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CHAPITRE III

DE FRANC A A MOGIMIRIM.

Tableau général da pays situé entre Franca et Mogimirim ; changement dans la régétalioD ; la campagne au commencement du printemps ; époques aniquelles les pluies commencent; mœurs des habitants, leurs occupations ; monnaie de compte. — Les campagnes qui s*étendent au delà de Franca. — Accident arrivé à deux malles. — Le Rio de Santa Barbara et la fazenda du même nom. — Le^Ato Sapucahy, — La fazenda da Paeiencia ; son propriétaire. — La campagne au delà de Paeiencia. — Le hameau de Balataes ; Thabitatioa du même nom ; son propriétaire ; aventure de Laruotte ; l'intérieur des maisons réservé aux femmes ; une anecdote. — Amulettes. — La campagne au delà de Batataes. — L'habitation de Lages ; son propriétaire. Hameau de CtiMtSo. — ^Un grand bois. — Bizarrerie de José Marianne. — Le Kio Pardo; animal appelé minhotoçu, — Eaux minérales du Rio Pardo ; goût du bétail pour ces eaux. — Un marchand de diamants. — Inconstance des serviteurs libres. — Fazenda da Pûcienda, — Le village de Casa Branca; son histoire. — Un ouragan.

— Végétation du pays qui s*étend au delà de Casa Branca. -— Le Jaguarhymirim, — La fazenda d'Itapéva et la rivière du même nom.

— Les chiens. — Le rœncho d^Vrussanga ; les ranchoe en général.

— Bohémiens ; une consultation. — Le village de Mogiguaçu. — Pays des sucreries. — Le Rio Mogiguaçu , rivière très-insalubre ; empoisonnement du poisson par le timbô.

Entre Franca et Mogimirim, dans un espace d'environ 40 lieues, le pays n'est plus ce qu'il avait été depuis la cité

de Goyaz. Les arbres rabougris, qui presque partout arrêtaient la vue et la fatiguaient par leur monotonie , disparaissent généralement des campos, et d'excellents pâturages, caractérisés, comme ceux du canton de Rio Grande, par le capim frecha, permettent de découvrir un vaste horizon. Depuis les Caldas, le voyageur avait cessé de voir des montagnes (i); une petite chaîne dépendante de la Serra da Mantiqueira, et que j* appelle Serra do Rio Grande et do Parannâ (2) , se montre dans le lointain, du côté de Touest, et répand de la variété dans le paysage.

Les pluies, qui avaient commencé depuis très-peu de

(1) Voir, pour la montagne de Caldas, mon Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de Goyaz^ roi. U, chap. xxv.

(2) Conformément aux règles que j'ai établies pour la nomeoclattire des fleuves du Brésil {Voyage aux sources du Rio de S. Francisco, etc., I. — Observations sur les diviseurs des eaux de quelques-uns des fleuves de V Amérique, etc., dans le vol. des Comptes rendus de VAca-^ demie des sciences), cette chaîne doit porter le nom que je lui donne ici, parce qu'elle envoie des affluents, du côté de Test, au Rio Grande; et, du côté de Fouest, au Parannà. Elle m'a paru avoir peu d'élévation, si même on la compare seulement avec les autres montagnes du Brésil, dont les plus élevées ne dépassent pourtant guère 2,000 mètres (Eschw., Braz., U, 199; — Mart., Physiognomie des Pflanzenreichs , 23 ), et ne présentent qu'une végétation correspondant à celle que nous nommons alpestre. D'après tout ceci, il est clair que les habitants de Rio de Janeiro, qui font venir à grands frais de la glace de l'Amérique du Nord, auront été un peu étonnés d'apprendre, par deux ouvrages imprimés à Paris aux frais des contribuables, qu'aux portes de leur ville, à une hauteur qui ne dépasse pas 2,000 mètres, selon Eschwege (1. c, 165), ou 7,500 pieds anglais, selon Gardner {Trav., 532), « la chaîne des Orgues « présente des sommets couverts de neige et des glaciers où se réfléa chissent les rayons du soleil des tropiques (Voyage Bonite, Relation, u 1, 161), » ou bien encore « que les Orgues sont quelquefois couvertes (t de neige..., et que cette neige lointaine rappelle les frimas des ré- « gions polaires {Voyage Venus, I, 52). »

Jours, avaient rendu aax campagnes un aspect charmant ; rherbe était déjà plus abondante, et un vert tendre succédait aux teintes grisâtres qui, pendant la saison de la sécheresse, avaient si longtemps affligé mes regards. Sans être aussi nombreuses et aussi variées que dans les pays décidément tropicaux, les fleurs devenaient pourtant plus communes; les insectes s'agitaient au milieu des étamines et sur les feuilles naissantes ; la nature sortait de Tengourdissement calme et silencieux où elle était restée plongée durant plusieurs mois ; elle semblait dire, comme & la fin de nos tristes hivers : Mortel, tu n'es pas oublié [i).

Il s'en faut bien que les pluies commencent à la même époque dans les diverses parties du Brésil : on peut signaler, sous ce rapport, des différences extrêmement remarquables. Sur la ligne que je suivais alors, en me dirigeant du nord-ouest au sud-est, la sécheresse parait finir d'autant plus tard qu'on se rapproche davantage des tropiques du Capricorne; car, à mesure que j'avançais, on me disait, en chaque endroit, que la pluie de ce jour4à était la première qui fût un peu abondante.

On sait déjà que, à peu près depuis la ville de Santa Gruz, des émigrés de Minas Geraes sont venus s'établir dans les campagnes voisines de la route de Goyaz à S. Paul, et qu'ils ont fondé les villages de Farinha Podre (2) et de Franca. Entre ce dernier et la ville de Mogimirim, la population très-faible présente également un niélange d'anciens habitants et de nouveaux colons. Les premiers, tous Paulistes et probablement métis d'Indiennes et de blancs

(1) Rousseau.

(2) Voyage auœ sources du Rio de s. Francisco et dans la province de Goyaz, vol. 11, chap. xxvi, xxviii.

è différents degrés, sont, comme les cnllîvatears da Rio das Pedras, des alentours de Pouso Alto, etc. (1)» des hommes grossiers, apathiques et malpropres. Les seconds, nés généralement dans la eomarea de S. Joâo d*El Rei , sans avoir à beaucoup près les qualités qui distinguent (1816- 1822) les Mineiros des œmarcas d'Ouro Preto, de Sabari, de Villa do Principe, diffèrent pourtant beaucoup de leurs voisins^ La propreté règne dans leurs demeures ; ils sont plus actifs, bien plus intelligents, moins impolis, plus hospitaliers que les véritables Paulistes de ce canlon ; en un mot, on retrouve chez eux toutes les habitudes et les mœurs de leur patrie (2).

Tandis qu'à Minas, ou du moins dans les parties les plus civilisées de cette province, les hommes des dernières classes se témoignent ' généralement beaucoup d'égards, j'entendais, depuis que j'avais passé la frontière de S. Paul, les gens du commun parler de tuer comme on parlerait ailleurs de donner des coups de canne. Du plomb dans la tète, un coup de couteau dans le cœur {chutnbo na cabeça, faça no coroçao), telles étaient les douces paroles qui sans cesse frappaient mes oreilles. Les anciens Paulistes faisaient à peu près aussi peu de cas de leur vie que de celle des autres : il est fort possible que^ dans la contrée qui s'étend du Rio Grande à Mogi, les descendants de ces aventuriers audacieux prennent un peu plus de soin de leur propre existence que ne faisaient leurs pères ; mais il ne parait pas qu'ils estiment davantage celle de leur prochain. Comment, au reste, perdraient-ils leur rudesse hé-

(1) Voir plas haut.

(2) Voir moD Vaytige dans le district deê Diamants, etc.^yoh \, et le Voyage aux sources du Rio de S. Francisco, etc., vol. I.

réditaire ? Ils ne reçoivent aucune instruction religieuse , les mauvais exemples des malfaiteurs de Minas qui se retirent parmi eux les excitent encore au mal, et dans ces contrées reculées les lois sont à peu près comme si elles n'existaient pas.

Les cultivateurs de tout ce pays profitent de leurs excellents pâturages pour élever des bètes à laine, beaucoup de bétail, et ne négligent pas non plus l'éducation des porcs. Les fazendeiros (i) les plus riches envoient leurs élèves, pour leur propre compte, à la capitale du Brésil ; des marchands de la comarca de S. Joâo d'El Rei achètent dans les habitations ceux des propriétaires les moins aisés. Un grand nombre de bœufs vont aussi de ce pays dans les environs de S. Paul, où on les emploie au service des sucreries et où la mauvaise qualité des pâturages, les faisant périr, force bientôt les propriétaires de les remplacer par d'autres. Quelques années avant l'époque de mon voyage, les bœufs ne valaient encore, dans tout ce pays, que 3,000 reis (18 fr. 75); en 1819, les marchands les payaient jusqu'à 5,000 (31 fr. 25).

On sait que, dans les contrées aurifères, on compte par mtens d'or {vintens d'ouro) de 37 reis 1/2, valeur en or du poids également appelé vintem (2) ; les pays, au contraire, où il n'existe point de mines n'admettent que le mtem d'argent de 20 reis [vintem de prata), comme on fait en Portugal ou à Rio de Janeiro. Dans les parties de la province de Goyaz que j'ai parcourues, le vintem d!ouro^

(1) Propriétaires de fazendas ou grandes habitations (voir mes relation$ précédentes). '

(2) Voir mon Voyage dans les pravinceM de Rio de Janeiro et de Minas GeraeSf vol. I.

monnaie fictive, est le seul en usage. Depuis le Rio das Yelhas jusqu'à Farinha Podra inclusivement, on compte également par viniem d'ouro et vintem de prata; lorsque j'eus franchi la frontière de la province de S. Paul, je n'entendis plus parler que de ces derniers. Dans un pays où il n'y a pas de mines d'or en exploitation, on n'a aucune raison pour s'écarter de V usage général et pour adopter le poids de l'or comme représentant les valeurs diverses ; à S. Paul, à Sainte-Catherine, à Rio Grande, personne ne sait ce qu'est le vintem d'or.

Le tableau général que je viens de tracer peut donner une idée du pays qui s'étend de Franca à la ville de Mogi ; la suite de mon itinéraire le fera mieux conriattre.

Après avoir quitté Franca (1), on trouve encore dans les alentours un assez grand nombre de maisons. C'est à peu de distance de cette petite ville que la campagne,

(1) Itinéraire approximatif de la ville cle Franca à celle de Mogimirim :

L«goas.

De Franca à Santa Barbara. ... « 3

De S. B. à Paciencia, fazenda 4 1/2

De P. à Batataes, fazenda 2

De B. à Araraquara, fazenda 3

D'A. à Lages, fazenda 3

De L. à Gubatâo, hameau 3

De C. au Rio Pardo 3

Du R. P. à Paciencia , fazenda 4

De P. à Casa Braoca, village, aujourd'hui yille. . . . 31/3

De C. B. à Olhos d'Agua, fazenda 4

D'O. d'Â. à Itapéva; sitio 3

D'I. à Urussanga , sitio 4

D'U. à Mogimirim, yille 2

42 leg.

comme je Tai déjà dit, change entièrement d'aspect; que non-seulement elle ne présente plus que des graminées et des sous-arbrisseaux, mais aussi que Ton voit reparaître de petites montagnes.

A une 1/â lieue de Tendroit appelé Santa Barbara (Sainte-Barbe), où je fis balte, est une des fazendas les plus considérables que j'eusse vues depuis longtemps.

Immédiatement avant d'arriver à Santa Barbara, on passe sur un pont une petite rivière [Rio de Santa Bar^ bara) (1). Tandis que José Marianno prenait les devants pour aller demander Thospitalité au sitio voisin (2), le nouveau tocadar, qui manquait entièrement d'expérience, marchait lentement par derrière; les mulets, n'ayant plus de conducteur, suivirent un chemin abandonné qui aboutissait au Rio de Santa Barbara, et l'un d'eux, chargé de deux malles remplies de plantes sèches, s' étant précipité dans l'eau, se mit à nager. Je crus que j'allais perdre, en un instant, presque tout le fruit de ce voyage si long, si pénible, qui me coûtait tant de privations ; ma philosophie m'abandonna ; j'étais au désespoir. Firmiano se jeta dans la rivière pour saisir le mulet, le tocador arriva ; mais Ton ne parvint à tirer l'animal de l'eau qu'après beaucoup d'efforts.

Les portefeuilles de plantes étaient placés dans les malles sur le côté; un de leurs bords fut mouillé, et il fallut sécher chaque feuille de papier l'une après l'autre. Pendant que nous nous livrions à ce fastidieux travail, des

(1) Saota Barbara, oa sa rivière, a donné son nom à Tun des districts de la ville de Franca (Pedro Miiller, Ensaio, 44).

(2) Les silios sont des habitations beaucoup moins importantes que les fazendas (voir mes relations précédentes).

torrents de pluie tombaient du ciel ; F eau pénétra dans la maison où nous avions trouvé Thospitalité ; d'autres feuilles de papier furent encore mouillées. Nous fûmes obligés de les sécher à leur tour, et nous passâmes deux jours et demi à Santa Barbara , nous brûlant le visage et étoufiés par la fumée. Entre Santa Barbara et Paciencia, dans un espace de 4 legoas, le pays est ondulé, et vers l'orienty du côté de la province des Mines, dont les limites sont très-rapprochées de la route, on voit de petites montagnes (Serra do Rio Grande e do Parannâ) (1). Presque partout la campagne offre des pâturages simplement herbeux, entremêlés de petits bouquets de bois. Le terrain, en général sablonneux, cesse cependant de Tétre en quelques endroits; il devient alors d'un rouge foncé, et des arbres rabougris reparaissent au milieu des campos.

A 2 legoas de Santa Barbara , on trouve le Rio Sapucahy, la rivière des Lecythis, nom que ce cours d'eau doit, sans doute, aux arbres qui croissaient jadis, et peut-être croissent encore aujourd'hui sur ses bords. Je n'ai pas besoin de dire que le pont en bois sur lequel je traversai cette rivière était fort mal entretenu : dans l'intérieur du Brésil, on construit des ponts; mais ensuite on les abandonne entièrement aux efforts des eaux, à l'intempérie des saisons et aux dégradations des mulets et du bétail. Les bords du Sapucahy sont couverts d'arbres dont les branches se courbent au-dessus des eaux, souvent baignées par elles. A l'endroit où cette rivière traverse la route, elle a peu de largeur; elle prend, m'a-t-on dit, sa source à environ 16 ïegoizs de Paciencia, près de Jacuhy, ville de la pro-

(1) Voir plus haut.

vince des Mines , et après avoir reçu dans son lit les eaux de plusieurs rivières, entre autres du Santa Barbara (1), dont j'ai parlé tout à T heure» elle se jette dans le Rio Grande (S).

La fazenda da Paciencia où je fis halte, et qu'il ne faut pas confondre avec une autre du même nom dont je parlerai bientôt, ressemble exactement aux grandes habitations de la comarca de S. Joâo d'EI Rei, dans la province des Mines, comme les campagnes de ce nom ressemblent à celles d*01iveira et de Formiga (3). Mes malles furent déchargées dans la grange ; mais, à l'instant où j'y entrai, j'eus les pieds couverts de chiques (Pulex penetrans)^ et je me mis à travailler dehors. Le propriétaire de la maison s'approcha de moi ; je sus bientôt qu'il était Mineiro. Je lui parlai de son pays, et aussitôt nous devînmes bons amis ; il me permit de m' établir dans sa maison et d'y faire mon lit.

(1) MiU. et Lop. de Mour., Dicc, U, 642.

(2) Saivant Laiz d*AUaconrt {Mem, viaj.^ 58), c'est dans le Rio Pardo que se jetterait le Sapucahy ; mais CazaI et Miliiet riodiquent, avec moi, comme Tan des affluents du Rio Grande {Corog. Brax,, I, 366. — IHcc, M, 642). Miliiet ajoute qu'en 1843 une société s'offrit au gouTernement pour rendre le Sapucahy navigable dans un espace de 40 tefoai jusqu'à son confluent , mais que le projet resta sans eiécotion, à cause de la difficulté de se frayer un passage à travers les rapides appelés Itapiché.

(3) Voir, sur ces deui villages qui appartiennent à Minas et ont été érigés en villes en 1839, ce que j'ai écrit dans le premier volume de non Voyage aux iources du Rio de S» Franeiico. Pour ce qui concerne la comarca de S. Joio d'El Rei en général, on peut consulter le mèma ouvrage et le premier volume du Voyage dans le district des Diamants, etc.

Le lendemain matin , il faisait à peine jour lorsque des vaches remplirent la cour de Thabitation, et les enfants du maître se mirent à les traire, confondus avec des négresses. La cour de la fazenda de Paciencia était fort grande et entourée de gros pieux, comme toutes celles des fermes de la comarcade S. Joâo d*El Rei ; en un mot, je retrouvai chez mon hôte toutes les habitudes de cette comarca.

Le pays que je traversai, au delà de Paciencia, diffère peu de celui que j'avais parcouru la veille. La verdure des eampos était celle de notre printemps , et même dans les pâturages où on n'avait pas mis le feu pendant la sécheresse il y; avait plus de feuilles nouvelles que de tiges et de feuilles desséchées. Partout le capim frechay graminée essentiellement propice au bétail , se montre au milieu des autres herbes. Si la campagne est encore déserte» du moins on y découvre un bel horizon ; des arbres rabougris n'y dérobent point aux yeux du voyageur les ondulations assez variées du terrain, et les petites montagnes qui s'élèvent du côté de l'orient achèvent de jeter de la diversité dans le paysage. Parmi ces dernières, il est impossible de ne pas remarquer la Serra do Bahû (la montagne du coffre), qui doit son nom à sa forme singulière.

A 2 legoas de Paciencia, je fis halte à l'habitation de Batatms, et pris place sous un raiMtho entouré de gros pieux qui le défendaient contre les bestiaux ; depuis la cité de Goyaz je n'en avais encore vu aucun qui f&t construit avec ce soin.

Batataes dépend d'un petit village du même nom qui est situé à peu de distance de la route, du côté de l'est, et que je n'ai point vu. Probablement, par des raisons poli-

tiques, ce village fut érigé en ville le 44 mars 4839 (4), et là furent déclarés innocents par un jury les hommes quiy une année auparavant» s'étaient rendus coupables de crimes atroces dans la révolte de Franca (2).

Sous le rancho de Batataes , je pouvais me livrer tranquillement à mes occupations habituelles» ce qui, malheureusement» ne m'arrivait pas toujours. Quand j*eus fini mon travail» j'allai me promener un instant dans la campagne. Le soleil venait de se coucher ; la natute entière était plongée dans un calme profond; une délicieuse fraîcheur se faisait sentir ; cette soirée ressemblait à celles de notre printemps d'Europe,

Le lendemain matin j'allai faire ma visite au maître de l'habitation. C'était un vieillard gai et bien portant qui» par sa tournure , ressemblait à nos fermiers de la Beauoe ; il me reçut à merveille» et voulut absolument me faire partager son déjeuner. Manoel Bernardo do NasamentOf c'est ainsi qu'il s'appelait (3)» était encore un Mineiro rié dans la comarca de S. Joâo d'El Rei; il élevait des bestiaux» faisait des fromages » et avait acquis de l'aisance par son activité. Sa maison était fort propre» bien fangée» et» en cela » très-difiérente de celles des Paulistes de tout ce pays. Cet homme possédait aussi une sucrerie où il distillait du tafia [cachaça), et où je remarquai également beaucoup d'ordre.

Un peu avant que je fisse ma visite» Laruottç s'était déjà

(1) IHscurio reeilado no dia 7 de Janeiro de 1840 por occcuiào da <^(ttra da assemblea legislativaprovincialt 3. {%) Voir plus haut, p. 138.

(3) D'Aline, viaj., 57.

renda à la fazenda pour demander la permission d'y changer nos plantes qui, sous le rancho, étaient emportées de tous côtés par le vent. Oubliant les usages du pays, il était entré par une porte qui donnait sur le derrière de la maison, et une troupe de femmes s'étaient enfuies aussitôt qu'elles l'avaient aperçu. Malgré cela , il avait toujours continué à avancer, ce qui avait occasionné une grande rumeur. Le maître de la maison était survenu, et il s'était fâché ; mais le bon Laniotte avait fait des excuses, et, grftce à sa qualité d'étranger, il avait obtenu son pardon. Comme je l'ai dit ailleurs (1), l'espèce de cour ou de jardin appelé quintal et tout l'intérieur des maisons sont» à Minas, à Goyaz, dans le nord de S. Paul, réservés pour les femmes, et y pénétrer, c'est, de la part des hommes» la plus insigne témérité. La moindre cabane a, sur le devant, une pièce qu'on appelle sala, et c'est dans cette pièce qu'on reçoit les étrangers. Je me rappelle qu'à mon arrivée à Rio de Janeiro, en 1816, une dame que je rencontrai au jardin de botanique avec uti officier supérieur m'engagea à aller la voir; je me rendis à l'invitation, j'entrai dans le vestibule de la maison où elle demeurait , je le parcourus, je battis des mains, j'appelai ; tout fut inutile, personne ne vint. Au bout de quelque temps, un petit nègre parut enfin dans un escaUer, et je me mis en devoir de monter ; mais l'enfant écarta aussitôt les jambes dans toute la largeur des marches , et étendit les bras pour me barrer le passage. La dame entendit heureusement quelque

(1) Voyc^/e dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Gerae^

bruit» se montra au haut de Tescalier, et me tira d'embarras en éloignant le jeune esclave qu'animait un si grand zèle pour la conservation des vieux usages.

Comme j'ai déjà eu occasion de le dire, la plupart des habitants pauvres de l'intérieur du Brésil ont au cou nonseulement un rosaire» mais encore diverses amulettes. Dans la crainte de paraître ignorant ou indiscret, je demandai rarement à quoi servaient ces dernières; mais, pendant que j'étais à Batataes , un homme qui portait une loogue dent suspendue à son cou me dit que c'était celle d'un loup, et que rien ne préservait plus sûrement du mauvais air.

Au delà de Batataes, le pays continue à offrir une alternative de pâturages et de bouquets de bois. L'un de ces derniers , que traverse la route , présente une végétation très-vigoureuse , et porte le nom de Matogrosso , parce qu'il a, m'a-t-on dit, une vaste étendue. Les montagnes qui s'élèvent à l'orient et parmi lesquelles on distingue toujours la Serra do Bahû répandent de la variété dans le paysage.

Du même côté, ce canton n'est qu'à quelques lieues des limites de la province de Minas Geraes; mais il n'en est pas ainsi du c6té de l'occident. Depuis Santa Gruz de Goyaz (1) jusqu'ici, les descendants des Portugais n'occupent encore (1819) qu'une étroite lisière de terrain; au delà sont d'immenses solitudes où vivent des hordes d'Indiens-Coyapos. Dans les environs de Farinha Podre (2), les cultivateurs se sont déjà beaucoup rapprochés de ces

(1) Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de Goyaz^ vol. H, 223.

saurages; mais, si ces derniers ne font aucun mal aux blancs, ils évitent pourtant de communiquer avec eux; ils n'ont point oublié, sans doute, les atrocités que les hommes de notre race ont exercées envers leurs pères.

A 5 legoas de Batataes, je m'arrêtai, pour y passer la nuit, à la petite fazenda d' Araraquara^ autour de laquelle on voit quelques chaumières. Son nom, qui appartient à la lingoa gérai, signifie trou des aras y et a aussi été donné, dans la province de S. Paul, à deux montagnes, une colline, une rivière, et une petite ville fort nouvelle qu'on trouve à 30 lieues S. 0. de Mogimirim (1). Âraraquara, situé dans un fond, est à peu près entouré de bois et dominé par un mamelon qui, taillé presque à pic, ressemble à un vieux château fort, et produit dans le paysage un effet assez pittoresque.

Le propriétaire de cette fazenda élevait du bétail, comme tous ses voisins. Au mauvais état de la maison , au désordre qui y régnait, à la niaise rusticité des habitants, je jugeai, dès le premier instant, qu' ils étaient des Paulistes, et je ne tardai pas à savoir que je ne m'étais point Jtrompé.

Depuis plusieurs jours nous n'avions plus à nous plain-

(1) Laiz d'Alincoart écrit comme moi Araraq%uira {Mem. via/., 56), et c'est incontestablement ainsi qu'on appelle dans le pays même T habitation dont il s'agit. Quant à la plas haute des deux montagnes qui portent le même nom , Cazal et Milliet l'appellent simplement Araquara {Corog.t I, 203.--Dicc., I, 72); mais Pedro Millier écrit Araraquara , tout à la fois pour la montagne et pour la yille. Si l'on a dit ^raquara, il me semble évident que c'est par corruption : ce dernier mot, comme l'a fait obserrer M. Francisco dos Prazeres Maranhâo (Revista trim.f l, 71, seg, ser,)^ viendrait d'ara, jour» et coara, trou; mais cette composition, le trou du jour, ne présente pas de sens, et les mots composés tirés du guarani ou dialecte de la côte ont généraleinent une signification très-précise.

dre des horrachvdosj insectes malfaisants qui nous avaient horriblement tourmentés dans la province de Goyaz (1] ; à Araraquara ils furent encore très-incommodes.

Dans un espace de 5 legoas , entre cette habitation et Lages, je ne vis qu'une chaumière. Le sol est très-sablonneux^ ety tandis qu'ailleurs les terres de cette nature ne produisent que des herbes et des sous-arbrisseaux, ici des arbrisseaux rabougris s'élèvent dans plusieurs parties des eampos. Un peu avant Lages, on passe par un bois très-épais où la végétation n'est guère moins vigoureuse qu'au milieu des grandes forêts vierges, et presque en y entrant on monte une côte extrêmement pierreuse qu'on appelleP^ do Morro (le bas du morne) (2).

L'habitation de Lages, où je fis halte, doit son nom, qui signifie pierres plates, à des rochers aplatis sur lesquels coule un ruisseau voisin [Rio dos Lages) (3). Elle est fort considérable, et l'on y voit une sucrerie, une grande cour entourée de gros pieux , et un jardin (quintal) planté d'orangers. Comme le rancho qui en dépend était presque entièrement occupé par une caravane, José Marianno alla demander une petite place dans le moulin à sucre ; mais elle fut refusée : il fallut donc nous arranger, comme nous pûmes, sous le rancho, où le vent rendait mon travail

(1) Voir ma première et ma seconde relation.

(2) Luiz d'Alincourt {Mem, viaj.^ 56) donne à cette côte le nom de Serra do Morro (montagne du morne), qui, ce me semble, n'est guère moins étrange que celui de Pé do Morro, C'est très-probablement de la même côte que M. Manoel Felisardo de Souza e Mello a youlu parler dans son discours à rassemblée législative de 1844 (DUcurso recilado no dia 7 de Janeiro 184é), lorsqu'il dit que le sénat municipal de Batataes a frit sentir la nécessité de réparer la Serra do Lages.

presque impossible. J'allai à la fazenda pour acheter quelques provisions , et je trouvai , dans les propriétaires , des hommes grossiers : ils étaient, sans doute, du nombre des anciens habitants du pays.

Au-delà de Lages, le terrain continue à être très-sablonneux, et la campagne offre une alternative de bouquets de bois et de pâturages : quelquefois ceux-ci ne présentent que des herbes ; plus souvent il y croît des arbres rabougris, d'une végétation très-maigre. Sur la droite, on voit de petites montagnes couvertes de bois.

Depuis longtemps mes mulets, je ne sais pour quelle cause, s'éloignaient beaucoup pendant la nuit; il était fort tard quand on les trouvait, et, voyageant par la plus forte chaleur, nous arrivions très-fatigués à chaque halte. C'est encore ce qui eut lieu le jour où nous quittâmes Lages pour nous rendre à Cubaiào (1), espèce de petit hameau composé de quelques chaumières bâties dans un fond, à l'entrée d'un pays boisé et montuéux. Nous primes place sous un misérable rancho à moitié découvert, où j'aurais certainement eu beaucoup de peine à garantir mes effets s'il fût tombé de la pluie , et où j'étais , plus que partout ailleurs, dévoré par les horrachudos.

Le lendemain matin, j'allais quitter ce triste lieu, lorsqu'un cheval qui s'était cabré retomba de tout son poids sur le petit lit de camp portatif qui me servait depuis mon troisième voyage. Dans celui de Minas, j'avais d'abord fait usage d'un hamac; mais étant tombé une belle nuit, lorsque j'étais plongé dans un profond sommeil, j'avais pris

(1) Nous retrouverons souvent le nom de Cubatao dans cette relation de voyage ; j*en ai inutilement cherché Torigioe ; Pizarro dit qu'il signifie un ravin entre des monltignes (Mem. hisU, IX).

le parti de faire comme les muletiers , et de coucher par terre sur un cuir écru. De retour à Rio de Janeiro, je m'étais procuré le lit de camp dont je viens de parler, et je croyais devoir à ce petit meuble la santé dont je jouissais depuis neuf mois ; le bon Laruotte eut le talent de le faire servir encore, quoiqu'il fût tout brisé.

Au delà de Cubatào, je passai par le bois le plus beau, le plus vigoureux peut-être que j'eusse vu depuis huit mois , c'est-à-dire depuis que j'étais sorti des forêts vierges pour entrer dans les campos (1). Presque tous les arbres qui en font partie ont leur tronc enveloppé d'un lacis de lianes épaisses qui ensuite se répandent dans leurs branches et souvent retombent jusqu'à terre. Quand on a passé ce bois, qui s'étend, dit-on, très-loin d'orient en occident, on retrouve des campos où les capbes sont très-multipliés (2). A l'époque de mon voyage (9 octobre), la végétation n'était pas encore avancée, ce qui achèverait de prouver que, daos cette partie du Brésil, les pluies commencent d'autant plus tard qu'on se rapproche davantage du tropique (3).

J'étais convenu avec le muletier José Marianno que nous passerions un jour sur les bords du Rio Pardo , pour qu'il eût le temps d'aller tuer des perroquets , oiseaux qui se rendent en troupes très-nombreuses à des sources d'eau minérale voisines de la rivière. José avait pris les devants pour demander l'hospitalité dans quelque maison, et, lors-

(1) Voyage aux sources du Rio de S. Francisco, eU,^ vol. I.

(2) Ce mot désigne les bouquets de bois épars dans les campos, et, comme je Tai dit ailleurs, il signifie ile dans la langue des Indiens ifiaapoam). C'est à tort que Luiz d*Alincourt écrit campôes; car ce dernier mot, augmentatif de campo, voudrait dire grand champ, et bien certainement on ne s'est jamais avisé de donner ce nom à des bois.

(3) Voir plus haut.

que j'arrivai, il me dit qu'il n'avait trouvé aucun endroit où nous pussions placer nos effets ; que, par conséquent, il fallait faire 1 lieue de plus. Cette proposition dérangeait mes plans , et d'ailleurs je ne croyais pas possible de passer la rivière et de gagner une autre halte avant la nuit. Je fis des objections avec toutes les précautions oratoires que je pus imaginer ; ce fut inutile, mon homme persista : alors je consentis à aller plus loin ; mais, à son tour, il voulut rester, et en définitive les malles furent déchargées dans une maisonnette habitée par une pauvre veuve , la seule habitation qu'il y eût en cet endroit. Pendant toute la soirée José Marianno continua à être d'une humeur insupportable, et peut-être changea-t-il d'idée plus de trois ou quatre fois, disant tantôt qu'il fallait se mettre en marche le lendemain, et tantôt qu'il fallait rester pour tuer des oiseaux. Je prenais soin de ne pas le heurter, parce que je commençais à concevoir des craintes pour sa raison. Il passait souvent vingt-quatre heures sans manger ; il n'ouvrait les yeux qu'à demi ; son teint était jaune, sa figure était farouche ; il cherchait dispute à tout le monde, et si, par hasard, il adressait une parole honnête à quelqu'un, il était facile de voir que c'était en se faisant violence.

Le Rio Pardo, sur le bord duquel je passai deux jours, prend sa source dans les campos de la petite ville de Caldas, dont le territoire dépendait autrefois de la comarca de S. Joâo d'El Rei, et fait actuellement partie de celle de Sapucahy (1), province de Minas Geraes. Dans son lit, qui est embarrassé par quelques rapides, il reçoit les eaux de plusieurs petites rivières, entre autres du Rio Araraqua-

(1) Mill. et Lop. de Mour., Dicc, 1, 200.

DE SAINT-PâUL et DE SÂlNTE-CATHERlNE. 183

ra (1), et va se jeter dans le Rio Grande (2). A Tendroit où le traverse la route de Goyaz à S. Paul, il est, m'a-t-on dit, éloigné de sa source d'une vingtaine de lieues, et peut avoir à peu près la largeur de nos rivières de quatrième ou cinquième ordre (5). Ses deux bords sont couverts de bois; ses eaux ont une couleur brunâtre et ne sont pas trèsbonnes à boire. Le voisinage du Rio Pardo est beaucoup moins malsain que celui du Rio Grande ; cependant il y règne aussi quelquefois des fièvres intermittentes. On prétend qu'à répoque des crues on voit paraître, au milieu de ces rivières, des mammifères amphibies d'une taille monstrueuse, dont les uns ressemblent à des cochons, les autres à des taureaux ; ces récits rappellent naturellement ceux qu'on fait à Goyaz du fameux minhocào, et tendraient à confirmer l'existence de cet animal (4). £lle est, ce me semble, mieux confirmée encore par un passage de Luiz d'Alincourt , qui, parlant de deux lacs situés à environ 13 lieues du Rio Pardo, auprès d*Olhos d'Agoa^ ajoute que, suivant les cultivateurs du pays, ils sont habités par un animal monstrueux fait comme une barrique et appelé JfmAotopu (5).

Les eaux minérales dont j'ai déjà dit quelques mots prennent naissance dans un bois touffu, à environ 1 lieue de la rivière. Là se trouvent de grandes clairières rapprochées les unes des autres, où ne croit aucun arbre, et qui

(1) Caz., Corog,, 1, 214. — D'Aline, Mem. viaj., 54. (3) Luiz d'Alincourt dit (1. c.) qu'U porte ses eaux directement au Paraonà ; mais ici il est en contradiction avec Gazai et Milliet.

(3) U aurait, selon d'Alincourt (1. c), 150 braças (230 mètres).

(4) Voyage au Rio de S. Francisco et dans la province de GoyaZy lli 132, 135.

(5) Mem. viaj.y 50.

n'oflfrenty avec quelques touffes de gazon, qu'une boue épaisse pétrie par les pieds des bestiaux. Au milieu de cette fange, on voit de petites mares verdâtres et bourbeuses qui n'ont point d'écoulement; ce sont les eaux minérales du RioPardo. Ces eaux ne sont point amères comme celles d'Araxà (1) ; mais elles ont un goût d' œuf pourri trèsprononcé. Je crois \îue leur malpropreté est uniquement due aux animaux qui les troublent sans cesse , car il y a une mare dont ils approchent moins que des autres, et celle-là est limpide, quoique d'une couleur- rougeètre. Les eaux du Rio Pardo, comme celles d'Araxâ, sont fort goûtées des animaux, et attirent un grand nombre d'oiseaux, principalement des aras, des perroquets et des colombes. Les bêtes à cornes les boivent avec plaisir, et elles leur tiennent lieu du sel qu'on est obligé de leur donner, dans l'intérieur du Rrésil, lorsqu'on veut les conserver; cependant il n'y a guère que les cultivateurs les plus voisins qui envoient leurs troupeaux au bedouro, nom que l'on donne à l'endroit où se trouvent les sources. Le sel n'est pas ici très-cher, et les bestiaux sont beaucoup moins sauvages, quand ils viennent de temps en temps en prendre leur ration à la fazenda, que lorsqu'on les envoie aux eaux minérales. Ce que j'ai dit plus haut du goût de ces eaux suffît pour montrer qu'elles sont essentiellement sulfureuses, et que, par conséquent, elles pourraient être employées avec succès dans le traitement des maladies cutanées, malheureusement trop communes au Brésil ; cependant, tandis qu'on préconise les bains de Caldas Novas et Yelhas, près Santa Cruz de Goyaz, qui, évidemnaent, n'ont

(1) Voyage aux sources du Rio de S. Francisco^ etc.^ I, 248.

DE SAUrr-PAUL et de SâINTE-CATHERINE. 185

que de faibles propriétés (1), on ignore, si ce n'est dans le Yoisinage, l'existence des sources du Rio Pardo, et jusqu'ici aucun auteur n'en a parlé. J'oserai les recommander aux hommes de l'art et à l'administration de la province de S. Paul ; peu éloignées de quelques centres de population assez importants, Hogimirim, Campinas, Jundiahy, elles pourraient rendre de grands services.

Les terres voisines du Rio Pardo sont propres à tous les genres de culture, principalement à celle de la canne a sncre. Je ne parle naturellement ici que des capoes, puisque, dans le système d'agriculture adopté par les Brésiliens, on ne peut ensemencer les campos. Mais ceux-ci sont loin d'être sans utilité pour les colons ; ils offrent d'excellents pâturages où l'on élève beaucoup de bétail.

Pendant que j'étais au Rio Pardo, un homme du voisinage vint mystérieusement m'offrir des diamants. Je lui dis que je ne demandais pas mieux que de les voir. Il commença par me montrer des cristaux blancs ; puis, après avoir développé bien des petits papiers, il arriva à quelques diamants colorés, assez vilains , qui avaient été trouvés dans la rivière. Je le remerciai de sa complaisance, et ce fut ainsi que l'affaire se termina.

Avant que je partisse du Rio Pardo, Pedro, mon nouveau tocadoTy me dit qu'il était malade, et me quitta. Ces gens fatiguent par leur inconstance. Je ne me sentais plus le courage de faire, comme je l'avais projeté, le voyage du Rio Grande do Sul ; avec d'autres serviteurs, je n'aurais pas hésité à aller jusqu'au bout du monde.

(1) Voyage atix sources du Rio de S, Francisco et dans la province de Goyaz, il 247, 249.

£n quittant la maisonnette de la pauvre veuve du Rio Pârdo, je traversai cette rivière dans une pirogue. Le péage est affermé pour le compte du fisc ; on paye (1819)400 reis (2 fr. 25 c.) par personne, 60 reis (37 cent.) par mulet, et 20 reis (12 c. 1/2) pour la charge de chacun de ces animaux, ce qui occasionne une dépense énorme aux propriétaires des caravanes.

Au delà du Rio Pardo s'étend une belle plaine à peine ondulée et. couverte de pâturages. Au milieu de ces derniers on voit , en quelques endroits , des arbres rabougris ; ailleurs il ne croit que des herbes, parmi lesquelles on remarque toujours le capim frecha^ si favorable aux bètes à cornes.

La fazenda da Paciencia où je fis halte, et qu'il ne faut pas confondre avec celle du même nom dont j'ai parlé plus haut, a beaucoup d'importance et possède un très-beau moulin à sucre (1819). Mes effets furent placés dans ce moulin ; mais , à la fin du jour, le propriétaire, riche Mi- «eiro, vint m'inviter à me rendre chez lui, et j'y soupai; je retrouvai dans cet homiiie la politesse frasdie des habitants de Minas.

Quand on a quitté Paciencia, on s'aperçoit que l'on commence à se rapprocher des villes ; les maisons deviennent un peu moins rares. Le pays, ondulé et découvert, offre des campos entremêlés de bouquets de bois. A l'époque où je passai par ce pays (12 octobre 1819), la verdure des pâturages était toujours extrêmement fraîche ; mais les fleurs manquaient presque entièrement.

Le village de Casa Branca (maison blanche), où je m'arrêtai, se compose (1819) de quelques maisonnettes éparses» et d'une rue régulière, fort large, mais très-courte, à une

extrémité de laquelle est une petite église également éloignée des deux rangs de maisons et consacrée à Notre-Dame des Douleurs [Nossa Senhora das Dores). C'est sur un plan analogue que sont construits la plupart des villages de Minas. Les maisons qui forment la grande rue de Casa Branca, au nombre de vingt-quatre ^ avaient été bâties pour autant de ménages d'insulaires açorîens que Ton avait fait venir pour peupler ce canton. Le gouvernement avait payé tous les frais de transport, et Ton avait donné à chaque ménage non-seulement une maison, mais des instruments aratoires et une demi-lieue de terrain couvert de bois. Ces hommes furent effrayés à la vue des arbres énormes qu'il fallait abattre avant de pouvoir planter ; dix-huit ménages prirent la fuite, traversèrent la province de Minas Geraes, et allèrent se jefter aux pieds du roi, le conjurant de tes tirer de Casa Branca. On leur donna d'autres terres du côté de Santos, et le village de Casa Branca resta presque désert (1). Il y avait cependant, à l'époque de mon voyage, ctuq ans environ que Casa Branca était devenu le cheflieu d'une paroisse qui était peuplée d'un assez grand nombre de cultivateurs retirés dans les terres , et qui s'étendait depuis Cubatâo jusqu'au Rio Jagtiorhymirim^ dans m espace d'environ 16 legoas. CazaI et Pizarro ne font aucune mention de ce village; on vient de voir ce qu'il était en 1819 ; depuis cette époque jusqu'en 1825, il s'agrandit

(1) M. Luiz d'Âlinconrt dit (Ment, viaj., 51) que les insulaires açoriens s'enfuirent de Casa Branca, parce que le gouvernement ne leur arait pas accordé tout ce qu'il leur avait promis. 11 serait très-possible que cette raison se fût réunie à celle que j'indique pour décider ces hommes à prendre la fuite.

d'une maDière remarquable (1), et une loi provinciale du 25 février 1841 Ta mis au rang des villes, lui formant un district particulier aux dépens de celui de Mogimirim (2).

Je m'étais logé à Casa Branca dans une maison assez grande qui n'avait encore que la carcasse et le toit. Au commencement delà nuit, un orage affreux, éclata; l'eau tombait par torrents. La maison fut inondée ; mais, grâce aux précautions qu'avait prises José Marianno en mettant les malles sur des pièces de bois, et les garantissant avec les cuirs écrus destinés à couvrir la charge de nos mulets, il n'y eut rien de mouillé. Pendant l'orage, je me trouvais chez le frère du curé que j'avais été voir sans le connaître; il m'e&tété impossible de mettre le pied dehors, et j'étais, je l'avoue, dans une mortelle inquiétude pour les objets d'histoire naturelle que j'avai3 , depuis quelques mois, recueillis avec tant de peine. C'est un vrai supplice que de voyager au Brésil , avec des collections, dans la saison des pluie3.

Au delà de Casa Branca, le pays est toujours ondulé, et présente encore une alternative de bouquets de bois et de campos, les uns simplement herbeux, les autres parsemés d'arbres rabougris, d'upe végétation maigre. Il est à remarquer que ces arbres appartiennent à peu près tous aux espèces qui croissent éparses au milieu des pâturages, dans des pajs bien plus rapprochés de la ligne équinoxiale, le midi de Goyaz et le nord-ouest de Minas Geraes.

A 4 legoas de Casa Branca, je fis halte à l'habitation

(1) Luiz d'Âlincourt, Mem, viaj,, 51.

(2) Mill. et Lop. de Mour., Dicc, I, 250.

iVîhos d'Agoa (sources), où je ne trouvai d'autre abri qu'un rancho à demi découvert.

Je n'avais guère fait que 1 lieue i/2 depuis Olhos d'Agoa, lorsque j'arrivai à la petite rivière de Jaguarhymirim, qui traverse la route et que je passai à gué. Cette rivière sépare la paroisse de Casa Branca de celle de Mogiguaçu ; elle prend sa source dans la province de Minas, et va se jeter dans le Mogi, l'un des affluents du Parannâ. Son nom, emprunté à la Ungoa gérai (i), signifie la petite rivière des jaguars.

Le rancho de lafazenda d'Itapéva, situé sur le bord d'un ruisseau [Ribeirao d*Itapéva)j ne m'offrit pas un gîte beaucoup meilleur que celui d' Olhos d'Agoa. Le nom d'/tapéva, qui est aussi celui d'une petite ville de la province de S. Paul dont je parlerai plus tard, vient de deux mots de la Kngoa gérai, ita et peba, qui doivent être traduits en français par pierre plate (S] .

Les terres de ce canton sont très-bonnes et propres principalement à la culture du maïs et de la canne à sucre. Les pâturages aussi sont excellents, et l'on y élève beaucoup de bètes à cornes, qui se vendent à S. Paul et à Rio de Janeiro.

Dans ce pays, comme dans totites les provinces de l'intérieur, les fazendeiros ont un grand nombre de chiens.

(1) La lingoa gérai, dialecte du guarani, était parlée par les Indien^ de ]a côte et fort en usage parmi les anciens Paulistes. Les jésuites en avaient composé la grammaire et le dictionnaire (voir mon Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil),

(2) Ce n'est pas, comme Ta cru Luiz d'Âlincourt, Itapebù, qui signifierait cascade plate ; il n*y a pas dans cet endroit de cascade , et une cascade n'est jamais plate.

En AllemagDe et dans le nord de la France, ces animaux sont traités avec beaucoup de douceur; il n'en est pas de même au Brésil. Il arrive fréquemment qu'on leur donne à peine à manger; on ne les caresse point, et sans cesse on les bat sans raison. Entouré d'esclaves, le Brésilien s'accoutume à ne voir que des esclaves dans les êtres auxquels il est supérieur soit par la force, soit par l'intelligence. La femme est trop souvent la première esclave de la maison (1), le chien est le dernier.

Au delà d'Itapéva, un pays plat, des campos découverts et des bouquets de bois; une verdure ravissante, mais peu de fleurs (16 octobre). Les maisons deviennent encore moins rares ; on rencontre quelques personnes dans le chemin. Je passai devant un pâturage entouré d'une haie sèche; enfin, pour la première fois depuis S. Joâo d'El Rei, c'està-dire depuis environ sept mois, je vis une venda sur le bord de la route : tout cela annonçait que nous sortions des déserts et que nous nous rapprochions d'une ville importante.

A 4 legoas d'Itapéva, je fis halte au sitio d'Urussanga,

(1) Voici comment s'exprime un auteur brésilien qui, an miliea d'une foule d'exagérations , a pourtant dit quelques vérités : « Je crois qu'il « est de mon devoir de déclarer que les femmes brésiliennes ne font « point partie de la société ; excepté dans les grandes villes, elles sont a traitées conmie des esclaves... Les femmes qui appartiennent aux « classes inférieures méritent les plus grands éloges pour l'ardeur avec « laquelle elles se livrent au travail, tandis que leurs maris , oisi£s et « efféminés, passent leur vie à dormir ou à se balancer dans les hamacs « qu'elles ont. fabriqués. Principalement dans les provinces de Bahia, « Sergipe et Alagoas...» ce sont les femmes qui font vivre leurs maris... « Ce n'est point une compagne que cherche l'homme du peuple, il se « marie pour avoir une esclave, » (Antonio Muniz de Souza , Viagent de um Brasileiro, 63.)

qui appartenait encore à un homme de Minas Geraes» et dont le nom, dérivé du guarani Urugangai^ signifie le mî^ seau de la poule qui couve. La pluie me força de séjourner trois jours dans cet endroit sous un rancho à demi découvert, que je partageai avec deux caravanes.

Nous n'avions que du bois humide pour entretenir nos feui ; la fumée nous incommodait horriblement, et j'étais sans cesse aux aguets , la nuit comme le jour, pour empêcher que les collections ne fussent mouillées. Il est véritablement affreux que les propriétaires qui vendent leur mais aux voyageurs ne fassent pas la légère dépense d'entretenir leurs ranchoê. On assurait que le nouveau gouverneur de S. Paul, M. Joâo Carlos d'Oeynhausen, venait de donner à ce sujet des ordres très-sévères ; mais je doute fort qu'ils aient été exécutés.

Il y avait à Urussanga, pendant que j'y étais, une troupe nombreuse de Bohémiens [Siganos). Ces hommes étaient établis dans un village voisin, celui de Mogiguaçu; mais ils se répandaient dans le pays pour faire, suivant l'usage de leur caste, des échanges de mulets et de chevaux. Ib avaient construit une cahute à Urussanga, et, lorsqu'ils n'avaient pas besoin de leurs mulets, ils les laissaient dans les pâturages des alentours, qui sont excellents. Ils paraissaient extrêmement unis, et furent pour moi d'une grande complaisance. Je ne les entendis jamais parler une autre langue que le portugais ; ils étaient habillés comme les Brésiliens, mais ils avaient les cheveux longs et la barbe longue. Je leur demandai pourquoi , contrairement à l'usage du pays, ils laissaient croître leur barbe ; mais, sur ce point , je n'en obtins que des réponses évasives. Tous étaient assez bien mis ; ils possédaient des esclaves, et un

192 trOTAGE DANS LES PROYINGES

assez grand nombre de cheyaux et de bètes de somme. A l'époque de mon voyage, c'étaient principalement des Bohémiens qui, à Rio de Janeiro, faisaient en seconde main le commerce des noirs, et il y avait parmi eux des hommes * fort riches. <c Les Bohémiens, dit d'Eschwege, furent in- « vités aux fêtes que Ton donna dans la capitale du Bré- « sil à l'occasion du mariage de la fille atnée du roi « Jean YI avec un infant d'Espagne (1). Les jeunes gens <c de cette nation, ayant en croupe leurs fiancées, entrè- (c rent dans le cirque sur de beaux chevaux richement « caparaçonnés. Chaque couple sauta par terre avec une « incroyable légèreté, et tous ensemble exécutèrent les ce plus jolies danses que j'aie jamais vues. On n'avait des a yeux que pour les jeunes Bohémiennes, et les autres « danses semblaient avoir pour unique but de faire paix raltre les leurs plus agréables (2). »

Les Bohémiens d'Urussanga passèrent toute une journée à tftcher de faire des échanges avec les propriétaires des deux caravanes qui, avec moi, partageaient le rancho. En plaisantant, je parlai à Tun d'eux du peu de probité dont on accuse sa nation. Je trompe tant que je puis, me répondit-il sérieusement ; mais tous ceux qui traitent avec moi font de même. La seule différence qu'il y ait entre nous est qu'ils jettent les hauts cris quand ils se voient attrapés, et que, si Ton m'attrape, je n'en dis rien à personne (3).

(1) La princesjse qui depuis a épousé en secondes noces B. Garios, frère du roi d*Espagne Ferdinand VH.

(2) Brasilien die neue WeU, U, 55.

(3) « U existe dans les déserts de Bahia, Sergipe, Alagoas, et dans « presque tout le Brésil, dit Antonio Muniz de Souza {Vitigens, 38)» cer- « tains hommes appelés Siganas, qui naissent, yiyent et meurent à ehe-

Dfi SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. 193

Le plus âgé de la bande, superbe vieillard, vint un soir me consulter. Vous êtes médecin , me dit-il. — Pas le moins du monde. — Vous ne voulez pas le dire; mais, si vous n'étiez pas médecin, vous ne cueilleriez pas ainsi toutes sortes d'herbes. — Je me défendis de mon mieux; ce fut inutile, et je me résignai à accepter le titre de docteur. — Eh bien! voyons, quel mal avez-vous? dis-je au vieillard. — Autrefois, me répondît-il, c'était un plaisir de me voir galoper dans ces campagnes, vous n'auriez pu vous

empêcher de m' admirer; aujourd'hui je ne puis plus rien, les forces me manquent. Cette consultation était exactement celle qu'Irène 6t à l'oracle (i], et je répondis comme lui : C'est que vous vieillissez; mais je n'eus pas la cruauté d'ajouter avec l'oracle : Il faut mourir; mon ordonnance , fut beaucoup moins sévère. — Vous avez beaucoup travaillé ; laissez vos fils travailler à leur tour. Je ne vous dirai pourtant pas de rester dans un repos absolu ; continuez à monter à cheval , mais autant qu'il est nécessaire pour vous désennuyer, et arrêtez-vous quand vous vous apercevrez que la fatigue va commencer. Ne faites point

« val et qui n*ont d*autre pensée que tuer et voler... Ils voot en troupe, « bien armés, cherchant les occasions de s'emparer du bien d*autrui et « commettant les assassinats les plus cruels... A chaque moment on « entend parler des larcins et des meurtres commis par ces hommes « perrers qui ne sont jamais poursuivis par la justice... et qui commu- « niquent leurs détestables habitudes aux Brésiliens eux-mêmes. » Dans ]es pays que j'ai parcourus, j*ai entendu parler des vols et des friponneries des Siganos {Voyage dans la province de Goyaz^ II, 179), mais jamais des crimes affreux que leur reproche Muniz. Si on prenait au pied de la lettre ce qui a été écrit par cet auteur et même par d*£schwege, on ne pourrait, sans trembler, mettre le pied sur le sol brésilien.

(1) Les Caractères de la Bruyère,

de remède; prenez une bonne nourrriture^ et de temps en temps buvez un peu de vin. La recette plut au malade; car, quelques instants plus tard, il m'envoya un plat de viande, présent qui me fut d'autant plus agréable que, depuis un mois, je n'avais mangé que du riz et des baricots noirs.

Entre Urussanga et Mogiguaçu, le pays offre encore des catnpos découverts et des bouquets de bois.

Le petit village de Mogiguaçu a été bâti sur la rive gauche d'une rivière de même nom, et possède une église dédiée à Notre-Dame de la Conception [Nossa Senhora da Conceiçào), Il est le chef- lieu d'une paroisse qui, autrefois, comprenait Franca, Batataes et Casa Branca, mais qui, depuis que la population s'est beaucoup accrue, a été peu à peu réduite ali territoire situé entre le Jaguarhymirim et le Rio Mogiguaçu ûout je parlerai bientôt. C'est avec la paroisse de Mogiguaçu que commence cette vaste étendue de terres assez peuplée qui , de toute la province de S. Paul, produit le plus de sucre et comprend les termos de Mogimirim, S. Carlos, Jundiahy, Bytù, Capivhary, Porto Felis et Constituçâo (i). Sur la seule paroisse de Mogiguaçu, il y avait déjà, en i8i9, vingt sucreries, et les terres de ce canton passaient pour très-bonneâ.

En sortant du village de Mogiguaçu, on passe la rivière de même nom sur un pont étroit et fort mal entretenu, qui, n'ayant point de garde-fou, est très-dangereux pour les mulets (1819). Le Rio Mogiguaçu y ou simplement Mogiy prend sa source dans la Serra da Mantiqueira ou dans l'un de ses contre-forts ; il p^ut avoir, au-dessous du

(1) Pedro Millier, Ensaio, tab. 3.

village, la même largeur que nos rivières de quatrième ordre (1); son cours n'est point encore bien connu. Cette rivière fournit aux habitants du pays d'excellent poisson; mais elle est très-malsaine, et occasionne souvent des fièvres intermittentes (2). Telle est la principale cause du peu d'augmentation qu'a éprouvée le village de Mogiguaçu , tandis que des villes voisines se sont accrues d'une manière sensible.

Luiz d'Alincourt raconte (3) que, vers la .fin du siècle dernier, une épidémie dévastatrice se déclara sur la paroisse de Mogiguaçu. Pour prendre le poisson plus facilement, les habitants avaient la pernicieuse coutume de l'empoisonner, en jetant dans leur rivière du timbé, nom que l'on donne à plusieurs espèces de lianes qui appartiennent à la famille des Sapindacées ; cette année-là , une quantité prodigieuse de poissons fut tuée de cette manière ; ces animaux pourrirent , l'air fut infecté de miasmes fétides, et il en résulta une affreuse maladie qui emporta un grand nombre de personnes (4).

(1) Laiz d'Alincourt estime «cette largeur à soixante-huit pas {Mem, viaj., 46).

(2) D'Alincourt, Mem, viaj., 47.

(3) Mem. viaj., 47.

(4) C'est aux Indiens que les Brésiliens actuels doivent la connaissance des propriétés des timbôs comme celle des usages d'une foule d'autres plantes. Le P. Anchieta dit que, au temps de la ponte, une douzaine de poissons plus grands que les autres cherchent les criques resserrées pour y déposer leurs œufs, et que, lorsqu'ils en .ont trouvé nue qui leur convient, ils y amènent une quantité innombrable d'autres individus de leur espèce. Mais les Indiens , ajoute- t-il , ont soin, d'avance, d'enclore ces criques en n'y laissant qu'un étroit passage ; ils y répandent le suc d^un certain bois qu'ils appellent limbà, et les

Entre Mogiguaçu et la ville de Mogimirimy le pays n'offre guère que des cafoeiras, ce qui prouve qu'autrefois il était couvert de bois.

poissons, enivrés, se laissent prendre sans peine, souvent au nombre de douze mille (José Anchieta, Utt. in Nol.uUram., 1, 41).

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