CHAPITRE l\i
MOGIMIRIM £T CAMPINAS.
La Tille de Mogimirim; son histoire ; ses rues; ses maisons ; ses églises. —Fertilité de ses alentours ; leurs productions. — Les camarcuias qui accompagnent les caravanes allant de S. Paul à Goyaz. — Commencement d'un changement de végétation ; le Pteris catidata, — Sucrerie de ParapUingui ; culture de la canne à sucre. — Changement total de végétation ; exception remarquable. — Le Rio Jaguarbufguaçu. — Les émigrants espagnols. — Le Rio Tibaia ; réflexions sur les péages. — Le barba de bode (Chœturis pallens). — Pays beaucoup plus peuplé. — Ranchos royaux. — La ville de Campinas; son histoire ; population de son termo* — Ce que produit la canne ; manière de transporter le sucre. — Le maté. — La maison du capitdB môr de Campinas. — Costume des femmes. — Le rancho de Capivarhyi grossièreté des habitants du pays. — Le commencement des liabitudes des villes.
Mogimirim, ou simplement Mogi (i]« comme on dit communément par abréviation , est situé par les 22**
(1) On écrit ce mot de diverses manières; j'ai adopté celle qui m'a paru la plus rationnelle. Un Espagnol- Américain très- versé dans la langue guarani a inutilement cherché Tétymologie de Mogi. Ce mot viendrait peut-être du guarani môaiigi, qui signifie petite quantitéy et aurait été lionne aux deux rivières qui le portent, à cause de leur peu d'importance.
20' 30" latit. sud, et recul le titre de ville en 1769, sous le gouvernement de D. Luis Antonio de Souza Botelho. Chef-lieu d'une paroisse et d'un termo, cette ville appartenait autrefois à la comarca de S. Paul, et était administrée par des juges ordinaires (juizes ordinarioé) (1); depuis la révolution qui a changé la face du Brésil, elle a fait d'abord partie de la troisième comarca dont le chef-lieu est Jundiahy ; mais, lorsqu'on i839 on forma, comme je l'ai dit, une septième comarca en faveur de Franca, il fut décidé qu'elle comprendrait Mogimirim. Cette ville est sitpée dans un pays plat, coupé de pâturages et de bouquets de bois. En 1819, elle se composait uniquement de deux rues parallèles , et dans la province des Mines on en eut fait à peine le chef- lieu d'une paroisse. Les maisons y sont basses, très-petites, bâties, pour la plupart, avec dés bâtons croisés et une terre grise qui les rend extrêmement tristes. Je ne crois pas que , lors de mon voyage , leur nombre allât beaucoup au delà de cent , et je n'en ai vu que deux qui , avec le rez-de-chaussée , eussent encore un étage. Outre l'église paroissiale, qui est fort mesquine et a été dédiée à S. Joseph, il y en a encore, à Mogi, une seconde consacrée à Notre-Dame du Rosaire. On voit, dans cette petite ville , un assez grand nombre de vendas assez mal garnies, et une couple de boutiques (lojas), dont une fort jolie (1819). Les habitants de Mogi sont, pour la plupart, des agriculteurs qui ne viennent à la ville que le dimanche.
Ce sont eux, à ce qu'il paraît, qui, de toute la province,
(1) Voir ce que j'ai écrit sur les juges ordinaires daos mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro y etc.^l.
DE SAINT-PAUi ET DE SAINTE-CATHERINE. IW
élèvent le plas de pourceaux (i ) .Leurs terres sont fort bonnes et propres surtout à la culture de là canne; aussi existe-t-il, dans ce canton , un assez grand nombre de sucreries. Les propriétaires riches envoient leur sucre à Rio de Janeira, en le faisant embarquer au port de Santos; les moins aisés vendent celui qu'ils fabriquent à des marchands de S. Paul qui viennent le chercher chez eux y payent comptant et souvent font des avances (18i9). Malgré la fertilité de ce district, les fréquentes maladies qui régnent à Mogi et dans ses alentours ont dû nécessairement arrêter les progrès de cette petite ville ; ils ont été arrêtés aussi par le désavantage qu'ont les cultivateurs de payer, pour le transport de leurs produits , des droits énormes de péage auxquels ne sont point sujets les habitants des villes qui sont plus rapprochées de S. Paul. De 1818 à 1823, des Mineiros vinrent, il est vrai, s'établir dans le pays avec des fonds ; cependant il parait qu'aujourd'hui encore (1849) Mogi n'a pas une très-grande importance (2).
Cette ville, ainsi que celles de Campinas et de Jundiahy, qui sont situées sur la même route, mais plus près de S. Paul, fournit une bonne partie des serviteurs libres {camaradas) qui, avec les caravanes , vont de la capitale de la province à Goyaz et à Matogrosso. C'est là une des ressources de tout ce pays. Un tocador qui se loue pour aller de S. Paul à Villa Boa se paye (1819) de 20 à 30,000 reis (125 à 187 fr.) pour le voyage, qui dure environ quatre mois. Le maître de la caravane nourrit le cheval de tous ses camaradas; mais le retour est entièrement aux frais
U) Pedro Mùller, Jinsaio, tab. 3.
(2) Luiz d'Aline, Mem. viaj., iâ; — Mil!, et Lop. de Mour., Dicc, 11, 114.
de ces derniers. Varrieiro ou, comme on dit dans ce pays, Xarreiador est payé en raison du nombre de mulets qu'on lui donne à soigner et à diriger. Chaque camarada peut avoir, dans la caravane, un mulet chargé de marchandises qui lui appartient; avant le départ, le maître fait les avances nécessaires pour Tachât du mulet et des marchandises, et à Tarrivée la somme avancée au camarada se déduit de celle qui lui est due (i819).
Je fls balte à Mogi sous un grand rancho situé à l'entrée de la ville, et qui était assez bien couvert pour que nous n'eussions pas à craindre d'être mouillés pendant la nuit. C'est un avantage dont je n'avais pas toujours joui, depuis qu'avait commencé la saison de l'hivernage.
Je ne voulus pas quitter Mogi sans rendre visite au capitàomôr du district. Je me présentai chez lui ; on me fit attendre une grande demi-heure, ef on finit par me dire qu'il était malade.
Le pays que je parcourus, après avoir quitté la ville de Mogi (1), est encore ondulé, et offre une alternative de pâturage et de bouquets de bois ; mais ceux-ci sont beaucoup plus multipliés qu'ils n'avaient encore été depuis Santa Cruz de Goyaz; différence qui indique assez au voyageur que bientôt il va sortir entièrement des campos. Pour
(1) Itinéraire upproximatif de h ville de Mogimirim à celle de Jandiahy :
Legoas»
De Mogimirim à Parapitingui , iaieoda 3
De P. aai bords du Rio Tibaia 4
Da R. T. à Gampinas , ville 3
De C. à Gapivhary, rancho 4
De C. à Jundiahy, ville 3
17 legoas.
la première fois, depuis bien longtemps, je vis, dans an de ces bois, dont les arbres avaient été brûlés, la grande fougère {Pteris caudatay ex Mart.) qui, à Minas, s'empare si souvent des terrains épuisés (1). Il paraîtrait que cette plante croit exclusivement dans les pays de grandes forêts, car je ne Taî trouvée ni n Goyaz ni dans la partie de Minas qui appartient à la région des campos (2).
A 5 legoas de Mogi , je fis halte à la sucrerie de Parafitingui ou Pirapitingui (du guarani pirapitagï^ poisson presque rouge) (3), qui a quelque importance. Le moulin est fort beau ; mais, quoique la maison du maître ait un étage outre le rez-de-chaussée, elle est très- petite (1819), et rien encore ne rappelle ici les fas^ndas de la province des Mines. Nous fûmes cependant très-bien reçus ,^ et on nous logea dans le moulin.
Le gérant de la sucrerie (feitor) me dit que, dans ce canton, la canne produit deux années de suite ; qu'après cela on Tarrache, et qu'on en plante de nouvelle dans le même terrain, ce qui peut se répéter jusqu'à six fois; qu'après cela on laisse reposer la terre pendant trois ans ; qu'enfln, an bout de ce temps, la capoeira est assez vigoureuse pour être coupée, brûlée (4), et fournir, par ses cendres, un engrais réparateur. On ne voit point ici de capim gordura^
(1) Voyez mon Voyage dans les pro^nces de Rio de Janeiro, etc,^ J, 114.
(2)L. c.,vol. Il, 311.
(3) C'est cette habitation qu'on a indiquée , sous le nom de Pt rapttanga, sur la jolie carte topographique de S. Paul ,qui a paru à Rio de Janeiro en 1847.
(4) Comme je Tai expliqué ailleurs, les capoeiras sont les bois qui poassent dans les terrains en jachère originairement couverts de bois^ Tîerges.
cette ambitieuse graminée qui s'empare , à Minas, de si immenses espaces (1), et la grande fougère dont j'ai parlé plus haut ne se montre que dans les plus mauvais ter-^ rains.
Au delà de Pirapitingui, je traversai, comme la veille, un pays coupé de campos et de bouquets de bois fort nombreux. Mais à peine avais-je fait i lieue, qu'à Tendroit appelé Borda do Campo, la limite du pays découvert, je vis la végétation changer entièrement, et j'entrai dans une forêt vierge qui a une très-grande étendue, et qui, sans offrir rien de remarquable pour la vigueur, n'est pourtant pas sans beauté. J'ai indiqué, ailleurs, la Sefrà da Mantiqueira comme formant la séparation des campos et des bois, et j'ai dit que ces derniers couvrent, en général, des montagnes roides et escarpées qui se garantissent les unes les autres contre les efforts des vents. A Borda do Campo , j'étais kii legoas de la Serra de Jundiahy, dont je parlerai plus tard ; le terrain était aussi peu montueux que celui que j'avais vu les jours précédents, et cependant je retrouvais une vaste forêt continue, sans doute, avec celles de Minas, Rio de Janeiro, JEspirito Santo : ici donc nous avons une exception fort remarquable, et j'avoue qu'il me serait impossible de l'expliquer d'une manière bien satisfaisante. Depuis plusieurs jours j'avais aussi remarqué que les bouquets de bois (capoes) ne croissent pas particulièrement dans les fonds, comme ceux de la province de Minas, ce qui fait encore une autre exception.
A 2 legoas de Pirapitingui, la route est traversée par le Rio JaguarhyguaçUf qu'il faut bien se garder de confondre
1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro^ elc», 1, i9i.
avec la rivière^ plus septentrionale » de Jaguarhymirim, dont j'ai déjà parlé (1). On passe le Jaguarhyguaçu sur un pont étroit y mal entretenu, et sans garde- fou : ici encore on exige un péage; mais j'en fus exempté par mon passeport royal (portaria) .
L'employé chargé de recevoir l'argent des voyageurs me prit pour un Espagnol , comme avaient fait beaucoup d'autres personnes, depuis que j'avais commencé le voyage de Goyaz à S. Paul. Pendant longtemps il avait passé, par cette route, des émigrés espagnols de tous les partis qui, ayant traversé la province de Matogrosso, se rendaient à la capitale du Brésil : c'étaient les seuls étrangers que l'on eût vus; tout étranger devait donc être un Espagnol. Il parait, au reste, que le gouvernement portugais avait accordé à ces hommes toutes les facilités possibles pour leur voyage, et que , de leur côté , les Brésiliens n'eurent jamais qu'à se louer de leur conduite.
Après une journée de 4 legoaSy je fis halte sous un ranchoj construit, au milieu des bois, sur le bord de la rivière de Tibaia. Le temps était superbe; jamais l'azur du ciel n'avait été plus brillant. La verdure des arbres, plus fraîche, peut-être, que celle de nos bosquets printaniers, reposait délicieusement la vue ; les fleurs des orangers qui entouraient la maison du péage embaumaient l'air de leurs parfums.
Le jRto Tibaia ou, comme on écrit souvent, Atibaia (2)
(1) Voir pi us haut.
(2) Le mot> guarani atïbai veut dire" tempe ou cheveux qui tombent sur les tempes (Autouio Ruiz de Montoya, Tesoro de la lengua, 72); mais ud Espagnol -Américaio fort versé dans la langue guarani pensait que Tibaia pouvait venir de Tobàjayj rivière du beau-frère.
prend sa source à environ i7 legoas de la route, près du lieu appelé Nazareth y et, réuni au Jaguarhyguaçu, il forme le Piracicaba, l'un des affluents du Tieté. A l'endroit où il traverse la route, il peut avoir la même largeur que nos rivières de quatrième ordre; de grosses pierres s'élèvent de «on lit, et des bois couvrent ses deux rives. On le passe sur un pont qui, comme ceux des rivières de Mogi et de Jaguarhyguaçu , est fermé par une porte que l'on ouvre à ceux qui payent. Les gens à pied sont obligés de donner 40 reis (25 cent.); on exige i20 reis (75 cent.) pour les personnes à cheval et les animaux chargés, et enfin i,200 reis (7 fr. 50 c.) pour les chars à bœufs. Percevant des droits aussi élevés, l'ancienne administration aurait dû au moins entretenir les ponts dans un état convenable ; mais c'est ce dont elle avait fort peu de souci.
Luiz d'Alincourt a déjà montré (i) que de Paciencia à S. Paul, dans un espace de 44 à 45 legoas, il y avait cinq passages de rivière à payer, et je dois ajouter que de Goyaz à Paciencia il y en avait cinq de plus ; de là il résulte que le coton expédié, par exemple, de Meiaponte à S. Paul aurait payé dix fois des droits, tandis que le sucre de Campinas et de Jundiahy ne payait pas un denier ; il résulte, par conséquent encore, que les droits augmentaient en raison de Téloignement ; que plus s'élevaient les frais de transport, plus s'élevaient en même temps les sommes exigées par le fisc ; il résulte enfin que moins la situation d'une ville était favorable, plus son commerce était chargé
M. Francisco dos Prazeres de Maranhào fait dériver Tibaia de lyba, factorerie, et yg, rivière; c*est lai .qui, très-probablement, a rencontré U véritable étymologie.
[i) Mem,viaj.,5i*S.
d'impôts. On n'avait certainement aucune raison pour accabler Mogimirîm et favoriser Campinas, ou bien pour écraser Meiaponte et ménager Mogimirim : une rivière traverse la route, il faut y établir un péage ^ parce qu'un péage augmente les revenus du trésor public; c'est là le seul raisonnement que Ton avait fait, et Ton n'avait pas songé qu'en agissant ainsi on paralysait complètement l'agriculture et le commerce dans des contrées lointaines où ils avaient surtout besoin d'être encouragés.
Entre le Rio Tibaia et la ville de Campinas , j'essuyai une très-forte chaleur ; c'était toujours dans des bois que je voyageais. Les bambous y sont fort communs; j'y vis aussi, en assez grande quantité , une Composée arborescente et alors en graine» qui, fort remarquable par sa hauteur, ne s'élevait pas à moins de iO à 12 mètres^ et me parut appartenir au groupe des Vernoniées. Dans une clairière assez considérable, je ne trouvai pas autre chose que la Graminée appelée vulgairement barba de bode (barbe-de-bouc, Chœturis pallens, var. y Mees et Mart.), qui passe pour un bon fourrage. Cette espèce forme des touffes fort épaisses, ordinairement écartées les unes de» antres, et elle a des feuilles et des panicules spiciformes inclinées ; elle croit en société , et en certains endroits elle couvre à elle seule de très-grands espaces de terrain r je l'avais trouvée, pour la première fois, en 1846, près de Gama, route de Rio de Janeiro à Ouro Preto, et bien plus récemment je l'avais recueillie à Lages (1); certaines cartes indiquent de vastes campos de barba de bode, au nord-est de la Serra da Canastra.
.1) Voir plus haut.
A mesure que j'âivançais vers la ville de S. Paul» je reconnaissais mieux que je n'étais plus dans les déserts ; je rencontrais des voyageurs , je passais continuellement devant des terrains entourés de haies sèches , et de plantations immenses de cannes à sucre ; enfin je suis persuadé que, dans un espace de 3 legoas, entre Tibaia et la ville de Campinas , je ne vis pas moins d'une demi-douzaine de sucreries dont quelques-unes me parurent importantes.
Arrivé à Campinas, je m'établis, à rentrée de la ville, sous un vaste rancho couvert en tuiles et entouré de murs solides bâtis en pisé (taipa). Depuis cet endroit jusqu'à S. Paul, on compte un certain nombre de ranchos qui ont été construits de la même manière, et que Ton nomme royaux. L'administration en avait fait tous les frais, et sous ce rapport elle méritait les plus grands éloges. C'était accorder une protection signalée à l'agriculture que de soustraire les caravanes à la cupide incurie des propriétaires, et tâcher de préserver d'une détérioration malheureusement trop facile les riches produits de la terre. Plût au ciel que l'on se fût toujours appliqué à favoriser ainsi le commerce et les efforts des cultivateurs !
J'étais à peine établi sous le rancho de Campinas, que trois caravanes de mulets chargés de sucre vinrent s'y loger également.
C'est à la fabrication du sucre que la ville de Campinas doit son origine. Pendant longtemps on avait cru que les terres noires des environs d'Hytû étaient les seules de toute cette partie de la province qui fussent propres à la culture de la canne ; cependant , malgré le préjugé qui s'était établi , quelques personnes essayèrent, vers i770, de planter cette Graminée dans des terrains d'un
rouge foncé qui dépendent du termo actuel*de Campinas; le succès couronna leurs travaux^ et bientôt leur exemple fut suivi par un grand nombre de cultivateurs. On construisit, sous l'invocation de Kotre-Damede la Conception (Nossa Senhora da Conceiçào) (1), une église où la messe fut célébrée pour la première fois en 4776 (2); un village se forma, et fut appelé Campinas (vastes campagnes); bientôt réglise de la Conception devint paroissiale ; enfin, en 1797, le capitaine général Antonio Manoel de Mello Castro e Mendonça érigea en ville et en chef-lieu de termo^ sous le nom de S. Carlos ^ le nouveau village qui jusqu'alors avait appartenu au termo de Jundiahy . Ce fut à des juges ordinaires nommés par le peuple que fut confiée l'administration de la justice (juizes ordinarios). De i8i8 à 1823, la ville de S. Carlos ou Campinas prit un accroissement sensible; ses progrès ont été bien plus remarquables encore depuis que le Brésil est devenu indépendant, et en 4840 le gouvernement provincial de S. Paul lui a donné le titre de cité (cidade de S. Carlos) (3).
Lors de mon voyage, le nom officiel n'avait pc^nt encore prévalu, et il parait qu'aujourd'hui même il s'en faut qu'il soit généralement adopté, car on trouve seulement celui de Campinas dans les rapports des présidents de la province à l'assemblée législative {relatorios^ etc., 4845, 1847) (4).
(1) Tel est le nom que Luiz d'Alincourt et Pizzaro donnent à cette église (tfem. viaj., 34 ; — Mem, hisl.y Vlll, 302), et Ton sait combien de confiance mérite le dernier de ces écrivains ponr toat ce qui a rapport aux églises dn Brésil.
(2) Luiz d'Aline, 1. c.
(3) Mill. et Monr., Dicc, l, 213.
(4) Voici comment s*eiprime un Anglo-Américain au sujet du change-
Dans une étendue d'environ 8 legoas^ le termo de Cam-
ment du nom de Campinas : « Quoique j*admire le nom de S. Carlos « (S. Charles) autant que celui d^aucun saint du calendrier, je ne puis « me réconcilier avec le système de nomenclature locale que la poli- « tique sacerdotale a imposé aux Brésiliens en dépit de leur jugement « et de leur bon goi!it. Si Tharmonie, le sens, la variété sont des qna- « lités désirables dans les noms propres, il est difficile de trouver rien « de plus parfait que ceux des rivières, des montagnes, des divers lieux » de TAmérique soit du Nord, soit du Sud (Kidder, SketcheSy I, 265). » J*ai dit ailleurs combien la langue des Indiens présente d'avantages, et je déplore, avec M. Kidder, la suppression de quelques-uns des noms qui lui avaient été empruntés. Il ne faut cependant pas s'exagérer Tharmonie de cette langue ; ainsi, quand aux noms d'ItapUininga, Araraquara, Ilaquaquecet%U>a , Pindamonhongâba , Guaratinguelâ on aurait substitué ceux de quelques saints du calendrier grec ou romain, il me semble qu'on n'aurait pas grand' chose à regretter. Je n'ai point dissimulé les torts du clergé brésilien ; mais, par cela même, je croîs devoir le justifier de ceux qu'il n'a jamais eus. Les Portugais qui étaient catholiques regardaient les saints comme des intercesseurs, et mettaient sous leur protection les lieux qu'ils découvraient; on arrivait sur le bord d'une rivière le jour de la fête d'un saint, c'était son nom que l'on donnait à la rivière ; en agissant ainsi, on obéissait simplement à sa foi, on ne cédait à aucune combinaison politique, à aucune violence , et on ne songeait nullement qu'on fît le sacrifice de son bon goût et de son jugement. Cet usage s'était encore conservé de mon temps. Juliâo arriva sur les bords du Jiquitinhonha le jour de S. Michel ; il n'était certes sous l'influence d'aucun prêtre, et il* donna le nom de S. Miguel au village dont il jeta les fondements {Voyage dans les provinces, eU.y II). Au reste, si les premiers Paulistes ont changé quelques noms appartenant à la lingoa gérai , ils en ont emprunté beaucoup d'autres à cette même langue. Dans tous les cas, il me semble que l'exemple du changement de Campinas en S. Carlos prouve peu de chose contre la suppression des mots indiens, car Campinas est un mot portugais. U prouve encore moins contre l'idée d'honorer les samts en substituant leurs noms à d'autres plus anciens, puisque ce ne fut point du tout en mémoire de saint Charles, archevêque de Milan, qu'on changea le nom de Campinas en celui de S. Carlos, mais pour faire honneur à Ja reine D. Carlota Joaquina, épouse de Jean VI (Luix d'Aline, Mem., 34), comme les Français, en appelant Sainte-Amélie un village de l'Algérie,
pinas comprenait, en 4819, environ 6,000 individus (1), et en 4838on y comptait 6,689 habitants, sur lesquelsil y avait 3,917 esclaves tant nègres que mulâtres. L'accroissement de la population a, par conséquent, été, proportion gardée, bien moins grand ici qu'en beaucoup d'autres parties du Brésil, mais il ne faut pas s'en étonner : ce termo, resserré dans d'étroites limites, était déjà fort peuplé en 1 81 9; il n'admettait plus d'immigrations importantes, et dans l'état actuel des choses les terres des sucreries ne sont pas susceptibles de grands morcellements.
La ville de Campinas est entourée de bois de tous les côtés. Les rues n'ont pas beaucoup de largeur; les maisons sont neuves (1819), rapprochées les unes des autres, couvertes en tuiles, et construites, pour la plupart, en terre battue; plusieurs d'entre elles peuvent passer pour fort jolies. L'église paroissiale, petite et mesquine (1819), s'élève sur une place qui forme un carré long. Lors de mon voyage, on bâtissait de tous les côtés, et il était facile de voir que la ville de Campinas acquerrait bientôt une importancenotable.
La plupart des habitants des environs de Campinas sont des cultivateurs. C'est, de toute la province de S. Paul, le termo qui produit le plus de sucre. Dès 1819, il s'y trou-
n*ayaient pensé qu'à Marie-Amélie, alors leur reioe. Quant aux plaisanteries dirigées contre le catholicisme par lesquelles M. Kidder termine son article sur Campinas, je n'en dirai rien, elles n*appartiennent pas à notre siècle, où les diverses communions chrétiennes savent se respecter, et si, par hasard, quelque catholique en était blessé, je le renverrais au passage si noblement écrit , par lequel le même auteur commence son livre, et que tous les chrétiens liront avec bonheur.
(1) En 1822, Pizarro indique 5,999 Ames sur toute la paroisse {Mem, hist., VIII, 302), et celle-ci a la même étendue que le termo,
yait une centaine de sucreries , y compris les distilleries , et en 4838 on y comptait quatre-vingt-treize moulins à sucre proprement dits» et un nombre égal d'établissements où se fabriquait du tafia (1). Parmi les propriétaires de sucreries ( senhores d'engenhos } ( 2 ], il y en a de fort riches; Luiz d'Alîncourt en nomme un, entre autres (3), dont le revenu ne s* élevait pas, en i817, à moins de 80,000 cruzades (200,000 fr.). Les habitations que Ton considérait, lors de mon voyage , comme ayant quelque importance employaient environ vingt esclaves, et l'on assurait qu'avec ce nombre on faisait facilement 2,000 arrobes de sucre (29,480 kilog.). Plus le terrain est rouge, plus il est favorable à la culture de la canne. Elle produit ici pendant trois années consécutives (4); puis on Tarrache et on la remplace. De bonnes terres , après avoir été dégarnies de bois vierges, ont rapporté pendant vingt ans ; la vingtième année, elles ont paru se fatiguer, on les a laissées reposer trois ans, mais on ne savait point encore, lors de mon voyage, si, cette seconde fois, elles rendraient sans interruption pendant un espace de temps aussi considérable que la première. Tout ce qui précède prouve que, si le sol du teimo de Campinas n'égale point encore en fécondité celui des Campos dos Goitacazes , il est pourtant plus fertile que ne sont généralement les cantons de Minas Geraes, où Ton plante la canne à sucre. Je crois pouvoir garantir les détails que je donne ici sur les terres de Cam-
(1) Pedro MùU., Ensaio, Ub. 4.
^2) Voyage dans la province de Rio de Janeiro , etc. , l, 57.
(3) Mem. viaj.y 37.
(4) On donne, aa Brésil, le nom de planta à la première production de la canne à sucre ; la seconde s'appelle $ocà^ et la troisième resoca.
DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE- CATHERINE. 21t
piDas, car je les tiens du cajntào morde cette ville et d'un ecclésiastique qui paraissait ne pas être dépourvu d'instruction.
Quelques propriétaires du tertno de Campinas possèdent (18i9) des troupes de mulets dont ils se servent pour expédier leur sucre jusqu'au port de Santos; d'autres ont recours à des muletiers qui se chargent du transport , à raison de 340 à 400 reis (S fr. à 2 fr. 50 c.] Tarrobe (14kilog. 74). Les caravanes mettent douze jours à faire le voyage. Chaque mulet porte 8 arrobes divisées en deux sacs» dont chacun est renfermé dans un grand panier de bambou (jaca). Ces derniers sont aplatis et à peu près carrés, presque semblables à ceux dans lesquels on transporte les fromages de Minas Geraes à la capitale du Brésa (1).
Le soir du jour où j'arrivai à Campinas, j'allai rendre visite au capitho môr de cette ville, qui me reçut très-bien et m'engagea à diner pour le lendemain. J'étais à peine entré, que l'on m'invita à prendre, en guise de thé, une
décoction de maté (2) ou herbe du Paraguay. Comme on le verra par la suite, cette boisson finit par me paraître délicieuse; mais, cette fois-là, je la trouvai peu agréable, soit que V herbe j comme on dit dans le pays, ne f&t pas de bonne qualité, soit que j'eusse besoin de m'y accoutumer. La maison du capitào môr, qui était neuve et très-jolie, annonçait assez que le propriétaire jouissait d'une grande aisance. Le salon et la salle à manger, les seuls appartements que l'on me montra, avaient des murs peints en
(1) Voyez mon Voyage aux sources du Rio de S, Francisco, l, 72.
(2) Ici et ailleurs j'écris ce mot comme on doit le prononcer en français.
façon de marbre jusqu*à hauteur d'appui , puis blanchis presque jusqu'au plafond, au-dessous duquel régnait un cordon de fleurs. A cette époque, ce genre de décoration, qui n'était pas sans quelque élégance, paraissait être assez en usage chez les Brésiliens riches.
Le lendemain de mon arrivée à Campinas était un dimanche; je vis passer devant le rancho un grand nombre de cultivateurs, hommes et femmes, qui venaient à cheval à la messe ; la ville se remplit de monde.
Ici, comme dans tout l'intérieur du Brésil, les femmes se tiennent à cheval de la même manière que les hommes. Quand elles y montent , elles ont sur la tête un chapeau de feutre et portent une espèce d'amazone faite ordinairement de drap bleu. Depuis Mogi, je ne rencontrais pas un homme, surtout à cheval, qui n'eût son poncho^ vêtement dont j'ai donné la description. Pendant la messe, les femmes de Campinas avaient , comme celles de la côte , le corps et la tête enveloppés dans une longue mante d'étoffe noire.
Au delà de Campinas le chemin continue à traverser le bois vierge que j'avais commencé à parcourir les jours précédents. Presque partout on avait coupé les arbres à droite et à gauche jusqu'à une certaine distance, afin que l'air, circulant avec plus de liberté, séchât facilement la terre.
Je passai devant plusieurs chaumières, et devant le rancho de Jurabatuva, construit de. la même façon que celui de Campinas aux frais du trésor royal ; puis, après avoir lait 4 legoaSy je m'arrêtai au lieu appelé Capivhary (1). Le
(1) Capivarhy si%Qiûe la rivière du cabiai; c'est an nom qui se retrouve au Brésil en beaucoup d'endroits différents.
rancho qu'on voyait en cet endroit avait aussi été bâti aux dépens du fisc ; il était extrêmement grand et pouvait recevoir une immense quantité de marchandises, mais il était rempli de poussière et d'ordures au milieu desquelles pullulaient les puces et les chiques. Au bout de quelques instantSy mes gens eurent les pieds et les jambes couverts de ces insectes , et mes bottes ne purent m'en garantir que très-imparfaitement. A quelques pas du rancho de Capivarhy, il y avait une petite fazenda où Ton vendait du maïs aux voyageurs. Je fis au propriétaire quelques reproches de ce qu'il ne faisait point balayer le rancho dont il retirait des avantages , et de ce qu'il laissait dévorer les voyageurs par les insectes malfaisants. Qui est-ce qui fait balayer son rancho? me répondit-il d'un ton grossier.
Je rencontrai bien certainement» sur cette route, quelques personnes complaisantes et polies ; mais, en général, ceux qui en habitent les bords sont peu honnêtes ; leurs manières sont communes: ils ont l'air froid, niais, triste, apathique, et une foule d'hommes de notre race se distinguent uniquement des paysans français, parce qu'ils n'ont ni leur gaité ni leur vivacité ; bien différents des blancs des comarcas d'Ouro Preto, Sabarà, Serro do Frio, dans la province des Mines, qui, presque tous, sont au-dessus de la dernière classe (1819). Je dois, au reste, m'empresser d'ajouter que, s'il est souverainement injuste de juger les Mineiros en général par ceux qui demeurent près du grand chemin si fréquenté de Rio de Janeiro à Diamantina, il n'y aurait pas moins d'injustice à prétendre assimiler tous les Paulistes à des hommes forcés, pour ainsi dire , de vivre au milieu d'une foule de muletiers, de nègres, de ca-r
maradas ignorants, grossiers et vicieux, qui passent et repassent sans cesse.
Entre Campinas et Capivarhy, j'avais éprouvé une excessive chaleur ; le tonnerre s'était fait entendre, et, aussitôt après mon arrivée, l'orage éclata Tdes torrents d'eau tombaient du ciel. Le lendemain le temps était extrêmement couvert ; mais les chiques tourmentaient tellement le pauvre Laruotte, il paraissait si triste, que je me décidai à partir. La pluie tomba bientôt , heureusement elle ne dura pas, et, comme cela arrive presque toujours, ce fut seulement dans l'après-dinée qu'il commença à pleuvoir sérieusement.
La même forêt continue à se prolonger entre Capivarhy et Campinas. Le terrain avait commencé à être un peu montueux, il le devint davantage , et enfin , autour de Jundiahy, je vis des montagnes assez élevées , qui , trèscertainement, se rattachent à la Serra da Mantiqueira. Je fis halte à i/2 legoa de cette ville, au lieu appelé Ponte (pont), où l'on trouve un pâturage enclos {pasto fechado)^ et de petites maisons dont on loue les chambres aux voyageurs. Ce sont là les habitudes des villes. Depuis gue j'avais commencé à voyager dans les bois, mes mulets étaient beaucoup moins heureux : les campas leur avaient offert longtemps une herbe abondante et salutaire; au milieu des bois il n'y avait plus que des pâturages fermés , obtenus artificiellement par la destruction des arbres, et qui étaient tellement broutés, que les animaux n'en pouvaient plus rien tirer.