Mûiitgornery-Martin, Statistique générale de l'Inde
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mais été remué ; le territoire y est divisé en parcelles aussi soigneusement délimitées que le canton lui-même; les noms des pièces de terre et des propriétaires, l'étendue, la qualité des parcelles, tout cela est minutieusement conservé dans les registres de la commu- 1 nauté. Tous les membres de celte unité territoriale sont réunis dans un village situé au centre du territoire : dans certaines contrées, ce' village est fortifié ou a clans son voisinage un fortin, une petite citadelle. 1 Chaque communauté régit elle-même ses affaires locales; un conseil municipal ^panchaet). présidé parle pc- Icl ou maire ' , répartit sur chaque habitant l'impôt dû à l'État et demeure collectivement responsable pour le versement intégral de la somme réclamée par l'administration centrale; il fait lui-même sa police, répond des atteintes à la propriété commises dans ses limites, administre la justice, décide et condamne en première instance; il vote les taxes communales pour les dé- I penses particulières, réparations des murs et des temples, sacrifices publics, aumônes, cérémonies, amusements, fêtes; il a ses employés spéciaux pour tous ses services locaux et pour les besoins divers de la : population. Bien que dépendant entièrement du gouvernement central, la commune est sous beaucoup de rapports une petite république jouissant chez elle de la plénitude de ses droits, sans ingérence du dehors sur son organisme intérieur. Dans la question de l'impôt, comme dans la question politique, elle semble être la base de l'avenir de l'Inde.
En rêvant à toutes ces choses, j'aperçus devant moi une foule nombreuse qui soulevait des nuages de poussière sur la route. C'était le rajah de Vizianagrum qui se rendait à Bénarès pour célébrer le mariage de sa fille. Parti la veille , jour que son astrologue avait désigné comme propice, il voyageait, me dit-il, en toute hâte et sans cérémonie, ce que me répétèrent à l'envi tous les Indiens présents. Il ne se faisait, en ell'et. accompagner que d'environ cinq cents chariots traînés les uns par des zébus, les autres par des buffles, et de trois mille porteurs de paquets, de cinq cents cavaliers, de deux cents hallebardiers , de dix éléphants et d'autant de palanquins. Un corps de musique, tel que les Indous seuls savent le composer, précédait sa marche triomphale. Le cortège mit six heures entières à déGler devant moi dans le désordre le plus piltoresffoe qu'on puisse imaginer.
|. Outre le patel, fonctionnaire généralement héréditaire, le conseil communaiyomi rend : I" le kurnminx ou montsuddi, qui lient registre 'les frais de culture et de tout ce qui s'y rapporte; T le talari ou v.enldc police, chargé de rechercher les crimes et délits, d'escorter et de protéger les voyageurs de passage dans l'a localité; :t" le garde et jaugeur des moissons; k° le gardien des limites, sorte de cadastre incarné; ,V le commissaire des eaux et des étangs, chargé de distribuer l'irrigation selon les besoins de l'agriculture: (>■ le brahmane, ministre du culte; 7" l'astronome qui annonce \< -< époques favorables ou défavorables pour les semailles; 8* le maître d'école. Viennent encore le forgeron et le charpentier, qui confectionnent les instruments d'agriculture et bâtissent les cabanes; et enfin le potier, le barbier, le porteurd'eau , le gardent de bétail, le médecin, la danseuse, le musicien et le pocie. (Ed. de Warrcn, Finit anglaise.)
Plusieurs vastes tentes tonnaient le campement du rajah et de sa famille. Il me fit inviter à venir me reposer un instant chez lui. J'acceptai avec empressement , et nous eûmes une longue conversation en anglais, langue qu'il parle avec beaucoup de facilité; notre entretien roula principalement sur la chasse : il avait eu la bonne fortune de tuer un tigre de sa main, quelques jours auparavant. N'allez pas vous imaginer qu'il avait couru de grands dangers; enfermé lui-même et fortifié dans une cage en fer. il attendait de pied ferme la bête féroce que poussaient vers lui les rabatteurs armés de tambours et de trompettes. Il me vanta beaucoup ses guépards, charmantes panthères qu'on apprivoise comme le chien et qu'on lâche sur les antilopes. Quelles belles et émouvantes chasses cpie celles où est substituée à une meute de chiens une troupe d'éléphants et de guépards !
La tente de la rani et de sa fille était entourée d'une enceinte d'étoffe rouge, de sorte qu'elles pouvaient prendre l'air sans être exposées aux regards indiscrets. J'eus par hasard le bonheur d'apercevoir l'altesse indienne : c'était une jeune et belle femme au teint clair, aux yeux noirs, au port noble et gracieux: une petite veste de velours vert, toute brodée d'or, relevait l'élégance naturelle de sa taille. Quant à la fiancée, elle resta invisible ; elle était âgée de cinq ans. Dans l'Inde, une fille de caste doit se marier en lias âge, quoiqu'elle demeure chez ses parents jusqu'à la limite de l'enfance. Une fille non mariée avant cette époque est un déshonneur pour sa famille, qui ne pouvait jadis se réhabiliter qu'en l'immolant à la déesse Kali. La loi anglaise, justement soulevée contre cette superstition, ne l'a pas encore extirpée partout. J'ai vu à Calcul la un père traduit devant les tribunaux pour avoir prémédité la mort de sa fille dans un cas semblable; la jeune fille âgée de douze ans, et non encore mariée, était restée (rois jours exposée sur le Gange dans un haleau amarré à une île. Une foule considérable de dévots venaient en secret lui adresser leurs prières. Quelques heures avant le sacrifice, l'aulnrilé anglaise fui heureusement, avertie, et put délivrer la victime. Mais qu'est devenue la pauvre enfant repoussée de sa famille et de sa casle?
Peu après avoir quitté le rajah de Vizianagrum, j'entrai à Chicacole. Sur toute la roule, on aperçoit des forêts de lataniers. portant chacun à la base de leur bouquet de feuilles un pot de terre où se recueille le vin de palmier.
De Chicacole à Hadjamotmdry, on chemine SOUS une belle avenue de multipliants. Je m'arrêtai à Yizagapalam , ville célèbre par les ouvrages en corne qui s \ fabriquent en grande quantité. (Jeux en bois de cerf méritent surtout l'attention par leur originalité.
A Hadjamoitndry , je plaçai mou palanquin dans un bateau qui me transporta à Ellore par le canal qui esl terminé depuis 185'.). A quinze milles, se trouve le misérahle petit village de Malavelli; on n'y arrive qu'avec peine et aux dépens des or: emenls du palanquin par un étroit senlier qui traverse une jongle épineuse.
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Auprès du village, dans cette jongle même, se trouvent de nombreuses excavations faites de main d'homme près desquelles est amassé le résidu des anciens lavages diamantifères.
On m'a dit avoir encore tout récemment trouvé un
assez beau diamant dans cette terre sablonneuse qui ne contient qu'en très-petite quantité des cailloux de quartz. Le long du canal, partout où l'irrigation est possible, on cultive beaucoup de tabac, de ricin et de millet. L'arrosement se fait au moyen d'un tronc de palmier
Tombes royales à Golconde.
Dessin de A. de Bar d'après l'album photographique de M. Grandidier.
creusé- en forme de cuiller qui s'emplit en plongeant dans l'eau et qui en remontant déverse son contenu dans les canaux d'irrigation; on obtient le même résultat avec des bœufs qui, en marchant sur un plan incliné,
impriment un mouvement ascensionnel à la machine hydraulique, ou bien encore avec un seau attaché àl'extrémité d'une grande perche sur laquelle un homme monte et descend alternativement pour faire contre-poids.
Tombes royales à Golconde. — Dessin de A. de Bar d après 1 album photographique de M. Grandidier.
De Maravelly, je continuai mon voyage"] usqu'à Bedjouarra par le nouveau canal qui venait d'être ouvert à la circulation.
Il y a encore deux autres canaux dans cette province, l'un entre Radjamoundry et Goconada, l'autre allant de
Bedjouarra à Mazulipatam. Ces canaux creusés par les Anglais sont très-utiles au commerce, et permettent de transporter à bas prix les cotons à Goconada, où les navires viennent les chercher. Grâce à ces travaux utiles, ce pays ne pourra tarder à se civiliser et à s'enrichir.
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A Bedjouarra, on voit une fort belle digue (anikat) pour retenir les eaux du Kistna. Un fil télégraphique de 1600 mètres de long environ relie les deux bords sans support aucun. Auprès du temple dont les toits étaient couverts de nuéès de pigeons sacrés, un char en bois curieusement travaillé appela mon attention; ces sculptures malheureusement ne représentaient que des scènes d'une obscénité révoltante.
De Bedjouarra, j'obliquai à l'ouest dans la direction du centre de la péninsule. Je désirais aller visiter les États duNizam. A peu de distance, on trouve plusieurs mines de diamant, à Ganiatkur, à Kodovetty-Kallu, à Ghané-Parteala, etc. Celles de Ghané-Parteala sont les plus célèbres ; elles sont situées sur la rive gauche du Kistna, dans l'ancien lit de la rivière. On y voit beaucoup de trous circulaires de quelques pieds de profondeur, entourés d'amas de graviers, de quartz, de silex, de poudingue, résidu des anciens lavages. Aujourd'hui c'est à peine si quelques malheureux exploitent ces mines; les recherches sont faites individuellement, et sur une petite échelle. Si l'on organisait le travail comme dans les mines de diamants du Brésil, et qu'on substituât au simple lavage, qui n'entraîne que les matières terreuses, et au triage mécanique à la main le procédé des diverses pesanteurs spécifiques, on arriverait à un résultat plus rémunérateur, et les frais comparatifs de l'extraction seraient réduits dans une proportion considérable.
Les mineurs sont obligés de payer un fort droit au Nizam qui s'est réservé, même sur le territoire cédé aux anglais, la propriété de ces mines. Aussi est-ce une industrie presque complètement abandonnée. Depuis cinq ans, m'a-t-on assuré, on n'aurait pas trouvé un seul diamant d'une valeur supérieure à cinquante francs.
Pour aller à Ha'ïderabad, capitale du Nizam, j'eus à traverser de vastes solitudes ; peu de villages , pas de cultures, quelques fortins bâtis moitié en terre, moitié en pierre, et flanqués de tours carrées, voilà tout ce que je rencontrai sur un parcours d'environ soixante lieues. Il en est de même dans toutes les marches qui séparent les provinces directement anglaises de celles des États vassaux ou protégés.
A la sortie de Bedjouarra, un phénomène végétal attira mon attention. C'était un de ces lataniers , si communs sur toute la côte de Coromandel, dont le tronc était enlacé par un multipliant : le bouquet de palmes s'élançait d'une masse de verdure comme un jet d'eau d'une corbeille ou comme un pistil qui sort de la corolle d'une fleur.
Dans ces mêmes jongles, j'eus la bonne fortune de chasser un guépard, sorte de panthère dont j'ai déjà parlé, à la robe fauve, parsemée de petites taches noires uniformes. Je m'étais arrêté dans un petit village pour relayer mes harnais, quand j'entendis répéter que la bête venait d'être aperçue à quelques pas dans les environs; aussitôt, accompagné de quelques Indiens, je m'élançai à sa poursuite. Nous n'étions pas en quête depuis un quart d'heure, qu'un coup de fusil re-
tentit près de moi et qu'un hourra joyeux m'apprit que l'animal était mort sur le coup. Après avoir admiré quelques instants ce carnassier aux ongles non rétractiles, je repris ma route.
Je dépassai bientôt une troupe de bohémiens ; on les nomme dans l'Inde Brinjaris ou Lombardys. Ils transportaient dans l'intérieur du pays des sacs de sel chargés sur des zébus.
Leurs femmes sont vêtues d'un jupon en étoffe de laine épaisse tombant jusqu'à la cheville : il est rouge et orné en- haut comme en bas de bandes de couleurs voyantes. Une petite jaquette à carreaux jaunes et rouges cache la poitrine, tandis que, chose singulière, le dos reste nu ; des cordons seuls relient entre eux les devants de la jaquette. Ces femmes portent aux pieds des anneaux fort pesants dont les bords ressemblent à des dents de scie ; à leurs oreilles pendent des boules ou sphères de métal attachées par une petite chaîne. A leur nez sont suspendus des anneaux et leurs bras sont entourés de bracelets de verre et d'argent. Elles portent ainsi sur elles plusieurs kilogrammes d argent ; parmi les jeunes filles, on en remarque quelques-unes d'une grande beauté. Les bohémiens naissent, vivent et meurent dans les jongles, sans jamais coucher dans une maison. En dehors du commerce de sel, qui est leur principale occupation, ils exercent une industrie moins avouable, celle de voleurs d'enfants.
A une dizaine de lieues d'Haïderabad, le pays commence à être un peu plus accidenté et moins désert. On rencontre çà et là quelques oasis de lataniers.
Les environs d'Haïderabad sont du reste stériles , et la surface du sol est couverte de roches. Les troupes anglaises, au nombre de cinq mille hommes dont deux mille Européens, sont cantonnées à Sikunderabad, ville située à deux lieues] d'Haïderabad. Là se trouvent une foule de bungalows entourés de jardins où habitent les officiers, un arsenal, deux temples protestants, un petit théâtre d'amateurs, une salle de bal, une bibliothèque formée par souscription, un cimetière pour les Européens, de nombreuses casernes fort belles, bâties aux frais du nizam, qui paye aussi les troupes officiellement chargées de sa défense, mais réellement envoyées pour le surveiller.
Le gouvernement anglais entretient un résident chargé des relations politiques avec le nizam ; sa demeure est située près de la ville musulmane. Pour s'y rendre, on suit la grande route et on passe sur la belle chaussée qui mesure près d'un mille de longueur et sert de digue à l'étang Housaïn-Sagur dont- la circonférence varie suivant les saisons de cinq à huit milles. Elle domine d'une part l'étang qui s'étend à droite de la route, et de l'autre les terres irriguées.
Le palais du résident est un beau bâtiment ayant une certaine prétention au style grec ; le centre est relié aux deux ailes par une galerie ouverte que soutiennent des colonnes. On y arrive par une allée plantée de beaux arbres qu'encadre une colonnade. Avant de pénétrer dans la ville musulmane, j'allai faire ma
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visite à l'hôte de ce palais ; il me donna une lettre de recommandation pour le nabab Salar-Jung. le dewan ou premier ministre du Nizam.
Le souverain lui-même s'occupe peu ou point des affaires de son pays. Irrité de se voir soumis à la tutelle des Anglais, il laisse toute l'autorité à son premier ministre, qui passe du reste pour un homme d'une grande capacité et un politique très-habile. Il ne se montre cpie très-rarement à une ou deux grandes solennités ; il passe tout son temps dans son harem, où il s'est plu à réunir une collection fort complète, dit-on, de femmes de toutes couleurs et de toutes nations.
De la demeure du résident, je m'acheminai vers le beau pont qui traverse la rivière. Ce pont, qui date de 1831, a huit arches, de cinquante-six pieds chacune, sauf une d'elles, qui passe sur un village et mesure soixante-dix-sept pieds. Dans le lit de la' rivière, de nombreux éléphants étaient gravement occupés à leur toilette ; les uns debout s'aspergeaient d'eau avec leur trompe, les autres, couchés sur le liane, paraissaient prendre le plus vif plaisir aux frictions prolongées faites par leurs mahouts pour les nettoyer.
J'entrai dans la ville par la nouvelle porte, située à côté de l'ancienne porte de Delhi.
Le palais de Salar-Jung ou du guerrier Jung) est, comme tous les édilices musulmans, de peu d'apparence extérieure ; la cour est spacieuse, mais d'un aspect misérable, et les soldats qui y montent la garde ont une mine chétive. Quant à l'intérieur, il est propre et bien tenu. Je fus reçu par le dewan dans son grand salon, qui se trouve à l'extrémité d'une cour intérieure ornée d'un vaste bassin et entourée de colonnettes de bois peintes de toutes couleurs. Dans le salon, les colonnes sont incrustées de petites glaces et le plafond est entièrement recouvert de miroirs. Les meubles en Lois noir et en palissandre sont à la mode européenne. Des deux côtés de la cour, il y a des salles auxquelles donni-iit accès des portes fermées par des nattes; le durbar, réunion où se traitent les affaires politiques et où se rend la justice, se tient tous les jours dans une de ces salles; pour y pénétrer, il faut ôter ses souliers.
Le premier ministre, qui avait alors trenle-trois ans, est un bel homme, de taille élevée, au teint clair. Il porte des moustaches d'un noir foncé. Ses manières sont nohles et élégantes, son regard est intelligent, il Comprend bien l'anglais, il l'écrit même, mais il n'ose le parler de peur d'indisposer contre lui les esprits fanatiques des musulmans. Son vêtement, consistait en une longue rohe de laine blanche tombant à mi-jambe et boutonnée sur le devant; de larges pantalons complétaient son costume, et sa tète était couverte d'une petite calotte de drap d'or el de soie voy. p. 48 .
Le dewan reçoit les étrangers au nom du Nizam et leur fait le meilleur accueil.
Les jardins Harrah-Dourraé les douze portes) sont vastes et confiés à la direct ion d'un Français. Des bouquets de cocotiers habilement groupés lui donnent un aspect agréable. La salle à manger, où peuvent tenir
trois cents convives, est décorée de jolies colonnettes arabes; elle est ouverte du côté des jardins et domine un vaste étang d'où l'on voit jaillir une grande quantité de jets d'eau ; sur une terrasse, du côté opposé, se tirent les feux d'artifice, complément indispensable de toute fête en Orient.
J'ai caressé dans ce jardin deux beaux tigres royaux fort doux et fort apprivoisés qui comptent parmi les amis les plus dévoués du dewan ; on y admire encore quelques autres animaux curieux, tels qu'un guépard, un nilgaut, un écureuil volant de Java, une civette, des daims, etc.
Dans une des salles du palais, on a formé un musée où sont rassemblés en collection les produits manufacturés du Deccan, les produits végétaux de l'Inde, et les médicaments les plus en usage chez les indigènes. J'ai remarqué, entre autres objets, les ouvrages en bois vernissé de Kurnoul, les vases en métal incrusté d'argent de Bidar, les statuettes en marbre du Pundjab, les tissus transparents de soie et d'argent d'Aurunga ■ bad, le kinkab, étoffe de soie avec dessins d'or d'Ha'iderabad, les bijoux en (iligrane de Cuttack, etc.
Les Européens n'ont pas le droit de visiter la ville sans en avoir obtenu la permission préalable du dewan. Cette mesure a été prise par les autorités anglaises pour éviter les troubles et les assassinats qui pourraient résulter de la présence do giaours, de chrétiens au milieu des fanatiques musulmans.
Sur ma demande, Salar-Jung me fit la gracieuseté de m'accorder l'autorisation de visiter la ville, et me donna comme monture deux des plus beaux éléphants du Nizam.
Les deux seuls monuments intéressants d'Haïderabad sont le Chahar-Minar et le Djama-Masjid. Le premier est un bâtiment carré flanqué de quatre minarets fort élevés; chaque face est percée d'une grande porte donnant accès à la fontaine placée au centre. Au-dessus des portes, se trouve une double galerie, l'une ornée de niches, l'autre de colonnettes à jour. C'est un beau monument, construit dans d'élégantes proportions. Il est fâcheux seulement qu'on l'ail revêtu d'un enduit de chaux blanchi'.
L'autre édilice est le Djama-Masjid, la grande mosquée, devant laquelle est creusé un vaste bassin où les fidèles Font leurs ablutions. J'entrai dans la cour sur mon éléphant. Les minarets sont peu élevés et peu en rapport avec les dimensions de la mosquée. Près du bassin, on aperçoit plusieurs tombeaux entourés de grillages. Les colonnes de la mosquée sont carrées et massives.
Mais ce ne sont pas ces édifices qui intéressent le plus l'étranger à Haïderabad ; c'est l'aspect tout asiatique de la ville. Cette multitude immense d'hommes aux turbans de couleurs différentes souvent ornés de broderies d'or, aux robes blanches, aux tuniques de soie, à côté de l'ouvrier ceint d'un simple langouli; ces femmes portant des pantalons élroils el enveloppées d'une longue étoffe de colon blanc qui couvre à
kk
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peine la poitrine et laisse le dos à découvert, tandis que le visage est voilé, de manière à masquer même les yeux que protège un grillage de fil de métal ; les Indous avec leur marque de secte sur le front ; les marchands nonchalamment accroupis devant leur modeste boutique où sont entassées toutes les denrées de l'Orient ; tous les passants armés de sabres et de poi-
gnards, et ayant à la main un matchlock ou mousquet à mèche; des éléphants, des chariots revêtus de riches draperies et souvent escortés de quarante à cinquante hommes armés et précédés d'un individu portant une couronne de feuillage vert qui dénote la présence d'un grand personnage ; des palanquins dorés et hermétiquement fermés , aux portes desquels courent le sabre
Musulmans a'iiaïdérabau. — Dessin de A. de Neuville d'après l'album photographique de M. Grandidier.
a i poing des hommes prêts à châtier l'audacieux qui tenterait d'y regarder de trop près ; des maisons auxquelles le climat a donné un caractère de vétusté, tout enfin a un cachet spécial dans cette grande cité, presque la seule de toute l'Inde qui ait conservé aujourd'hui un aspect véritablement oriental.
Les maisons des nobles et du peuple sont si confu-
sément mêlées qu'on ne se douterait souvent pas que des masures vous cachent les lignes architecturales d'une riche demeure. Ainsi le palais de Shoums-Oul-Oumrah, dont la façade est si coquette du côté des jardins, a un extérieur et une cour de la plus misérable apparence.
On donne à Haïderabad une population de trois cent cinquante mille âmes.
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Pendant que je me promenais au milieu de toute cette foule qui était loin de regarder d'un œil favorable mon costume européen, je rencontrai un de ces saints musulmans au manteau bariolé, au chapeau pointu, tenant à la main une trompette en cuivre. (Ces saints exercent dans tous les pays musulmans une grande influence sur le peuple qui leur décerne lui-même le brevet de sainteté. Ce sont généralement des fanatiques exaltés.) A peine m'eut-il aperçu qu'il se mit à sonner de la trompette, ameuta les passants et commença à m'insulter de paroles et de gestes. Heureusement, j'étais à l'abri des voies de fait, grâce à l'élévation d'un siège qui me permettait de planer majestueusement sur cette ignorante multitude abrutie parla superstition et le fanatisme. Je compris alors pourquoi il n'était pas permis aux Anglais de se promener librement dans cette ville pleine de fous dangereux. A côté de ces prophètes musulmans couverts d'oripeaux de toutes nuances, on rencontre des fakirs indous nus et badigeonnés de blanc. Il ne leur serait pas difficile aux uns comme aux autres de faire assassiner l'Européen qui se trouverait au milieu d'eux sans qu'il restât la moindre trace du crime.
Les rues sont si étroites que plusieurs fois ma noble monture emporta les balcons qui débordent à l'extérieur de la plupart des maisons , et je pus à mon aise , comme le diable boiteux, plonger mon regard curieux dans les demeures indigènes.
Ce qui m'étonnait le plus, c'était de voir les éléphants que nous croisions à chaque instant, les uns chargés de fourrage et de bois, les autres ornés de haoudas de formes diverses, sièges ou matelas sur lesquels se prélassaient avec complaisance les seigneurs du lieu dans leurs belles robes de soie. Des sonnettes sont attachées au cou des éléphants pour prévenir les cavaliers et les convois de chameaux d'avoir à se ranger.
Le lendemain, de grand matin, deux montures de ce genre vinrent me chercher pour me conduire à Golconde, où se trouve le fort, dans lequel sont renfermés les nombreux joyaux du Nizam qui, en roi oriental, a une passion immodérée et toute féminine pour les diamants et les perles. En dehors de l'enceinte s'élèvent les tombes des princes de la dynastie Koutub-Shah.
De T ancienne ville de Golconde, il ne reste plus aujourd'hui que l'enceinte crénelée et fortifiée dans laquelle se trouvent des terres incultes et une petite colline que couronne le fort confié à la garde d'une troupe d'Arabes. Nul Européen n'y est admis.
Près de là, on visite l'ancien cimetière, qui renferme de nombreuses tombes et des mosquées, derniers vestiges d'une antique splendeur. Les plus belles et les plus importantes de ces tombes étaient jadis entourées d'un mur de pierre : elles ne diffèrent guère les unes des autres que par leur dimension et leur ornementation.
Ce sont des bâtiments carrés s'élevant au-dessus du sol sur un soubassement de granit. Six marches conduisent au tombeau, dont chaque face est décorée
de sept arcades originales d'une largeur de 4 mètres; au centre des ogives est sculptée une rosace. Soutenues par des piliers massifs, les deux dernières arcades sont murées ; cette partie du monument est en granit. Sur la première base et en retrait s'élève un autre édifice également carré, demi-pierre, demi-brique, recouvert d'un enduit de chaux. Les encoignures sont formées par des piliers de briques octogones, qui supportent de petits minarets terminés par cinq boules dont une au centre et une plus petite à chaque coin, reliées entre elles par un cordon de feuilles de trèfles.
Ce second étage est surmonté d'un dôme sphéroïdal, semblable à ceux qu'on voit dans la plupart des monuments de style arabe. Au milieu d'une vaste salle sans aucun ornement est placé le mausolée en marbre noir, composé de quatre tablettes en retrait, et portant en relief des versets du Coran. Malgré sa simplicité extrême , ce mausolée noir sous une immense voûte blanche est d'un effet saisissant. La plupart des piliers sont octogones et diverses parties du monument, telles que la base du dôme , sont revêtues de briques émaillées aux vives couleurs. Il y avait même quelques tombeaux dont le dôme entier était recouvert de ces émaux brillants qui reflétaient au loin les rayons ardents du soleil des tropiques. Parfois à la frise du deuxième étage courait un cordon de ces briques, où, sur fond bleu, ressortaient en blanc certains versets du Coran.
Malheureusement quelques touristes anglais ont brutalement détruit la plupart de ces émaux, dont les vives couleurs étaient si bien appropriées au climat de l'Orient et dont le secret de fabrication est perdu aujourd'hui. Ces monuments sont du reste en assez bon état de conservation. La hauteur de la plus élevée de ces tombes est de 40 mètres environ. Les murs d'enceinte sont tous crénelés.
Auprès de chacune de ces tombes se trouvent de petites mosquées dont la façade, tournée vers l'est, est supportée par deux ou trois colonnes; aux extrémités de la façade s'élèvent de petits minarets que réunit un cordon de feuilles de trèfles.
Après avoir visité Golconde, je me rendis à l'étang de Mir-Allun, situé à quatre milles d'Haïderabad et formé par une grande et belle digue coupant transversalement la vallée où existait un cours d'eau.
Cette digue, semi-circulaire et concave, est composée de vingt-trois demi-lunes ayant leur convexité tournée en amont et garnie d'éperons qui assurent leur solidité. Cette digue entièrement construite en granit a une hauteur moyenne de dix mètres, une largeur de soixante, et une épaisseur totale de plus de cent. C'est un beau spécimen de ces tangs ou réservoirs , qui sont comme les sources de la vie pour une partie de l'Inde.
Des bords de l'étang de Mir-Allun, on jouit d'une vue magnifique et très-étendue. Le voyageur a sous ses pieds d'immenses champs bien cultivés dont la fertilité est entretenue par les eaux du lac artificiel; à l'horizon
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les quatre minarets du Gbahar-Minar dominent l'oasis verdoyante dans laquelle disparaît la ville d'Haïderabad; à gauche, les casernes de Sikunderabad apparaissent dans le lointain comme de longues lignes blancbes tracées sur la verdure de la vallée où coule la Moussa; enfin derrière l'étang se dressent des collines hérissées de blocs granitiques dont l'aspect sauvage contraste avec l'ensemble du reste de la scène.
La veille de mon départ, on célébrait à Moulali, village situé à dix milles d'Haïderabad, la fête d'un saint musulman, qui en montant au ciel a laissé l'empreinte de son pied sur le sommet de la colline. En ce lieu les fidèles croyants ont une mosquée, et les nobles ont des maisons de campagne pour venir jiasser les deux jours que dure la fête. Il y avait là une bonne occasion d'assister aux réjouissances des musulmans,
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