès les autres , dans un ordre didactique , les événements qui se « 'sont succédé dans la vie de la mère du Sauveur, et le poëme tout (c entier ne présente réellement qu'une suite de cantates , dont chacune « est consacrée à l'un de ces événements. L'auteur n'a ni l'imagination

« de Milton ni la sublimité de Klopstock C'est une âme pure, pro-

ce fondement religieuse , qui se répand en harmonieuses modulations ; « les vers d' Anchieta semblent s'échapper de son cœur, comme une

(aînerie de S. Vincent, les Français continuaient à A*équenter la côte du Brésil; ils trafiquaient avec les Tamoyos » dont ils avaient su se faire aimer, les encourageaient dans leur haine contre les colons portugais, et s'étaient fortifiés une seconde fois dans la baie de Rio de Janeiro. La cour de Portugal voulut enfin se débarrasser de ces dangereux intrus et fit partir pour le Brésil une flotte commandée par Estacio de S6, neveu du gouverneur général. Estacio arriva à Bahia en i564 , et, après avoir exploré la côte, il jugea qu'il n'avait pas assez de forces pour attaquer l'ennemi. Espérant obtenir quelques renforts à S. Vincent, il se hâta de s'y rendre; mais il trouva les habitants peu disposés à seconder ses efibrts. Il connaissait l'influence que les jésuites exerçaient sur eux ; il eut recours à Nobrega. Celui-ci, par ses éloquentes prédi** cations , ranima l'ardeur des Paulistes ; Anchieta décida environ 800 hommes à le suivre, et s'embarqua avec eux.

« musique suave, expressioo d'une douce tristesse. » On trouvera certainement dans ceux qui suivent une noble poésie.

Beus omnipotens, vasti qnem machina mundi

Auctorem ac Dominum prœdicat esse suum , Cujas inaccessam tenet ingens gloria lucem ,

Oui yelut innatus lumine amictus inest.

Quem nequit iramenso comprendere corpore mundus

Conclusit ventris te brevis arca mei, Egressusque mes tenere penetralibus aldi.

In Yili recubas, lux mea, nate, solo.

|9onne tua ingentem manus inclyta condidit orbem?

Nonne polus Domino seryit uterque tibi ?

Gur tibi tam viiem nasceute deligis sdem

Cur ortum regia non capit aula tuum?

Tu cœlum stellis, rariis animal! villis

Uidws et viridt gramiae pingis agr«s f

Puissamment aidé par ces derniers et par leur chef, aussi intelligent qu'il était vertueux , Estacio de Sa battit à plusieurs reprises les Français et les Tamoyos » il les expulsa pour jamais de la baie de Rio de Janeiro , et sous le nom de S. Sébastien fut fondée» en 1567, la capitale actuelle de Tempire du Brésil.

Les Paulistes profitèrent de la paix pour étendre leur commerce et se mirent à trafiquer avec les Anglais ; ils donnèrent aussi plus de soins a ragriculture, favorisés par le climat tempéré de leur pays, qui leur permettait de recueillir à la fois les produits coloniaux et les fruits de l'Europe.

Cette tranquillité ne devait malheureusement pas être de bien longue durée. En 1581 , le Portugal fut réuni à la monarchie espagnole ; le Brésil suivit bientôt le sort de la mère patrie, et les ennemis de l'Espagne devinrent les siens. Alors le roi Philippe II était en guerre avec les Anglais; les corsaires de cette nation se mirent à ravager les côtes du Brésil.

Le fameux Thomas Cavendish, autrement Cadenish, qui, dans une première expédition, avait porté la terreur sur la côte de l'Amérique occidentale, arriva, le 25 août 1591, à la hauteur de S. Vincent et détacha deux de ses navires pour s'emparer de Santos. Lorsque Coke , le vice-amiral anglais, débarqua dans cette ville, les habitants assistaient tous au service divin; ils furent entourés, faits prisonniers et condamnés à une forte rançon. La plus vulgaire prudence voulait que les corsaires se la fissent payer sur-lechamp ; ils n'y songèrent même pas ; ils se livrèrent à la débauche , et pendant leur sommeil les colons s'enfuirent dans les terres avec ce qu'ils avaient de plus précieux. Hui^

DE SAINT-PAUL Et DE SAINTE-CATHERINE. St

jours plus tard, Cavendish lui-même entra à San^os; il n'y trouva ni habitants ni provisions. Forcé de se retirer, il mit le feu, pour se venger, à la ville de S. Vincent. Il faisait voile vers le détroit de Magellan, lorsqu'une tempête affreuse sépara son vaisseau du reste de la flotte. Se trouvant une seconde fois dans le voisinage et manquant de vivres, il fit débarquer vingt hommes pour en aller prendre les armes à la main ; les Indiens les aperçurent, fondirent sur eux, les tuèrent tous à Texception de deux , et entrèrent triomphants dans la ville, portant les tètes des vaincus. Cavendish, furieux de cet échec, se mit à ravager les côtes du Brésil ; mais, ayant été courageusemment repoussé par les habitants de la capitainerie d'Espirito Santo, il mourut de chagrin avant d'arriver dans sa patrie.

A cette époque, les limites de la capitainerie de S. Vincent, qui ont singulièrement varié depuis son origine jusqu'à nos jours, n'étaient déjà plus les mêmes qu'au temps de Martim AfTonso : quarante ans s'étaient à peine écoulés, que l'on avait retranché une vaste portion du territoire de cette capitainerie pour la joindre à celui de la province de Rio de Janeiro nouvellement fondée (1). Lorsque, vers 4572 ou 1574, le gouvernement général du Brésil fut divisé en deux, celui de Bahia et celui de Rio de Janeiro, la province de S. Vincent devint une annexe de ce dernier (2) .

Les descendants de Martim Affonso de Souza conservèrent la propriété du pays, mais ils étaient obligés de rendre foi et hommage (3) aux gouverneurs de Rio de Ja-

(1) Cazal, Corog, Braz., I* • <2) Piz., Mem. Mit., U, 116. — Abrea e Lima, SynùpsU, 47, (3) Piz., Mem, hist.

n VOYAGE PANS I,ES PROVINCES

neîro ; d'ailleurs ils continuaient à nommer les chefs mi* litaires efles magistrats principaux (capitàe^ môres, ouvi-* dores), et les villes ne cessèrent point d'être administrées par un sénat municipal et des juges ordinaires {juizes ordù narios) élus par le peuple, suivant les us et coutumes du Portugal (1). Les Yincentistes reprochaient sans cesse aux gouverneurs de Rio de Janeiro» et, plus tard, aux surin-» tendants des mines d'or, d'empiéter sur l'autorité de leurs magistrats (2) ; mais il est permis de croire que leurs plaintes ne furent pas toujours exemptes d'injustice ou d'exa-^ gération.

Fiers de la noblesse de leurs pères, animés de cet esprit de liberté sauvage qui caractérise la race américaine et qu'ils avaient puisé dans leur origine maternelle, accou** tumés à commander à de nombreux esclaves, passant une partie de leur vie dans les déserts loin de toute surveillance, les Paulistes n'avaient jamais été un peuple bien soumis ; sous la domination espagnole ils devinrent à peu près indépendants (3).

La colonie n'était pas entièrement fondée, qu,e déjà ils avaient commencé à réduire les Indiens en esclavage , et ils avaient continué depuis, s' inquiétant aussi peu des nombreux édits rendus à Lisbonne en faveur de ces infortunés (4) que des exhortations des pères de la compagnie de Jésus. Mais il n'en est pas des Indiens comme des nègres : aussi imprévoyants que ces derniers, ils réfléchissent da-

(1) Gasp. da Madré de Deo9, Mem. 5. VicenU, 129.

(2) Diogo de Toledo Lara Ordonez, Adn. io Not, uUram.i 1, 166.

(3) Abreu e Lima, Synopsis, 100.

(4) Rayoal en éoumère dit; José de Souza Axçvedo Pûarro e Araujo; près de vingt.

DE SAINT-PAUL ET W SAIMT£^ATHERINE. U

vantage pur le présent, et en sentent plus profondément les misères; ils se réhignent moins facilement, sont plus attachés à la liberté et n*ont pas la même vigueur pouf supporter les rudes travaux de resclavaga. Les Paulistes eurent donc bientôt épuisé les tribus les plus rapprochées d'eux ; alors ils étendirent au loin les chasses qu'ils fai^ saient aux indigènes comme à des bêtes sauvages » et ils devinrent les pourvoyeurs des habitants de Rio d^ H^ neiro (1), à Tépoque où ceux-ci furent forcés, par la prisa d'Angola sur les Portugais, de renoncer momentanément à la traite des noirs.

UintériQpr du Brésil n'a pas toujours été sillonné par des chemins et parsemé d'habitations hospitalières; il fut un temps où Ton n'y découvrait pas une cabane, aucune trace de culture, et oùles bêtes féroces s'en disputaient l'empire; alors les Paulistes le parcoururent dans tous les sens. Ces audacieux aventuriers, comme on le verra plus tard avçc détail, pénétrèrent plusieurs fois dans le Paraguay, découvrirent la province de Piauhy, les mines de Sabarâ, CQ}le9 de Paracatû, s'enfoncèrent dans les vastes solitudes de Cuyabâ et de Goyaz, parcoururent la province de Rio Grande do Sul, arrivèrent dans le nord du Brésil jusqu'au Maranhâo et à la rivière des Amazones , et ayant franchi la Cordilière du Pérou attaquèrent les Espagnols au centre de leurs possessions (2). Quand on sait par expérience combien de fatigues, de privations, de dangers attendent aujourd'hui même le voyageur qui se hasarde dans ces contrées lointaines, et qu'ensuite on lit le détail de^ CQur-

(1) Southey, HisL, ïï, 306.

(2) Feraandes Piaheiro, Annaeê de S, Pç^tq^ 2* ç(J», 10,

9i VOYAGE DANS LES raôVINCES

ses interminables des anciens PauHstes» on est saisi d'une sorte de stupéfaction ; on serait tenté de croire que ces hommes appartenaient à une race de géants.

Il ne faudrait pas croire que S. Paul fftt une vaste cité, qui, comme les anciennes villes de la Grèce, versait l'excédant d'une population trop considérable sur des contrées désertes. Il est à présumer que des habitations rurales assez nombreuses s'étaient élevées dans la plaine de Piratininga; mais, vers la fin du xvii*' siècle, la capitale ellemême de la province de S. Vincent ne contenait encore que 700 habitants (1). Dans une de leurs expéditions contre le Paraguay, les Paulistes n'étaient pas moins de 8 à 900; mais il ne parait pas qu'en général leurs bandes vagabondes se composassent d' un grand nombre d'hommes. Un personnage distingué du pays, connu par son courage et sa persévérance, annonçait qu'il voulait faire une expédition lointaine ; quelques parents se réunissaient à lui ; des Mamalucos , d'audacieux vagabonds et même des étrangers venaient grossir la troupe (â). On se mettait en marche,

(1) Southey, HisL, H, G68.

(2) Suivant des traditions que Tauteur a trouyées établies, en 1817, dans la province de Minas Geraes, il y avait des Français parmi les Paulistes qui couraient les déserts (Aug. S. Hil., Voyage dang les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, l) ; ce fut seulement sous le règne de Philippe II que le Brésil fut interdit aux étrangers. Dans le maladroit pastiche, imprimé en 1736 sons le titre de ReUUion des voyages de François Coreal, on lit (I, 220 ) ce qui suit : « Lorsque des « fugitifs se présentent pour devenir habitants de la république de S. » Paulo, on leur fait faire une espèce de quarantaine... pour savoir à « quoi on pourra les employer... Après un long examen, on les envoie « faire de longues courses, et on leur impose pour tribut deux Indiens fc par tète, qu'ils doivent amener pour esclaves... Si Ton ne soutient tt pas bien Fexamen ou si Ton vient à être surpris eu désertion, on est

muni de plomb et de poudre, les uns portant un fusil, les autres un arc et des flèches, tous armés d'un long couteau, dont on se servait à la fois pour se défendre , couper les branches des arbres et dépouiller les animaux sauvages. On marchait pieds nus avec une ceinture de cuir autour des reins , et sur la tète un chapeau de paille à larges bords, sans autre vêtement qu'un caleçon de toile de coton grossière, et une chemise courte dont les pans flottaient sur le caleçon , quelquefois une cuirasse et des cuissards de peau de cerî [gibbào pertieiras). Chacun portait en bandoulière un sac de cuir où il mettait ses provisions, une corne de bœuf en guise de coupe, et une gourde ou une calebasse coupée longitudinalement qui tenait lieu d'assiette. La chasse et la pèche fournissaient à la troupe une nourriture abondante; au midi de la province on trouvait un mets délicat dans les fruits des pins du Brésil [Arauca-ria brasiliensis); dans le nord c'étaient d'autres fruits, les bourgeons savoureux de quelques palmiers, des racines et du miel sauvage. Quand les coureurs de déserts [serta-' nistas) croyaient devoir ne revenir qu'au bout de quelques années, ils emportaient avec eux des grains de maïs, les semaient, continuaient leur marche et revenaient, après quelques mois, faire la récolte (i). Rien n'arrêtait ces hommes entreprenants, ni l'immensité des campos ou pays déserts, ni les sombres forêts embarrassées de lianes et d'é-

« assommé sans miséricorde. » L'histoire de S. Paul est anjoûrd'hoi trop bieD établie pour qu'il soit nécessaire de réfuter ces fables ridieoles, quoiqu'elles aient été copiées par beaucoup d'écrivains , entre autres par la Harpe (Abrésé de VhisUHre des voyaçeSy éd. 1814, V» 150), et le déelamateur Raynal (Histoire étàbUssemenês, Y, 142).

(1) Eschwege {Plulo bras, , 6).

26 VOYAGE DANS LSg PROVINCES

pineSy ni Iqs monts escarpés ; rien ne les effrayait, ni la flèche du sauvage, ni la férocité des jaguars, ni le venin mortel des reptiles. Par la force ou par la ruse, ils se ren* datent maîtres des Indiens, les garrottaient et les emmenaient par centaines sur le marché de S. Paul, Malheur à ceux de ces infortunés qui résistaient ! ils étaient extçr* minés avec une atroce barbarie ; des tribus entières dis^ paraissaient comme l'herbe des campos disparaît à mesure qu'avance le feu qui la consume. Dans ces expéditions, les Mamalucos se distinguaient surtout par leurs cruautés ; ils espéraient, sans doute, faire oublier que , du côté de leurs mères, ils appartenaient à la race proscrite (i).

Tant que les Paulistes, en parcourant l'intérieur du Brésil, n'eurent d'autre but que la chasse aux Indiens, ils ne s'établirent guère hors de leur province; mais, vers la fin du xYi*" siècle , une nouvelle importante se répandit tout à coup parmi eux : il y a de l'or dans les déserts. À partir de ce moment, s'opéra un changement notable.

De précieuses mines existaient réellement bien loin du littoral; la cupidité et l'amour du merveilleux en exagérèrent encore T importance. On ne rêva plus que richesses; c'étaient des rivières roulant des paillettes d'or, des montagnes renfermant dans leur sein des trésors inépuisables; il fallait trouver la ville de Manoa où resplendissait partout le niétal objet de tant de désirs ; il fallait trouver le lac du bois doré [Lagoa do Pao Dourado), qui promettait à ses possesseurs une fortune qu'auraient enviée les potentats

(1) Ce qu'on lit dans les auteurs brésiliens eui-mèmes, José de Souza Azevedo e Pizarro, José da Gunha Mattos, Joaquim Miicbado de Oliveilra, prouve assez que je suis loin de me permettre quelque eiagérutiou, eu pariant de la manière dont les Indiens (wre^t IffaiU» p^r les PauIïs^s.

DE SAlNT-PAUIi ET DE fiAINTS<GATi|EiaNE. «7

les plus puissants (1). Des hommes de toutes les oonditions, les pauvres comme les riches» les vieux aussi bieu que les jeunes, les blancs et les métis, abandonnèrent en foule leurs foyers domestiques, leurs femmes et leurs enfants, et se précipitèrent dans les vastes solitudes du Brésil. On se conformait, autant qu'il était possible, aux mystérieux et laconiques itinéraires des plus anciens aertanis* tas (2) ; partout on éprouvait le sable des ruisseaux ou la terre des montagnes, et, lorsqu'on avait trouvé quelque terrain aurifère, on construisait des baraques dans son voisinage, a6n de Texploiter. Ces espèces de campements [arreaes) devenaient des bourgades, puis des villes, et c'est ainsi que les Paulistes commencèrent à peupler Tintérieur des terres , ajoutant a la monarchie portugaise des provinces dont chacune est plus vaste que bien des empires.

Mais tandis que ces hommes courageux jetaient loin de leur patrie les premiers fondements d'une foule de villages et que, pour les récompenser, les souverains du Portugal leur accordaient d'honorables privilèges, leurs champs cessaient d'être cultivés, leurs troupeaux se dispersaient, leurs habitations n'étaient plus réparées, la discorde s'introduisait dans leurs familles, leur ville natale tombait en décadence , et il fallut ensuite un temps considérable pour qu'elle reprit quelque splendeur (3).

Nous donnerons, un peu plus tard, quelques détails sur les principales expéditions des Paulistes.

(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, n, 189.

(2) L. Qt, 190 et suiY.

(3) Diogo de Toledo Lara Ordofiez, AdnoU ia /Vp(. Ultramar, ^ 0,

Ces hommes n'étaient pas les seuls qui se répandissent dans les déserts ; les jésuites les parcouraient aussi, mais dans un but bien différent. Ils tâchaient d'arracher quelques Indiens à la barbarie cupide des Mamalucos; ce n'est point les armes à la main, mais avec la croix du Sauveur qu'ils se présentaient à eux ; ils ne les garrottaient point , ils les retenaient par des paroles de consolation , de paix et d'amour (1).

Furieux de se voir enlever quelques-unes de leurs victimes, les Paulistes résolurent de se venger en allant porter la guerre dans le Paraguay, centre de la puissance des jésuites. Ils avaient encore un autre but: animés, contre les Espagnols, d'une haine dont les habitants de Rio Grande \ ont hérité depuis (3), ils prétendaient les refouler chez eux

et les empêcher d'empiéter sur des terres qu'ils considé- ;^ raient comme appartenant au Brésil (3). Les possessions

> espagnoles de l'Amérique et les colonies portugaises dé-

^ pendaient, à la vérité , du même roi ; mais aucune fusion

i ne s'était opérée, et, comme on l'a déjà vu, les Paulistes,

devenus sujets des souverains de l'Espagne , s'inquiétaient fort peu de déplaire à leurs nouveaux maîtres.

Ce fut en l'année i6S8 qu'ils commencèrent à attaquer les établissements des jésuites espagnols ; ils pénétrèrent dans le Guayra, province qui bornait leur pays du côté du nord-est ; mais, n'étant probablement pas très-nombreux, ils furent obligés de se retirer. , Les Paulistes avaient trop de persévérance et d'intrépi^-

(1) Sonthey, Hisl., H.

(2) MoD voyage daos le sud du BrésiJ et sur les bords de la Plata eo fournira des exemples;

(3) Gaspar da Madré de DeoS; Mem, S. Vicenkp 120.

dite pour se laisser décourager par un premier échec. Ils préparèrent secrètement une nouvelle expédition : 900 hommes blancs ou Mamalucos se rassemblent accompagnés de 2,000 Indiens ; tous s'élancent dans des déserts presque inconnus , traversent plusieurs grandes rivières» surmontent mille obstacles et arrivent, pour la seconde fois, dans le Gnayra.

La réduction de S. Antonio est bientôt attaquée par eux; ils la pillent, la détruisent et enchaînent ses habitants. Le jésuite Mola se jette aux pieds d'Antonio Raposo, commandant des Mamalucos , et le conjure, par tout ce qu'il y a de plus sacré, d'épargner ses chers néophytes. a Plusieurs fois, dit un historien, il avait désarmé desan- (( thropophages par ses prières et par ses larmes ; îl « éprouva que des chrétiens qui ont foulé aux pieds les « lois divines et humaines ont le cœur plus dur que les « infidèles et les barbares. » Il n'obtint que des réponses aussi cruelles qu'impies.

Après avoir saccagé la réduction de S. Antonio, les Pau* listes en ruinèrent encore trois autres et se retirèrent em*menant avec eux un nombre prodigieux d'Indiens.

A la vue de ses disciples enchaînés comme les plus vils criminels, le père Maceta accourt les embrasser ; on l'accable de coups, on le menace de le tuer ; rien ne peut le faire retourner en arrière : lui et le père Mansilla avaient pris la résolution d'accompagner les prisonniers jusqu'au Brésil, et d'y plaider la cause de ces infortunés. Ils marchaient à quelque distance de la troupe , vivant de racines et de fruits sauvages, et toutes les fois que quelques-uns des captifs, accablés de fatigue et de souffrances, étaient abandonnés par les Mamalucos, les deux missionnaires leur

prodiguaient leurs soins, leur donnalentde tendres consolations, leur montraient le ciel et les aidaient À mourir.

On arrive enfin à S. Paul ; les Indiens sont répartis entre leurs persécuteurs ; on les vend» et bientôt ils sont dispersés non^seulement dans la province de S. Paul, mais encore dans celle de Rio de Janeiro. C'est en vain que les je»suites Mansilla et Maceta font entendre en faveur de ces malheureux la voix de l'humanité, de la justice, de la religion ; ils ne sont point écoutés. Ils se rendent à Rio de Ja*neiro; on ne les écoute pas davantage. Ils s'embarquent pour Bahia et implorent la commisération du gouverneur général. Celui-ci les accueille avec bienveillance; mais, tout occupé de la guerre qui avait éclaté entre les Hollandais et les habitants du Brésil, il prenait peu d'intérêt au sort des Indiens, et ne fit presque rien pour leurs défenseurs. De retour à S. Paul, les deux missionnaires furent jetés dans une prison ; mais, ayant ensuite été délivrés, ils retournèrent dans le Guayra, accablés de douleur, après avoir montré inutilement ce que la charité chrétienne peut inspirer de dévouement et de courage.

Lorsqu'ils faisaient la chasse à des Indiens sauvages disséminés au milieu des forêts, les Paulistes n'en pouvaient prendre qu'un petit nombre à la fois; dans les réductions des jésuites» au contraire, ils trouvaient réunie une population considérable ; et^ comme le gouvernement espagnol ne permettait pas l'usage des armes à feu aux indigènes, ceux-ci ne faisaient, pour ainsi dire, aucune résistance. Les Paulistes n'avaient guère d'autre peine à prendre que celle de les charger de chaînes.

A peine donc ces infatigables aventuriers furent-ils de retour du pays qui leur avait fourni tant d'esclaves» qu'ils

DE SAINT^PAUL ET DE SAIIfTE-^CATflERINE. SI

bràlèrent d'y retourner. lis préparent une nouvelle expédition, s'enfoncent encore une fois dans les déserts, arri* rent inopinément à la réduction de S. Paul, la pillent, la détruisent, enchaînent les habitants , et détruisent successivement plusieurs autres réductions.

Outre les bourgades fondées par les jésuites, il existait encore, dans le Guayra, deux villes, Ciudad Real et Villa Rica, qui avaient été bâties par les Espagnols et qu'habitaient leurs descendants. Les Indiens qui avaient échappé aux ennemis se réfugièrent à Villa Rica ; mais les habitants de cette ville les réduisirent en esclavage, comme auraient fait les Mamalucos eux-mêmes. Les jésuites se plaignirent vainement aux magistrats, ils n'obtinrent aucune justice. Ils députèrent l'un d'eux vers le gouverneur de l'Assomption pour le supplier de leur envoyer des secours; ils ne reçurent qu'une réponse insultante.

Deux des réductions du Guayra étaient encore intactes, >

celle de S. Ignace et celle de Lorette. C'étaient les plus anciennes; elles n'étaient point inférieures aux meilleures r

villes du Paraguay ; on y voyait de belles églises , et leurs habitants, depuis longtemps civilisés, étaient devenus d'excellents eultivateurs. Les jésuites se voyant abandonnés par les Espagnols leurs compatriotes , et ne doutant pas que les habitants de Lorette et de S. Ignace ne tombassent bientôt, comme ceux des autres réductions, entre les maios de l'ennemi, les décidèrent à prendre la fuite. Ces pauvres gens, guidés par leurs pasteurs, pleins de confiance dans la protection des saints dont ils emportaient les images vénérées, quittèrent, sans se plaindre, leurs demeures, les temples où ils offraient, chaque jour, leurs prières à Dieu, les champs qui leur avaient donné tant de fois d'à-

bondantes récoltes. Poursuivis par les Mamalucos, Us passèrent le Paranné, et» après avoir été décimés par la famine et d'affreuses épidémies, ils allèrent bien loin former deux réductions nouvelles, auxquelles ils donnèrent les noms si chers de S. Ignace et de Lorette.

Cependant les Paulistes, désespérés de se voir ravir une proie qui devait contribuer à les enrichir, ne trouvant plus de réductions à saccager ni d'Indiens à mettre aux fers, se jetèrent avec une sorte de rage sur les deux villes espagnoles de Villa Rica et Ciudad Real, les pillèrent, les détruisirent de fond en comble, et, comme ils ne pouvaient réduire en esclavage les habitants qui appartenaient à la même race qu'eux, ils les dispersèrent. C'est ainsi que ces derniers furent punis de leur lâche égoïsme. Si, au lieu de profiter, comme nous l'avons dit, du malheur des indigènes, ils se fussent réunis à eux pour repousser les barbares étrangers qui avaient envahi leur territoire, ils ne seraient pas morts dans l'exil , et les villes de Ciudad Real et de Villa Rica seraient aujourd'hui florissantes. Depuis cette triste époque, le Guayra est resté désert.

Quoique la fuite des habitants de Lorette et de S. Ignace eût trompé les espérances des Paulisfes, ils emmenèrent avec eux un grand nombre d'esclaves pris dans les réductions qu'ils avaient détruites au commencement de leur expédition (1 ). Mais les Indiens captifs ne résistaient pas

(1 ) Manoei Ayres de Cazal, en réfutant les erreurs de quelques écrivains sur la prétendue république de S. Paul, dit que, « si les Paulistes « actuels sont de bonnes gens, il n'en était certainement pas ainsi de « leurs ancêtres, qui avaient une réputation détestable et se montraient « fiers de leurs ricbesses acquises généralement par des moyens peu « bonnétes. » Ce géographe, cependant, ne parait pas croire que ceux

longtemps aux rudes travaux auxquels on les condamnait , et il fallait les renouveler sans cesse. Les Pauiistes avaient dépeuplé le Guayra ; ils allèrent chercher des esclaves dans des pays plus éloignés, et se présentèrent successivement chez les Indiens-Itatines, dans les missions du Paraonéy le Tapé et les missions de l'Uruguay. Partout ils faisaient preuve de la plus grande intrépidité, partout aussi ils commettaient les actions les plus atroces, ils saccageaient les bourgades habitées par les Indiens, et pour s'emparer de ces malheureux il leur était indifférent d'employer la force ou de recourir à la perfidie.

En 1632, de nombreux Pauiistes, suivis d' une armée de Tupis, leurs alliés, se présentent inopinément devant S. Joseph , réduction des Itatines. Comme le jésuite qui la dirigeait était absent, ils s'adressent au corrégidor indien ; lui ayant persuadé qu'ils sont venus pour venger les habitants de la réduction 4es injures des sauvages, ils i'invi* tent à se rendre à leur camp avec ses guerriers, et là tous sont mis aux fers. Les Pauiistes ne se contentèrent pas de détruire la bourgade de S. Joseph, ils en saccagèrent encore trois autres, malgré la courageuse résistance que firent quelques-uns des néophytes.

des habitants de S. Paul qui avaient envahi le Guayra aient emmené des esclaves avec eux, et il ajoute que, selon deux manuscrits qu'il a eos entre les mains , ils ne rapportèrent qu'une cloche de leur expédition. On sait trop bien quel était le but des courses que les Pauiistes faisaient dans les déserts pour se persuader qu'après avoir essuyé las plus grandes fatigues , s'être exposés h une foule de dangers ils oe voulurent d'autre indemnité qu'une cloche. D'ailleurs, si cela était nécessaire, on pourrait opposer aux manuscrits de Cazal ceux qu'a lus le baron de S. Leopoldo, et où il était dit que les Pauiistes conduisirent 15,000 Indiens du Guayra sur le marché de S. Paul ; que le seul Manoel Pretç en possédait 1,00Q dans son babitatipn (^nnaes^ 2*^ ed,, 231). I. 3

i4 VOYAGE DANS LES PROVINCES

La mèitie année , les Paulistes osèrent s'avancer jusqQ*anx ifiii'^tonsdu Paranné; mais, aussitôt qu'on sut qu'ils approchaient, on fit évacuer les deux réductions les plus voisines de la frontière ; ils craignirent de s'engager dans un pays nfui leur était entièrement inconnu , et ils retournèrent sur leurs pas.

Il leur arriva même d'essuyer quelques échecs ; mais ils ne se découragèrent point ; ils avaient renoncé à la culture dé leurs terres, aux soins de leurs troupeaux, aux douceurs du foyer domestique ; la chasse aux Indiens était devenue leur unique occupation ; c'était une passion pour eux , c'était en même temps une source de richesse. Non-seulement ils vendaient leurs prisonniers aux habitants de Rio de Janeiro et des pays circonvoisins, mais encore ils avaient établi un marché dans le sud du Brésil ; il Fallait bien qu'ils l'approvisionnassent.

Si les Espagnols, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, s'étaient franchement réunis aux Indiens des réductions, ils seraient sans doute parvenus à expulser pour jamais les Paulistes; mais ils avaient dégénéré du courage de leurs ancêtres, et ils n'étaient guère plus favorables à la liberté des indigènes que les Mamalucos eux-mêmes. Sous le nom de commandes^ on avait donné un certain nombre dlndiens aux Espagnols qui, les premiers, étaient arrivés dans le pays, et, malgré les sages ordonnances des rois d'Espagne, ces infortunés avaient été bientôt traités comme des esclaves. Les habitants du Paraguay auraient voulu réduire en commandes les indigènes qui s'étaient mis sous la direction des pères de la compagnie de Jésus ; ceux-ci défendaient courageusement leurs néophytes ; de là cette haine que leur portaient les Espagnols et qui n'était pas

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-GATHERmE. 35

moins vive que celle des Paulistes, quoiqu'ils la manifestassent avec moins de franchise.

Dans une foule d'occasions les jésuites avaient sollicité du secours des gouverneurs du Paraguay ; ils n'avalent presque jamais élé écoutés; on refusait même de donner des fusils aux Indiens, qui étaient incapables de se défendre contre les Mamalucos toujours bien armés. Le plus souvent il suffisait i ces derniers de se présenter devant les réductions pour feire prisonniers des milliers d'indigènes qu'ils chassaient ensuite devant eux comme un vil bétail. Le marquis de Grimaldi afBrme que, de 1820 à 1840, les habitants de S. Paul s'emparèrent de quatrevingt mille bêtes à cornes qui appartenaient aux Indiens- Guaranis et détruisirent vingt-deux réductions , nombre porté è trente et un par Gaspar da Madré de Deos et à trente-deux par Manoel Ayres de Gazai que l'on n'accusera ni l'un ni l'autre de partialité (1).

Les pères de la compagnie de Jésus, voyant que, dans la contrée où ils avaient établi leurs néophytes, ceux-ci ne pouvaient échapper à leurs barbares ennemis, rassemblèrent les hommes, les femmes, les enfants qui restaient de leurs premières réductions ; ils les décidèrent , non sans peine, à s'expatrier pour januiis, et les emmenèreiit entre le Paranné et l'Uruguay, à l'endreit où ces deux grandes

(1) Je pmè invoquer ici le témoignage de Cazal {CarogrtÊpkiOi I, SS8), et à pins forte raison celui ëe Gaspar da Madré de Beos ( Mem^ ISO ) ; mais je ne eiterai pas, à cause de Teiagération dont elle est évictenraioiit empreinte, la lettre que D. Pedro £stevan d'ikviia, gouverucnr du Rio do la PkU, écrt?att «a roi d*Espagoe le 12 octobre ft^, et dans toqiMeile M dit qae^ vérifieétiem faite, les PauUoles avaient onAivé «at védÉiciiaw plus de 60,000 individus de 1628 à 1630.

rivières se rapprochent l'une de l'autre (i). Là, sans doute, les néophytes se trouvaient puissamment protégés par la nature contre les invasions des Paulistes ; mais les jésuites connaissaient l'intrépidité de ces derniers et leur passion pour la chasse aux Indiens;, ils voulurent s'assurer encore d'autres moyens de protection.

Leur provincial envoya Duz Tano à Rome, et Bciz da MoNTOTA à Madrid. Chacun de ces reh'gieux, étant arrivé en Europe, peignit sous les plus vives couleurs les misères des Indiens convertis, et ils n'eurent aucune peine à toucher ceux qui les écoutaient. Le roi d'Espagne déclara les Indiens des réductions vassaux immédiats de la couronne; il défendit qu'on les obligeât à aucun service perj^on.nel, il autorisa les jésuites à leur donner des armes à feu, renouvela les décrets qui avaient déjà été rendus en leur faveor et déclara libres ceux qui avaient été réduits en es* clavage. Diaz Tano ne fut pas accueilli à Rome moins bien que Montoya ne l'avait été à Madrid. Le pape Urbain YIII le combla de faveurs pour lui-même, pour ses cbers néophytes, pour les compagnons de ses travaux, et, plein d'indignation, il fit expédier un bref où il menaçait de toptes

(1) Charleroix, Hiêl. Paraguay, 1/367-445. — Southey, HisL, II, 309, 318. — WardeD, Bré$%h h 419. ^ D. Gaspar da Madrc de Deos reconnaît (Mem. S\ Vicente^ 127) .^e les récits de.Gharlevoix sur. les idcursioDS des Paulistes daus le Paraguay sont exacts, beaucoup plus exacts même que certaines religions portugaises ; ilexcqse ces bommes aventureux par les eoc^uragemeots que leur donnait le gouv^rpoment luimême et surtout par des récriminations. Mais s*il est vrai, comme le dit D. Gaspar, que les jésuites eux-mêmes aient tyrannisé les Indiens au Maranhao et dans le Paré, cela prouveque les Paulistes n'ont pas été les seuls coupables, mais cela ne prouve nullement , ce me semble, qu'ils se Paient pas été.

les foudres de TEglise les impies qui attenteraient à la liberté des Indiens convertis ou même infidèles.

Le père Tano , porteur de ce bref, s^embarqna à Lisbonne pour Buenos-Ayres ; mais des vents contraires l'obligèrent de relâcher à Rio de Janeiro. A peine était-il arrivé, que le décret du souverain pontife fut lu dans l'église des jésuites. On n'avait pas songé que plusieurs des habitants de la ville avaient d'intimes rapports avec la capitainerie de S. Yicente. Ces hommes ameutèrent la populace, qui se précipita sur le collège des pères de la compagnie de Jésus ; les portes furent enfoncées , et l'on aurait égorgé Tano et les compagnons qu'il avait amenés d'Espagne sans l'intervention du sage goiivemeur Salvador CoBREA DE Sa e Benavides. Celui-ci fit décider que l'on s'assemblerait le lendemain pour discuter l'afl^iire avec plus de maturité; la réunion eut lieu, et, d'après les conseils de Salvador Corrca, on en appela du bref du pape au pape lui-même mieux informé.

Le père Diaz Tano et ses compagnons s'échappèrent promptement de Rio de Janeiro; mais un orage plus terrible les attendait à Santos. Le vicaire général y eut à peine publié le bref du pape, que des séditieux se jetèrent sur lui, le terrassèrent, lui mirent sur la gorge la pointe d'une épée et le menacèrent de le tuer, s'i! ne révoquait Texcommnnication qu'il avait lancée contre l'un d'entre eux. Il resta inflexible; son courage les désarma.

Le supérieur des jésuites, entendant le bruit que faisaient les mutins , se présente devant eux revêtu des ornements sacerdotaux, le ciboire à la main, et leur adresse un discours pathétique. Quelques-uns se prosternent; les autres restent debout > disant qu'ils adorent sincèrement le corps

de J. C, mais que jamais ils ne souffriront qu'on les prive des esclaves, qui font toute leur richesse. Un d'entre eux s'écrie du milieu de la foule qu'il faut tuer le supérieur des jésuites, et l'on ne peut savoir à quelles extrémités ces fu-* rieux se seraient portés, si quelques religieux d'un autre ordre ne fussent parvenus à leur persuader, par des subtilités ; que le bref du pape ne pouvait avoir aucune valeur pour eux, puisqu'ils refusaient de le recevoir (1).

Les habitants de S. Paul savaient que cette pièce avait été dirigée spécialement contre eux ; leur vengeance ne se fit pas attendre. Le peuple se souleva ; toutes les villes de la province furent invitées à envoyer des délégués à une assemblée générale, et, en conséquence d' une résolution qui fut prise, à l'unanimité, le 13 juillet 1640, les jésuites furent chassés de tous leurs collèges (2) : soixante ans plus tôt, les Paulistes ne voulaient pas d'autres pasteurs que ces religieux.

Pendant que ces choses se passaient en Amérique, une révolution s'opérait à Lisbonne. Le duc de Bragance y fut proclamé roi sous le nom de Jean IV ; le peuple portugais recouvra sa nationalité.

La nouvelle de cet événement excita au Brésil le plus grand enthousiasme ; cependant la capitainerie de S. Vicente fit exception. Sous les rois d'Espagne, les Paulistes étaient devenus, comme je l'ai déjà dit, presque indépendants ; ils conçurent l'idée de profiter du premier moment de trouble et d'indécision pour rompre les faibles liens qui

(1) Charlevoix, Hist. Paraguay, I, 431. — Southey, HisL, II, 321.

(2) Pedro Taques d*Almeida Paes Leme, Noticia da expulsào dos jetuUoi in HetOsL Mm., S* ser., V, 17. — Abrea e Lima» Synopsit,

DE SAINT-PAUL ET DE SAlNTErCATSEiONE. ^

les attachaient encore à la domination européenne. Au milieu d*eux s'étaient établis un assez grand nombre d*Espagnols; ceu^-ci, voyant sans doute avec peine qu'ils allaient être forcés d'obéir au souverain du Portugal, fortifièf.ept les habitants du pays dans leurs projets d'indépendance. Parmi les fils de ces étrangers était un homme qoble, puissant et respecté, Amador Bueno dç Ribeira, qui avait occupé des emplois fort importants et dont la famille était aussi riche que nombreuse ; les Paulistes voulurent le mettre à leur tôte. Ils accourent devant sa maison , poussent des cris d'enthousiasme et le proclament leur roi. Bueno, fidèlQ à ses devoirs, refuse la couronne avec persévérance, et conjure le peuple de reconnaître pour son souverain celui dont les droits avaient paru incontestables à tous les autres Brésiliens. On insiste, on le presse, et Ton va jusqu'à le menacer de lui donner la mort, s'il ne veut pas devenir roi. D se saisit d'une épée, s'échappe par une porte de jardin et s'enfuit précipitamment vers le couvent des bénédictins, le peuple le poursuit en criant, Vive Amador Buenq^ noire roi! mais lui, toujours inflexible, persistait à répondre. Vive Jean /F, pour lequel je suis prêt à répandre mon sang ! Il arrive au couvent ; il entre et ferme les portes. L'abbé se présente avec ses moines; quelques personnes importantes s'unissent à eux; on pérore le peuple, et le jour même Jean IV était proclamé roi dans toutes les rues de S. Paul. Là mobilité que les habitants de cette ville montrèrent alors indique assez que Bueno agit très-prudemment en refusant la couronne. Cependant S. Paul était si facile à défendre et ses habitants si intrépides, que, si le chef qu'ils s'étaient donné avait eu de l'ambition, de l'audace et une grande énergie, ils seraient bientôt devenas.

40 VOYAGE DANS LïS PROVINCES

comme le dit un historien, un peuple indépendant» le plus formidable de rAmérique du Sud (i).

A peine l'ordre eut-il commencé à régner dans la ville de S. Paul, que ses habitants écrivirent à leur nouveau souverain pour se justifier de Texpulsion des jésuites ; mais rétrange pièce qu'ils lui adressèrent ne put manquer de' produire dans l'esprit du conseil l'effet contraire à celui qu'avaient attendu ses auteurs. Jorge Masgarenhas, marquis de Montalvao, alors vice-roi du Brésil, la réfuta avec modération, et par un décret du mois de juillet 1643 le roi de Portugal ordonna que tous tes biens des jésuites de S. Paul leur fussent restitués. Les Paulistes gagnèrent du temps; le décret ne fut point exécuté, et, malgré de nouveaux ordres datés de 1647, ce fut seulement en 1653 que, après avoir été forcés de souscrire à des conditions aussi dures qu'humiliantes , les pères de la compagnie de Jésus rentrèrent dans leurs monastères et leurs propriétés (2).

Après l'expulsion de ces religieux, les Paulistes n'eurent plus à craindre qu'on leur reprochât sans cesse leur conduite envers les Indiens, et la guerre que se firent l'Espagne et le Portugal, à l'avènement de Jean lY, les autorisa à diriger de nouvelles attaques contre les réductions du Paraguay; ils ne pouvaient plus être considérés comme des bandits; c'étaient des guerriers qui prenaient les armes pour défendre les intérêts de leur pays et de leur souverain . Un parti considérable de Paulistes accompagnés de Tupis,

(i) Gasp. da Madré de Deos, Mem. S. Vicente^ 130.— Southey, Hist.t U, 327.

(2) P. Taques d'Almeida PaesLeme, Noticiahi&l. da expulsào doê jetuiiatia Revisl» trim.y 2* ser., V, 17, 34. — Abreu e Lima, SynopiU,

leurs alliés, s'avance vers les réductions du Parann& ; ils arrivent et aperçoivent de loin une troupe de néophytes ; ils croient qu'ils vont, comme autrefois, s'emparer d'eux, et que bientôt ils les vendront sur le marché de S. Paul ; mais on avait profité de la permission accordée par le roi d'Espagne, on avait armé les nouveaux convertis ; le canon se fait entendre; un grand nombre de Paulistes tombent; les autres , surpris d'une défense aussi inattendue, prennent la fuite, et les Indiens alliés désertent à l'ennemi (i). Depuis cette époque, les Paulistes ravagèrent encore les Itatines, ils pénétrèrent même jusque dans le Chaco; mais ils n'osèrent plus attaquer les réductions du Parannâ, qui, pendant de longues années, jouirent d'une paix profonde.

Comme les Paulistes, malgré quelques rares échecs, continuaient avec ardeur à chasser les Indiens, il était facile de les indisposer contre ceux de leurs magistrats que l'on voulait perdre dans leur esprit ; il suffisait de dire que ces derniers étaient favorables à la liberté des indigènes. Tel fut le moyen qu'employèrent les habitants de Rio de Janeiro pour impliquer leurs voisins dans ntne révolte qu'ils avaient projetée contre le sage gouverneur Salvador Correa de Sa e Benavides. Celui-ci était parti vers le mois de novembre pour la ville de Santos, d'où il devait aller inspecter les mines de Paranaguà. On écrivit de Rio de Janeiro aux Paulistes qu'il devait être leur ennemi, puisqu'il étaitl'ami des jésuites ; qu'il savait parfaitement la langue des Indiens, qu'il armerait les esclaves des propriétaires contre leurs maîtres, et qu'il fallait bien se garder de le recevoir. Les Paulistes ajoutèrent foi à ces discours et résolurent de

(1) Soathey, hist*, U, 330.

chasser le gouverneur, s'il se présentait. Correa ne s'en émut point; il continua son voyage vers le sud, et, pendant qu'il resta dans Iç pays, il rendit aux habitants tous les services dont il était capable, ouvrant des cbeipins , construisant des ponts, faisant placer des barques sur le bord des rivières, et toujours aussi affable qu'intelligent et courageux.

Les Paulistes, qui, au milieu des actions iniques qu'ils conunettaient sans cesse, n'étaient point étrangers à tout sentiment généreux, furent touchés de la noble conduite de Correa; ils lui témoignèrent vivement leur reconnaissance, et lui offrirent même leurs services contre les rebelles de Rio de Janeiro, qui d'abord avaient su les séduire (1).

On savait mal, dans le nord du Brésil, ce qu'étaient les Paulistes (2); cependant il n'était personne qui n'eût entendu

(1) Cala logo dos governadores in Revist trim,. H, 53. — Excerplo de uma manuscrila in Revisl, Irim,^ HI, 24. — Pizarro, Mem. hiil,, m, 209.

(2) On est Téritablement excusable d*avoir eu si longtemps en Europe des idées erronées sur les anciens Paulistes ; car voici les traditions que recueillirent à Fernambouc, en Tannée 1667, deux religieux, les pères Michel-Ange de Gattine et Denis Carli de Plaisance , qui relâchèrent dans cette viUe en se rendant en Afrique : « La ville de S. Paul et les en- « virons au pins reculé du Brésil est ce qu'on peut appeler le véritable u pays de cocagne. Quelque étranger qui y aborde , pour misérable « qu il soit, y est bien venu, et trouve incontinent une fOiiime à son gré, « pourvu qu'il s'assujettisse à ces conditions, de ne penser qu'à manger « et à boire et à se promener... Que, s'il donne le moindre indice de se (c sauver, elle ne manque pas de l'empoisonner, comme, au contraire, « s'il s'entretient bien avec elle, ils en sont chéris et bien traitez à Teuvy « les uns des autres. La source de leurs richesses est un fleuve qui ar- « rose ce pays, et qui est si riche, qu'il peut tirer de la nécessité le plus « misérable de ceux qui implorent son ayde : car, en ce cas-là, ils n'ont

parler de leur courage et de Thabilelé avec laquelle ils faisaient la guerre aux indigènes. Les habitants delà province de Bahia , ne pouvant parvenir à se délivrer des attaques continuelles de la formidable tribu des Guerens, eurent recours aux Paulistes, appelèrent un des plus fanoieux chefs de ces hommes aventureux, nommé JoÂo Amaro. II fallait que celui-ci rassemblât sa troupe, et que, pour arriver à Bahia, il traversât d'immenses déserts sans habitants, sans chemins, où Ton ne pouvait vivre que du gibier que l'on tuait et de fruits sauvages. Deux années s'étaient écoulées, et on ne l'avait pas encore vu paraître. Il arrive enfin (1675) avec une troupe de Mamalucos exercés dans l'art de faire la chasse aux hommes, et avec des Indiens qui, moins intelligents que leurs maîtres, étaient aussi actifs, aussi intrépides et aussi cruels qu'eux. Toutes les troupes du pays se réunissent à celle de Joào Amaro ; on part, on traverse des pays incultes jusqu'alors inconnus; on immole les Indiens qui résistent ; on envoie des milliers de prisonniers à Bahia, et l'on délivre, pour de longues années, les habitants de cette ville de la crainte des sauvages. Les captifs étaient si nombreux, qu'on les vendait 30 fr. par tête, et le chagrin, les mauvais traitements, le désespoir les firent périr si promptement, que les acheteurs trouvèrent que, même à un si bas prix , ils avaient encore fait un très-

« qu'à prendre les sables de cette rivière, et en tirer For qu'elle porte, « ce qui est capable de payer leur peine avec usure, ne devant, pour cela, « rien à leur roi que la cinquième partie. On raconte mille autres cho-

« ses surprenantes de ce pays-là; mais rien ne doit paraître in-

« croyable à ceux qui sont bien informez des manières contre le bon « sens et des coutumes extravagantes qu'on voit être en usage dans ces « pays barbares. » ( Relation curieuse et nouvelle d'un voyage de Congo fait es années 1666 et 1667, 39.)

mauvais marché. Outre la somme considérable que Ton avait promise à Joâo Âmaro, on lui donna une vaste étendue de terre et la suzeraineté d*une ville dont il avait été le fondateur. Mais pour les Paulistes, chasseurs d'hommes, le repos était un supplice ; Joâo Amaro vendit ses terres et retourna à S. Paul , tout prêt à courir après de nouvelles aventures (1).

A peu près vers la même époque (1674), un autre chef de Paulistes non moins fameux que Joâo Amaro, Tintrépide DoMiNGos JoRGK, part de sa ville natale, parcourt les déserts en pourchassant les Indiens et arrive, après d'incroyables fatigues, à une distance énorme de sa patrie, dans le pays qui forme actuellement la province de Piauhy . Lorsqu'il se croyait séparé de tout T univers, il aperçoit une troupe d'hommes blancs qui venaient vers lui. C'était une autre bande qui s'était enfoncée dans l'intérieur des terres sous la conduite du Portugais Domingos Afibnso, auquel son amour pour les déserts avait fait donner le sobriquet de Serlao, Les deux chefs éprouvèrent une joie indicible en se voyant réunis ; ils se racontèrent leurs aventures , continuèrent ensemble leurs courses et se rendirent réciproquement les plus grands services. Ils firent prisonniers un grand nombre d'Indiens, en mirent en fuite un nombre plus considérable encore, et enfin, après de longs travaux, ils se séparèrent. Domingos Affonso Sertâo avait des vues plus élevées que son compagnon ; dans le pajs qu'il avait conquis, c'était ainsi qu'on s'exprimait alors, il forma cinquante fazendas destinées à l'élève du bélail; il en donna quelques-unes, en vendit d'autres et en laissa trente à la

(1) Southey, Hist., U, 565.

compagnie de Jésus pour que le revenu fût employé à de bonnes œuvres. Quant à Domingos Jorge, il emmena avec lai la plus grande partie des captifs et se retira dans sa patrie (1).

Il me serait impossible de raconter avec détail toutes les expéditions que firent les Paulistes pendant près de deui siècles dans l'intérieur de TAmérique du Sud; mais 11 en est une qui fut tellement gigantesque, que je me reproche^ rais de la passer entièrement sous silence. Sous le commandement d'Antonio Raposo, soixante de ces hommes audacieux, accompagnés d'un parti d'Indiens, traversent le Brésil du sud-est au nord-ouest, franchissent les Andes et arrivent au Pérou, où ils livrent aux Espagnols plusieurs combats sanglants. Ils se retirent ensuite et se dirigent vers ia rivière des Amazones ou l'un de ses affluents; là ils construisent des radeaux, s'abandonnent au cours du fleuve et débarquent à la petite ville de Gurupa, où ils furent reçus avec une hospitalité généreuse par les habitants émerveillés ; et pour se rendre chez eux à travers les déserts il fallait qu'ils fissent encore un voyage de plusieurs années (2) 1

Les Paulistes tenaient à honneur d'ajouter des déserts à la monarchie portugaise ; ils allaient bientôt faire une découverte plus importante , celle des riches mines d'or de la vaste contrée qui depuis a reçu le nom de Minas Geraes.

L'histoire de cette découverte, quoique assez récente ^

(1) CazaI, Corog, Braz., II, 239. — Southey, Ilist., II, 565.— Ferd. Denis, Brésil, 277.

(2) Southey, Hist.^ n, 668. — José Fel. Fernandes Pioheiro, Annaes^ 2* éd., 40.

est pleine d'îi^certîtude. Les Paulistes, comme les Grecs des temps héroïques, couraient après les aventures, s'exposaient à tous les dangers, se battaient avec courage, mais ils n'écrivaient point. On sait cependant que, vers le milieu du xvii'' siècle, un homme entreprenant, appelé Margos de âzevedo ou Azeredo, ayant remonté le Rio Doce, rapporta de son voyage des échantillons de mines d'argent et des pierres vertes que Ton prit pour des émeraudes. Azevedo mourut sans qu'on sût où il avait fait sa découverte ; bientôt cependant les imaginations s'exaltelient ; tous les hommes aventureux voulurent retrouver la montagne des emeraudes où avait puisé Azevedo, et le gouvernement favorisa les recherches par des secours et des promesses de récompenses.

Il est inutile de dire que les Paulistes furent les premiers à se mettre en campagne. Parmi eux vivait un vieillard égé de quatre-vingts ans, que son énergie et ses chassés aux Indiens avaient rendu célèbre ; aux récits merveilleux que l'on faisait autour de lui de la montagne des emeraudes et des richesses qu'elle renfermait, son sang circule avec plus de rapidité, ses forces se raniment; il croit sentir encore l'ardeur de la jeunesse. Ayant obtenu du gouverneur général la permission de faire à ses frais une grande expédition pour tâcher de retrouver la montagne tant vantée, il consacre à des préparatifs bien combinés la plus grande partie de sa fortune, et se met en marche. Il fallait pénétrer dans un immense désert hérissé de hautes montagnes, couvert de forêts gigantesques, traversé sans cesse par des peuplades barbares; rien n'arrête son courage. En quelques années, il explore une partie considérable de la vaste contrée appelée aujourd'hui Minas Geraes; il y fcmne un

DE SAINT-PAUL £T D£ SAINTE-CATHERmE. 47

graûd nombre d'établissements» et enfin, lorsqu'il croît avoir atteint le but de son voyage, lorsqu'il arrive au lac fanieui appelé Yupabussû, près duquel on supposait qu'étaient les émeraudes de Marcos Azevedo, l'insalubrité du pays et la désunion qui s'était mise parmi ses compagnons épuisés le forcèrent de reprendre le chemin de S. Paul. Mais il ne put arriver jusqu'à cette ville; il mourut, vers l'année 4678, près du Rio das Velhas, laissant à son gendre Manoel Borba Gato les outils de mineur qu1l avait emportés avec lui, la poudre, le plomb qui lui restaient encore, et r itinéraire de son voyage ; il avait eu la gloire de découvrir la province la plus importante de l'intérieur du Brésil.

Ce fut, à ce qu'il parait, Rodrigues Ahzâo, natif de Tacubaté, qui, le premier, trouva de Tor dans cette province. Il avait pénétré dans les déserts de Cuyaté, et en l'année i695 il présenta trois oitavas d'or au sénat municipal du chef-lieu de la province d'Espirito Santo. Avec son or OB fit deu% médailles, et il en emporta une à S. Paul ; les habitants de la capitainerie de S. Vincent ne pensèrent plus qu'aux trésors de Guyaté.

Arzâo, en mourant, remit l'itinéraire de sa dangereuse eicursion à son beau-frère, Bdeno de Cerqueira, qui, à son tour, s'enfonça dans les déserts. Au milieu de ses courses, il rencontra une autre bande qui chassait aux Indiens ; les hommes qui la composaient, ayant su l'objet de ses recherches, renoncèrent à leur chasse, se réunirent à lui , et tous ensemble ne songèrent plus qu'à découvrir de l'or. Ils en trouvèrent en abondance ; mais ils ignoraient comment il fallait faire pour le tirer de la terre et pour le nettoyer. Au lieu de pioches, ils se servaient de morceaux

i» VOYAGE DANS LES PIOTIKCES

aigus de Ter ou même de bois, et séparaient le métal pré-

cieus des corps étrangers à l'aide d'assiettes d'étain.

BientM, cependant, des bandes nombreuses d'hommes de tous les âges et de toutes les cooditions sortirent de S, Paul et des villes voisines pour aller à la recherche de l'or; il leur était indifférent de gravir les montagnes les plus escarpées, de traverser des fleuves rapides , de s'enfoncer dans des forêts épaisses remplies de serpents venimeux et de bëtes sauvages : la cupidité semblait doubler leurs forces et leur cachait tous les dangers.

Ces hommes eurent d'abord le bon esprit de suivre des routes diflérentes et de laisser les premiers arrivants en possession de leurs trésors; de cette façon, ils se répandirent en peu de temps sur toute la surface du pays nouvellement découvert ; partout ils y trouvèrent de l'or, et de li le nom de Minas Geraes qu'ils lui donnèrent.

Les Faulistes ne formèrent d'abord aucun étaUissement Sie dans lu contrée qui leur prodiguait ses richesses. Quand ils avaient trouvé de l'or en quelque endroit, ils y construisaient à la hâte de chétives cabanes, et, lorsque le métal précieux était épuisé, ils allaient ailleurs. Mais certaines localités étaient tellement riches, qu'ils y restaient plus longtemps ; ils y bâtirent des maisons, et des villages se formèrent, dont plusieurs, avec le temps, sont devenus des villes. C'est à des Faulistes qu'est due la fondation de Marianna d'Ouro Preto, de Sabarâ de Caité, de Pitangui, de S. José et de beaucoup d'autres encore qui toutes ont été, dans l'origine, des lieux de campement, nom que l'on applique encore par habitude à tous les villages de Minas Geraes.

Quoique les mineurs paulistes eussent pris quelques pré-

cautions pour éviter les sujets de querelles, il était difficile qu'ayant des mœurs également rudes, étant également possédés de la soif de Tor, se livrant aux mêmes recherches pour la satisfaire, ils vécussent toujours en paix. Dès que la ville de Taubaté avait cessé d'être un village dlndiens, elle était devenue la rivale de S. Paul dont elle était voisine. La découverte des mines d'or fit naître de nouvelles haines entre les habitants des deux villes, et, à l'époque du voyage de l'auteur, leurs descendants conservaient encore le souvenir des querelles de leurs pères.

Des dissensions bien plus graves ne tardèrent pas à éclater dans le pays des mines.

La nouvelle de la découverte importante qu'on y avait Taite s'était répandue avec une extrême rapidité : de toutes les parties du Brésil accoururent des nuées d'aventuriers , de déserteurs , de criminels poursuivis par la justice , et bientôt ces hommes furent suivis d'un grand nombre d'Européens à peu près aussi méchants qu'eux. Les Paulistes avaient quelques idées généreuses que ne pouvaient partager ce ramas de gens sans aveu , l'écume du Portugal et du Brésil; cependant on ne peut nier que l'habitude d'être entourés de nombreux esclaves, leurs chasses aux Indiens, la licence à laquelle ils se livraient, loin de toute surveillance au milieu des déserts, ne les aient également corrompus. Tous les vices semblèrent s'être donné rendezvous dans le pays des mines; toutes les passions s'y déchaînèrent ; on y commit tous les crimes.

Les Paulistes ne voyaient point sans indignation des étrangers s'établir dans la riche contrée qu'ils considéraient comme étant à eux. Fiers de leurs nombreux es* 1. i

claVes et des richesses que lA plupart d'entre eut pôSsé* daient avant même que lés mihes d'or eussent été déeou- Tertei» fis traftaiiilt \é^ ntoûveaut vehus avec ûh profond mépris» leur faisaient essuyer des vetations continuelles et leur avaient donné lé sobriquet ridicule A'embuabas, parce que i portant dés bôtteS ou des guêtres » ces intrus ressemblaient, disaient - ils , è certains oiseaùt dont les plumes descendent jusque sur les pieds. Tant d'afiVonts finirent par révolter les nouveaux venus ; deux partis* se formèrent ; les étrangers ou fotasteiros knirent à leur tète l'un d'iBiitre eut ^ Manôêl Nunes Tiani^a, homme puissanty actif» doué d'un esprit pénétrant, et qui, quoique plein de douceur et d'affabilité dans Ses rapports habituels, savait, eu cas de besoin, déployer une grande énergie. Quelques moines qui, oubliant leurs devoirs, s'étaient introduits dans lés mines, attirés par ta soif de l'or, ^e réunirent aux fùrasteirôs, et les poussèrent à la révolte; l'un d'eux. Un certain père Antoi^îo de Mène2bs, de l'ordre de la Trinité, agitateur subalterne, les rendit maîtres des armes des PaulistcS à l'aide d'une trahison, et ils proclamèrent nunes gouverneur du pays. La guerre civile éclata ; on se battit dans les environs du Rio das Mortes; les /brasteirûs restèrent vainqueurs, mais ils souillèrent leur victoire en massacrant un parti de Paulisteâ ({Ui venait de se rendre.

Lé gouVéhieur de Rio de Janeiro, D. Francisco Mar- TINS DE Mascarenhas, ayant appris ce qui se passait dans le pays des mines, y arrtVe bientôt. Nunes va au devant de lui avec une troupe considérable d'hommes armés , et Yé" tonne par sa contenance pleine de hardiesse. Dans une en-

DE SAiNT-I^AUL ET DE SAmtË-GÂT&ERmE. il

trfevute ntf ils drit ensemble, H assuré au goaverneUi' qu'il n'a jamais cessé d'être un sujet fidèle; il lui persuade que^ s'il s'est ndis à la tête dei» sédltieùï, c'est uniquement pbur les contenir, et II le décide à se retirer.

Après le départ de Mascarenhas, Nunes exerça sans contrôle les fonctions de gouverneur. H nomma aux emplois les hommes les plus capables qu'il put trouver, rétablit l'ordre autant qu'il était possible de le faire, et fit regretter aux gens de bien que son autorité n'eut pas une source plus légitime.

Pendant ce temps-là, les Paulistes se préparaient à la Vengeance. Les femmes y excitent les hommes avec fureur, eii les traitant de lâches ; des prêtres oubliant, dit le P. Manoel da Fonseca, que la paix est le patrimoine de l'Église font retentir les temples de cris de guerre ; on s'arme, on sort de S. Paul, et l'on marche vers Taubaté pour y faire des recrues.

Sur ces entrefaites arrivé de Lisbonne à Rio de Janeiro Antonio de Albvquebque Coelho qui devait remplacer Mascarenhas comme gouverneur (1809).

Lès hommes les plus sages du pays des mines, tout en rendant justice à Manoei Nunes Vianna, sentaient combien leur position était fausse et dangereuse. Secrètement ils députent vers Albuquerque un religieux qui avait été son secrétaire, et le supplient de rétablir au milieu d'eux l'autorité légale. Ce gouverneur était un homme capable et actif. Pour inspirer plus de confiance aux habitants des mines, il arrive dans leur pays presque sans suite ; ils se soumettent, et bientôt une amnistie générale est accordée à tous les rebelles, à l'exception du moine trinitaire, d'un compagnon de Nunes Vianna, et de Kunes lui-même, qui

52 VOYAGE DAIiS LES PROVINCES

mourut en prison, et qui peut-être méritait un meilleur sort (1).

Il était plus difficile de faire rentrer dans Tordre les Paulistes, toujours exaspérés par la trahison dont ils avaient été l'objet. Albuquerque le tenta cependant ; il se rendit au milieu de leur petite armée; mais voyant qu'il les invitait inutilement à la paix, et craignant peut-être pour sa sûreté, il jugea prudent de faire retraite, se hâta d'arriver à Rio de Janeiro, et de là il fit dire secrètement aux £mbuabas du pays des mines de se préparer à recevoir les Paulistes.

Ceux-ci efiectivement arrivèrent bientôt près du Rio das Mortes et attaquèrent un petit fort où s'étaient retirés les Embuabas. Des deux côtés on se battit avec acharnement ; mais les Paulistes se distinguaient dans toutes les rencontres par l'habileté avec laquelle ils ajustaient leurs ennemis. Cependant, ayant bientôt appris que de nombreux renforts arrivaient au secours de ces derniers, ils profitèrent de la nuit pour se retirer, et retournèrent dans leur pays, ravageant tout sur leur passage.

Cette expédition avait calmé la fureur des Paulistes. Albuquerque profita habilement de l'heureuse disposition où ils se trouvaient ; il envoya aux membres du sénat municipal de la ville de S. Paul le portrait de Jean Y, et il leUr écrivit que, si le roi ne pouvait visiter ieur ville, il voulait du moins que son image restât au milieu d'eux, pour montrer qu'il les prenait sous sa protection spéciale. Les

(1 ) Soothey et Baltasar da Silva Lisboa disent que Ton accorda à Nunes ]a permission de se retirer dans les établissements qa*il avait formés sur les bords du S. Francisco ; mais Pizarro cite un document officiel qui contredit cette opinion.

DE SAINT-PAUL ET DE SAÎNTE-CATHERINE. 5t

Paulistes, qiii étaient réellement attachés à leur souverain, furent sensibles à la distinction dont on les honorait, et tout rentra dans Tordre (1).

Albuquerque s'empressa de rendre compte à son gouvernement de tout ce qui venait de se passer. Le ministère portugais sentit que le même homme ne pouvait gouverner la contrée immense qui s'étend depuis l'embouchure du Parahyba jusqu'aux colonies espagnoles , et de l'Océan jusqu'aux sources de l'Arassuahy; on détacha de la province de Rio de Janeiro le territoire de S. Paul , ainsi que celui des mines, et de tous les deux on forma (9 novembre 1709) un gouvernement distinct.

Albuquerque avait appris à connaître les Paulistes ; ce fut lui qui fut mis à leur tète. On l'avait laissé libre de résider ou il jugerait convenable; il préféra aux bourgades de Minas Geraes, nouvellement fondées» S. Paul, dont la position était plus agréable, et où l'on avait toujours conservé quelque déférence pour les magistrats nommés conformément aux lois. La ville de S. Paul fut honorée du titre de dte\ et l'on donna son nom à la nouvelle capitainerie [capitaniade S.Paulo).

Jusqu'à cette époque l'administration du pays n'avait cessé d'être entravée par les disputes et les procès des héritiers des deux premiers donataires ; le roi mit fin (17H) à leurs longues querelles en achetant du marquis de Cascaes les 50 lieues de terrain que celui-ci possédait dans la capitainerie de S. Paul comme successeur de

(1) Cazal, Corog. Braz,, I, 224, 358.— Southey, HisL, 44,84.— Pizarro, Mem. hisl,, Vm, part. 2*, 4, 22. — Baltasar da Silva Lisboa, Ànnaes, U, 179, 347. — Maaoel da Fonseca , levantamento em Minai, ia RetisL trim,, UI, 262.

H fOTAGE DANS LES PROYINGES

Lopes de Souza. Alors l'autorité tout entière se trouva concentrée dans la personne du capitaine général de la province; les tiraillements ne furent plus à craipdre, et l'administration commença à suivre une marche régulière.

Depuis ce moment, les Paulistes ont presque toujours été un peuple soumis et fidèle, mais sans rien perdre de leur goût pour les aventures et les courses lointaines, et il$ n'ont cessé de Taire des découvertes que lorsqu'il n y a pluq rien eu à découvrir.

Ils s'étaient Gsés d'abord dans les parties du territoire de Minas Geraes les plus voisines de la haute chaîne de iQontagnes qui le parcourt du nord au sud ; bientôt ils se répandirent sur toute la surface du pays ; ils ne se contentèrent pas d'y chercher de l'or; jls formèrent, dans les vastes pâturages de S. Francisco , des établissements où ils se mirent à élever du bétail. D'un autre côté, les étrangers continuaient à arriver à Minas; au préjudice des véritables intérêts du pays, des propriétaires de la province de Bahia abandonnaient leurs sucreries et venaient chercher de Tor dans la contrée qui en fournissait à tpus ceux d'entre eux qui prenaient la peine d'en chercher. On y introduisit de nonibreux esclaves, et en peu de temps des déserts se couvrirent de belles habitations, de riches églises et d'une population considérable. Alors il devint impossible aux capitaines généraux qui résidaient à S. Paul de gouverner le pays des mines, d'y faire respecter les lois, d'y maintenir ie bon ordre et la police ; on fut obligé de faire de ce pays un gouvernement séparé et on donna à ce gouvernement le nom de capitainerie de Minas Geraes.

f.a prqvincQ de S. Paul perdait ainsi unç p9rti« de sqq territoire ; mais de nouvelles déçQuvertes la dédommageaient t)ientât avec usure.

Dès le temps qu le^ Paulistes «ivaient cçqmencé à par* courir les déserts, qqelques-unes de leu(| bandes, passant d'uqe riyière dans une autre, fraqchis^nt une foule dt eatadupes, traversant les maraj^ \^ plus malsains # guor^ royant sans ces^e coptre des bordes de sfmvag^ » étaient parvenues jusqu* fi la rivière du Paraguay etaui vastes contrées qu'arrosent ses ^ftluents. En Tannée 1718, AorroNio Pires nos Campo^, le plus terrible des exterminateurs d'Inr diens, remonfa |e Çio Ci)ïaba pour tâcber de réduira la vaillante tribu des Curhipos. Cet homnie était probablement trop occupé de ses chasses aux esclaves pour s'occuper d*a\Ure chose. L'honneur de découvrir les trésors du pays qu'il parcourait était réservé a Pascoai. Moreua Ca« BRAL, autre coureur de déserts qui marchait sur ses traces. fasçoaU en remontant |e Rio Curbipomirim, vit des grains d'or briller au milieu des terres qui bordent cette rivière; il laissa une partie de sa suite dans l'endroit où il avait fait cette découverte, et, la considérant comme le prélude d'autres découvertes plus importantes, il continua sa route. Il ne s'était pai trompé ; bientôt, en effet, il rencontra quelques Indiens qui, pour proement, portaient des paillettes d'or. Il fait des recherches, et en très-peu de temps il réunit uf^e quantité considéra^e de ce métal. Alors il revint au lieu où il avait laissé ses compagnons ; ils n'avaient pas été tout à fait aussi benrei^i^ que lui , mais tous étaient contents. Ces bom^nea» çntpMrés d'immenses riches^ses, prirent |a résolution de ne quitter le pays qu'après les avoir épuii^ées ; Us se mirent 4 construire des cabanes sur le bord

des rivières, et semèrent une partie du grain qu'ils avaient encore avec eux. Ils n' avaient point emporté d'outils; la cupidité leur donna des forces et du courage ; ils se servaient de leurs mains pour creuser la terre.

Une autre bande qui parcourait aussi les déserts fut conduite par le hasard au lieu de campement où s'était fixée la première. C'étaient encore des Paulistes; ils se réunirent à Pascoal et à ses compagnons ; tous ensemble se trouvèrent alors au nombre de vingt-deux. Ces hommes tinrent conseil et résolurent d'envoyer l'un d'entre eux à S. Paul pour donner avis de ce qui se passait au gouverneur et pour prendre ses ordres. Provisoirement ils mirent Pascoal à leur tète, en lui accordant une' autorité presque absolue, et lui promirent une entière obéissance.

Pascoal était complètement illettré ; mais il s'en fallait de beaucoup que ce fût un homme ordinaire ; à une grande valeur il réunissait de la prudence, beaucoup d'activité, une intelligence remarquable, et, ce qui était rare chez les Paulistes de ces temps-là, un cœur compatissant. Il avait l'art d'apaiser les querelles qui s'élevaient souvent parmi ses compagnons, sut se faire aimer d'eux, et les dirigea avec une grande sagesse depuis l'année i719 jusqu'en i723, époque à laquelle il fut remplacé par deux magistrats qu'envoya dans le pays D. Rodrigo Cesar de Menezes, gouverneur de S. Paul.

Aussitôt qu'on eut reçu dans cette ville la nouvelle des découvertes que Pascoal et ses compagnons avaient faites aux environs de Cuyabâ, tous, jeunes et vieux, voulurent partir pour une contrée qui promettait tant de richesses. Les émigrants, divisés en plusieurs bandes, s'embarquèrent sur le Tute et sur d'autres rivières; mais ils ne

songeaient qu'au but du voyage. La cupidité les aveugla sur les besoins qu'ils devaient nécessairement éprouver bientôt, et les dangers qu'ils allaient courir; ils ne prirent aucune des précautions les plus indispensables. Des fièvres les atteignirent au milieu des marais; ils ne s'étaient point munis de remèdes ; leur séjour dans les déserts devait être de plusieurs mois , leurs provisions se trouvèrent insuffisantes, ils n'avaient pas même emporté d'engins pour la pèche ni assez de fusils pour aller à la chasse ; ils furent continuellement harcelés par des hordes d'Indiens ennemis, les armes leur manquaient ; la faim, les maladies, d'affreuses fatigues firent périr la plupart d'entre eux, d'autres succombèrent dans leurs luttes avec les sauvages. Il n'arriva à Cuyabà qu'un très-petit nombre de ces malheureux, hâves, épuisés, pouvant à peine prendre part aux travaux de ceux qui les avaient précédés.

Un si triste exemple n'arrêta point les émigrations ; la cupidité se décourage plus difficilement que les autres passions dont notre cœur est agité sans cesse. Pendant une longue suite d^années, des hommes tourmentés du désir de devenir riches partirent pour C.uyabà, non-seulement de S. Paul, mais encore de Minas et de Rio de Janeiro. Les Indiens-Guaycurus, toujours à cheval, les Fayaguas, habiles conducteurs de pirogues, attaquaient les émigrants avec fureur et en tuaient un très-grand nombre ; d'une bande de 300 hommes, qui était sortie de S. Paul en i8S5, il n'échappa que deux blancs et un nègre. Ces malheurs étaient connus de tout le monde; mais l'or, disait-on, était si commun à Cuyabâ, que les chasseurs s'en servaient en guise de plomb. Comment ne pas courir quelques chances pour arriver à une terre qui offrait à ses habitants des

trésors si faciles à acquérir ? Dans l'espérance de devoir riche, on se mettait soi-même à la loterie.

Pendant que se passaient toutes ces chosess, les compagnons de Paseoal avaient continué leurs recherches, Eo Tan 1722, le nommé Miguel Sdtil, faisant une plantation sur les bords du Cuyabà, eut faim» et envoya deux Indiens, ses serviteurs, lui chercher du miel dans les troncs des arbres. Ces hommes revinrent vers le soir ; ils n'avaient point trouvé de miel, mais ils remirent à leur maître un paquet de feuilles dans lesquelles ils avaient enveloppé des grains d*pr qu'ils avaient trouvés à la surface de la terre et qui valaient ensemble environ 120 oitavas. Le lendemain, à la pointe du jour, Sutil et son compère Joâo Francisco dit le Barbu se rendirent, accompagnés de tous leurs esclaves, à l'endroit pu la découverte avait été faite; Sutil revint avec une demi-arrobe d'or, le Barbu avec plus de 400 oitavas. Toute la colonie se précipita vers le lii'U où se trouvaient tant de richesses, et, sans être obligé de faire de profondes excavations, on tira de la terre, dans l'espace d'un mois, 400 arrobes d qr. C'est là qu'est aujourd'hui la ville de Cuyabâ.

Dans Iç courant de Tannée ou lHliguel Sutil fit sa brillante découverte , arriva à S. Paul le gouverneur Rodrigo César (^e Menezes, dont j'ai déjà dit quelques mots. Son premier soin fut de prendre des mesures pour faire payer au roi l'impôt du quint du sur l'or des rpines de Cuyabà. Quand les Portugais s'occupaient du Brésil , c'était le plus souvent pour lui enlever ses richesses. Deux hommes puissants furent choisis par Menezes pour ses agents dans la colonie nouvelle : l'un d'eux, Lourenço Leme, partit avec le titre de procureur de l'impôt du quint; T^autre, Joâp

Leme, son frère, avec celui de mestre de camp def mines de Cuyabâ. Menezes n'était point sans mérite; msiifi il arrivait, il ne connaissait pas le pays ; il crut, saqs doute, qu'il ne pouvait mieux être représenté que par dc^x personnages auxquels il voyait leurs compsitript^ prodiguer toutes sortes de respects. 11 ignorait que la craintç seule attirait au:^ Leme les marques de déférence dont |ls étaient l'objet, et que jamais ils n'avaient fait usage de leufs richesses que povir violer impunément les lois et opprimer les faibles. Lorsque ces hommes furçqt arrivés ^ Cuyabà et qu'ils se virent loin de toute surveillance , ils ne mirent plus de bornes à leur insolence et à leur audace. {Is se livraient à tpus leurs caprices , commettaient le^ actes de violence les plus insensés, et prétendirent même chasser des mines tous ceux qui n'étaient point Paulistes. Le chapelain de la colonie naissante s'éleva courageusement contre cette dernière Injustice; ils ordonnèrent qu'on lui tirât un coup de fusil. Un nommé Pedro Leite avait eu le malheur d'exciter leur jalousie; ils le firent maltraiter de la manière la plus barbare au pied même de l'autel , pendant qu'il assistait au service divin. Menezes apprit en6a ce qui se passait à Cuyabà, et, voulant délivrer ce pays des deux monstres dont la tyrannie était devenue intolérable, il donna ordre à un ofGcier supérieur de les prendre et de les envoyer à S. Paul. Les deux frères, avertis à temps, prirent la fuite avec leurs amis et leurs serviteurs; on envoya des soldats contre eux; mais ils s'étaient fortifiés dans un lieu désert; on les attaqua, ils se défendirent, il y eut des hommes tués de part et d'autre; eux s'enfuirent encore. Une balle atteignit enfin Lourepçq; soq

frère, fart prisonnier, fut exécuté à Bahia en 1724 (4).

La mort de ces deux hoairoes ne mit point un terme aux malheurs des habitants de Cuyabâ ; pendant longtemps ils n'eurent à leur tète que des oppresseurs. On exigeait d'eux des sommes énormes pour le quint et les autres impôts ; on mettait en prison oeux qui ne pouvaient satisfaire aux demandes exorbitantes qu'on leur faisait, et l'on traitait ces malheureux avec la dernière barbarie. Le peuple tout entier arriva enfin à un tel degré de désespoir, qu'il conçut un moment le projet de fuir un pays où, au lieu des immenses richesses qu'il s'était promises, il ne trouvait, en définitive, que la désolation et la misère.

Sur ces entrefaites, le gouverneur Menezes reçut de son souverain l'ordre d'aller inspecter les mines de Cuyabâ. Il avait déjà .fixé l'époque de son départ ; mais, lorsqu'il était sur le point de s'embarquer sur les rivières, il fut effrayé de la longueur de ce dangereux voyage, et il fit ouvrir un

(1) L'histoire des deux Leme a été racontée par Cazal d*après Rocha Pi ta, et admise par M. Ferdinand Denis. Je dois dire cependant que Pizarro n*en fait aucune mention , et ses récits sont extraits d'un mémoire qui, composé à Cnyabà en 1765 par Tavocat José Barbosa de Sa, a été corrigé depuis, sur les pièces les plus authentiques, par le savant Diogo de Toledo Lara Ordones, que j'ai déjà eu occasion de citer. Pizarro dit seulement que, pour remplacer Pascoal Moreira Cabrai, D. Rodrigo César de Menezes envoya à Cnyabà, en 1724, Joâo Antunes Maciel avec Fernando DiasFalcâo, le premier comme régent, le second comme surintendant des terrains aurifères, et que, depuis ce moment, les mineurs de Cuyabâ furent horriblement tourmentés par les gens de justice. Dans le résumé historique qui précède sa précieuse statistique, D. P. Millier nomme, parmi ceux qui ont découvert les mines de Cuyabâ, Lourenço Leme avec Fernando Dias Falcâo, et c'est seulement en dernier lieu qu'il fait mention de Pascoal Moreira Cabrai ; mais il est évident que ce résumé, extrêmement succinct, ne saurait faire autorité.

chemin par terre. On y travailla pendant deux ans ; ce temps écoulé, Menezes put se mettre en route , et il arriva à Cuyabà le 15 novembre 1726, cinq mois après son départ.

Ce chemin que Menezes avait fait faire fut un grand bienfait pour la population ; il rendit plus faciles, moins lentes et beaucoup plus sûres les relations entre S. Paul avec sa colonie naissante, et c'est celui que suivent encore aujourd'hui les caravanes qui se rendent à Goyaz et à Matogrosso (i).

A peine Menezes fut-il à Cuyab&, qu'il donna à ce village le titre de ville ; mais sa présence n'améliora point le sort des habitants. Ses agents, lorsqu'il était encore à S. Paul, extorquaient l'or de ces malheureux, pour se faire valoir auprès de lui ; il ne les obligea point à changer de conduite, voulant aussi se faire valoir auprès de son souverain , auquel , en définitive, devaient arriver toutes ces richesses.

Mille personnes qui, sans doute, ne pouvaient plus vivre dans un pays où elles étaient exposées à des vexations continuelles quittèrent Cuyabà au mois d'avril 1828, et prirent le chemin de S. Paul. Menezes avait à envoyer en Portugal quatre caisses, chacune de 7 arrobes d'or; il profita, pour les faire partir, de l'occasion qui se présentait, et prit toutes les précautions possibles pour qu'elles parvinssent sûrement à leur destination. Elles furent remises au roi Jean Y lui-même, parfaitement fermées et munies des sceaux qu'on y avait apposés au moment du départ. Le roi, dans

(1) L'antenr a passé par ce chemin ea se rendant de la cité de Goyax à S, Paul (Voyage aux sources du Bio de S. Francisco, «(c, vol. U).

m TDTAGE DAKS LES PtOYl5CES

son orgneil» lek fit otiTiir en présence de qaelqbes tiitnistres étrangers; on y tronra dn plontb. On ne négligea rien pour découvrir le coupable ; toutes les recherches furent inutiles. Le peuple de Cuyabà resta persuadé que, par nne transformation miraculeuse , le ciel lui-même avait pris soin de le venger de ses tyrans ; mais sa joie ne fut pas de longue durée. Le receveur des impôts, voulant mériter les bonnes grâces du gouverneur et du monarque luimême, rendit les mineurs responsables de la disparition qui avait eu lieu, et leur enleva tout ce qu'ils possédaient, même leurs esclaves. Quand cette triste opération fut achevée, Menezes partit pour S. Paul (septembre 1 728] ; mais, auparavant, il modifia la perception de Timpôt et fit d'utiles réformes. Les Cuyabanais n'avaient plus rien ; mais, du moins, dit un historien, ils purent en paix répandre des larmes (1).

Us se remirent avec courage à creuser la terre, et Bile leur prodigua de nouveaux trésors. Mais les Paulisles, qui formaient le noyau de la population, n'avaient rien perdu de leur goût pour les aventures et de cette soif de Tor que rien ne pouvait satisfaire; il leur fallait d'autres déserts, il leur fallait des mines plus riches encore que celles de Guyaba. En Tannée 1734, deux frères, Fernando Paes de Barros et Artur Paes, natifs de Sorocàba (2), pénétrèrent, à l'ouest des Campos Parexis, dans une contrée couverte d'épaisses forêts, où jamais un homme blanc n'avait porté ses pas ; c'est celle qui porte aujourd'hui le nom de Matogrosso.

(1) Cazal, Corog, Braz,, î, 248. — Pizarro, Mem. hist», 3, 11, 43, 46. — Abreu e Lima, Synopsis, 191.

(2) On trouvera, dans ]a relatioD du voyage de Fauteur, des détails sur la ville de Sorocâba, voisine de S. Paul.

DE SilNtPAÛL ET bË SAINTE-CATHERINE. ($S

Ili 8*arrètent sur le bord d'un des affluents du Guapttù, ils ]- construisent des cabanes, et de là ils se répandent dans te voisinage 9 essayant partout le sable des ruisseaux et celui des rivières. Un an s'était à peine écoulé, que les deux ftères envoyèrent à Cu}abâ une quantité d*or coiisldérable. À cette vue, le peuple est transporté de joie ; tout le monde veut partir pour les nouvelles mines. Des milliers d'hommes se mirent effectivement en route ; mais ils éprouvèrent à peu près le même sort que ceux qui les premiers étaient partis de S. Paul pour Cuyabâ : les uns s'égarèrent au milieu des déserts et périrent misérablement de Fatigue et de faim, d'autre^ tombèrent sous les coups des Payagués fet des Guaycurus; il n'en arriva qu'un petit nombre au but tant désiré (1).

Pendant qiie des bandes de Paulistes ajoutaient à la monarchie portugaise le vaste territoire de Cuyabé et celui de Hatogrosso, d'autres Paulistes faisaient une découverte non moins importante, celle de Goyaz.

Dès l'année 1680, Bartholomeu Bueno da Silva, dit le mauvais esprit, était arrivé au milieu des Indiens-Goyâs, dont les femmes ornaient leurs chevelures de paillettes dW. Il avait soumis sans aucune peine ces hommes pacifiques dignes d'un sort plus heureux, et il était retourné à S. Paul avec de l'or et un nombre de captifs assez considérable pour en peupler une ville.

Pendant longtemps les richesses de Minas Geraes firent oublier Goyaz; mais les mines de Cujaba rappelèrent à Menezes celles que Bueno avait découvertes, et il excita les habitants de S. Paul à tâcher de les retrouver.

(t) Pizarro, Memoriai hiitoricaSf IX, SI.

II parait que les anciens Paulistes accoutumaient lears enfants de bonne heure aux fatigues des courses lointaines et de la chasse aux Indiens. Lorsqu'il avait pénétré dans le pays des Goyés, Bueno avait avec lui un fils Agé de douze ans; ce fils, qui s'appelait également Bartholomeu BuenOy avait vieilli, mais il n'avait pas perdu le souvenir de son voyage; il alla offrir ses services à Menezes, qui lui promit que, s'il réussissait, il aurait pour récompense le péage fort important de plusieurs rivières.

Le second Bueno part à la fin de 1721 ; mais malheiireusementil échoue dans son entreprise, et après une foule d'aventures il revient à S. Paul désespéré et presque seul. Menezes ranime son courage ; il lui fait des proitaesses séduisantes, le décide à repartir, et lui accorde les secours nécessaires. Cette fois, Bueno est plus heureux que la première. Après de longues courses et d'incroyables fatigues, il retrouva enfin, en l'année 1726, l'endroit où étaient les mines découvertes par son père.

La renommée des richesses de Goyaz y attira bientôt des bandes d'aventuriers qui fondèrent de nombreux villages. Quant à Bueno, il fut dignement récompensé. Cet homme entreprenant posséda de grandes richesses ; mais, comme la plupart des mineurs, il ne sut pas les conserver, et il mourut pauvre. Il avait abandonné à son fils les péages concédés à sa famille pour la durée de trois vies. £n 1825 la troisième venait de s'éteindre , et les arrière-petits-enfants d'un homme qui avait ajouté à l'empire du Brésil une province aussi vaste que l'Allemagne vivaient dans Tindigence (1). Ils descendaient vraisemblablement aussi

(1) Aug. de S. Hil., Voyage aux 9ource$ du Mo de 5. Franciico ei

d'Âmador Bucno» qai avait repoussé Toffre que les habi-- (ants de S. Paul lui faisaient de la couronne.

C'étaient des Paulistes qui avaient découvert Goyaz^ Cuyabé et Matogrosso ; jusqu'en l'année 1748, ces vastes pays firent partie de la capitainerie de S. Paul.

On finit cependant par reconnaître que le même homme ne pouvait gouverner une contrée environ quatre fois grande comme la France et dont les parties étaient séparées par des déserts. On forma , en conséquence , une capitainerie distincte de Goyaz, une autre de Cuyabà et de Matogrosso ; mais en même temps on eut la malheureuse idée de supprimer la capitainerie de S. Paul et de la réunir à celle de Rio de Janeiro (1). Les gouverneurs de cette dernière province avaient bien assez de leur administration particulière. S. Paul fut négligé.

Quand autrefois les chasseurs d'hommes quittaient le pâysy c'était pour y revenir; il n'en avait pas été de même des chercheurs d'dSr ; ces derniers faisaient des établissements filles dans les contrées où ils trouvaient le métal objet de leur convoitise» et ils ne revoyaient plus leur patrie. Depuis la découverte de Minas Geraes, la population de la province de S. Paul n'avait cessé de diminuer ; les émi« grants l'appauvrissaient par les dépenses qu'ils étaient obligés de faire pour leurs préparatifs de voyage; faute de bras, les terres restaient sans culture» les troupeaux étaient abandonnés; les habitations tombaient en ruine. Pour remédier à tant de misères» il aurait fallu une administration forte» active» réparatrice ; depuis la suppression de leur

dans la province de Goyaz, I, 308, II, 65. — Pohl, ReUe, I » 332. — fiaimuodo da Cunha Maitos, Hinerario, II, 70. (1) Pizarro, Mem. hiH., Ylil» 1" parte, 295.

Gaspar da Madré de Deos, aut José Feliciano Ferpandes PiDheirOy et à ces illustres frères, les trois Ândrada, qui ont tant contribué à rendre au Brésil son indépendance.

Quoique le temps des expéditions lointaines fût passé pour les PaulisteSy leur nouveau gouverneur, Luiz Antonio ^ de Souza Botelho, leur procura bientôt une occasion de revenir à leur ancien goût pour les aventures. Le marquis de Pombal, sachant quelles immenses ressources présente le Brésil, s'occupait sans cesse de cette belle contrée ; il la connaissait mieux que tous les ministres ses prédécesseurs, et il paraît même qu'il eut un moment le désir d* y transporter le siège de la monarchie portugaise. II craignait que les Espagnols ne finissent par s'emparer du Guayra, qui était resté désert depuis les invasions des anciens Paulistes, et que de là ils ne s'étendissent peu à peu sur le territoire brésilien ; cette crainte lui inspira un projet qui tendait à assurer un bel avenir à la province de S. Paul. Il ordonna à Botelho de faire explorer les Bios Hyguaçu, Hyvai et Tibahy, destinés à offrir un jour des moyens précieux de communication, et de former, dans les contrées inhabitées où coulent ces rivières, un établissement qui pût protéger les possessions brésiliennes et permettre de les étendre. Les ordres de Pombal furent exécutés par le gouverneur de S. Paul; une troupe de Paulistes parcourut les immenses déserts arrosés par les affluents méridionaux du Parannà, et sur une des rives de Tlgatimi, dans un canton fertile, on construisit le petit fort de Nossa Senhora dos Prazeres, parfaitement situé pour arrêter les invasions des Espagnols. Malheureusement Pombal fut disgracié; Martim Lopes Lobo de Saldanha remplaça Botelho ; il affectait un profond mépris pour ce qu'avait fait son prédécesseur ;

il abandonna le fort de Nossa Senhora dos Prazeres. Les Espagnols ne tardèrent pas à s'en emparer, et ils le détrui* sirent douze ans après sa fondation (1). Si le projet gran-* diose du marquis de Pombal avait été poursuivi avec persévérance, la province de S. Paul se serait agrandie sans effusion de sang ; de fertiles contrées encore désertes seraient aujourd'hui parsemées de fazendas et couvertes de troupeaux, et une foule de rivières faciliteraient les relations des habitants de S. Paul avec le Paraguay.

Je n'ai pas besoin de dire qu'ils n'échappèrent pas aut rigueurs du système colonial. Leur commerce fut même entravé, à diverses époques, par des prohibitions qui n'atteignirent pas les autres parties du Brésil. Dès l'année 1701, une ordonnance royale défendit aux Paulîstes d'envoyer des vivres et du bétail de leurs mines à la province de Babia. En 1743, lorsque les habitants de Minas Geraes dépendaient de S. Paul, on limita le nombre de leurs fabriques de tafia, afin de favoriser le commerce du Portugal. Beaucoup plus récemment enfin Antonio José da Franca e Horta, qui commença à gouverner S. Paul en 1802, défendit le cabotage aux habitants de la côte, et ne voulut pas que les cultivateurs envoyassent leurs denrées ailleurs qu'à Santos ; par là il ruina tous les autres ports, et il mit les colons à la merci de trois ou quatre marchands qui , se coalisant , devinrent entièrement maîtres des prix (S). Il n'est point à notre connaissance que l'on ait mis en doute la probité d'Horta; mais, s'il n'y eut au-

(1) Pizarro, Mem. hist., YIU, U parte, 287. — D. P. MûUer, Ensaio etkUistieo, é. — MiUlet et Lopes de Moura, DiccUmario, l, 447; II,

(l) Pizarro, Memoritu hUloricas, vm, 1* parte, 275, 277, 278.

10 TOTAOE DAHS LES PROVINeSS

eune eonnivence entre lai et les marchands de Santos , il faut convenir qu'il fit tout pour qu'on le soupçonnât de cette indignité, et qu'il céda è un caprice malfaisant, aujourd^tiui tout à fait Ineuplicable.

L'arrôté destructeur d'Antonio José da France e Horta eut son exécution jusqu'en l'année 4806. Alors le roi Jean Vj; fuyant devant Tarmée française, arriva au Brésil. Un de ses premiers actes fut d'ouvrir les ports de cet empire aux nations amies, de supprimer le système colonial avec toutes ses prohibitions , en un mot d'égaler au Portugal son ancienne colonie. Ce n'était point encore l'indépendance du Brésil , c'en était le prélude.

La capitainerie de S. Paul profita des bienfaits du nouvel ordre de choses. Ses relations commerciales s'étendirent et devinrent plus importantes ; le cabotage reprit son ancienne activité ; les agriculteurs, vendant leurs denrées plus avantageusement, cultivèrent davantage; les sucreries et les plantations de café se multiplièrent; des hommes de toutes les nations arrivèrent dans le pays ; ils donnèrent aux habitants quelques idées nouvelles, et les arts mécaniques se perfectionnèrent. Mais, il faut le dire, les étrangers abusèrent plus d'une fois de la confiance des Paulistes; ceux-ci conçurent une juste défiance, et ils perdirent quelque chose de leur ancien abandon, de leur firanchise et de leur hospitalité.

Ce ne fut pas pendant bien longtemps que les Paulistes jouirent en repos des avantages d'une liberté plus étendue. La guerre éclata, en 1811, entre le Brésil et les Espagnols-Aroériçaîaij du Rio de la Plata, Pour repousser les attaques de ces derniers, on ne pouvait guère tirer des soldats du Par& ou de Fernambouc ; la capitainerie de Rio

DE SAIRT^PAUL ET DE SAIIITB^CATIEMNE. 71

Grande et celle de S. Paul étaient les plus rapprochées dn pays ennemi ; ce furent elles qui fournirent des troupes. La justice aurait exigé que ceiles*ci fiassent entretenues par les autres provinces; il n'en filt pas ainsi : 8< Paul fut forcé non-seulement de fournir des hommes^ mais encore de subvenir à toutes leurs dépenses (1 )•

Lorsque l'on commença à faire des levées pour rdrmëe du Sud, les Paulistes Jouissaient depuis longtemps d'une paix profonde ; la consternation fut d'autant plus générale que l'on prenait les gens mariés comme les célibatHireB. Pour défendre leur propre pays, tous, n'en doutons pas, seraient accourus sans hésiter; mais il fallait que les hom* mes qu'ori demandait allassent se battre pour une cftuse qui leur était étrangère, contre un peuple dont ils n'avalent peut-être Jamais entendu parler; il fallait qu'ils se trans portassent à plusieurs centaines de lieues de leurs familles, sans espérance de les revoir de longtemps ni même de pouvoir leur donner de leurs nouvelles; un grand nombre d'entre eux n'eurent pas ce courage. Il y eut des émigra-^ tiens considérables; la population de Minas Geraés s'accrut d'une manière sensible aux dépens de celle de la capitainerie de S. Paul. Une légion entièrement composée de soldats tirés de cette capitainerie prit part cependant aux campagnes de l'armée du Sud. Une fois sous les ar* mes, ces hommes surent se plier aux nécessités d'une guerre He partisans ; ils montrèrent que c'était eneore le sang des vieux Paulistes qui circulait dans leurs veines. On leur donnait une nourriture à laquelle ils n'étaient point

(1) Eschw., Janm. wm Bras., II, tab. ii.

72 VOYAGE DAIfS LES PROVINCES

accoutamés, de la viande sans farine (1) et sans sel; pen« dant plus de deux ans ils ne reçurent point de solde (2); . leurs vêtements tombaient en lambeaux, on ne les renouvelait point. Ils supportèrent toutes les privations, toutes les fatigues avec une admirable constance ; ils combattaient tantôt a pied, tantôt à cheval ; ils n'étaient point inférieurs à leurs ennemis, les Gauchos, dans Fart de jeter le lacet, et comme eux ils parcouraient les vastes campagnes de la Bande orientale, en galopant avec une inconcevable rapidité ; enfin> non moins intrépides que les soldats de Rio Grande, leurs compagnons d'armes , ils observaient beaucoup mieux que ces derniers les lois de <a discipline. Ils se distinguèrent en plusieurs rencontres, et Ton dut principalement à leur valeur les résultats heureux de l'affaire décisive de Catalan (3), qui bientôt amena la reddition de la ville si importante de Montevideo.

La légion de S. Paul était encore cantonnée sur les bords de la Plata, lorsque, à la fin de l'année 18â0, arriva à Rio de Janeiro une nouvelle qui, malgré la difQculté des communications, se répandit avec la rapidité de l'éclair dans

(1) Les Brésiliens remplacent le pain par de la farine de manioc on eelie de maïs.

(2) U y avait vingt-sept mois que les soldats de S. Paul n*avaient rien toaché lorsque Fauleur les vit, vers la fin de Tannée 1820, snr les bords de la Plata. SU lui était donné de rédiger la relation de son voyage dans la province de Rio Grande , la campagne de Montevideo et les missions de l'Uruguay, il reviendrait sur la légion de S. Paul, commandée alors par le colonel Manoel Marques de Souza.

(3) L'affaire de Catalan eut lieu le 4 janvier 1817 (Abreu e Lima , Synopsis, 308). Les Paulistes y étaient commandés par le général de brigade {brigadeiro) Joaquim de Oliveira Alvares que Fauteur a eu l'avantage de connaître, et dont U trace le portrait dans la relation de son voyage à Sainte-Catherine.

toates les parties du Brésil , celle d'un évéaement qui devait bientôt changer les destinées de ce vaste empire ; le Portugal avait secoué le joug du gouvernement absolu et allait se donner une constitution libérale.

La révolution qui venait de s'opérer au sein de la mère patrie excita chez la plupart des Brésiliens un vif enthousiasme, et pendant quelques in^^tants ils s'unirent aut Portugais dans les sentiments d'une étroite fraternité. Mais, il faut bien le dire, les gens éclairés savaient seuls ce dont il s'agissait ; le peuple ne comprenait pas même le sens du mot constitution qui était dans toutes les bouches ; on lui répéta que» par là, on entendait la réforme des abus dont il avait eu si longtemps à se plaindre, et il jura fidélité à la constitution avant même qu'elle fût faite.

Lorsque la révolution commença à éclater, les capitaines généraux se trouvèrent dans l'alternative embarrassante de se rendre odieux au peuple en cherchant à maintenir l'ancien ordre de choses ou de déplaire au roi en ne soutenant pas son autorité par tous les moyens possibles. Mais, aussitôt que le souverain lui-même eut renoncé au pouvoir absolu, il ast clair qu'eux, ses représentants, devaient agir de même dans les provinces. Cependant, accoutumés à gouverner despotiquement et à recevoir des hommages qui tenaient presque de l'adoration, il leur en coûta de partager leur puissance, de n'être plus que les présidents des juntes provisoires que l'on créa partout, et de devenir presque les égaux de quelques-uns de ceux qu'ils avaient traités, si peu de temps auparavant, avec tant de hauteur. Ils se persuadèrent que la révolution finirait par être étouffée, et ne se prêtèrent qu'avec répugnance à l'exécution des nouveaux décrets. On ne vit plus en eux que des défenseurs

n VOYAGE DANS Lfô PftOVmCES

intéresséfi de la tyrannie ; ils ne poufaient avoir de partie gans; la plupart furent eipulsés (1).

Les choses ne se passèrent pas tout à fait ainsi dans la province de S. Paiil. Un gourernement provisoire y fat installé ati mois de juin i821 (2) et eut pour président JoÂo Cablos Augusto n'OETNHAusBir , l'ancien capitaine général. L'illustre José Bonifacio de Andrada eîerçait la plus grande influence dans la province de S. Paul oà il était né ; il pensa avec raison que ses compatriotes , toujours attachés au roi et à sa famille, respecteraient davantage la tiouvelle administration, si elle semblait encore dirigée par r homme qui, originairement, avait été choisi par le souverain, et qui, d'ailleurs, s'était fait aimer de tous par ses qualités personnelles; il soutint donc puissamment Joâo Carlos d'Oeynhausen, et celui-ci resta beaucoup plus longtemps dans son gouvernement que les autres capitaines généraux (3) dans les leurs. Par ce moyen, le passage de l'ancien ordre de choses au nouveau se fit moins brusquement à S. Paul qu'ailleurs et n'y causa aucune secousse.

Il est indispensable que nous donnions une idée juste de la révolution du Brésil ; dans ses commencements, il faut

(1) Ce serait sortir de notre sujet que de raconter les événements qui eurent lieu dans chacune des provinces du Brésil ; nous ne parlons doue ici que d'une oitnière tout à fait générale.

(2) Date empruntée à Daniel Pedro Millier {Ensaio ettalisUco, 3).

(3) L'auteur le vit encore au mois d'avril 1822 dans le palais des an» ciens capitaines générant que jusqu'alors il n'avait pas quitté. Cet homme eicetlent, dont fauteur trace ailleurs le portrait» s^était fait teU lement aimer et respecter dans toutes les provincea dont U avait été gouverneur, qu'encore aujourd'hui les habitants de Matogrosso prononcent rarement son nom sans porter la main à leur chapeau (Gastelnau, EœpédUiont II, 362).

DE SAUrr-PAUt ET DE SAIHTE-CATHERINE. 75

le dire, elle fût plutôt portugaise qu'américaMe. Jusqu'au mois de décembre 1831 , ce qui se passa à Rio de Janeiro fut r ouvrage des Européens, et ils contribuèrent beaucoup aussi aux rérolntions partielles des provinces , aidés par quelques familles brésiliennes riches et puissantes qui voulaient se substituer aux anciens gouverneurs. Quant à la masse du peuple, séduite d*abord par de brillantes promesses dont Taccomplissement se fit vainement attendre, elle devint bientôt indifférente à tout ce qui se passait; elle semblait dire : Ne faudra-t-il pas toujours que Je porte mon fardeau? Elle ne tarda même pas à regretter l'administration toute personnelle de ses capitaines gédéraux.

La majorité des Français gagnait immensément à la révolution de 1789, qui supprimait les privilèges légaux dont avait joui une classe favorisée; au Brésil l'inégalité n*avalt réellement été consacrée par aucune loi ; les injustices dont les classes inférieures avaient si souvent à se plaindre étaient des abus de pouvoir que se permettaient sans cesse les employés et les hommes riches ; mais ce flirent précisément ces hommes qui, dans les premiers temps, se mirent à la tète de la révolution; ils ne songèrent qu'à diminuer Fautorité du roi pour augmenter la leur; ils chassèrent les capitaines généraux , ne s'occupèrent du pauvre en aucune manière, et celui-ci demandait sans cesse de qui il pourrait implorer la protection.

Les Paulistes avaient nourri si longtemps un si profond amour pour leur roi, qu'en 1822, plusieurs mois après son départ, les habitants de la campagne le considéraient encore comme l'arbitre suprême de leur existence et de celle de leurs enfants ; c'était toujours au roi qu'appartenaient les impôts, le péage des rivières, le pays tout eMier. Il

n'était pas un seul caltivateur de la proviDce de S. Paul qui ne répétât ces paroles : <c On nous promettait tant de a bonheur de cette constitution^ et nous vivons dans des a craintes continuelles. Chacun restait autrefois tranquille <c dans sa maison ; à présent il faut que sans cesse nous <c quittions nos femmes et nos enfants pour aller mettre la « paix à Rio de Janeiro ou à Minas. Ne valait-il pas mieux « être gouverné par notre roi» et notre capitaine général <c décidant de tout à lui tout seul» que de Fètre par tant « de gens qui se disputent entre eux , nous renvoient de « Tun à Tautre quand nous présentons notre requête, et (c n'ont aucune pitié des pauvres (1)? »

Cependant Tépoque était arrivée où la révolution allait prendre un noble caractère ; elle allait devenir complètement brésilienne.

Le peuple portugais s'était soulevé bien moins peutêtre pour affaiblir l'autorité royale que pour faire rentrer sous le joug son ancienne colonie, dont l'émancipation avait été pour lui un sujet de douleur, a Cette émancipaa tion» en effet, le rejetait au second rang, et tarissait <c une des sources principales de ses richesses ; elle le a blessait tout à la fois dans son orgueil et dans ses intéa rets. L'assemblée des certes de Lisbonne crut donc que, <c pour se rendre populaire, il fallait qu'elle replaçât le (( Brésil sous la domination de la métropole. Aveuglés par a la vanité nationale, les<législateurs portugais n'avaient

(1) Après avoir assisté à Texpulsion des troupes portugaises qui eut lieu à Rio de Janeiro, Tauteur voyagea eu 1822 à Minas et à S. Paul ; depuis près de six ans, il vivait au milieu des Brésiliens ; il n'était plus un étranger pour eux ; on s'ouvrait à lui sans aucune réserve, et il croit pouvoir répondre de tout ce qu'il dit ici.

« pas même daigné sans doute jeter les yeux sur la carte « du Brésil. Un décret maladroitement hypocrite rétablit « r ancien système colonial ; et, comprenant dans un même « anathème le royaume dn Brésil et le jeune prince au- « quel Jean YI en avait confié la régence, les cortès orf( donnèrent que don Pedro, déjà marié et père de famille^ « reviendrait en Europe, pour vojager sous Tailed'un a gouverneur et pour lire avec lui les Offices de Cicéron « et les Aventures de Télémaque ( 1 ) . »

D. Pedro parut d'abord prêt à obéir aux ordres des cor^ tes; mais c'était sans doute pour faire mieux sentir aux Brésiliens combien sa présence leur était nécessaire. Sans ce prince, en effet, il n'y avait plus pour eux de centre commun; les provinces se seraient séparées les unes des autres, chacune d'elles se serait démembrée, et le Brésil, livré à une affreuse anarchie, aurait eu le triste sort des colonies espagnoles.

Dans des circonstances aussi difficiles, la province de S. Paul donna un noble exemple. Le 24 de décembre 1821 , la junte qui la gouvernait vint exposer au prince tous les inconvénients qu'entraînerait son départ, et le conjura de rester au milieu d'une population qui lui était dévouée. Les Mineiros montrèrent qu'ils partageaient les sentiments des Paulisles, et, le 9 janvier 1822, le sénat municipal de Rio de Janeiro obtint de D. Pedro cette réponse célèbre : Puisque le peuple pense que ma présence ici peut faire le bien de tous, diles4ui que je reste.

Par l'énergie avec laquelle ils se prononcèrent contrôles

(1) Auguste de Saiat-Hilaire, Précis des révoluliom du Bréâil, elc,, dans le Voyage sur U lilloral du Brésil, U, 378, et dans la Revue des deux mondes.

7S YOYAOE PANS LES PROVINCXS

cortès de Lisbonne et la fidélité dont iU firent preuve envers le prince» les Paulistes acquirent des droits éternels h la reconnaissance du reste des Brésiliens* Mais» nous de* yons le dire, leur inexpérience des affaires était telle^ qu* ils seraient probablement restés dans rinaction , si la Providence n'avait permis qu'ils eussent à leur tète deux hommes aussi remarquables par leurs talents que par leur patriotisme. José Bonifacio de Andrada et son frère Martim Francisco subjuguèrent leurs collègues par teur ascendant» ils les dirigèrent, et le Brésil fut sauvé.

Quelques mois plus tard » don Pedro accourut à S* Paul avec une rapidité qui témoignait à la fois de sa force physique et de l'énergie de son caractère ; la plaine d'Ypiranga retentit de ce noble cri : Vivre indépendants ou niburirl Le Brésil est pour jamais séparé du Portugal*

Depuis cette époque» une génération s'est écoulée* Don Pedro» fondateur d'un des plus vastes empires qu'il y ait au monde» avait fait des ingrats ; il est allé mourir dans le petit pays où il était né. Son fils est monté sur le tr6ne» et les peuples du Brésil» après avoir passé par les pins rudes épreuves» trouvent aujourd'hui» dans une consiîtation parfaitement appropriée à leurs besoins» les avantafpes du système monarchique oonstitutîonnel et eeoi d'une union fédérative.

Devenu indépendant, le Brésil a fait» au sein 4* ta pais* des progrès sensibles ; sa population s'est accrue», son commerce a pris de l' extension ^ l'agriculture conanMioe à y fleuritt

Ces changements heureux ne sont rien cependant en eomptrsiseii de eem qu'on peut attendre encore. Par sa vaste étendue» la grandeur de quelques-uns de ses ports, la

DE SAINT-PAUt ET D£ SAUrTE^UTSEBINE. 19

fertilité de son territoire, la variété de ses produetions» rintelligence de ses habitants, le Brésil est appelé aux plus hautes destinées ; mais c*est à une condition qu'il pourra les remplir : il faut que toutes ses proriaces, libres chacune dans son administration particulière , restent unies entre elles et se rattachent toutes à un centre commun.

Si jamais les Brésiliens, séduits par d'hypocrites décla* mations et des promesses trompeuses, cessaient de recon* Battre un pouvoir central, leur pays serait bientôt la proie d'une affreuse anarchie, ou, pour mieux dire, il n'y aurait plus de Brésil.

Dans les provinces séparées les unes des autres se répéteraient en petit les scènes qui auraient amené la désunion générale; toutes sedémembreraient. Ainsi, à l'instant même où s'opérerait leur dislocation, Curitiba se déclarerait indépendant de S. Paul ; la ville de Paranagué, séparée de celle de Curitiba par des montagnes presque inaccessibles, refuserait de se soumettre à la même administration que cette dernière; originairement peuplée par des Mineiros, France ne voudrait rien avoir de commun avec les autres parties de la province actuelle; peut-être même verraiton se ranimer les anciennes querelles de S. Paul et de Taubaté^ et du beau nom de Pauliste il ne réciterait plus qu'un souvenir historique.

Que les Brésiliens se liguent donc contre les ambitieux qui travailleraient à les désunir. Qu'à l'approche du danger les Paulisles se serrent les uns contre les autres ; qu'il» se rappellent la gloire de leurs pères, la belle journée du 24 décembre 1821 , le nom des Andradas; qu'ilsnoarcbent et sauvent encore une fois la potf ie coaunime^ en répétant

ces paroles d*uD guerrier généreux, qui leur conviennent si bien : Noblesse oblige.

S II* •*- Limites, moDlagnes, cours d^eau, elimat.

Après avoir compris dans ses limites environ un tiers dit Brésil p la province de S. Paul , moins vaste aujourd'hui que celle de Goyaz ou de Maiogrosso, offre cependant encore une surface de 15 à 18,0U0 legoas carrées, de 18 au degré (1). Ses contours sont fort irréguliers; tantôt elle forme une avance dans la province limitrophe, tantôt c*est cellcrci qui semble empiéter sur son territoire. Presque entièrement située en dehors du tropique du Capricorne, elle s'étend des 2O30' latitude méridionale aux 28% et elle a 155 legoas de longueur du sud au nord, sur une largeur moyenne de 100 legocts d'orient en occident (2). Au nord

(1) Escfaewege estime cette surface approximativement à 15,000 legoas (Brasilent U, 68} ; Taateur de YËtisaio if um quadro ettalisUco da Provincfa de S. Paulo, à 19,400, de 20 au degré.

(2) J'emprunte ces chiffres à Tabbé Mauoel Ayres de Cazal, dont le livre a été publié vers l'époque de mon voyage (v. Corog, Braz., I, 200); mais je dois dire que Fauteur de ÏEnsaio , ouvrage qui a paru de 1838 à 1839, place la province de S. Paul entre les 19<* 40' et les 27* 12' latitude sud, et ajoute qu'elle a, de 1 est à Fouest, 235 lieues, de 20 au degré. La différence de latitude chez les deni auteurs est due, sans doute^ à des erreurs de calcul ou à quelque changemeut qui aura eu lieu , depuis mon voyage, dans les limites des provinces ; peut-être inême estelle due aui deui causes réunies. Quant à celle de près de deux tiers qui existe, pour retendue de Test à Touest, entre les deux ouvrages cités, elle vient probablement de ce que Gazai aura moins tenu compte que Fauteur de ÏEnsaio du vaste territoire occupé par les Indiens sauvages. — MM. Milliet et Lopes de Moura placent ^Dicc, II, 611) le territoire de S. Paul entre les 23** et les 26* : peut-être ont-ils pris pour base du premier de ces chiffres la réuoioo que, à la suite de la révolte insea-

elle est bornée par les provinces de Minas Geraes et de Goyaz ; au nord-est, par celle de Rio de Janeiro ; à l'est, par rOcéan ; aa midi, par les provinces de Rio Grande de S. Pedro do Sul et de Sainte-Catherine; à Touest, par Matogrosso et une portion des anciennes colonies espagnoles (i), ou, pour mieox dire, de ce côté, elle se confond avec des déserts.

Plus heureusement située que les provinces centrales de Minas Geraes et Matogrosso , S. Paul possède une vaste étendue de côtes, et, quoiqu'on général ses ports n'admettent pas de grands bâtiments, elle peut cependant entretenir des relations directes avec FEurope et exporter facilement l'excédant de ses produits.

Le port de SantoSy qui forme, en quelque sorte, une dépendance de la ville de S. Paul, est le seul de la province qui reçoive des bâtiments de guerre ; les bricks de commerce entrent à 5. Sebastiào, à Cananeay à Paranaguâ; Vbatuba, Ilanhaem, Iguapé, Guaratuba ne sont que des ports de cabotage (2).

La Cordilière, qui, comme je Vai dit ailleurs (3), se pro-

aée de 1842, Ton fit d'une partie de la province de S. Paul à ceUe de Rio de Janeiro ; mais cette réunion ne fut que momentanée, et n*a, en définitive, rien changé aux limites des deux provinces (v. les discours prononcés à Touverture des assemblées législatives provinciales de S. Paul de 1843 à 1847).

(1) J'ai déjà dit {Voyage au^ sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyaSy II) que, sur la route de Goyaz, le Rio Grande forme la limite septentrionale de S. Paul ; je ferai connaître, d'une manière également précise, plusieurs de ses autres limites, à mesure que j'avancerai dans ma relation.

(2) Eschw., Bras.f I; — Piz., Mem., hist., VIII, 301 ; — Kusaio, 10.

(3) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Uinas Geraes^ vol. I.

n VOYAGE DANS LES PROVINCES

longe à peu de distance de l'Océan dans une grande partie du Brésil [Serf a do Mar) (1), divise la province de %. Paul en deux parties fort inégales, le littoral (a Beiramar) et le plateau {Serra a cima)^ Cette dernière expression sufGrait presque pour indiquer que, à l'ouest de la Cordillère maritime, on ne retrouve point le même niveau qu'au bord de la mer ; après avoir franchi la chaîne, on arrive, en effet, à cet immense plateau qui forme une si grande partie du Brésil, et dont la hauteur moyenne est, suivant Eschwege, de 761 ""«Ta (2,500 pieds anglais) (2) ; par conséquent, on n'a jamais à monter autant du côté de Toccident que du côté opposé. Il est même évident qu'au-dessus de la ville de Santos la Serra n'est que la pente très-accidentée et très-abrupte du plateau, puisque, arrivé au point culminant, ou ne trouve plus, dans un espace de 7 à 8 legoas, jusqu'à S. Paul, qu'une plaine ondulée dont la pente est à peine sensible (3).

J'ai dit ailleurs (4) que, lorsqu'on se rend de Rio de Janeiro à Minas Geraes, et qu'après avoir traversé la Serra do Mar on se dirige à peu près vers le nord-nord-ouest, on rencontre une seconde chaîne qui va se perdre dans le nord du Brésil. Cette chaîne (Serra do Espinhaço, Eschw.)» d'où s'élèvent quelques pics remarquables par leur hauteur et

(1) Ce nom de Serra do Mar est celai que Ton donne le plus généralement à la Cordilière maritime. Dans la province de S. Paul, on l'appelle aussi Serra de Cubalào; mais ces mots s'appliquent plus spécialement à la partie de la chaîne qui se trouve entre Santos et S. Paul. L*ancien nom emprunté aux Indiens, Serra da Paranapiaçaba, n'est pas nou plus tout à fait hors d'usage.

(2) Brasilien, II, 165.

(3) Varnh. in Eschw., Journ., Il, 224.

(4) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc, l, 68.

par la végétation y ariée qui les couvre, parait commencer dans la province de S. PaiiU avec la montagne de Jaragm^ voisine de la capitale de la province (1). Avant de prendre la direction presque septentrionale qu'elle suit à Minas^ elle en a d'abord une beaucoup plus orientale, et la conserve tant qu'elle appartient à la province de S. Paul (i2)« Entièrement comprise, à son origine, dans cette dernière province, elle la sépare bientôt de celle de Minas Geraes, sous le nom de Serra da JMantiqueiraj qu'elle conserve dans une portion notable de son étendue. L'espace compris dans la province de Minas Geraes et celles de Rio de Janeiro et d'Espirito Santo entre la Cordilière maritime et la Serra da Mantiqueira n'a pas moins de 3 à 4 degrés; il présente un réseau de montagnes et de vallées profondes, et est couvert, sans interruption, de sombres bois vierges; dans la province de S. Paul , la Serra da Mantiqueira se rapproche bien davantage de l'Océan. Ici l'intervalle qui sépare les deux chaînes n'est plus qu'une sorte de bassin étroit qui souvent n'a pas 1 degré ou même 1/2 degré de largeur, qui, vers la limite de Rio de Janeiro, est encore, il est vrai, montagneux et uniquement boisé (3), mais qui, au delà de Taubaté, devient généralement très-égal ou simplement ondulé, et offre une agréable alternative de forêts et de pâturages. De ce que les deux chaînes sont fort rapprochées, il n'en faut pourtant pas con-

(1) Ensaio d^um quadrOf etc., 10; — Kidd., SkelL, 238.

(2) Voyage atur sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyaZf I, 56.

(3) Je n*ai pas besoin de dire que je comprends ici les terres aujourd'hui en culture ou qui jadis furent cultivées ; si Ton n'y yoit plus de bois, elles en furent couverte» ij y ê l)iea |iea de temp» eucoire.

S4 VOYAGE DANS LtS PROVINCES

dure qu'à son extrémité la Serra da Mantiqueira forme un angle aigu avec la chaîne maritime et se confond avec elle. J'ai parcouru la province de S. Paul dans toute sa longueur, depuis la limite de Rio de Janeiro jusqu'à celle de Sainte-Catherine, et je me suis convaincu que si , en certains endroits, des contre-forts existent entre les deux chaînes, celles-ci ne partent pas d*un nœud commun. Lorsque, pour se rendre à la ville de S. Paul, on s'éloigne du Morro de Jaragué, qui en est distant d'environ o legoas, et que l'on considère, ainsi que je l'ai dit, comme l'extrémité de la Serra da Mantiqueira, on voit le sol s'aplanir par degrés et finir par n'être plus qu'une vaste plaine ondulée bornée par les montagnes qui se rattachent à celles de Jaragué; au-dessous de S. Paul, est un changement de niveau de 50 à iOO pieds (i); puis jusqu'à la descente de la Serra do Mar, sur le chemin de Santos, s'étend une autre plaine ondulée de quelques lieues.

La province de S. Paul est au moins aussi bien arrosée que celle de Minas Geraes et le midi de Goyaz. On n'y trouve pas, a la vérité, un cours d'eau qui, dès ce moment, soit navigable, sans interruption, dans une aussi grande étendue que V Araguaya, le Tocantins ou le S. Francisco; mais, située sur le bord de la mer, elle a moins besoin que les provinces centrales d'une navigation intérieure; et, avec le temps, plusieurs de ses rivières, dégagées des obstacles qui aujourd'hui les embarrassent, ou accompagnées, dans les endroits difficiles, d'un canal latéral, deviendront d'utiles moyens de communication entre les colons plus nombreux.

(1) Fried. Varnb* in £8chw.| J(mrn.y II, 346.

Une foule de rivières les conduiront au Parannâ, qui répandra dans le Paraguay et dans l'Entre Bios les produits des parties tropicales de la province, tandis que le Parahyba portera, au nord Jusqu'aux Campos dos Goitacazes, les productions européennes et caucasiques des Campos Geraes et de Cnritiba. Il y a même très-longtetnps que les Paulistes ont profité duTieté pour commencer cette navigation gigantesque et périlleuse qui les conduisait à Cuyabé, et, si, lors de mon voyage, le commerce avait abandonné la voie des fleuves par les raisons que je dirai plus tard, le gouvernement s'en servait encore quelquefois pour faire parvenir àMatogrosso des troupes et des munitions de guerrq. C'est, comme le Tieté, dans le Parannà que se jettent médiatement ou immédiatement les rivières qui, au sud de la latitude où commence la Serra da Mantiqueira, naissent du versant occidental de la Serra do Mar, et parmi elles il y en a de fort importantes. Celles qui descendent du versant oriental ne peuvent avoir qu'un cours de très-peu d'étendue; mais elles sont très-utiles aux propriétaires riverains pour le transport de leurs denrées aux ports les plus voisins. Les eaux qui, dans le bassin compris entre la Serra da Mantiqueira et la Serra do Mar, s'échappent des deux versants opposés se rendent, au midi, dans le Tieté, au nord dans le Parahyba , fleuves qui , après avoir coulé tous les deux du côté de l'ouest, s'éloignent l'un de l'autre en se dirigeant, le premier vers le nord-ouest, et le second vers le nord-est.

Peut-être est-il permis de dire, d' une manière très-générale, que le climat de la province de S. Paul convient mieux à notre espèce que celui de la plupart des autres

parties du Brésil ; mais il est facile de concevoir que la même température ne saurait régner dans une contrée qui, à la fois intra et extratropicale, comprend 8 degrés de latitude, et dont une partie s'étend au niveau de la mer^ tandis que l'autre s'élève pour former un plateau plus ou moins inégal. Sous le rapport du climat comme sous d'autres rapports, la province de S. Paul se trouve naturellement divisée en deux régions par la chaîne maritime. L'une, qui embrasse tout le littoral, est beaucoup plus chaude que Tautre et beaucoup moins saine; celle-ci, formée par le plateau, est plus tempérée et plus salubre.Dans la première la température ne varie pas excessivement du nord au sud ; sur le plateau, au contraire, elle présente les différences les plus sensibles, et, si nous cherchons à apprécier celle des diverses parties de la province par l'examen de leur végétation, nous trouverons que, sous le rapport des produits du sol, particulièrement des produits cultivés, l'extrémité sud du littoral ne correspond, sur le plateau, qu'aux districts les plus septentrionaux.

Au delà des monts qui forment la chaîne maritime , les différences de température dans les différents mois de l'année sont beaucoup plus sensibles que sous des parallèles moins éloignés de la ligne équinoxiale; mais sur les bords de la mer la même inégalité n'existe pas , ce qui, au reste, ne fait que conQrmer une règle générale bien connue des météorologistes.

Comme à Minas et à Goyaz on distingue, sur le plateau de S. Paul, deux saisons : celle des pluies, qui, suivant les cantons et peut-être les années, commence en octobre ou en novembre; celle de la sécheresse, qui commence en mars

OU en ovril. Le même partage n'est point aussi marqué sar le littoral (i). Il y pleut à peu près dans tous les temps, et Ton assure même qu'à Santos il tombe de très-fortes pluios pendant une très- grande partie de Tannée, ce que Ma we etd'Ëschwege attribuent à la position de cette ville construite, disent-ils, au milieu des hautes montagnes (S).

Le paragraphe suivant, ou je traite de la végétation de la province de S. Paul, achèvera peut-être de faire compreri" ^re ce que je viens de dire de la température de cette province.

I m. ^ Végétation.

Des forêts continues couvrent la partie de la province 1â plus voisine de Rio de Janeiro, tout le littoral ainsi que la Serra do Mar, et s'avancent plus ou moins sur le plateau. La Serra da Manliqueira est également couverte de forêts

(1) Voici commeot s'exprimait, à ce sujet» le vénérable P. Aochieta en 15C0 : In hac parte Brasilise qus S. Vioceatias dicitur... necyeri certain tempus, Dec hyemi potest aseignari ; perpetuA quAdam temperie cooficit sol cursus suos, ita nec frigore horret byems, née calore infestatur «estas ; nulio teoipore anai cessant i.mbres, adeo ut quarto , tertio , aut secundo etiam quoque die altérais vicibus sibi pluria solque succédant... Paratinings autem et aliis que ipsam versus occasum subse» quantur locis ita a oaturA comparatum est, ut si quando ardentior« cêr lore (cujus maiima a novembri ad martium vis est) dies sstuaverint,

pluvis infusione capiat refrigerium, quod et bic usu venit Hyeme

vero (eiacto aulunono qui a martio incipiens niediA quâdam tenoperie conflcitur) suspeoduntur pluvis, frigoris autem vis borrescit , mafioM junio, juiio et aogusto ; quo tempore et sparsas per campos prafoad omnem Tere arborem et herbam perurentes sjepe vidimus {Epitlol. in noUc Ultramar., 1. 133, 137u

(2) Travels, 60. — Journ. v. Bras., 76.

M VOYAGE DANS LES PROVUf CES

qui, avec les premières, ne forment qu*un vaste ensemble. Quant au plateau lui-même, il présente une alternative de grands bois et de riches pâturages.

La province de Minas Geraes, qui, entièrement située entre les tropiques, ne connaît pas d* hiver, et qui est traversée par la chaîne de montagnes la plus élevée de tout le Brésil, doit naturellement posséder une Flore beaucoup plus riche que celle de S. Paul , et je suis persuadé que, terme moyen, on trouverait une différenee énorme entre le nombre d'espèces croissant sur 1 lieue carrée dans la première de ces deux provinces et celui que Ton compterait à S. Paul sur un terrain d'-une étendue semblable. Cependant, si nous nous bornons à comparer les deux pays sous le rapport des différentes formes qui, suivant les cantons, caractérisent l'ensemble de la végétation, nous trouverons que la province de S. Paul n'offre pas moins de diversité que celle de Minas. On chercherait vainement a S. Paul ces forêts naines de 3 ou 4 pieds, où domine le Mimosa dumetoruniy Aug. S. Hil., et qu'on appelle carrascos (i); on y chercherait vainement ces catingas qui ^ sous les feux des tropiques, présentent, en juin et juillet, l'image de nos forêts dépouillées de feuillage (S); mais, d'un autre côté, Minas ne connaît pas la végétation maritime, et les Araucaria {pinheiros) dispersés dans quelques bois de la eomarca de S. Joào d'EI Rei ne sauraient donner qu'une

(1) Da côté de Castro , Tille qai appartient aux Campos Geraes» les broussailles qui croissent dans de très-mauvais terrains et dans les pâturages trop souyent broutés par le bétail ont assez Taspect des carrcueos, mais elles n'en ont que Taspect.

(2) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, II, 2, 98 et suiv.

idée bien imparfaite des immenses forêts formées, dans les Campes Geraes, par cet arbre majestueux.

Parcourant rapidement la province de S. Paul du nord au midi, je vais tâcher de donner une idée des diverses formes végétales qui s'y succèdent.

Depuis la frontière de Rio de Janeiro jusqu'au chemin de Minas Geraes par Santa Maria de Baependi^ nous avons, avec un pays montagneux, des bois vierges qui rappellent exactement ceux des environs de la capitale du Brésil ; les arbres y ont la même vigueur, les palmiers et les Cecropia y croissent 'avec une égale abondance, la verdure des végétaux offre des teintes aussi foncées. Au delà du village de Cachoeira, dans les alentours de Lorena et de Guaralingmtâ, environ par les 22"" 46' latitude sud, le terrain, marécageux et généralement mêlé d'un peu de sable, n'offre presque partout qu'une végétation assez maigre, mais qui pourtant appartient encore, jusque dans les moindres détails, à la Flore de Rio de Janeiro; ici, comme au milieu des marais de la paroisse de S. Antonio da Jacutinga, on ne voit que des arbres et des arbrisseaux peu feuilles, à tige grêle, à rameaux presque dressés et assez courts. A environ 1 lieue de Guaratinguetà, la végétation des marais disparaît entièrement ; mais il nous est difficile de déterminer si celle que nous avons sous les yeux est partout le résultat des travaux destructeurs de l'homme, ou si, dans quelques parties, elle a toujours été telle que nous la voyons aujourd'hui; nulle part nous ne découvrons de véritables forêts vierges ; souvent les arbris* seaux et les arbres sont épars au milieu du gazon, quelquefois ils sont plus rapprochés ; dans des espaces considérables , ils forment un épais fourré entremêlé de Mimo-

«0 YOTAGE DANS LES PROTINCBS

sées épineuses, et, lorsque le chemin traverse ces bois, oft le dirait bordé de baies cbarmantes semblables à eelles qui entourent les jardins des environs de Rio de Janeiro.

C'est Pindamonhongaha, par les 33^ 55' latitude sud» qui forme la limite de la Flore de cette capitale. Plus loin, la campagne offre une merveilleuse alternative de bois, les uns très-vigoureux, les autres plus ou moins maigres, de pAturages secs ou humides , de marais complètement découverts, et d'autres où s'élèvent des arbres et des ar* brisseaux à tiges grêles. Le pays situé entre Pindamonhon*gabâ et S. Paul est un de ceui où Ton observe le plus de variété dans la végétation ; j*y trouvai des plantes que je n'avais encore vues nulle part, et cependant alors il y avait près de six ans que je parcourais le Brésil, herborisant en tout lieu avec un zèle infatigable.

Si, venant de Villa Boa, nous nous rendons du Rio Grande, limite de la province de S. Paul, à la ville du même nom, nous verrons la végétation tropicale des campos de Goyaz et du S. Francisco s'altérer par degrés. En deçà de la frontière, environ par les âS"" latitude sud, l'élégant 6orily [MaurHia vint fera) cessera de s'élever majestueuse* ment au milieu des marais; ceux-ci n'olTriront plus au botaniste que d'humbles herbes rampant sur ce terrain spongieux. Pendant longtemps nous traversons encore des campos parsemés d'arbres tortueux et rabougris appartenant, a de légères différences près, aux espèces que nous observons depuis les i^"" ou les IS"". Peu à peu, cepen* dant, d'autres pâturages, simplement composés d'herbe et de sous-arbrisseaux, se mêlent aux premiers, qui deviennent de plus en plus rares; à mesure que nous avançons vers le sud, les mêmes espèces se répèlent plus souvent, et par

conséquent noua trouvons moins de variété dans la végétation ; le capim frecka se mêle aut autres Graminées, comme dans les campagnes élevées de S. Joào d'EI Rei, et fournit également ici un fourrage précieux pour le bétail.

Vers la ville de Mogimirim, par les 22"* 20" latitude australe, les bouquets de bois, disséminés dans les pâturages, prennent une étendue qu'ils n*ont eue nulle part depuis Santa Cruz de Goyaz, et dans les défrichements faits jadis au milieu dé ces bois nous retrouvons cette grande fougère (Pteris caudata, ei Mart.) qui, à Torient de Minas, succède aux forêts vierges, mais que nous n'avions point aperçue dans celles de Goyaz. Ces bouquets de bois si multipliés et dans une étendue si considérable, qui carac^ térisent les environs de Mogi, ne sont que les précurseurs d'un changement total dans la végétation ; à 4 legoas environ de cette petite ville les campos disparaissent entièrement, et nous entrons dans une immense forêt. On sait qu'à Minas la région des campos a pour limite le pays des montagnes , et que celle des forêts lui succède lorsque le terrain cesse d'être égal ou ondulé (1) ; il n'en est pas de même ici : quand les grands bois commencent, le pays est aussi plat qu'auparavant, et ce n'est qu'après avoir fait une douzaine de lieues que nous trouvons de petites montagnes, celles de Jundiahy, par les SS*" 2' de latitude sud. A environ 6 ou 7 lieues de S. Paul, nous ne voyons plus que la grande fougère, dont les anciennes feuilles , complètement desséchées et plus nombreuses que les nouvelles,

(1) Voir mon Tableau de la végétation primitive dçtns la province de Minas GeraeSy imprimé dans les Annales des sciences naturelles de septembre 1831 et dans les Annales des voyages.

n VOYAGE DANS LES PROVINCES

donnent à la campagne un aspect triste et grisAtre. Ce canton était jadis entièrement boisé ; il y a déjà près de trois siècles qa'il a commencé à être habité par des hommes de notre race ; il ne faut pas s'étonner que les arbres y aient été détruits. Nous approchons de S. Paul; le pays devient moins inégal ; il finit par n'être plus qu'une vaste plaine ondulée, et alors la campagne nous offre, au milieu d'une pelouse presque rase , des bouquets de bois nom* breux, fort peu élevés, très-rapprochés les uns des autres, mais d'une faible étendue , sorte de marqueterie de deux nuances de vert fort différentes : celui du gazon, tendre et ami de l'œil; celui des bois, d'une teinte très-foncée. Nous nous demandons si ces bouquets de bois ne sont pas les restes de la forêt que nous avons vue commencer près de Mogimirim, et si le pays ne fut pas jadis boisé jusqu'à S. Paul. La nature de la végétation tendrait à l'indiquer; mais la disposition des terrains et tous les documents historiques militent contre cette opinion. Sans les lumières que ceux-ci nous fournissent, nous serions dans l'incertitude où l'on se trouve en Europe relativement à l'état originaire de la plupart des campagnes, et par conséquent je n'ai pas été inutile à la science en faisant connaître la topographie botanique des divers pays que j'ai visités, et dont la végétation primitive n'a point encore disparu. On saura ce qu'étaient ces belles campagnes avant de n'offrir que les champs de maïs, de manioc ou de cannes à sucre qui les couvriront un jDur ; et peut-être alors quelque ami de la nature regrettera-t-il les fleurs brillantes des campos, la majesté des forêts vierges, les lianes qui s'étendent en festons élégants d' un arbre à un autre arbre, et la voix imposante du désert.

La ville de S. Paul est située, par les 25* 35' 10", à 3,46S pieds anglais (755'",i9) au-dessus du niveau de la mer (i) ; c'est dire assez que son climat convient parfaitement aux plantes européennes et caucasiques , et que sa Flore ne saurait être celle du Paré, de Bahia ou de Pernambouc, ni même de Minas Novas ou des déserts voisins deContendas et de Salgado (2). Le, groupe des Chicoracées, à peu près étranger aux provinces septentrionales du Brésil (5), trouve deux représentants dans les pâturages humides de S. Paul : la plupart des espèces que j'ai recueillies aux environs de cette ville se rapportent à des familles qui appartiennent également à la France ; il en est même qui se rapportent à des genres de notre Flore, telles que le Viola gracillima, Aug. de S. Hil., un Juncus^ le Villarsia cornmunis y VAnagallis tenella, var. filiformis, Aug. de S. Hil. et Gir., r Utriculariaoligosperma, Aug. de S. Hil. , qu'on prendrait, au premier coup d'œil, pour TUtricuIaire commune [Utricularia vulgaris^ L.). Des plantes européennes transportées, sans doute, avec des semences de légumes se sont naturalisées dans ce canton. Le Polycarpon tetraphyllum, L., croît sur les murs; YAntirrhinum Orontium^ L., et le Silène gallica, L., formaient deux des mauvaises herbes d'un jardin que j'ai visité, et j'ai trouvé, dans la ville même

(1) Esehw. Brasilien die neue Well, II, 80. — D'après les observations da capitaine Kiog (in Pedro Millier, Ensaio dTwn Qiuadro egialisticOt 7)> le point le plus élevé de la ville de S. Paul correspondrait au sommet de la Serra do Mar sur la route de Santos, ce qui ferait 375 braçoê ou 82.5 mètres.

(2) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Gérâtes, U.

(3) J*ai trouvé une seule Chicoracée dans toute la partie de la province de Goyaz où j'ai herborisé.

de S. Paul, le Marrubtum vulgarcy L., et le Coniutn fnaculatum, L. Toutes les plantes d* ornement qui embellis* salent nos anciens parterres se cultivent avec succès aui alentours de cette ville ; à la fin de novembre y fleurissent les œillets, qui sont ici la plante favorite, les boutons d'or, les pavots, les pois odorants, les scabieuses, les soucis, les œillets dinde, etc. (1). Les fraises, aussi agréables au goût que celles de France et d'Allemagne, abondent, à la même époque, dans tous les jardins. Les pêchers fleurissent, m'a-t-on dit, vers la fin du mois d'août ; alors ils viennent de perdre leurs feuilles; mais bientôt ils en reprennent de nouvelles. Sans parler des orangers, des citronniers, des figuiers , des grenadiers , tous les ans les pruniers , les abricotiers, les cognassiers, les noyers, les chAtaigniers donnent, avec plus ou moins d'abondance, des fruits» les uns bons, les autres médiocres, qui se mangent en février ou au commencement de mars. A la fin de novembre 1819, les pommiers et les mûriers étaient encore en fleur. Mais, si le climat tempéré de S. Paul favorise la culture de èes diflérents arbres, il n'est pas aussi favorable à la vigne que certaines contrées tropicales; car, tandis qu'a Sabaré, à JUeiaponte, à Paracatû, etc., elle donne des raisins deux fois dans l'année , et produirait peut-être plus souvent encore si l'on multipliait les tailles (2), ici elle ne rapporte qu'une fois, et elle reste dépouillée de son feuillage pendant tout le temps des froids. La floraison commence, m'a-t-on assuré, vers la fin d'octobre, et les fruits sont

(1) Dianlhus caryophyllus , h., Ranunculm acrU, L., Papaver orientale, Lathyrus odoralus, L.» Scaàiosa alropurpurea, L., Ca^dulaotficinalis^h., Tageles palula, L., etc.

(2) Voir les trois Relations que j'ai déjà pabliéef •

DE SAINT-PAUL ET DE SAmTE-CATHERINE. 9»

mûrs en janvier et en Tévrier. De tous nos arbres fruitiers le pécher est celui qui réussit le mieux, et est le plus commun non-seulement dans les environs de S, Paul, mais encore dans tout le Brésil extralropical. Le poirier, au contraire, rapporte moins et plus difBcilement ici et même à la Plata que la plupart des autres arbres de nos contrées , et Ton m* a assuré que, pour donner des fruits, il fallait qu'il fût plus vieux à S. Paul qu'en Europe ; les cerisiers ne $ODt pas fort multipliés et ne donnent pas non plus de bons fruits. On ne doit point, au reste, s'étonner de la différence que je signale ici : en s' avançant vers le nord de l'Europe on voit des poiriers et des cerisiers chargés de fruits bien longtemps après qu'ont disparu les abricots, les pèches , et surtout les Ggues et les grenades.

Après avoir quitté S. Paul, nous nous dirigeons, sur le plateau , vers la frontière méridionale de la province ; mais d'abord nous nous détournons un peu vers le nordouest pour visiter les villes d'Hytù et de Porto Felis.

Dans un espace d'environ 42 legocis, le pays est presque semblable à celui que nous avons traversé immédiatement avant d'arriver à S. Paul en venant de Goyaz ; il est encore agréablement coupé de pâturages et de bouquets de bois peu élevés, où dominent des Myrtées, la Térébinthacée s^pfêlée Aroeira {Schînus)^ le Baccaris si commun, qu'on Domme Romarin des champs (alecrim do campo)^ etc. Des espaces assez considérables sont couverts de barba de bode (harbe-ée-bouc, Chœtaria pallens^ var. y, Nées), graminée qui croît en société et qu'on trouve en plusieurs endroits élevés de la partie méridionale de Minas Geraes. À environ 12 legoas de la ville d'Hyiû, le terrain de-

M VOYAGE DANS LES PRÔVmCES

vient très-montagneux, et la végétation cliange entière-^ ment d'aspect ; une grande forêt succède aux petits bouquets de bois entremêlés de pâturages.

Comme nous marchons un peu vers le nord pour nous rendre à Porto Felis, et surtout que nous descendons toujours, puisque nous suivons le cours du Tieté, nous devons naturellement entrer dans un pays beaucoup plus chaud que la ville de S. Paul ; aussi, à 5 hgooi d'Hytù, environ par les 23° 27', retrouvons-nous un campo ou, au milieu des herbes et des sous-arbrisseaux, s'élèvent, assez près les uns des autres, des arbres rabougris , à écorce subéreuse, aux feuilles dures et cassantes. Ici nous revoyons encore les espèces que nous n'avons cessé d'observer, depuis les W et les 15% dans des localités semblables, telles qu'une Guttifère et une Légumineuse amies des températures très-élevées ; le p^gt^, dont on mange les fruits {Caryocar Brasiliensis , Aug. de S. Hil., Juss. Camb.); des Qualea et même le horalé [Brosimum) , habitant des déserts septentrionaux de Minas Geraes (1).

De semblables campos (taboleiros cobertos) existent aussi auprès de Sorocabâ, ville située à peu près par les 23° 20', à environ 5 legoas 1/2 de Porto Felis. Ici est la limite de ce genre singulier de végétation qui appartient essentiellement aux contrées septentrionales. Les pâturages naturels que nous traverserons jusqu'aux limites de la province de S. Paul, et plus loin dans celles de Rio Grande, dans les missions de l'Uruguay, enfin les campa-

(1) Par une exception fort remarquable, nous retrouverons un campo du même genre fort loin vers le sud, près du lieu appelé Gacbambà.

DE SAINT'^PAm. ET DE SAmTE^CATâERINË. Vt

gDes de Montevideo et de Buenos^ÂyreSi sont simplement herbeux.

Il ne faut pourtant pas croire que nous ne trouvions absolument aucun intermédiaire entre les campos parsemés d'arbres rabougris et tortueux et les pâturages pro* prement dits ; il est rare que la nature procède sans transition. A quelque distance de Sorocàba, un petit palmier à feuilles sessiles croit en abondance entre les touffes de Graminées, et dans quelques endroits s'élèvent de petits arbres, parmi lesquels on reconnaît beaucoup de Myrsinées.

A quelques lieues de Sorocaba, nous retrouvons aussi dans des lieux marécageux un genre de végétation que nous avons souvent observé à Minas et à Goyaz(l). Des bouquets de bois, qui occupent toujours la partie la plus basse de ces marécages, forment ordinairement une lisière allongée, et off'rent un épais fourré d'arbrisseaux et d'arbres à tiges grêles et élancées, souvent rameuses dès la base. D'ailleurs, ici comme à Minas , les marécages ne m'ont point paru offrir une variété de plantes aussi grande qu'en Europe.

Les pâturages herbeux que nou% traversons au delà des environs de Sorocéba sont entremêlés de bouquets de bois d'une étendue plus ou moins considérable. Les premiers, excellents pour le bétail, se composent principalement de Graminées, et non-seulement il n'y croit point d'arbres, mais encore on y voit peu de sous-arbrisseaux. Parmi les bois, il en est qui offrent une végétation très-vigoureuse ;

(1) Voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro ei de Minas Geraes, et moQ Voyage aux sources du Rio de S, Francisco ei dam la province de Goyax.

U YOTAGE DANS LES PROTIIfCES

mais nulle part nous ne retrouvons l'imposante majesté des forêts primitives de Rio de Janeiro. Un naturaliste sédentaire pourra seul faire connaître avec détails les arbres de ces bois, et nous dire à quels genres et à quelles espèces il faut les rapporter tous : il est plus facile d'étudier les plantes des campos. Parmi celles-ci, nous en trouvons beaucoup qu*on ne voit point au nord du tropique ; mais il y en a beaucoup aussi qui croissent également à Minas, à Goyaz et dans les parties septentrioiiales de la province de S. Paul.

Pour nous faire une idée plus précise de la végétation du pays dont je viens de parler, nous prendrons cent trentedeux espèces de plantes recueillies, en janvier, dans un espace de 32 oii 34 legoas des environs de SorocÂba, par les 23° 20' à peu près jusqu'au Rio Tareré ou Itareré par les 24'' approximativement, et nous les comparerons avec un égal nombre d'espèces récoltées, de la fin de juin au commencement d'août , entre Meiaponte , la cité de Goyaz , Taldea de S. José et le Rio Claro, contrée qui n'est certainement pas moins élevée que la partie de S.Taul qui nous occupe, puisqu'elle avoisine le grand diviseur des eaux du nord du Brésil de celtes du sud (Serra do Corimbà et do Tocantins). Les cent trente-deux espèces de S. Paul se répartissent entre quarante familles , celles de Goyaz entre quarante-six. Parmi les premières il n'y a que sept groupes qui n'appartiennent pas à la Flore de la France; parmi les secondes, il y en a quinze. Les Mélastomées et les Malpighiées, si communes sous les tropiques, deviennent rares entre Sorocâba el le Tareré , et d'un autre côté, au lieu de quatorze Papillonacées que nous avons dans cette dernière contrée, nous n'en trouvons que six dans les cent

DE SAIirr-FADL BT DE SAHITEpCATHERINE. 99

trente-deux plantes de Goyaz. Pour trois Labiées que nous avons à S. Paul , nous en comptons neuf à Goyaz ; mais toutes appartiennent à la tribu des Hyptidées , étrangère à l'Europe. Deux groupes à peine représentés en Europe, les Acanthées et les Myrtées, comprennent plus d'espèces à Goyaz qu'à S. Paul. Dans les deux pays la famille des Corn* posées est celle qui offre le plus d'espèces ; après elle viennent, à Goyaz, les Myrtées, les Labiées, les Acanthées, les Mélastomées; à S. Paul, les Papilionacées, presque ausâi nombreuses que les Composées elles-mêmes. Je n'ai pos besoin de dire que d'autres saisons nous offriraient des différences plus ou moins sensibles ; une Flore complète des deux pays pourrait seule nous donner les moyens d'établir une comparaison parfaitement exacte ; nous sommes bin de la posséder ; il faut bien nous contenter aujourd'hui d'une statistique approximative.

Une famille essentiellement européenne, absolument étrangère à Goyaz , celle des Conifères , trouve dans la partie de la province de S. Paul qui nous occupe un noble représentant 9 le majestueux Araucaria Brasiliensis ^ le plus utile et le plus beau de tous les arbres du Brésil extratropical. C'est à environ 9 legoas en deçà du Tareré que nous commençons à l'apercevoir; ainsi nous pouvons considérer les 25° 39' ou 40' comme étant, sur le plateau de S. Paul y sa limite septentrionale. On le trouve, dans la partie la plus méridionale de la proviAce de Minas Geraes, entre les 2V 10' et 2V 55\ mais c'est à une hauteur de 4,066"*,450 (1), tandis qu'il nous est difficile d'estimer la hauteur moyenne du pays qui s'étend directement de S.

(1) Voir mon Voyage aiix sources du Rio de S, Francisco, eiC; l, Si.

100 VOYAGE DANS US I^ROVlKCfid

Paul à Curitiba à plus de 4 à 600 mètres (1) ; c/est ainsi qu'une élévation plus considérable compense un plus grand éloignement de la ligne équino^ciale.

Au delà du Tareré, la campagne change entièrement d'aspect ; nous entrons dans les Campos Geraes, le pays le plus beau et le plus intéressant peut-être de tout le Brésil méridional. Les Campos Geraes , qui commencent à peu près par les 25° 40', finissent approximativement par les 25% à environ 8 à 10 legoas de Curitiba. Montueux et trèsboisés aux deux points externes, ils présentent, en général, un terrain plat et ondulé où, aussi loin que la vue peut s'étendre, on découvre d'immenses pâturages dont le vert tendre contraste d'une manière charmante avec les teintes sombres des petits bouquets de bois qui s'élèvent dans les enfoncements : tantôt le seul Araucaria forme ces bouquets de bois ; tantôt il y est mêlé avec d'autres arbres d'un vert généralement aussi obscur que son propre feuillage. Tandis qu'en Europe il ne croît presque aucune plante dans les bois de pins, ici une foule d'arbrisseaux, de sous-arbrisseaux, de plantes herbacées naissent entre les Araucariay et contrastent de diverses manières avec la roideur de ces grands arbres et leurs teintes rembrunies.

Ce sont les Graminées qui forment l'ensemble des pâturages naturels. Les autres plantes qui croissent au milieu d'elles ne sauraient être les mêmes partout; les plus ordinaires sont principalement des Vernonia^ des Mimosées, un ConvohuluSy la Composée appelée vulgairement Char-

(1) La viUe de S. Paul, probablement beaucoup plus élevée qae tout le pays compris entre eUe et Curitiba, est, comme je Tai dit plus haut, à 753 mètres au-dessus du niveau de Ja mer; Curitiba, à i^l^fifd (183 Arafat) (Kiog. la P. Millier, Ensaio^ 7}«

rua, une Yerbénacée, ud Cama^ une Labiatiflore. En janvier, en février, et même au commencement de mars, la verdure des campos est aussi fraîche que celle de nos prairies ; mais ils ne sont pas émaillés d'un aussi grand nombre de fleurs. Cependant quelques pâturages nous offrent aussi des fleurs extrêmement nombreuses ; ce sont celles d'un Eryngium et d'une Composée qui s'y montrent le plus abondamment, et, tandis que le jaune et le blanc dominent dans nos prés, ici c'est le bleu céleste qui chlore les campos très-fleuris.

Les botanistes trouveront une grande diversité de plantes sur les pentes marécageuses voisines d'Igreja Velha, et probablement dans toutes les localités analogues ; mais, en général, il s'en faut qu'il y ait dans les Campos Geraes un grand nombre d'espèces. Parmi celles qui y croissent il en est que l'on chercherait en vain sous les tropiques ; mais aussi on en voit beaucoup qui apparttennent à des pays situés à une grande distance, du c6té du nord. On retrouve même, du côté de Cachambû, un campo où des arbres tortueux et rabougris sont, comme à Minas et à Goyaz , disséminés au milieu des herbes et des sous-arbrisseaut, et dans le nombre de ces plantes il y en a plusieurs qui appartiennent aux campos des provinces équinoxiales; exception fort singulière dont il nous est impossible de donner une explication satisfaisante. On peut dire, en général, que la Flore des Campos Geraes a quelques rapports avec celle de la province limitrophe plus méridionale et moins élevée de Rio Grande de S. Pedro do Sul , mais qu'elle se rapproche davantage de celle des parties les plus septentrionales du Brésil.

Si nous comparons les espèces des Campos Geraes avec

m YOYAQE DANS LES PROTINCCS

celles que l'on trouve dans la région des foritSy aux alentours de la capitale dés Mines, par les 20"" 25' latitude sud, de Marianna par les 20"* 21', et de S. Miguel de Mato Dentro, nous n'aurons pas, sans doute, à en noter beaucoup qui soient communes aux deux pays; nous observerons aussi de grandes différences dans l'ensemble des farmes végétales, mais la statistique des familles d'une des deux contrées, dépouillée de tout accessoire, nous frappera par ses rapports avec celle de l'autre. Trois cent quinze espèces recueillies dans les Campos Geraes, du 29 de janvier au 9 de mars, se répartissent en soixante«sept groupes, dont dix-sept n'appartiennent nullement à la France ; sur trois cent vingt-sept espèces que nous ont fournies, du 1*' janvier au 21 février, les environs de Villa Rica, de Marianna, de S. Miguel de Mato Dentro, et qui se partagent en cin* quante-cinq familles, dont seize seulement sont entière* ment tropicales, sur lesquelles neuf existent également dans les Campos Geraes. Parmi les cinquante familles communes à cette dernière contrée et à l'Europe, il n'y en a que quatorze que nous ne retrouvions point parmi les cinquante-cinq de Minas. Dans les Campos Geraes, les Corymbifères (Jus.) forment le groupe le plus nombreux en espèces; ils font environ le sixième du total, et après elles arrivent les Papilionacées. A Minas, ce sont les Mélastomées qui dominent; mais elles ne font que le dixième de l'ensemble des espèces; après elles, se présentent les Fougères, puis les Graminées; les Corymbifères ne viennent qu'en quatrième ligne. Les familles qui, sans être unique^* ment tropicales, n'ont, en Europe, que de rares représen* tants offrent à peu près le même nombre d'espèces daifô les deux contrées qui nous occupent. Parmi les trois cent

DE SAINT^PAUl, ET DE SÂINTE-GATHERINE. IQS

f iDgt-cinq espèces de Minas, nous ne trouvons poiot de Paronychiées, de Chicoracées, de Caryophyllées, de Renonculacées, de Primulacées, de Polygonées, de Salicinéçs, d'AIismacées, de Liliacées, Juss., ni d'Asphodélées, Juss., et ces groupes ont leurs représentants dans les Campos Geraes ; la seule espèce de Yalérianée que nous ayons recueillie dans le Brésil nous est fournie par cette dernière contrée. La seule Cistinée américaine (1) commence à se montrer dans le même pays et s'étend beaucoup plus loin ▼ers le sud ; mais à toutes ces plantes , qui appartiennent à la Flore de la France» viennent s'unir dix Mimosées» cinq Cassiées, deux Guttifères (2), une Yochysiée, six Mélasto*mées, le Sauvagesia erecla^ L. , qu'on retrouve presque sous la ligne équinoxiale, un Turnera, deux Hippocraties, une Anonée(3), une Cunoniacée, etc. (4). Les genres qui» ayant des représentants en Europe» se retrouvent à Minas ont» pour la plupart» une place dans le catalogue des plantes des Campos Geraes» mais, de plus, nous avons ici un Salix^ iewj. Paronychia (5), un Clemalù (6)» un CerasUum (7)^ Aem Anagallis [S) y sin Hypericuniy etc. (9). Si, au lieu de comparer les plantes des Campos Geraes

(1) Helianihemum Brasiliense, Pers. (Cistus Brasiliensis, Lam.).

(2) L*ane des deux est le Clusia Criuva, Âug. de S. Hil., Juss., Camb.

(3) GuaUeria auslralis, Âug. de S. Hil.

(4) Weinmannia hirla, Sw.

(5) Paronychia communié, Aug. de S. Hil., Juss., Camb., eiParO' nychia camphorosfhoides, Âug. de S. Hii., Juss., Camb.

(6) Clemalis campesirii, Âug. de S. Hil.

(7) CeroiHum Gommer sonianum, Ser.

(8) Anagallis alternifolia, Cav., Anagallis lenella, var. a$cenden$, Aug. de S. Hil. et Gir.

(9) Hypericum iernum, teretiusculum^ laxiusculum, rigidum, de* mukUuifi» lenuifolium, Aug, d^ S» fiil*

avec celles de la comarca de Villa Rica, nous avions pu les comparer avec des espèces recueillies sous une latitude i peu près semblable à celle de cette ville, mais dans un canton beaucoup moins élevé, par exemple sur les bords du Rio de S. Francisco, il est clair que nous aurions eu des différences plus sensibles. Bien moins éloignée, il est vrai, de la ligne équinoxiale que les Campos Geraes, Villa Rica, ou Ouro Preto, est située à 1 ,152 mètres (630 toises) audessus du niveau de la mer, Marianna à 7S9 (398 toises 1/2) (1), S. Miguel de Mato Dentro probablement à la même hauteur que Marianna, et nous ne pouvons guère, comme je Tai dit, porter la hauteur des Campos Geraes à plus de 4 à 600 mètres. Au reste, il est à croire que, si nous avions basé notre comparaison sur des plantes récoltées en d'autres mois que janvier et février, nous serions arrivé à des résultats différents. J'ajouterai, comme je l'ai dit plus haut du pays qui précède les Campos Geraes, que de telles comparaisons ne sauraient être rigoureuses, si ce n'est dans le cas où Ton posséderait une Flore parfaitement complète des deux contrées comparées entre elles ; notre travail ne doit être considéré, par conséquent , que comme une simple ébauche : on n'a point fait une route pour avoir planté quelques jalons , mais c'est l'opération par laquelle il faut nécessairement que l'on commence.

À quelque distance de la limite des Campos Geraes, le pays devient déjà plus itiontueux et plus boisé ; au delà de cette limite, on entre dans une sombre forêt , et cependant Curitiba, où nous arrivons bientôt, est encore situé dans une plaine découverte et riante. Dans les bois voisins de

(1) Eschw., Jouriial van Broiiiiên, I, 37.

cette ville croît en abondance le Malé {Ilex Paraguanen" m, Aug. de S. Hil.) (1), dont les feuilles et les ramules forment un objet de commerce important. Les habitants de Curitiba se vantent déposséder aussi le quinquina du Pérou; maisTécorce, excessivement amère, à laquelle ils appliquent ce nom, et qu'ils emploient réellement avec succès dans les fièvres intermittentes, est celle d'un Solarium (Soîanum pseudoquinuy Aug. de S. Hil.) (2).

A mesure que nous nous sommes éloignés de Sorocâba nous avons mis une plus grande distance entre nous et le tropique du Capricorne; la température moyenne du pays que nous avons parcouru est nécessairement devenue de plus en plus basse, et nous avons vu s'arrêter successivement la culture des diverses productions coloniales dont les limites sont ici le résultat combiné de la nature de chaque espèce, de l'élévation du sol et de Téloignement de réquateur. Au delà de Sorocâba, environ par les âS"" 20' latitude sud, on ne cultive plus le caféier ; Itapitininga, à peu près par les 23^ 38', forme la limite de la canne à sucre; Itapeva, situé de 15 à 18 lieues plus au sud, celle des bananiers; vers la Serra das Furnas, à 50 lieues environ d'Itapeva, s'arrêtent les cotonniers, qui déjà, depuis le Tareré, gèlent, chaque année, après la cueillette des semences ;

(1) Les botanistes, qui ne sont pas toujours fort scrupuleux sur les règles de la grammaire, le deviennent merveilleusement quand il s'agit de la régularité des noms spécifiques. Quelques-uns ont donc cru qu*il fallait changer Paraguariensis en Paraguayensis ; ils ignoraient que le mot Paraguariensis a été consacré depuis un très- grand nombre d^années, et que, par conséquent, Paraguayensis est une sorte de barbarisme.

(2) Voir mon ouvrage intitulé, Plantes usuelles des Brésiliens ^ »• XXI.

enfin à Curitiba, par les 25"" 51', les oranges sont très^aci* des, et on ne peut plus cultiver l'ananas (1).

Mais, si les plantes de culture tropicale disparaissent des Campos Geraes et du district de Curiliba, en revanche le froment y réussit très-bien, et nos arbres fruitiers, même les cerisiers et les poiriers, y donnent des fruits avec plus ou moins d'abondance. Il est à regretter, cependant, que r époque des plus grandes pluies coïncide avec celle du développement des fruits ; car de là il résulte que, à l'exception des figues, ils arrivent rarement à une maturité parfaite. De tous les arbres fruitiers, le pêcher est le plus commun ; il n'exige absolument aucun soin, et on l'emploie même pour former des clôtures ; il fleurit dès le mois d'août et produit une prodigieuse quantité de fruits dont quelques-uns sont mangeables au commencement du mois de février.

Au lieu de prolonger au delà de Curitiba notre voyage sur le plateau, nous descendons la Serra do Mar, qui porte ici le nom de Serra de Paranaguà, et nous arrivons sur le littoral.

Là tout change à nos yeux : les plantes d'Europe ont disparu ; nous revoyons des cotonniers , des bananiers, la canne à sucre, les caféiers, les Cecroptaj et une foule d'es^ pèces qui appartiennent à la Flore de Rio de Janeiro.

(1) J*ai dit ailleurs, probablement à tort, qae la Serra dasFaroas forme la limite des ananas {Aperçu d'un voyage au Brésil, — Iniro* dttclion à V histoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay, pi. XL) ; on mange des ananas dans les environs de Castro, et la Serra das Fnrnas se trouve à 2 lieues de cette ville. Je dois ajouter qu'en choisi^saut, sans doute, de bonnes expositions on a, de* pais mon voyage, porté un peu davantage vers le sad les diverses limites que j^indique.

DE SiOfT-PAUL ET DE SiONTE-GATHERINE. W

Ainsi, taadis que, sur le plateau, presque à 1 degré en deçà du tropique, cette Flore a fait place à une autre , nous la retrouvons, par les SS"" 51', sur le littoral, et elle s'étend avec des modifications non-seulenaent jusqu'aux frontières maritimes de la province de S. Paul, mais encore jusque dans rtle de Sainte-Catherine. Ceci achève de prouver que la végétation des côtes présente une uniformité bien plus grande que celle de Tintérieur des continents, phénomène qui, au reste, ne doit point étonner, puisque la température et les autres agents extérieurs y sont, comme Ton sait, sujets à des variations bien moins sensibles.

S IV. — Population.

Nous avons, sur la statistique de la province de S. Paul, des documents plus précis et plus nombreux que sur celle deGoyaz ; mais, on doit le dire, ils sont bien loin de mériter une entière confiance. S'il se trouve au Brésil des hommes qui savent aligner des chifi'res aussi bien qu'on le fait en France et en Allemagne, il s'en faut qu'ils aient les mêmes moyens que nous de les rendre exacts. La paresse générale dans ce pays, l'ignorance qui ne Test guère moins, surtout en certains cantons de la province de S. Paul, l'extrême dissémination des habitants, sont autant d'obstacles qui s'opposent à ce que, dans les états de population en particulier, on obtienne autre chose que des indications très-approximatives; mais en discutant ces approximations, en les comparant entre elles on peut espérer pourtant d'arriver à quelques résultats curieux et utiles.

lOS VOYAGE BANS LES PROVINCES

D'après des pièces probabiement toutes officielles , il y aurait eu dans la province de S. Paul :

En 4777, 116,975 individus

En 1805, 192,729 »

En 1812, 205,267 »

En 1813, 209,219 » répartis en 26,150 feux.

En 1814, 211,928 »

En 1815, 215,021 » » 55,767

En 1820, 239,290 » » 40,726

En 1826, 258,901 » »

En 1838, 326,902 y> )> 50,968 (1).

Si nous opérons sur le dernier de ces chiffres, qui appartient à répoque la plus rapprochée de celle où nous

(1) Le chiffre de 1777 et celai de 1812 sont emprantés à Southey {HisL, m, 857-58) ; oo doit ceux de 1805 et de 1826 à Nicolao Pereiri de Campos Yergueiro (Piz., Mem,, VIU, 314) ; le chiffre de ISlîl est le résultat d*un tableau communiqué à d*Eschwege par le comte da Barca, ministre de Jean VI, et imprimé tout à la fois dans le Journal txm Braêilien (II, 160) et dans lePalriola, (3, 6). C'est à Spix et Martius qu'appartiennent les indications de 1814 et 1815 (Reise, I, 224); enfin à Pedro Millier, celles de 1820 et de 1838. J'aurais pu placer le nombre 200,468 entre ceux de 1805 et de 1812; mais, comme d'Eschwege a montré, par h comparaison de ce nombre avec celui de Tannée 1813, que Tun ou Tautre renferme des absurdités notables , comme le dernier a une grande authenticité , enfin que 200,478 est admis pour Tannée 1808 par Martius, cité par Ferdinand Denis, et pour 181 1 par Southey et d'Eschwege, j*&i cru qu'il était prudent de le rejeter entièrement. Je ne dis rien non plus de la population de 1816, parce que les indications oflicielles données par Antonio Rodriguez Veïoso de Oliveira {Annaes flum», Nappa, 3) et par Pizarro (itfem., YIIT, 313) n'embrassent pas la province tout entière. Pour 1814, j'ai dû préférer le chiffre 211,928, indiqué par Spix et Martius, à celui qu'on trouve dans le Diccionario do Brazil (II, 608). Les états authentiques de 1813 portent la population de cette époque à 209,219 , ceux de 1815 nous donnent le nombre 215,021 ; par conséquent, il est impossible que le chiffre 199,364 soit exact pour 1814.

DE SAiNT-PAtIt Ëf 6Ë SÂiNTÊ^CAtflËRlNË. iM

écrivons , et qae , d*un autre c6té , nous admettions 17,000 lieues carrées, de 18 au degré, comme formant la superficie de la province de S. Paul, nous aurons, pour chaque lieue, une population spécifique de 19 «î^ individus.

On compte en France 34,230,178 habitants sur les 527,636 ^ kilomètres (1) ou 13,848 A'/« lieues carrées, de 18 au degré, dont la surface de ce pays se compose (2), ce qui fait 2,471 ~ individus par chaque lieue carrée ; par conséquent, la population spécifique de la province de S. Paul est à celle de la France comme 19 iÎtô est à 2,471 î-Jt> ou, si Ton aime mieux, on compterait à S. Paul, en négligeant les fractions , 19 individus sur une surface où en France il y en aurait 2,471 . On trouvera peut-être quelque chose de piquant dans cette comparaison ; mais elle rapproche des objets tellement disparates, qu'elle ne saurait nous conduire à des résultats vraiment utiles : j'ajouterai même que, sous le rapport de la population, il y a une sorte d'injustice à rapprocher de notre vieille Europe un pays qui ne date que de trois siècles. Il n'en sera pas de même si, sous le même rapport, nous comparons la province de S. Paul avec celle d'une autre partie du Brésil; alors nous partons à peu près du même point, et le rapprochement fera ressortir les difllérencesqui, ici, existent pourtant au milieu des rapports les plus sensibles.

La province de Minas Geraes, probablement la plus peuplée du Brésil, forme une sorte de parallélogramme, et est

(1) Annuaire long., 1846, p. 168.

(2) Le qaart du méridien est de OO^ ou 10,000 kilomètres, ou encore de 1,620 lieues {legoas) de 18 au degré; donc 1 kilomètre équivaut à 0«,1620.

située entre les iS"" et âS"* degrés latitude sud et entre les SâS"" et Z56^ de longitude , à partir du méridien de Tile de Fer (1). Elle comprendrait donc 10 degrés du nord au sud, et 8 de Test à Touest, ou 25,920 lieues carrées, de 48 au degré, si ses contours étaient parfaitement réguliers; mais nous tiendrons compte de leur irrégularité» nous n'oublierons pas non plus que quelques-unes de ses parties sont entièrement désertes ou, du moins, à peine parcou* rues par quelques tribus errantes d'Indiens sauvages, et nous ne porterons sa surface qu'à 48,000 lieues [legooê) carrées (2). On fait monter la population de Minas à 730,000 individus pour 1838 (3); par conséquenti où à S. Paul il y a 19 individus, il s'en trouve 40 à Minas (4}.

On est surpris d'abord de trouver une si grande différence entre la population de Minas et celle de S. Paul, province plus ancienne d'un siècle; mais les faits historl-

(1) Piz., Mem. hisl., VIII, part. 2», 58. — Aug-, de S. Hil., Voyage Rio de Jan,y ï, 78.

(2) D'Eschwege admet ce chiffre (18,000 quadrat meilen) dans le Pluto Brasiliensis à la page 589, et un peu plus loin, à la page 596, iln'iadiqiie que 17,000 lieues. L*écrivaia allemand est certainement Thomme qui a le mieux étudié la statistique de Minas Geraes ; une pareille contradiction montre combien sont peu certaines les données sur lesquelles cette statistique repose. Nous descendrions à une évaluation bien plus faibte encore que celle de d'Eschwege, si nous admettions le chiffre da OU" cionarlo do Brazil (II, 99), car il ne s'élève qu'à 15,000 legoas carrées. La province de Minas Geraes est probablement la mieux connue de tout le Brésil ; que par là on juge des autres.

(3) Mill. et Lop. de Monr., Dtcc, II, 99. — Kidder, dont le livre a été imprimé en 1845, fait monter la population' de Minas à 760,000, mais sans indiquer à quelle année ce cliiffre se rapporte.

(4) La population de Minas est évaluée, par d'Ëschwege, à 28 individus pour chaque mille carré {quadrat meile) {Plut. Bras,, Worwçrt, 111) ; mais cet écrivain ne dit point si, par le mot meile, il entend ici*

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE^ATEERINE. lit

ques nous auront bientôt expliqué cette différence. Lorsqu'on sut que l'or abondait dans la première de ces provinces, des nuées d'aventuriers brésiliens et portugais couvrirent aussitôt son territoire ; ces hommes , afin de rendre leurs travaux plus prompts et plus faciles, s'entourèrent d'esclaves africains, et de nombreux métis ne tardèrent pas à augmenter ce noyau déjà très-considérable. Les Paulistes, au contraire, sortaient sans cesse de chez eux; ils allaient chercher des richesses ailleurs, et c'est aux dépens de leur pays que se sont peuplés Matogrosso, Goyaz et même une partie de Rio Grande do Sul et de Minas Geraes.

Nous ne pouvions donner une idée plus exacte de la population relative des deux provinces qu*en prenant, dans notre comparaison, la lieue carrée (legoa) pour unité fixe; mais qu'il s'agisse de l'Amérique ou de l'Europe, la base d'une comparaison de ce genre n'est réellement autre chose qu'une fiction, puisque, dans aucun royaume, d^ns aucune république, le nombre d'individus n'est également réparti entre les lieues carrées dont la surface du pays se compose. La population spécifique des contrées peuplées très-anciennement, de la France par exemple, s'écarte bien moins de la vérité que celle des pays nouveaux, ou notre espèce n'a pas encore été forcée , par un accroisse-

comme Spii et Martius, la legoa de 18 au degré, ou s'il veut indiquer le mille ailemaad ou bien encore le mille géographique. J'ai eu un tort du même genre, lorsque, négligeant d'indiquer sur quels chiffres j'avais opéré, j'ai porté à 10 individus la population spécifique de Minas pour 1817 à 1818 {Voyage Rio de Jan., I, 80). La différence de 10 à 40 étounera moins quand on saura que non-seulement je prenais .pour base le nombre 500,000, mais encore que j'admettais une supeFûcie de 50,000 lieues carrées, de 25 aa degré.

m VOYAGE DAIfS LES PROTINCKS

sèment trés*considérabIe , de se répandre partout ; et cependant , si on descend à des détails , on trouvera qu'elle diffère aussi chez nous, dans les divers départements, dans les divers cantons, suivant la division plus ou moins grande du territoire et le degré de fertilité du sol. Au Brésil, les différences, bien plus sensibles, de la population spécifique dans une même province tiennent à des causes purement locales et se modifieront, avec le temps, d'une manière notable. A Minas, on cherchait de Tor; la population a dû naturellement s'agglomérer là où on en trouvait. Le désert (Sertâo), c'est la partie qui n'est point aurifère. A Saint- Paul, au contraire, il n'y avait point d'or ou il y en avait fort peu ; les premiers colons y étaient venus par mer, ils s'établirent où ils avaient débarqué, ils y formèrent des établissements agricoles, et peu à peu le littoral se peupla, longue bande de terre séparée du plateau par une chaîne de montagnes. Cette chaîne , qui présentait de grands obstacles, resta inhabitée, mais on ne tarda pas à la franchir; les fondements de la ville de S. Paul furent jetés ; dans ses alentours s'élevèrent des sucreries, des villages, puis des villes; on profita de la vallée du Parahyba pour se répandre vers le nord-est et des intervalles les moins boisés pour s'étendre vers le sud-ouest ; une seconde langue de terre parallèle au littoral se couvrit de cultivateurs ou d'éleveurs de bétail plus ou moins nombreux, et l'on peut dire, je crois , que , sauf quelques exceptions dues à des circonstances particulières, la population spécifique des différents districts de la province de S. Paul est d'autant plus considérable que ces districts sont plus anciens.

Si nous comparons entre elles, sous le rapport de leur population respective, les lieues carrées dont se compose

un pays sitaé en Europe, nous trouverons des différences énormes pour celles qui comprennent des villages, des bourgs et surtout des villes. Des différences du même genre se reproduisent, sans doute, au Brésil ; mais elles sont in-» Animent moins sensibles. En Europe, la population des villes est presque tout entière permanente ; il n'y a qu'un petit nombre de personnes riches qui possèdent, outre leurs maisons de ville, des habitations rurales, où elle^ vivent pendant la belle saison, et c'est à peine si, les di« manches et les jours de fête , le reste de la population va passer quelques heures à la campagne. Dans l'intérieur du Brésil, au contraire, la population permanente des villages et des bourgs est excessivement faible ; la plupart des maisons dont ils se composent appailiennent à des cultiva^ teurs qui, n'y venant que les dimanches pour assister au service divin, les tiennent fermées pendant le reste de la semaine, et elles ne forment réellement qu'un double emploi (1).

On sait qu'à moins de circonstances perturbatrices, telles que les guerres, les émigrations, les épidémies, la famine, la population de tous les pays augmente sans cesse , mais

(1) D'Eschwege compte qu'eu 18i3 il y avait 150 individus par legoa carrée dans la comarca d'Ouro Preto , province de Minas Geraes , et il indique seulement 50 individus par lieue carrée en dehors des villes et des villages. Cette proportion, admise pour la France (Benoiston de Châteauneuf, Notes , 47), ne doit être appliquée, je crois, à aucune partie de Tintérieur du Brésil ; mais, quand elle serait exacte pour la comarca d*Oaro Preto, il ne faut pas oublier que cette comarca est peut-être de tout le Brésil, le littoral eicepté, la partie qui , sur une surface égale, contient le plus grand nombre de bourgs et de villages, et qu'il s'y trouve, ce qu'on ne voit point ailleurs, deux grands centres d^ population très- rapprochés l'un de l'autre, Villa Rica et Marianna.

Il< TOTAGB DANS LES PROTIIfCES

que raecroûsement n'a pas lieu partout dans les mêmes proportions. En 1777, comme nous Tavons dit, la pro* tincede S. Paul comprenait 116,975 habitants; en 185S elle en contenait 526,902 ; c*edt donc , en 62 ans , une augmentation de 209,927; ainsi, dans cet espace de temps, la population a presque triplé. A Minas, on comptait environ 519,769 habitants en 1777, et en 1838 on en comptait 750,000 (1); ici l'espace de 62 ans aurait produit une différence de 410,231 habitants, et par conséquent Taugmentatito aurait été, proportion gardée, moindre qu'à S. Paul ; elle aurait seulement plus que doublé on, pour parler d'une manière plus rigoureusement exacte, l'accroissement a été, à S. Paul, comme 1 à 2 —V?» tandis qu'il a été seulement à Minas comme 1 à 2 tVt^. La différence serait infiniment plus sensible encore, si nous prenions la France pour terme de comparaison , puisque l'accroissement moyen annuel, pris sur 27 années, de 1817 à 1841 , a été, chez nous, de 7^ ou —rE (2), d'où il faudrait nécessairement conclure que, si ce chiffre restait sans altération pendant 62 années, l'accroissement total ne serait, pour la France, que —^ du nombre primitif, tandis qu'il a été, à S. Paul, durant le même laps de temps, de 7^. En France, la population ne s'accroît point par des immigrations ; celle de S. Paul, au contraire , reçoit sans cesse des renforts d'esclaves africains, qui y multiplient plus ou moins, et depuis plusieurs années quelques immigrations d'Européens et de Mineiros sont , quoique faibles , venues

(1) Ce chiffre est empranté au Diccionario dû Brazil, II, 99. Poar la même année, Fabregas (in Sigaud, Annuario, 1846) indique 760,000; «a trou«« également 760,000 dans Kidder.

(2) MaUiieu, Annwiire lùngii., 1846, p. 139 et suir.

DE SAINT«>PAUL ET D£ SÂlNTE-CATHERINE. 115

augmenter aassi le nombre des habitants ; mais ce qui contribue sortout à T accroissement, c'est que Ton trouve encore, dans ce pays, d'immenses espaces inoccupés, lors*^ que, chez nous, toutes les places sont prises, c'est que les femmes y sont fécondes, c'est enfin que l'Américain n'est point sans cesse tourmenté par cette cruelle prévoyance qui dévore l'Européen, et met de si grands obstacles k la multiplication de l'espèce. A Minas, il y a également d'immenses terrains qui n'attendent que des bras pour les fertiliser; les femmes n'y sont pas moins fécondes qu'à S. Paul, l'insouciance de l'avenir n'y est pas moins grande; mais, à mesure que les minières ont moins produit, les importations de nègres ont dû devenir moins considé* râbles, des blancs ont quitté un pays où l'espoir de s'en^ richir très-promptement ne les retenait plus; enfin un certain nombre de cultivateurs ont été chercher à S. Paul et à Goyaz des terres qu'ils croyaient meilleures que celles de leur patrie.

Nous nous sommes borné jusqu'ici à considérer, dans son ensemble, l'accroissement qu'a éprouvé la population de S. Paul pendant un certain laps de temps; nous allons rechercher à présent dans quelles proportions il s'est ef* fectué. En 1777, comme nous l'avons vu, on comptait, dans cette province, 116,975 habitants, et en 1838 on en comptait 326,902; par conséquent, l'augmentation annuelle a été, terme moyen, de 3,385 fi pendant 62 ans. Dans le même intervalle de temps, l'augmentation a été, à Minas, de 6,616 fj par année, à partir du chiffre primitif 519,769, celui de l'année 1777.

Mais nulle part la population n'augmente, tous les ans, d'un nombre égal d'individui. Dans lea pays anciens où

116 TOYAGE DANS LES PROVOICES

elle est déjà très-considérable, où toutes les terres sont occupées et où il existe une industrie manufacturière très* développée, 1* accroissement sera nécessairement soumis à une progression décroissante; la France en fournit la preuve , puisque , pendant 14 ans, depuis 1817 jusqu'à 1830, elle a été, terme moyen, de rh par année (1), et que pendant 27 ans, de 1817 à 1843, elle n'a pas été de plus de tVô (2)- Dans les pays nouveaux, au contraire, où Fagriculture et le soin du bétail sont presque la seule occupation des habitants , où tout le monde peut encore trouver des terres , et où rien ne s'oppose au développement de notre espèce, la population doit nécessairement augmenter dans une progression croissante, altérée, suivant les années, en plus ou en moins, par des circonstances souvent inappréciables. Dans un espace de 62 ans, nous n'avons malheureusement, pour S. Paul, que les chiffres de 9 années; mais les termes moyens, pour les divers intervalles, seront pourtant moins éloignés de la vérité que le terme moyen obtenu pour les 62 ans. Le tableau suivant , résultat de celui que nous avons formé plus haut, nous fournira le< chiffre des accroissements successifs :

De 1777 à 1805, la population s'est accrue, en 28 ans, de 75,754 individus; terme moyen annuel. 2,70o indi?.

De 1805 à 1812, 7 ans; augmentation totale, 12,538 individus; terme moyen annuel J,790

De 1812 à 1813, augmentation. . . 3,952

(1) Mathieu, AnnwiiTe long,, 1833, p. lit, 114.

(2) Mathieu, AnnwUre Umq.^ 1846, p. 139, 140, 148.

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. ItT

De 1815 à i814 , anginentation. • . 2,709

De i814 à 4815 , augmentation. . . 3,095

De 1815 à 1820, 5 ans; augmentation totale, 2^,269 individus ; terme moyen annuel 4»853

De 1820 à 1826, 6 ans ; augmentation totale, 19,611 ind.; terme moyen annuel. 3,268

De 1826 à 1838, 12 ans; augmentation totale, 68,000 ind.; terme moyen annuel. 5,668

La différence la plus considérable est celle qui nous est offerte en moins par l'intervalle de 7 années de 1803 à 1812; un fait historique nous l'expliquera : dans cet intervalle, on fit partir des troupes de S. Paul pour les réunir à l'armée qui se battait dans le Sud'contre Artigas, et un nombre considérable d'hommes, a6n de se soustraire au recrutement, s'enfuirent à Minas avec leurs familles ou allèrent se cacher dans les déserts. D'ailleurs, si des oscillations sensibles ont encore eu lieu , nous voyons cependant qu'en somme l'accroissement de la population de S. Paul est, comme nous l'avons établi, en progression ascendante. Si donc nous prenons pour base de cette progression le terme moyen de 1815 à 1820 et celui de 1826 à 1838, excluant le chifi're de l'augmentation de 1820 à 1826, qui, par son extrême différence avec celui de 1826 à 1838, nous conduirait à des résultats peut-être exagérés, nous trouverons qu'à partir de 1838 la population de S. Paul aura dû être, indépendamment de (oute perturbation, en 1848 ce qu'elle sera au bout de cent ans.

Voulant considérer à présent la population de la province qui nous occupe sous le rapport de l'habitation , nous prendrons pour base de notre calcul le tableau de la

tl8 TOTAOE DAlfS LES PROVINCES

page 108, et nous arriverons à établir qo'en i813 il y avait 8 individus par feu ; en i815| un peu plus de 6 individus; en 1820, près de 6; enfin, en 1838, plus de 6; ou, pour parler d'une manière exacte, 8,0007 en 1813, 6,291 en 1816, 5,887 en 1820, 6,413 en 1838.

En France on compte, dans les villes, 4,5 individus par feu , et 5,2 dans les campagnes (1), c'est-à-dire , terme moyen, un nombre moins considérable qu'à S. Paul. La fécondité des femmes de ce dernier pays et l'admission des esclaves, plus nombreux dans les familles que nos serviteurs libres, e^cpliquent suffisamment la différence.

La comparaison du chiffre de la population avec celui des naissances , des mariages et des décès nous donnera les résultats suivants :

Naissances.

Années.

Population totale.

Naîssancei de Tannée.

RapporU avec la populat. toule.

1 sur 23,5 individus.

Mariages.

Annie*.

Popnlatioa totale.

Mariages de Tannée.

Rapports arec la popnlat. totale.

1 sur 84,84 individus.

Décès.

Années.

Population totale.

Décès de Tannée.

Rapports avec la population totak*

1 sur 35,99 individus.

(1) Benoistoiv d« Ghâteauneof, Not0s, 47.

DE SAINT-PâUL BT DB SAIIfTB-GATHERim. Uft

Ce tableau achèverait de prouver, si cela était néeess^ire, combien un pays nouveau, tel que la province de S. Paul» est plus favorable à la mulliplicatioa de notre ea^pcce qu§ la vieille Europe , où une population pressée se dispute sans cesse pour quelques ares de terre. Dans celle des 4 années où, à S. Paul, le nombre des naissances a été le plus faible, c'est-à-dire 1815, il était encore de 1 sur 23,5 individus, tandis qu'en France on compte 1 naissance sur 53,37 habitants (f), et dans la première de ces deux contrées il y a même eu , en 1838 , 1 naissance sur 18,98 seulement. Quant à F augmentation successive que nous observons pendant les quatre années sur lesquelles nous opérons, elle tient probablement à ce que , depuis 1777, les émigrations des Paulistes du sexe masculin vers les provinces aurifères ont diminué d'abord et qu'enfin elles ont entièrement cessé ; elle tient peut-être encore à ce qu'on a commencé à marier les esclaves , et qu'on les a traités avec plus de douceur.

Nous trouvons entre la France et la province de S. Paul une moindre différence dans le nombre des mariages que dans celui des naissances ; en effet, pour l'année la plus rapprochée de nous, nous avons, à S. Paul, 1 mariage sur 105,55 habitants, et en France on en compte 1 sur 127,8 (2). Mais, si nous comparons entre eux les chiffres que nous avons pour 1815 et 1858, il nous es( impossible de ne pas être frappé de la diminution qui a eu lieu. Elle ne tendrait pas à prouver que les Paulistes, plus libres peut-être qu'en 1815, sont en même temps devenus plus religieux et plus moraux.

(1) Mathieu, Annuaire long., 1816, p. 148.

^2) Mathieu, Annuaire long., iSi6, p. Ii8.

ISO VOTAGE DANS LES PROVINCES

Quant au nombre des décès, si nous prenons le terme moyen des A années sur lesquelles nous avons déjà opéré, nous trouverons à peu près le même chiffre pour la province de S. Paul que pour la France : 1 sur 40,98, d'un côté; i sur 40, de l'autre. Le chiffre de i 8i 5 serait même, selon Spii et Martius, en faveur de S. Paul, puisque, cette année-là, il y aurait eu, dans cette province, 1 décès seulement sur 46 individus (1) ; mais, par des circonstances que nous ne pouvons apprécier, la comparaison redevient, en 1838, favorable à la France; car, à cette époque, on a compté à S. Paul i décès sur 54,57 individus. Ici nous devons tenir quelque compte d'une observation faite par d'Eschwege, relativement à Tévêché de Marianna, et qu'on peut étendre, je crois, à une grande partie du Brésil, c'est qu'un bon nombre de colons enterrent leurs esclaves noirs dans leurs champs ; que, par conséquent, les décès de ces derniers, n'étant point inscrits sur les registres, ne sauraient entrer dans les états de population (2).

Si, à présent, nous comparons, sous les mêmes rapports, la province de S. Paul avec celle de Minas Geraes, les résultats nous prouveront combien, dans l'état actuel des choses, la culture des terres est, au Brésil, plus favorable au développement de la population que l'exploitation des mines, bien que, pour l'une et pour l'autre, on n'emploie, en général, que des esclaves. Tandis qu'en i777 les naissances étaient, à S. Paul, comme i à 23,5, on ne comptait, dans

(1) Reise, l, 224.

(2) Joum. von BrasUient H, 157. M. d*Eschwege porte à U moitié du nombre réel celui des décès d'esclaves noirs qui, pour une raison ou pour une autre , n*est pas porté sur les registres ; mais il est facile de sentir qu'une telle évaluation est purement arbitraire.

la comarca d'Ouro Preto» province de Minas, que 4 naissance sur 40,44 habitants. Cette différence est énorme sans doute; mais elle cessera d'étonner, si on se rappelle que la comarca d'Ouro Preto est le pays du Brésil où les minières ont été exploitées avec le plus d'ardeur; que pour l'extraction de l'or on emploie beaucoup plus d'esclaves que pour la culture des terres et l'éducation du bétail auxqueHes se livraient les Paulistes; qu'enfin, à l'époque dont il s'agit, il y avait, à Ouro Preto, pour 7,847 blancs et 4,832 blanches, 55,961 noirs, et seulement 15,187 négresses. Il arriva donc à Ouro Preto la même chose qu'à Goyaz (1) : l'or ne venait point comme la canne à sucre ou le maïs ; des blancs, qui ne pouvaient plus espérer de s'enrichir avec la même facilité, se retirèrent ailleurs; une foule de nègres moururent sans postérité, et en 1813, c'est-à-dire dans un espace de 39 ans , la population du pays se trouva avoir diminué de 6,409 individus, ou un peu plus de ^ï. Mais, tandis que les minières de la comarca d'Ouro Preto s'épuisaient, l'agriculture s'étendait dans les autres parties de la province; on plantait des cotonniers, on élevait des bestiaux, on faisait des fromages, on exportait des toiles grossières; à une population factice et passagère avait succédé une population permanente, et déjà, en 1816, en prenant tout l'ensemble de l'évêché de Marianna, où se trouve compris Ouro Preto et qui est formé par les deux tiers environ de la province de Minas Geraes, on pouvait compter 1 naissance sur 27,35 individus (2j. Si , pour une époque bien

(1) Voir mon Voyage aiuv sources du Rio de S, Francisco et dans laprovince de Goyaz, I, 329.

(2) Ayant conçu des doutes sur Inexactitude des chiffres qu'on trouve

plus rapprochée de nous, 1838, nous opérons sfar les chiffres admis par les auteurs du Diccionario do Brazil (1), nous n'aurons plus, pour la province entière de Minas Ge« raes, quel naissance sur 44,76 individus, proportion inférieure encore à celle qu'avait donnée la seule comarca d'Ouro Preto en 1776, et par conséquent S, Paul serait tout à fait en progrès sur Minas Geraes. Aucune guerre, aucune révolution n'ont fait disparaître les hommes de cette province , aucune épidémie n'a attaqué les femmes ; mais, d'après le Diccionario do Brazil, il n'y aurait plus, à Minas, que 3,313 mariages sur 730,000 individus, c'està-dire 1 sur 220,34, tandis qu'à S. Paul on en compte encore, comme je l'ai dit, 1 sur 105,55, et en France 1 sur 127,8 : il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la diminution du nombre des naissances. En dehors du mariage il nait, sans doute, un grand nombre d'enfants; mais, dans leur bas âge , ceux-ci n'ont presque toujours sous les yeux que l'exemple du vice, ils ne connaissent point les liens de la famille et ne savent même pas ce que c'est que la patrie ; les filles se prostituent, les garçons deviennent des vagabonds {vadios)^ classe extrêmement nombreuse à Minas Geraes, et qui, tout en comptant dans la population, en est le plus grand fléau (2). Que l'administration de Minas y prenne garde ; à côté de cette province, en est une autre, celle de Goyaz, dont les habitants sont

dans divers auteurs, je D*ai cru devoir opérer que sur deui nombres indiqués par d'Eschvege (Journ. Braê.^ 11, 159. — Brei^Uien die Pfeue Well, 11, 156), qui a longtemps vécu daus la province de Minas Geraes, qui y a occupé des emplois éminents et était intimement lié avec toutes les autorités du pays.

(1) Voir plus haut.

V2) A différeates époques, le gouveraemeat portugais a r^adu de se-

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. m

toipbés dans le plus triste état d'abaissement, et c'est la mépris des liens du mariage qui en est une des causes priocipales. Qu*on tâche de préserver d*un tel malheur le peuple mineiro, qui donnait de si belles espérances (1) ; que les emplois publics ne soient confiés qu'à des hommes mariés ; que les cures soient enlevées aux prêtres qui vivent dans un état habituel de concubinage; qu'une instruction solide, basée sur les principes de la religion, soit distribuée au peuple; enfin que des hommes de bien s'unissent, comme on a fait en France, pour arracher au désordre les malheureux qui s'y plongent, pour les faire rentrer dans la société chrétienne et donner une famille à leurs enfants.

La population de la France, comme celle de toute l'Europe occidentale, est parfaitement homogène : une seule race d'hommes et point d'esclaves. Il n'en est malheureusement pas de même au Brésil. Non-seulement l'esclavage y est admis, mais trois races entièrement distinctes, et les

Tères ordonnances contre les vadioi ; mais elles ont toujours été inutiles. On peut consulter ce que j'ai écrit sur eux dans ma deuiième et ma troisième relation , et ce qu'en a dit le général Raimuudo José da Cuoba Mattos en plusieurs endroits de son llinerario, D'Eschwege partage la population de Minas en cinq classes, les mineurs, les cultivateurs, les éleveurs de bétail, les marchands, les vagabonds (vadios). « Ceui-ci, ajoute-t-il, sont peut-être plus nombreux, proportion gardée, dans la province de Minas Geraes que dans toute autre partie du monde...; c'est surtout Thospitalilé des habitants qui encourage ces hommes dans leur amour pour Toisiveté ; ils inquiètent les colons, assassinent pour de l'argent, rendent de faui témoignages, volent les chevaui , mettent le trouble partout , et peuvent être considérés comme la lie de l'espèce hamaioe. i> {Journal von Brasilien, I, 10, 11.)

(1) A une époque très-fàcheuse » un publiciste célèbre, feu mon ami M. Silvestre Pioàiiro Ferreira, (tsait que le Brésil pourrait éire sauvé par la province de Minas.

nombreQx métis qu'elles ont produits s'y partagent la population. Des esclaves noirs» les uns créoles , les autres africains ; des nègres libres africains ou créoles; quelques Indiens baptisés, un nombre considérable d'Indiens sauvages ; des mulâtres libres , des mulâtres esclaves ; des hommes libres, tous légalement considérés comme appartenant à la race caucasique , mais parmi lesquels se trouvent une foule de métis de blancs et d'Indiennes : tels sont les habitants de la province de S. Paul , étrange bigarrure d'où résultent des complications également embarrassantes pour l'administration et dangereuses pour la morale publique. Les deux tableaux qui suivent feront connaître dans quelle proportion se trouvent mêlés les divers éléments que je viens d*énumérer :

Année 1813,

ieie masculin. . . . 53,663)

» fémiain 59,302|^^^'^^

IndiTidas blancs du seie masculin. . . . 53,663) j> » »

Mulâtres libres 21,0741

Mulâtresses libres 23,9791

Mulâtres esclaves 5,1731

Mulâtresses esclaves. . . . 5,470]

Nègres libres l,771i

Négresses libres 2,180

Nègres esclaves 21,326j j

Négresses esclaves 16,276f 37,602/

Total. . . 209,214

Libres:

Blancs et blanches 112,965|

Mulâtres et mulâtresses 44,053)160,969

Nègre» et négresses 3,95l|

A reporter. . . . 160;96f

Report. . . . 160,96»

Etclavei^

Muiêtras et mulâtresses 10,643| ^^^^

Nègres et négresses - • 37,602t

Total. .... 209,214 Année 4858.

Indnridiis bUnes dtt sexe masculin ®*»^^i<7*ft7Q

n » » féminin 87,987J*"**^*

Mulâtres libres 28,158)

Mulâtresses libres 31,296)

Mulâtres esclaves 7,360 1

Mulâtresses csclayes 7,362!

Wigrcs libres créoles 2,443)

Négresses libres créoles. .. . 2,074i » i ^ ^^^

Nègres libres africains 1,145) 2 294 *

Négresses libres africaines . . . 1,149J *

Nègres esclaves créoles. . . . ^^♦^^^U4 «lo Négresses esclaves créoles. . 1 7,100 j *

Nègres esclaves africains. . . ^^«^^^Ug oqiI Négresses esclaves africaines. 14,175) * '

Indiens catéchisés 360

Indiennes catéchisées 445

Total. . . 326,902 Libres.

Blancs et blanches 172,8791

Mulâtres et mulâtresses ^^'*^*)239,969

Nègres et négresses 6,811/

Indiens et Indiennes. ^^^I

Esclaves»

Mulâtres et mulâtresses 14,722| ^^^33

Nègres et négresses.. 72,211 j

Total, . - 326,902

Uexamen de ces deux tableaux nous fournit les résultats suivants :

V Dans l'espace de 26 ans le nombre relatif des esclaves, au lieu de diminuer, a augmenté d'une manière sensible; car, en 1813, il n'était, à celui des blancs, que comme 1 à -—ô, tandis qu*à présent (1838) il est comme 1 à ~^^, et les seuls créoles sont aujourd'hui presque aussi nombreux que l'étaient, en 1815, les créoles et les Africains réunis (34,210 nègres créoles esclaves en 1838 , 37,602 nègres créoles et africains esclaves en 1813). De là nous ne conclurons pas que les hommes libres sont devenus plus oisifs, il est vraisemblable, au contraire , qu'ils travaillent davantage; mais nous conclurons que l'aisance a augmenté, car, dans un pays où les terres n'ont encore qu'une très-faible valeur et où l'esclavage est admis, le nombre des esclaves est le signe le moins incertain de la richesse. Il est évident encore que l'accroissement du nombre des hommes privés de la liberté tient à ce qu'on les marie bien plus qu'autrefois; en 1838 il s'est fait, parmi eux, 760 mariages , et à des époques plus reculées il n'y avait guère entre ces infortunés que des rapports passagers et illicites. Nous devons croire aussi que les négresses sont ménagées davantage pendant leur grossesse, et qu'en général on traite les esclaves avec plus de douceur. En effet, toujours en 1838, le nombre des naissances, chez ces derniers, a été comme 1 à 0,0471 (2.594 sur 86,933), et parmi les hommes libres il a été seulement comme 1 à 0,0546 (6,862 sur 239,969), ce qui ne fait pas une différence extrêmement sensible (1). Pour les dé-

(1) Parmi les caases que d'Eschwege assignait, en 1820 (Broi,, U,

ces, la différence est beaucoup moindre encore, puisqu'ils ont été, chez les hommes libres, comme i à 34,54 (6,947 sur 239,969), et comme 1 à 34,64 chez les esclaves (2,509 sur 86,933) (1); nous pourrions, à la vérité, retrancher quelque chose de ce dernier chiffre, en tenant compte de Tomission de quelques inscriptions sur les registres; mais, d'un autre côté, nous nedevonspas oublier que l'air froid des montagnes de S. Paul et la fraîcheur que Ton ressent pendant les nuits dans plusieurs parties de cette province sont moins favorables à la santé des nègres que Teitrème cha*leur du Brésil tropical (2).

^ Si Ton ne faisait attention qu'au rapport extrêmement faible du nombre des nègres créoles et libres avec le reste de la population, et que, d'un autre côté, on se rappelât que la province de S. Paul est une des plus anciennes du Brésil, on pourrait croire que les affranchissements y ont été extrêmement rares ; mais cette manière

158), au peu de fécoadité des négresses de Minas, et dont quelques-aoes ressemblent un peu à des épigrammes, il compte les mauvais traitements qu'on leur faisait souvent subir pendant leur grossesse et la barbare coutume qu'avaient ces femmes de se faire avorter pour ne pas tagmenter leurs misères par les soins qu'exige un nourrisson ; il est bien clair, d'après tout ce que nous venons de dire, que, si ces indignités se répètent encore aujourd'hui dans la province de Saint-Paul, elles ne sauraient y être extrêmement fréquentes.

(1) Les divers calculs que présente cet alinéa sont basés sur le tableau 6 de VEnsaio (Tum quadro eslalislico de Pedro Millier et 1 appendice du même tableau ; mais je dois faire observer que, d'après cet appendice, le nombre des décès s'élèverait, pour 1838, à 9,456, tandis que, suivant \% tableau lui-même, il ne monterait qu'à 9,2â6. J'ai préféré le premier de ces chiffres , parce qu'il est plus difficile d'y soupçonner de l'exagération , et que P. Millier lui-même lui a donné la préférence.

(2) Spix et Mart., ReUe, I, 224.

de juger manquerait d'exactitude. Les nègres qu'on affranchit sont, en général , ceux dont on veut récompenser les longs services» et trop souvent des vieillards qui n*en rendent plus aucun (1); de très-jeunes affranchis sont une sorte d'exception. Les premiers ne peuvent songer à se marier; les seconds rencontrent difGcilement des personnes de leur caste auxquelles ils puissent s'unir : d'ailleurs, n'ayant point été préparés à la liberté par rinstruction y ils préfèrent à une vie réglée et casanière la vie errante des camaradas (2), le libertinage ou même le crime.

S'' De 1815 à 4838 l'augmentation du nombre des mulâtres esclaves a été comme 1 à 7—, et celle des hommes libres comme 1 à ri^z seulement. Nous admettonsque, dans cet intervalle de temps, les blancs ont traité leurs esclaves avec douceur, mais nous ne pouvons pas supposer qu'ils les aient ménagés plus qu'eux-mêmes : il faut donc nécessairement reconnaître que le nombre des mulâtres esclaves ne s'est pas seulement accru par des unions entre des individus métis des deux sexes, mais par un renfort d'enfants issus de négresses et de blancs ; ainsi il existe encore des hommes libres de notre race qui ont assez peu d'âme pour laisser leurs fils dans l'esclavage.

4* Lorsque les Portugais découvrirent le territoire de S. Paul, il était habité par de nombreuses tribus indiennes,

(1) C'est ce qui arrive à Mioas, et il n*est guère vraisemblable qu'il eu soit autrement à S. Paul. Voyez ce que j'ai écrit à ce sujet daos moo Voyage au dislrict des Diamants , etCy I, 260.

(2) Les camaradas sont des serviteurs libres qu'on emploie princi» paiement dans les caravanes, Voyage aux sources du Rio de S* Fran* Cisco, etc.

et bientôt les nouveaux cobns amenèrent chez eux , des différentes parties du Brésil, des renforts d'Indiens réduits en esclavajge; il est impossible de ne pas avoir le cœur serré lorsqu*on pense que, de toute cette population, il ne restait plus, en 1838, que 825 individus, qui, pour la plupart, d' existeraient même pas aujourd'hui, si leurs pères n'avaient été placés par les jésuites sous la double égide du Christ et de la liberté. La terre de Minas a été le tombeau d'innombrables Africains ; mais ils étaient déjà esclaves chez eux, et, si les Mineiros violaient les lois de l'humanité efi perpétuant l'esclavage de ces infortunés , du moins ils ne contrevenaient point à celles de leur pays. Lorsque les anciens Paulistes anéantissaient les Indiens avec tant de barbarie, ils enfreignaient les sages ordonnances de leurs souverains, faisaient acte de rébellion, et c'était leur propre pays qu'ils dépeuplaient.

5° En 1824, le nombre des blancs était, à Goyaz, 5 fois moindre que celui des hommes de couleur, noirs ou mulâtres, libres ou esclaves (1) ; en 1808, il était, à Minas Geraes, moindre que le tiers des individus des mêmes castes; en 1816, il surpassait à peine le tiers de ces individus dans l'évèché de Marianna, la province de Minas le plus essentiellement aurifère (2). AS. Paul, au contraire (1838), le nombre des hommes appelés blancs est plus élevé de près de 1/5 que celui des mulâtres et des noirs réunis. Il est incontestable que, excepté Missôes, Rio Grande do Sul et RioNegro (3), S. Paul est, de tout le Brésil, la province

(1) Voyez moif Voyage aux sources du Rio de S» Francisco et dans la province de Goyaz, l, 328.

(2) Eschw., Jour, von Bra^s., I, tab. 5. ~ Bras, neue WeH, II , 155 .

(3) Spii et Martius, Reise, I.

OÙ l'on a introduit le moins de nègres ; cependant on se tromperait, si Ton considérait comme réellement blancs tous les individus indiqués comme tels dans les états de population. Les indigènes ont été anéantis ; mais de l'alliance de leurs filles avec les premiers colons sont nés des métis, que Ton confond avec les hommes de race vraiment caucasique. Le sang indien ne peut plus se renouveler, et de nouveaux croisements tendent à en faire disparaître les traces de plus en plus ; cependant il est encore une foule de métis qu'un œil un peu exercé distingue sans aucune peine et qui sont même repoussés, en certains cantons, par les blancs véritables.

Nous possédons malheureusement bien peu de docu^ ments sur le rapport numérique des naissances de Y un et l'autre sexe ; nous savons seulement qu'en 1838 il y a eu, dans la population libre, 6,700 naissances de garçons et 6,545 de filles, et que parmi les esclaves il est né 2,230 garçons et 1,800 enfants du sexe féminin, c'est-à-dire que, dans la première catégorie, le nombre des naissances d'individus du sexe féminin a été à celui des naissances de garçons comme 1 à 1,053, et, dans la seconde, comme 1 à 1,238, différence extraordinaire dont il me semble impossible de donner une explication raisonnable (1). Pour comparer ensuite la différence du nombre des individus des deux sexes au moment de la naissance avec le chiffre qui exprime la même différence dans l'ensemble de la population, nous sommes obligé de nous borner à la classe des blancs, parce qu'elle seule n'est point exposée à des

(1) Le calcul par lequel nous avons obtenu ces chiffres est basé sur le tab. 6 de VEnsaio esiatislico de Pedro MùHer.

perturbations continuelles. Nous trouvons, pour Tannée 1813, que, dans cette classe, le nombre des femmes est à celai des hommes comme 905 est à 1, et qu'il est, pour 1838, comme 964 à Tunité ; ainsi, rapprochant ces chiffres de ceux qui ont été notés plus haut, nous avons la confirmation d'une observation faite pour l'Europe, savoir, qu'il naît plus de filles que de garçons (1 ) , mais qu'au bout d'un certain temps il existe plus de femmes que d'hommes, par la raison bien simple que la nature de leurs travaux expose ces derniers à des chances plus nombreuses de mortalité. Mais les états statistiques de la province de S. Paul pour 1838 nous prouvent que , dans la partie de la population libre comprise entre 50 et 70 ans, le nombre des hommes redevient plus considérable, ce qui s'expliquerait par des considérations médicales faciles à saisir.

§ y. — Administration générale, division de la province.

U n'y avait autrefois aucune homogénéité entre les différentes provinces du Brésil : elles communiquaient trèsdifficilement les unes avec les autres, et le seul lien qui les unissait était un égal respect pour le même souverain, celui du Portugal. Cependant toutes, à quelques différences près, avaient une administration semblable.

La province de S. Paul, qui, comme celle de Minas Geraes, Goyaz, Rio Grande, etc., portait le nom de capitainerie (2), était, comme ces dernières, gouvernée par un

(1) MUne-Edvards, Zoologie, I, 34.

(2) le nom de province {provincia) était réservé pour des portions

capitaine général (capiiào général) y dont l'autorité ne connaissait, pour ainsi dire, pas de bornes.

Pendant un certain temps, elle n'avait été divisée qu'en deux comarcas; depuis 181i, elle le fut en trois, celles de 5. Paul, d'Hytû, de Curitiba e Paranaguâ, ainsi appelées du nom des villes qui en étaient les chefs-lieux. La première, avec sa capitale qui avait le titre de cité [cidade), comprenait 22 villes [villas) ^ savoir,

Du nord au sud, sur le bord de la mer,

Ubatubâ, S. Sebastiào, Villa da Princeza, Santos, S. VicenUy Stahen; Et dans Tintérieur Areas, Cunhay Parahytinga , Lorena, Guaratinguetâ, Pindamonhangâba , Taubatéy S. José, Sacarehy, Mogi das Cruzes^ Bragança, Atibaya,

du territoire brésUien moins grandes que les capitaineries, par exemple la proTince de Sainte-Catherine, celle des Missions, etc.

DE SAINT-PAUL ET DE SAlNTE-GATHERIIfE. 133

Mogimirim,

Jundiahy,

Paranahyba.

Dans la comarca tfHylù, on comptait 7 villes, y compris le chef-lieu :

S. Carlos,

Porto FeliZy

Sorocâba,

Itapitininga,

Itapéva,

Apiahy.

Enfin la comarca de Curitiba e Paranagua comprenait, sur le plateau,

Curitiba,

Castro,

Lapay

Lages, aujourd'hui réuni à la province de Sainte-

. Catherine, Et sur le littoral

Iguâpe,

Cananea,

Antonina,

Paranagua,

Guaratûba; en tout 9 villes.

Chaque comarca était divisée en termos, et ceux-ci se , composaient d'une ou plusieurs paroisses.

Le principal magistrat des com^arcas était Vouvidor, qui, par une étrange confusion, remplissait tout à la fois des fonctions judiciaires et des fonctions administratives. Un sénat municipal [camara) dirigeait les affaires des villes. A Guaratingueté, à Taubaté, à Sanlos, S. Sebastiào, Pa-

ranaguà résidait nnjutzde fora^ qui, nommé par le souverain , jugeait en première instance et dont les décisions pouvaient être infirmées par Youvidor de la comarca; dans les autres villes moins importantes, lejuiz de fora était remplacé par des juizes ordinarios élus par leurs concitoyens (1).

Depuis la révolution qui a changé la face du Brésil, l'administration de la province de S. Paul a éprouvé successivement des modifications plus ou moins importantes. Conformément à la constitution de Fempire modifiée par la loi de rassemblée générale de 1834, le pouvoir exécutif est aujourd'hui, à S. Paul, comme dans les autres provinces, entre les mains d'un président nommé par le gouvernement central. Le 7 de janvier de chaque année, le président convoque l'assemblée législative de la province, qui se compose de trente-six députés choisis par le peuple ; il lui fait un rapport sur les différentes branches de l'administration : l'assemblée règle le budget et rend les décrets qui lui semblent nécessaires au bien du pays.

Il est clair que l'accroissement considérable qu'a éprouvé la population depuis trente ans, a dû nécessiter des changements dans les divisions du territoire brésilien . En 1 838 la province de S. Paul se composait de six comarcas; l'année suivante, on divisa la troisième d'entre elles, et par ce moyen on fit une septième comarca du territoire de Franca, ville où une révolte récente avait rendu nécessaire la présence d'un magistrat assez fort pour réprimer les tentatives criminelles.

(1) Dans moQ Voyage à Minas Geraes, on trouvera des détaUs trèsétendas sur Torganisation administrative des anciennes capitaineries.

En 1820 on comptait, comme on Ta vu , 58 villes dans la province de S. Paul; en 1838, ce nombre s'était accru de 8; en 1845, on l'avait porté à 54, et depuis il a encore été augmenté; comme on le verra dans la suite de cet ouvrage.

Voici, d'après un document officiel (1), quelles étaient, en 1845, les camarcas de la province de S. Paul, et comment les villes étaient réparties entre elles.

^Bananal, Aréas, Queluz, Lorena , 5t7veiras, Gnaratinguetâ, Cunha, Pindamonhangàba, S. Luiz, anciennement appelé Parahytinga, Taubaté, Sacarehy, S. José, Parahybuna, Mogidas Cruzes, Santa Isabel.

[S. Paul, la capitale de la province, 5. Amaroy Paranahyba, Atibaya,Bragança.

Jundiahy, Campinas, autrement dit S.

Carlos , Constittiçâo , autrement Ptracicaba^ Àraraquâra, Limeira.

|Hytù, Porto Feliz, Pirapôra, Capivarhy, S. Roque, Sorocâba, Itapitininga, Itapéva, Apiahy.

[Castro, Curitiba, Villa do Principe , autrefois Lapa, Paranaguâ, Guaratûba, Antonina, Morretes,

1" comarca ,

vulgairement de

Taubaté.

2% de S. Paul.

5% dite de

Campinas da de

Jundiahy.

4% d'Hytù.

5% de Curitiba.

(1) Ce document est le tableau 4 du rapport du président de la province pour Tannée 1845 {RelcUario a preserUado, etc.). J'y ai ajouté les noms anciens de quelques villes, et j'indique en lettres italiques celles qui ont été créées depuis 1811. Les comarcas sont simplement indiquées

t36 VOYAGE DANS LES PROVINCES

6% vulgairement 1^?"^?^» Xiririca, Cananea , Itahen ,

de Sanlos. { Santos, S. Vicente, S. Sebastiâo, Villa

I Bella da Princeza, Ubatubâ.

^ , „ (Mogimirim, Casa Branca, Franca,

7% de Franca. j ^^^^^^

Un voyageur sérieux , M. d'Eschwege, s'est fortement élevé contre Térection trop fréquente des villages (1) en villes; MM. Spix, Martius et moi avons trouvé la manière dont il s'exprime sur ce sujet empreinte de beaucoup d'exagération, et nous avons montré que notre opinion n'est pas parfaitement conforme à la sienne (2).

A la vérité, certaines villes de la province de S. Paul, telles qu'elles étaient à l'époque de mon voyage, n'auraient, ailleurs-, porté d'autre nom que celui de hameau, et je ne prétendrai certainement pas que la création d'aucune ville n'ait eu pour cause ou une vanité malentendue, ou des intérêts particuliers ; mais il faut aussi reconnaître que l'éloignement où sont les uns des autres les centres de population a souvent obligé les autorités supérieures d'ériger de chétifs villages en villes, parce que ce titre implique la présence de magistrats assez forts pour maintenir le bon ordre.

Quelque accroissement qu'éprouve la population dans la plus grande partie de l'Europe, le nombre des villes et des villages n'augmente pas où augmente d'une manière peu sensible ; à S. Paul, au contraire, ce nombre s'est ac-

par des numéros dans les documents officiels ; j'emprunte leurs noms vulgaires à MM. Milliet et Lopes de Moura.

(1) Eschw., Bras, die neue Well, H, 49.

(2) Spix et Martius, Reise, I, 194. — Ang. de S. Hil., Voyage aux sources du Bio de S. Francisco, e(c., I, 39.

cru, depuis 4820, dans une proportion qui n'est pas de beaucoup inférieure à celle que nous offre Taccroissement de la population elle-mèine. Il est à peine nécessaire d'indiquer la cause de cette différence. En Europe, il n'est pas de terrain qui n'ait son propriétaire; la population, lorsqu'elle devient plus considérable, ne peut donc pas se répandre, elle se presse davantage; à S. Paul, au contraire, et dans les autres pays où d'immenses espaces sont encore vacants, l'excédant de la population s'étend sur des terrains qui étaient restés déserts, et bientôt se forment de nou-* velles agglomérations d'habitants.

S VI. •— Justice criminelle.

Dans tous les pays, lorsqu'un certain temps s'est écoulé entre le crime et le châtiment, l'horreur que le premier avait produite s'efface, et le public, ne voyant plus dans lé coupable qu'un homme qui souffre, finit par lui accorder de l'intérêt et de la pitié. A l'époque de mon voyage, la compassion pour les coupables était poussée au dernier degré chez les Brésiliens, dont les impressions sont peutêtre plus vives et plus passagères que les nôtres, et dont les mœurs, du moins dans l'état habituel, sont généralement plus molles. Les exécutions, fort rares à Rio de Janeiro, y produisaient toujours des espèces de soulèvements ; et il n'est personne, dans les rangs inférieurs de la société, qui n'eût aidé de grand cœur le criminel à s'échapper des mains de la justice. On sent que, dans une contrée où régnent des dispositions semblables, l'institution du jury doit amener des acquittements encore bien plus fréquents que chez nous. En 1839, des atrocités furent commises, à

la suite d'une sédition, sur le territoire de Francd, ville de la province de S. Paul ; les coupables parurent devant un jury ; on avait la preuve la plus évidente de leurs crimes, et cependant ils furent acquittés à F unanimité; aussi le président de la province pour 1840 disait-il avec amertume que la sédition ne pouvait manquer de s'enraciner dans un pays où elle obtenait un semblable triomphe (1). La crainte des vengeances , si faciles dans l'intérieur où la police est presque sans force, contribue à rendre les jurés indulgents ; ils j sont portés aussi par l'habitude bien ancienne de céder à toutes les sollicitations (empenkos), et enfin jusqu'en 1847 la loi brésilienne elle-même a favorisé les jurés dans leur excessive mollesse (2).

On a cru pouvoir établir que les crimes contre les personnes sont les plus communs dans les pays où il y a le plus d'ignorance, et que ce sont ceux contre les propriétés qui prédominent là où l'instruction est le plus répandue. Ce qui arrive au Brésil, où malheureusement l'ignorance est encore fort grande, tendrait à confirmer cette espèce de loi. Le ministre de la justice disait, en effet, à l'assemblée législative de 1846, que « les crimes contre les personnes, tels que les homicides et les coups, sont les plus communs ; » et il paraîtrait qu'à S. Paul, en particulier, les individus accusés pour vol sont, ou du moins étaient, il y a dix ans, aux accusés pour meurtre presque comme 1 est à 2 (3).

{i) Diseur êo recilado pelo présidente Manoel Machfido Nunes no dia 7 de Janeiro de 1840, p. 3.

(2) Relalorio do ministro dajustiça do anno 1847, Annuario, secundo anno, 92.

(3) C'est ce qai résulte de la table 7 de VEnsaio estalisiico. On peat

A répoque de mon voyage, il ne se commettait pas un grand nombre de crimes à Minas et à Goyaz ; on n'y connaissait pas les vols à main armée, et , surtout loin des chefs-lieux, les propriétaires avaient rarement à se plaindre de toute autre espèce de vols. Les meurtres étaient, au contraire, assez fréquents dans la partie de la province de S.Paul qui forme le nord de la septième comarca actyelle, et cela ne doit point étonner, parce que ce pays, éloigné des grands centres de population, servait d'asile aux criminels échappés de Minas. Je crois aussi que le voisinage de la capitale du Brésil rendait les vols plus communs dans les cantons de la province de S. Paul, limitrophe de celle de Rio de Janeiro, qu'ils ne Tétaient ailleurs.

Il paraît qu'aujourd'hui les crimes sont plus multipliés Don-seulement à S. Paul, mais encore dans tout le Brésil, qu'ils ne l'étaient de 1816 à 1822. Le ministre de la justice en indique la cause dans son rapport à l'assemblée législative générale de 1846. « Pour s'expliquer, dit-il, « tant d'actes de férocité contraires au caractère essence tiellement doux du peuple brésilien, il sufflt de réflé- « chir un moment aux révolutions dont notre pays a été (( le théâtre, aux désordres qui s'y sont succédé, aux « dissensions, aux haines, aux vengeances qui ont dû « être nécessairement le résultat de cet état d'agitation, « à la perte des anciennes habitudes de discipline et d'o- « béissance, au grand nombre d'étrangers qui, fuyant « leur pays , ont abordé chez nous , à l'abandon dans « lequel on laisse l'éducation religieuse, la démoralisa-

admettre, sans doute , qu'elle n'est pas en tout point d'une eiactitude rigoureuse, mais il est clair qu'on ne doit pas la rejeter dans son ensemble.

« tion des esclaves, leur nombre beaucoup trop considé-

(( rable, la facilité enGn avec laquelle les criminels peu-

t( vent se dérober à Faction de la justice en se réfugiant

« dans les déserts (4). »

§ Vn. — FiDances.

Plusieurs des impôts qui, sous l'ancienne administration, se payaient à Goyaz (2) étaient également exigés des Paulistes ; mais il y avait certains droits que la différence des localités et celle des productions ne permettaient pas de percevoir également dans les deux provinces. Ainsi déjà longtemps avant 1820 on n'exploitait plus de minières à S. Paul; par conséquent, on ne devait plus y connaître l'impôt du quint. D'un autre côté, les Paulistes allaient chercher à Rio Grande do Sul les mulets qui se vendaient dans plusieurs des provinces du nord; ces animaux passaient nécessairement par celle de S. Paul , et Ton y payait, pour chacun d'eux, des droits qui ne pouvaient être exigés desGoyanais (5).

(1) J'fiar^is désiré comparer la statistique crimiaelle de la France avec celle de la province de S. Paul ; mais les présidents de cette province ne cessenjt de se plaindre de ce qoe l'organisation judiciaire de leur pays ne leur permet pas d'établir cette statistique , et les détails qui se trouvent dans ceux de leurs rapports que j*ai sous les yeux ne sont pas assez complets pour que je puisse en tirer quelque parti.

(2) Voyage aux sources du Rio de S. Francisco^ l, 338.

(3) On trouvera, dans le premier volume de mon Voyage à Minas , de longs détails sur l'impôt du quint, et la relation que je publie aujourd'hui n'en contient pfts de moins étendus sur les droits que Ton paye dans la province de S. Paul sur les chevaux, les mulets et le bétail

En 1813 (1), et probablement jusqu'à la révolution qui a changé la face du Brésil, la prdvince de S. Paul avait pour revenu le produit des droits et impôts dont nous allons

donner le détail.

Donatios de officios : les titulaires de certains offices ne touchaient point d'honoraires proprement dits ; le gouvernement, au contraire, recevait d'eux un tiers des rétributions qui leur étaient payées pour leurs peines par les parties intéressées ; c'est là ce qu'on appelait donativos de

offcios (2) .

Novos direitas (nouveaux droits) .

Nows imposios (nouveaux impôts) : ils avalent été créés en 1755 pour dix années, et le revenu qui pouvait en résulter devait être uniquement appliqué à la reconstruction delà douane de Lisbonne; près d'un siècle s'est écoulé, et cette charge subsiste encore aujourd'hui (3).

Droits de la chancellerie.

Péage des rivières (4).

venant du sud (voir le chapitre intitulé, La ville de Sorocdba, elc, et celui qui a pour titre, La ville de Castro. - Fin du voyage dans les

Campos Geraes).

(1) Voir un tableau officiel de Tan 1813, que le comte da Barca, ministre d'ÉUt, avait remis à d'Eschwege, et que celui-ci a publié en y joignant quelques notes explicatives (Journ. von Bras., U).

(2) Avant l'arrivée du roi de Portugal au Brésil . les offices dont il s'arit étaient affermés et rapportaient au fisc des sommes considérables- Jejm VI cédant aux solUciUtions des gens insatiables qui l'entouraient, leur avait donné la plupart de ces offices, et par là il avait tout à la fois mécontenté les Brésiliens et diminué ses revenus (voir mon Voyage

ions la province de Minas). , * ^ ,

(3) Voir, sur les novos direilos et novos impostos, la note de la

T) On trouvera, dans un des chapitres de ce volume, des détails sur cet impôt et ses immenses inconvénients.

Direitos do contrato y direitps da casa doada ; droits sur les mulets, les chevaux et le bétail qui entraient dans la province de S. Paul venant de celle de Rio Grande (1).

La dime des produits de la terre, qui se payait dans tout le Brésil, et qui, comme je Tai dit plusieurs fois, n'était plus perçue pour le compte du clergé, mais pour celui du fisc.

Cruzados de sal, droit sur le sel importé s'élevant à 1 cruzade ou 400 reis (2 fr. 50 c.) par alqueire (40 litres).

Subsidios literarios, impôt considérable qui avait été mis sur le sucre et le café pour subvenir aux frais de Téducation de la jeunesse, et auquel on donnait, dit d'Eschwege, une tout autre destination.

Droits sur les marchandises qui entraient à Minas.

Droits de la douane du port de Santos.

La dime des biens-fonds et bois de construction.

Siza e meta siza : l'accise, dit d'Eschwege, se payait sur les nègres venant d'Afrique ; la demi-accise, sur les nègres créoles.

Droits du sceau.

Cames verdes, taxe de 5 reis (3 c.) sur la livre de viande fraîche.

deux de ces impôts qui rapportaient le plus étaient la dîme, l'impôt sur le sel, les subsides littéraires, enfin les droits d'entrée sur les mulets, les chevaux et le bétail, qui, à eux seuls, produisaient un revenu à peu près égal au quart de celui que rapportaient les autres impôts. Après la révolution de 1822, la nature des impôts est restée à peu près telle qu'elle était auparavant. Voici ce qu'ils étaient

(1) Voir la note de la page 140.

DE SAINT-PAUL ET DE SAIMTE-CATHERiqE. 143

en i838 (i) et ce qu'ils sont probableroent encore aujourd'hai. du moins à peu de différence près (S).

Novos e velhos direitas (nouveaux et anciens droits) sur les provisions, les diplômes et les actes.

Nùvos impostos comprenant un droit de 6,400 reis, au change de 320 (20 fr.) sur les magasins et les tavernes da chef-lieu et des autres villes du plateau ; un droit sur le bétail, les chevaux et les mulets qui passent par la douane de Sorocâba, et enfin quelques autres droits de moindre importance (3).

Subsidios literarios, subsides littéraires se percevant sur les bestiaux abattus destinés à être vendus en entier ou par parties.

Came verdcy droit qui, au lieu d'être payé, comme autrefois, sur chaque livre de viande. Test à raison de i,600 reis (5 fr.) par tête de bétail abattu.

La dime des produits de la terre [dizimos], se percevant aujourd'hui avec des modifications qui n'étaient pas admises autrefois.

La dime des propriétés urbaines [decimados predtos urbanos)y exigée dans les villes qui ont cent maisons et plus.

(1) D. p. MiiUer, Ensaio eêtatUtico, tab. 9.

(2) Voir les rapports des présidents de la province de 1840-43-44-45-

(3) Dans ses notes snr le budget officiel de 1813, que j*ai extraites plus haut , d'Eschwege dit que les novos direitos et novos impostos étaient des droits sur les marchandises ; mais il est à croire qu'il se trompe, du moins en partie, car on n'aurait certainement pas voulu conserver les anciens noms de ces impôts, si la nature en avait complètement changé , et- Millier dit positivement que les novos impostos sont la continuation de la taxe créée sous ce nom après le tremblement de terre de Lisbo nne.

Droits de 10 pour iOO sur les biens des personnes décédées qui ne laissent pas d'héritiers descendants ou ascendants [décima dos legados e heranças).

Droits sur les chevaux et les mulets qui entrent dans la province [direitos do Rio Negro remplaçant ceux dits autrefois do contrato et da casa doada).

Droits de 20 pour 100 sur les eaux-de-vie» quelle que soit leur origine.

Droit de 5 pour 100 \jfneia siza) sur la vente des esdaves déjà dressés. — N. B, Il est clair que Ton a dû supprimer celui qui existait autrefois sur les esclaves africains, puisqu'ils ne peuvent plus entrer qu'en contrebande.

Droits pour expéditions touchés par la secrétairerie de la province.

Droits pour les papiers délivrés aux bâtiments qui sortent des ports.

Contrihuçao para Garapuâva^ impôt mis sur le bétail, les chevaux et les mulets , afin de subvenir aux dépenses nécessitées par rétablissement de Garapuâva (1). — N. B. Pour cet impôt, les animaux élevés entre la ville méridionale de Curitiba et celle de Sorocâba payent beaucoup moins que ceux venant du Sud ; mais il est à remarquer que sur ces derniers on prélève trois impôts différents, sans parler des droits de péage.

Péage des rivières.

Droit sur les maisons où se font les encans. — N. B. Le président de la province en Tannée 1844 fait observer que cet impôt est tout à fait insignifiant, parce qu'il

(1) On trouvera, dans ce volame, des détails très-étendus sur la colonie de Garapuâva.

n'existe pasde maisoDs spécialement consacrées aux encans, et il propose de le remplacer par un droit de 2 pour iOO sur les objets vendus à F enchère.

Droits de douane [alfandegas) sur les marchandises im* portées et exportées, auxquels on a ajouté une foule de petits droits de détail.

Droits de chancellerie.

Droits de sceau.

La taxe des lettres.

Puisque le Brésil est un État fédératif, il est bien clair que chaque province, celle de S. Paul comme les autres, doit avoir un budget spécial qui ne regarde absolument qu'elle, et qtf en outre toutes doivent, suivant leur position géographique et i*état de leurs finances, contribuer aux dépenses générales de Tempire ; de là deux sortes de revenus , les provinciaux {provinci(zes) et les généraux [geraes).

Ces derniers, pour la province de S. Paul, se composent uniquement des produits de quatre des impôts dont j*ai donné la note tout à T heure, savoir les droits de douane, ceux de la chancellerie, ceux du sceau, le produit de la poste aux lettres. Tous les autres sont provinciaux; ils se perçoivent pour le compte de la province, et leur produit ne sort de ses coflfres que pour être employé à ses besoins.

Le budget provincial de Tannée 1815 présenta les résultats suivants :

Revenu 182,754,054 reis, au change de 160. 1,142,212 fr.

Dépense 178,130,369 » » » 160. 1,113,314

Excédant d^s recettes. 4,623,685 » » » 160. 28,898 I. 10

De ces résultats nous allons rapprocher ceux de Tannée financière de 1838 à 1839 :

Revenu 248,215,284 reis, au change de 320. 775,672 fr.

Dépense 211,812,868 » » » »

Eicédaïit des recettes. 36,402^416 » » » m

Si nous comparions la quantité de reis reçue en 1813 et celle de reis dépensée dans la même année avec la recette, et la dépense de 1838 à 1839, également en reis, nous établirions que ces dernières ont été plus considérables que la recette et la dépense de 1813; mais une telle comparaison serait tout à fait erronée, puisque, dans l'intervalle des deux époques, les valeurs représentatives ont éprouvé au Brésil une très-grande dépréciation. Nous réduisons donc en francs les sommes indiquées pour 1813 et 1838, en opérant sur les changes cotés pour ces deux années (1), et nous trouvons qu'en 1838 la province de S. Paul a> en réalité, moins reçu et moins dépensé qu'en 1813, quoique, dans cet espace de temps, la population ait augmenté environ d'un tiers. La différence tient, je crois, à ce qu'en 1813 on fut obligé de faire des dépenses considérables à cause de la guerre du Sud, et , d'un autre côté , à ce que les finances sont aujourd'hui mieux administrées que sous le gouvernement absolu.

Ce n'est pas seulement en 1839 que les recettes ont offert un excédant sur les dépenses ; ceux des budgets de ces dernières années que nous avons sous les yeux nous offrent des résultats semblables. Yoici comment s'exprime, à ce sujet, le président de la province, Manoel Felisabpo

(1) Horace Say, Tableau synoptique dans Y Histoire des reUitions commerciales.

DE SonzA E Mello : « Tandis que plusieurs des provinces (( de Tempire se voient privées de ressources, qu'elles « luttent contre mille difficultés pour subvenir aux dé- (( penses les plus urgentes, et qu'elles sont forcées de solli- (i citer des secours de la caisse générale de Tempire, celle <( de S. Paul a des revenus suffisants, non-seulement (( pour satisfaire à ses besoiùs très-multipliés , mais en- (( core pour pouvoir mettre en réserve des sommes im- « portantes. Nous defvons attribuer l'état prospère de nos « finances à la sagesse, à l'activité de notre administra- (( tien provinciale, au zèle des receveurs, surtout à la do- « cilité du peuple pauliste, qui, plein de respect pour la (( loi et pour ses magistrats, paye presque toujours les « impôts sans aucune difficulté, et chez lequel les exem- « pies de fraude sont extrêmement rares. » Parmi les causes auxquelles le président Manoel Felisardo attribue la prospérité des finances de la- province de S. Paul, il aurait dû, je crois, mettre en première ligne l'extension du com merce et les progrès de l'agriculture^

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