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ciants, et il s'était empressé d'aller porter ailleurs ses adorations.
Près de Gutti et près de Guddapah, on voit des dépôts limoneux semblables à ceux que le Kistna a abandonnés sur ses rives pendant les débordements. Ces dépôts sont formés de sable légèrement argileux et de petits galets quartzeux auxquels sont mêlées des pierres précieuses. Toutes ces exploitations sont délaissées aujourd'hui. Les diamants dits de Golconde viennent tous des différentes mines que nous avons énumérées, et la plus proche de la ville même de Golconde en est encore éloignée d'une cinquantaine de lieues.
Dans la banlieue de Guddapah, j'aperçus des paysans qui accomplissaient une cérémonie religieuse dans le but de délivrer leurs champs de la rouille qui endommageait gravement leurs récoltes. Ils sacrifiaient une chèvre; puis, lacérant les entrailles de la victime et les mêlant avec des feuilles et de la cendre , ils semaient ce. mélange sanglant autour de leurs cultures attaquées par la maladie en poussant des cris de : Polil Poli!
J'étais à peine à quelques milles de Cnd<laji,ili quand mon palanquin se brisa; j'avais fait depuis Calcutta
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plus de deux cent soixante lieues. Cet accident malencontreux me contraignit à louer une de ces grossières charrettes du pays dans laquelle je déjjosai mon palanquin, mes bagages et ma propre personne.
Les chemins de cette contrée sont si mauvais que les cahots de ce véhicule primitif me lançaient à chaque instant contre le plafond de mon palanquin; mon corps était tout meurtri : je ne pouvais cependant pas attribuer ces secousses à la vitesse de mes bœufs , qui ne faisaient qu'une petite lieue par heure. Je fus trèsheureux lorsque, après un jour et une nuit de cette torture au petit pied, j'arrivai à Tripetti, où je pus prendre le chemin de fer allant à Madras.
Aujourd'hui, la voie ferrée dont Tripetti est une station est terminée jusqu'à Bombay.
Dans ces pays orientaux, où les indigènes ont conservé avec tant de soin et de religion les traditions du passé, il est curieux de voir réalisées les deux inventions de notre siècle les plus jeunes et les plus pleines d'avenir : les chemins de fer et les télégraphes électriques.
Déjà en 1863 la télégraphie électrique couvrait de son réseau l'Inde tout entière. Beaucoup de chemins de fer étaient à cette époque en voie d'exécution ; aujourd'hui, ce vaste pays n'a plus rien à envier, sous ce rapport, à la plupart des contrées européennes. .
Les Anglais n'ont rien négligé pour accroître , chaque fois que leur intérêt immédiat l'a réclamé, le bien-être des indigènes, et pour les faire participer aux bienfaits de la civilisation.
Ils n'ont certes pas l'initiative hardie et même imprudente des Américains du Nord, qui n'attendent jamais qu'un pays soit peuplé pour y tracer des voies de communication faciles; les Yankees pensent avec raison que ce sont ces voies rapides qui permettent à une contrée de se peupler en peu de temps et qui ap-
Indigène de Madras. — Dessin photographique
portent la richesse et l'abondance dans les pays qu'elles sillonnent.
Les Anglais , plus prévoyants pour leurs intérêts à venir que nous autres Français, et moins aventureux que les Américains, n'ont cherché à créer des canaux et des chemins de fer que là où ils pensaient pouvoir en retirer immédiatement des bénéfices. Il est vrai que les Européens veulent toujours et partout édifier des
œuvres d'art durables et, par conséquent, très-dispendieuses ; au lieu de s'identifier aux besoins du pays et de laisser de côté les usages et coutumes de la patrie, ils préfèrent s'abstenir de tout travail et de toute tentative d'amélioration sur des routes où , faute de fonds suffisants, ils ne pourraient suivre toutes les règles de l'art. Ne serait - il pas préférable de distribuer la dépense sur l'ensemble de la voie de communication que l'on veut améliorer? Le pays en profiterait immédiatement ; il s'enrichirait, et, à mesure que les intérêts du commerce l'exigeraient et que l'accroissement de la richesse publique le permettrait, on améliorerait les voies en question.
Les chemins de fer auront une très-grande influence sur les mœurs, et même, plus tard, sur la religion et les superstitions des Indous. Cette obligation, pour des gens de caste différente, d'entrer dans les mêmes wagons, et de courir côte à côte les mêmes chances, ne peut manquer d'amener des modifications importantes dans leurs rapports journaliers et par conséquent dans leurs préjugés de caste.
Madras est une grande ville sans caractère ; elle ne renferme aucun monument digne de fixer l'attention La rade est mauvaise et presque toujours houleuse; on est obligé de débarquer dans de grandes embarcations appelées chelingues dont les planches sont cousues ensemble, et non clouées, afin d'offrir plus d'élasticité. Les lames, souvent très-fortes, en déferlant sur
de Emile Bayard d'après l'album de M. Grandidier.
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le rivage, poussent la chelingue à la côte. Q'est un curieux spectacle que celui donné par ces barques, mues par dix ou douze hommes qui rament en poussant
des cris ou plutôt des hurlements pour s'exciter les uns les autres ; le calme du pilote qui dirige avec une adresse remarquable l'embarcation de manière à l'ern-
pêcher d'être prise on travers par la lame, contraste avec les mouvements désordonnés des lameiirs.
Pendant toute une saison de l'année les navires ne
peuvent mouiller en rade. Quand 1rs lames sont trop fortes pour que les clielingues puissent être mises à flot, on Communique avec les navires au moyen
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des catimarans. Ce sont de petits radeaux formés de trois morceaux d'un bois léger, sur lesquels un homme nu se tient à genou en dirigeant sa frêle embarcation avec une sorte de pagaye ; sa tête seule est couverte d'un turban dans lequel il dépose précieusement les lettres et objets qu'on veut faire parvenir à bord. A voir ces radeaux tantôt suspendus sur la cime des lames, tantôt s'enfonçant dans le creux des vagues pour reparaître de nouveau, on songe involontairement au singe de la fable se rendant au Pirée monté sur un dauphin,
A Madras, il existe, comme dans toutes les villes de l'Inde où se trouvent réunis un certain nombre d'Anglais, un grand club établi sur une base inconnue en France. Il possède un hôtel où ne peuvent loger que les membres admis par scrutin et où l'on peut se procurer à prix réduit tout le confort de la vie élégante ; ce sont plusieurs grands bâtiments épars dans un vaste jardin ; des chambres avec une salle de bain attenante sont à la disposition de chaque membre. Un restaurant où sont rassemblées toutes les denrées européennes, et où le service est fait avec soin , permet d'y prendre ses repas. Outre une salle de lecture fournie de toutes les publications anglaises et étrangères, il y a bibliothèque, salle de billard, salon de jeu, etc., de sorte que, pour un étranger de passage comme pour tout célibataire en résidence permanente, il y a tout à la fois grand avantage pécuniaire et agrément à vivre ainsi en famille d'une vie confortable et peu dispendieuse. Il est beaucoup de villes en Europe où une semblable institution serait fort utile.
Madras est célèbre dans toute llnde par ses jongleurs et ses charmeurs de serpents. Je n'étais pas depuis quelques heures dans cette ville que déjà plusieurs troupes étaient venues devant moi faire montre de leur adresse. Ceux qui se bornent à des tours de force ne sont pas particulièrement intéressants; les prestidigitateurs méritent davantage de fixer l'attention. Ces
lndou ayant l'ait vœu de porter un vaste cercle de fer autour du cou. Dessin de A. de Neuville d'après l'album photographique de M. Grandidier.
hommes au corps nu, aux reins ceints d'un simple lambeau de toile, sont réellement fort adroits; non que Robert Houdin ne leur soit supérieur à tous égards: mais quelques-uns de leurs tours sont étonnants. L'un des plus curieux consiste à prendre la graine d'un arbre qu'ils mettent en terre devant le spectateur dans un petit pot ; au bout de quelques minutes, la graine a germé, on voit pousser successivement tiges et feuilles; quelques instants encore et l'on a sous les yeux une plante complète ayant plus d'un pied de hauteur.
Ces gens ont toujours dans leurs bagages quelques serpents à lunettes ou cobra-capella {coluber naja) , avec lesquels ils divertissent les curieux.
Ces serpents sont des plus redoutés et leur morsure est presque toujours mortelle. Les jongleurs n'enlèvent pas , comme on l'a prétendu, les crochets venimeux de ces reptiles ; ils basent leur témérité sur la lenteur et la timidité de ce serpent, qui fait rarement usage de ses armes meurtrières, lorsque, bien repu, il est à demi paralysé par la digestion. Ils l'habituent à leurs maniements et à leurs grima-" ces. Quiconque a touché des serpents vivants sait par expérience que de simples attouchements , des passes légères faites le long du corps , les domptent facilement ; ces animaux, comme magnétisés , ne cherchent plus dès lors ni à mordre ni même à fuir. Les premières passes sont seules dangereuses.
J'ai joué plusieurs fois avec des serpents à lunettes, et il ne m'est jamais arrivé aucun accident.
Il est même quelques Indous qui s'amusent à domestiquer les najas et qui les laissent errer librement dans leurs jardins, s'en servant comme d'épouvantail pour écarter les voleurs. Ils ne font jamais de mal aux propriétaires.
Les charmeurs de serpents, pour se rendre invulnérables, se servent de racines d'aristoloche avec lesquelles ils décrivent des cercles autour de la tête du reptile, dans la croyance qu'ils le mettent ainsi dans
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l'incapacité de nuire ; il n'est pas besoin d'ajouter que ceci est une pure et vaine superstition. Il en est qui, comme antidote contre la morsure elle-même, emploient une pierre noirâtre à texture très-poreuse qui, appliquée sur la plaie , y adhère fortement et absorbe le sang. (Cette pierre n'est qu'un os calciné.)
Puisque nous parlons de serpents, je ne puis m'empêcher de constater qu'ils ne sont pas plus nombreux dans l'Inde que dans d'autres contrées tropicales; malgré les histoires dont on se plaît à effrayer tous les nouveaux venus, la statistique n'accuse qu'une quantité très-minime de décès occasionnés par les serpents, et encore les accidents n'arrivent - ils d'ordinaire que la nuit à ceux qui courent pieds nus dans les bois et dans les jongles.
Je profitai de mon séjour à Madras pour compléter et rectifier sur bien des points les renseignements que, le long du chemin parcouru , j'avais recueillis sur la population du Deccan et sur ses rapports avec celle du reste de l'Inde.
C'est une race mélangée, dans les veines de laquelle le sang tamoul et druvidien, le sang de la race jaune, l'emporte de beaucoup sur celui de l.i race àryenne. Bien que par la forme ovale du visage, la configuration du crâne , l'angle facial , les Deccanis paraissent se rattacher à cette branche du tronc humain, par leur couleur ils semblent s'en éloigner. Leur corps est peu robuste ; l'homme des basses castes est maigre et grêle; il supplée à la force par la légèreté et l'agilité. La couleur de sa peau varie du brun cuivré au brun foncé; sa chevelure est lisse et d'un beau noir, et sa barbe est assez ahondante.
Timide et doux, l'Indou manque de persévérance, de fermeté; doué d'une compréhension facile, il est incapable d'un travail soutenu; deux jougs pesant sur lui de date immémoriale, celui de la caste et celui de la domination étrangère, en ont fait une créature flexible, ayant plus de prudence et de finesse que d'éuei-
Cette religion
Un fakir. — Dessin de Émile Rayard d'après l'album pliolog'.ip'iique de M. ijrandidier.
gie et de droiture , plus d'astuce dans l'esprit que de noblesse dans les sentiments
Une imagination vive que n'a jamais réglée une éducation rationelle, 1 ont conduit aux superstitions grossières que sanctionne la religion indoue avec tout son cortège de divinités impures. Si la timidité de son caractère l'a préservé d'un fanatisme aussi brutal que celui des musulmans, sa religion n'en est pas moins chère à son cœur, et ses croyances, au moins parmi
le peuple, sont sincères.
Le çivaïsme auquel appartiennent la plupart des Deccanis a tant de prix à leurs yeux qu'ils y sont plus attachés qu'à la vie. Les doctrines les plus absurdes rencontrent en eux une foi vive et ardente plaît à leur
par ses rêves fantastiques et par sa poésie grossière, et les cérémonies sacrées les amusent, tout en flattant leurs passions.
L'absence de besoins contribue à les rendre imprévoyants , et leur imagination vive et enfantine, trouvant un aliment dans les moindres faits qu'ils poétisent à leur manière, les pousse vers la vie contemplative et indolente.
Leur religion avec ses doctrines de métempsycose accroît encore cette tendance naturelle de leur esprit; il en résulte cette force d'inertie incroyable contre laquelle tout vient se briser. Ce qui touche à leur foi a seul le pouvoir d'ébranler les masses.
Le costume des Iudous est le dlioti, longue bande d'étoffe roulée autour de la taille, puis passée entre les jambes et attachée derrière le dos. Ce vêlement luisse à nu le haut du corps et les jambes. Les classes aisées portent une courte
I . Au suj-t de celle page cl des suivantes, nous erons remarquer que dans l'état actuel des sciences ethnographiques et philologiques, une seule et même appréciation n'est pas plus applicable a l'ensemble des cent quatre-vingts millions d'hommes qui couvrent I aréa de l'Inde, qu'elle ne le serait à l'ciisi-inhlr de la population européenne comprise aujourd'hui entre le Sund et le détroit de Gibraltar, entre les promontoires de la Iforée et ceux du Finistère.
Voyage dans l'inde.
chemise, angarkah, et une longue robe blanche (jamah). La tête est toujours couverte d'un turban de couleur et de dimension différente selon les castes et les sectes. Peu d'Indous ont des souliers; les sandales sont d'un usage presque universel. Les femmes portent le choli, petite jaquette à manches courtes qui ne descend pas plus bas que la poitrine, qu'elle comprime en la soutenant, et le sary, grande pièce de toile qu'elles enroulent autour de la taille et rejettent coquettement sur l'épaule ou sur la tête. Ce costume gracieux rappelle la chlamyde dont est revêtue la Diane de Gabies.
En somme, on peut dire que le costume des Indous est, en général, élégant et approprié au climat et à leur genre de vie. Bien que chaque caste, chaque secte, ait son mode particulier de le porter, il n'en reste pas moins, sur toute la superficie de l'Inde, le trait le plus uniforme , le plus caractéristique de la population.
Les deux sexes aiment passionnément les bijoux :
les femmes de la condition la plus infime portent souvent au nez un anneau d'or enrichi de perles. Leurs bras sont entourés de bracelets d'argent, de cuivre ou de verre. Leurs orteils sont ornés de bagues et leurs jambes de cercles de métal fort pesants. Quant à leurs oreilles , elles ployent littéralement sous le poids des boucles d'or dont elles sont surchargées ; et les lobules sont percés d'énormes trous (souvent de deux à trois centimètres de diamètre) où s'introduisent des ornements d'or, en forme de petites roues, que remplacent dans les jours de travail de simples morceaux de feuilles roulées ; usage qui s'est propagé jusqu'en Polynésie.
Les Indiens convertissent toute leur petite fortune en bijoux. Cet usage provient autant de la vanité que de la superstition qui leur fait envisager tout bijou comme doué du pouvoir de détourner les sorts et les maléfices.
G était aussi sous l'ancienne monarchie mogole un
Sans doute l'auteur, occupé en ce moment à des travaux géodésiques et d'histoire naturelle dans l'intérieur de Madagascar, n'a entendu appliquer ses observations qu'à la généralité de la partie de l'Inde qu'il a parcourue et étudiée. (F. de L.)
Le charmeur de serpents. — Dessin de Emile Bayard d'après l'album photographique de M. Grandidier.
moyen de soustraire leurs hiens à l'avidité du tyran musulman à qui sa religion défendait de s'approprier les effets des femmes.
Les Indous tiennent beaucoup à leurs prérogatives, et souvent des luttes terribles ont ensanglanté le continent indien, occasionnées par une caste qui ne voulait pas se conformer aux usages reçus. On a vu des batailles sanglantes livrées sans autres motifs que des pantoufles d'une certaine forme que voulaient porter des castes inférieures, ou bien à cause d'instruments de musique dont un clergé de bas étage voulait se servir et qui avaient toujours été exclusivement réservés au culte des dieux d'un ordre supérieur, etc., etc.
Il existe chez les Indous une politesse raffinée et des manières élégantes; mais la moindre concession du respect auquel le rang social donne droit, le moindre relâchement dans l'étiquette prescrite , sont considérés comme une marque de faiblesse et un aveu d'infériorité.
Les formules employées dans la conversation avec un indigène varient suivant la position qu'il occupe.
Rien n'est plus facile que d'exciter leur susceptibilité.
— Ne parlez jamais à un Oriental de sa femme et de ses filles; ce serait contraire aux coutumes. Si vous l'entretenez soit des malheurs ou des maladies qui ont pu l'affliger , soit des succès qu'il a obtenus, appliquez tous vos soins à ne pas éveiller en lui des idées superstitieuses sur les sorts dont il pourrait se croire menacé. Se servir de la main gauche en saluant, en mangeant, en prenant le café est une insulte ; la main droite seule est destinée aux usages nobles, et la main gauche, la main impure, est réservée aux ablutions.
En Europe, on se découvre la tête en signe de respect ; ôter leur turban est pour les Orientaux un acte irrespectueux; mais s'ils gardent leur turban, ils enlèvent leurs chaussures à l'entrée des habitations. Cet usage est des plus rationnels, et je ne saurais trop l'approuver. Sur le parquet des appartements est étendue une toile blanche où l'on s'assoit les jambes croisées, accoudé sur des coussins. Les souliers n'ontils pas été faits pour protéger les pieds contre les aspérités du sol, contre la boue et la poussière des che-
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mins? Et ne deviennent-ils point nuisibles, et tout au moins inutiles dans l'intérieur des maisons ?
Dans une visite, il faut avant de se retirer attendre qu'on soit congédié. On pense avec raison qu'un visiteur ne saurait être pressé de quitter l'ami qu'il est venu voir. L'hôte, au contraire, peut avoir des occupations urgentes qui réclament sa présence en toute hâte. Les formules de congé varient ; ce sont les simples mots : « Venez me voir souvent, » ou bien : « Rappelez-vous que vous serez toujours le bienvenu parmi nous. » Des cadeaux de fleurs, de fruits, terminent en général les visites, et on offre toujours le bétel.
La nourriture ordinaire des Indous est fort simple, et leurs repas sont de courte durée. Du riz bouilli dans l'eau et du cari (mélange de végétaux, deghy ou beurre
clarifié, d'épices et de safran^ , rarement des œufs ou du lait, peu de poisson, parfois des galettes grossières de farine, des bananes, des fruits de l'arbre à pain ou du jaquier : voilà ce qui compose matin et soir le repas du riche comme du pauvre. Les feuilles du bananier tiennent lieu de plats et d'assiettes. Même pour manger les légumes et le riz, les mains remplacent les cuillers et les fourchettes ; et pour déchirer les viandes, c'est aux dents seules à faire l'office du couteau absent. Les sauces qui découlent du menton et des doigts des convives donnent aux repas indous un aspect qui inspire à l'Européen un certain dégoût. On ne boit cpie de l'eau et on fait peu usage de l'arrack (esprit extrait du vin de palmier).
Très-fidèles observateurs des injonctions religieuses
Marchands de lait, à Madras. — Dessin de Kmile Uayard d'après l'album photographique de M. Orandidiu
qui prescrivent l'abstention de toute nourriture animale, sous peine d être exclus de la société et rejelés du sein de la famille, les gens de caste ne mangent jamais de viande'; quant aux parias, ils dévorent toutes sortes d'animaux, et sont très -adonnés à l'arrack.
On fait dans toute l'Inde un emploi incessant du bétel. Dans les pa\s chauds où l'on mène une vie sédentaire, les estomacs sont paresseux et ne peuvent ni prendre la même nourriture ni absorber les mêmes quantités d'aliments que dans les pays du nord. Les
1. Ces détails se rapportent presque exclusivement aux Pcccanis ou Indous <lu Deccan. ip, h I..)
« Si aucune caste (ou secte) de Brahmanes deccams ne mange de nourriture animale, au Bengale il y a des Brahmanes qui mangent du poisson. Dans l'Indousian, surtout dan, !. . provinces
substances végétales i[ni forment le menu ordinaire des Indous ne sont pas du reste très-riches en madères azotées, et leur présence dans leurs estomacs détermine la formation de gaz sans le stimulant alcalin employé chez tous les peuples de l'Inde qui en prévient le développement, je veux parler de la noix astringente d'arèrpie qu'ils mâchent avec un peu de chaux étendue sur une feuille de poivre hétel.
Ce mélange teint les lèvres et, la langue en rouge : malgré l'effet pernicieux qu'il exerce sur les dents, son action est certainement utile aux (onctions digestives
lei plus .septentrionales, il y en a, et beaucoup, qui mangent du gibier, de la chèvre; et cnlin dans le Cachemir, les Brahmane, mangent du mouton. Ainsi à mesure que Ion s'avance dans des contres plus froides, le régime alimentaire de celle caste devient de plui DU plus inimal. » (Jacqueruont, Journal, vol. NI, p. 574.)
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Le tabac roulé dans une feuille verte est fumé universellement par les hommes sous forme de cigarette.
On parle dans l'Inde un grand nombre de langues différentes; les philologues n'en ont pas dénombré
moins de cinquante -huit; mais il n'y en a que dix qui aient un alphabet particulier et une littérature : cinq au nord, connues sous le nom des cinq Gaurs, et cinq dans le Deccan, qu'on appelle les cinq Dravirs. Le sanscrit, langue morte, ainsi que ses deux dérivés
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Jongleurs indiens. — Dessin de Emile Bayard d'après l'album photographique de M. Grandidier.
le pali et le pracrit , est plus ou moins mêlé à tous les idiomes de l'Inde; mais tandis que dans le nord il en forme la base incontestable, dans le sud il n'est que greffé sur des langues préexistantes, et l'on n'en retrouve souvent que de faibles traces. Tous les alphabets semblent avoir été inventés séparément, mais
ils ont été améliorés par l'adoption de l'arrangement régulier et philosophique du devanagari; c'est le nom donné à l'alphabet sanscrit, le plus parfait de tous. Les langues vivantes, du reste, ont une structure grammaticale très-simple.
L'indoustani, qui est parlé dans la province d'Agra,
Mand.ipum des < .<:ul-i:olunnes, li Condjovcram (voy. p. ai). — Douta do B. Thérond d'après I album photographlquo do M. Grandidicr.
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est de toutes les langues de l'Inde la plus cultivée et la plus généralement usitée. Elle a reçu un grand mélange de persan depuis la conquête musulmane. Outre le langage local propre à chaque district, l'indoustani est employé par toutes les personnes instruites, ainsi que par ceux qui professent la foi musulmane.
L'esprit de caste remplace chez les Indiens l'esprit de famille; ils aiment leurs femmes et leurs enfants, mais cette affection est subordonnée à certains principes que nous allons développer. L'expulsion de la famille tient à des causes multiples, principalement à la violation des règlements prescrits par la religion ou au commerce illicite de femmes de haute caste avec des hommes de condition inférieure. Les Brahmanes et les Çoudras, ainsi que les parias eux-mêmes, sont divisés en une multitude de sous-castes dont un membre ne peut ni manger ni boire ni se marier avec aucun membre d'une autre sous-caste. Si un Indien vient à être dégradé, s'il perd sa caste, il est repoussé par ses parents ; sa femme est considérée comme veuve, ses enfants comme orphelins ; il n'a aucun secours , aucune pitié à attendre de ceux qui l'avaient jusqu'alors entouré des soins les plus empressés.
Les Européens sont mis au rang des parias à cause de l'usage qu'ils font chaque jour à leurs repas de la viande de bœuf. Les Brahmanes consentent bien à donner la main aux Européens, mais, en rentrant dans leur demeure, ils ont soin de quitter leurs vêtements et de faire des ablutions afin de se purifier de la souillure que leur a imprimée un contact aussi impur; ils prétendent même que le regard d'un paria suffit pour souiller les objets.
Chaque village deccani se compose toujours de deux parties séparées par une distance de quelques mètres. Ce sont deux quartiers bien distincts, l'un réservé aux gens de caste, l'autre entouré de haies et destiné aux parias ; il n'est pas permis à ces malheureux êtres d'entrer dans les rues du village sans le consentement des habitants, et il leur est défendu de puiser de l'eau ailleurs que dans les puits affectés à leur usage. Là où les parias ne possèdent pas de puits, ils vont déposer leurs jarres auprès des puits des gens de caste, et attendent humblement et patiemment l'aumône de quelques verres d'eau. Ce sont toujours les femmes qui sont chargées de ce soin de ménage.
Les castes supérieures donnent souvent aux parias des présents qu'elles déposent invariablement sur le sol dans la crainte de contracter par le simple contact cette lèpre morale dont les parias sont entachés à leurs yeux. Jamais un homme de caste n'accepte un don de la main d'un paria.
Si sous le rapport physique et intellectuel les gens de caste l'emportent de beaucoup sur les parias, ces derniers sont plus laborieux, plus dociles, plus accessibles au souffle de l'Europe. Dans la présidence de Madras, ils forment le fond le plus discipliné et le plus solide des recrues indigènes de l'armée anglaise.
Ces quelques faits ont été cités au hasard entre mille
autres. Si l'on voulait énumérer toutes les subdivisions de castes basées sur la conduite, les emplois et les occupations de chacun, si l'on décrivait en détail les vêtements et les ornements qui varient à l'infini suivant la caste, si l'on racontait les préjugés concernant la nourriture et les rapports quotidiens de la vie, il faudrait écrire plusieurs in-folios. On rencontre partout les mêmes tendances, le désir de briller, et l'ambition de commander sans faire aucun des efforts nécessaires pour s'en rendre digne. Dans les détails les plus frivoles et les plus absurdes, on retrouve les mêmes mobiles. L'existence de ces castes a toujours empêché la formation d'un peuple homogène. De là ces rivalités si vivaces, ces inimitiés sans fin qui ont de tout temps porté atteinte à l'indépendance nationale, en facilitant les envahissements des étrangers.
En dehors des conséquences sociales dont nous venons de parler, les Indous croient encore à des conséquences religieuses. Les diverses castes ne sont point aptes, en effet, à recevoir la même instruction, ni à être initiées aux mêmes mystères, et cette inaptitude se continue même dans les autres existences, d'après le dogme des çivaïtes.
Après avoir visité avec soin le musée de Madras assez riche en bas-reliefs, antiques débris de l'art indou, et assez pauvre en collections d'histoire naturelle, je me décidai à ne pas prolonger plus longtemps mon séjour dans le chef-lieu de la présidence; mais, avant de poursuivre ma route, je crus prudent, dans l'intérêt de ma personne, de remplacer mon vieux palanquin par une voiture à deux roues qui devait être traînée par des relais de zébus, espacés de dix milles en dix milles sur l'ordre du directeur des postes, à qui j'avais adressé une demande à cet effet.
Les routes du sud de l'Inde ayant été fort améliorées durant ces dernières années, on ne se sert plus de palanquins pour les longs trajets; on leur a substitué des voitures ayant la forme d'un parallélépipède et pouvant facilement se transformer en un lit confortable : il suffit pour cela de relier ensemble les deux banquettes par un troisième banc mobile qui se lève et se baisse à volonté. Il faut bien avouer que les Anglais possèdent au suprême degré la science innée de voyager avec tout le confort désirable : ils sont, à ce point de vue, bien supérieurs aux autres nations.
Dès que je fus assuré de l'exécution des ordres envoyés par l'administration locale pour mes relais de zébus, je partis pour Gondjeveram. L'agriculture, sur tout ce trajet, est moins prospère aujourd'hui que dans les anciens temps. Jadis en beaucoup de parties du Deccan , un nombre considérable d'étangs artificiels, semblables à celui qui existe dans les environs d'Haïderabad et dont nous avons donné la description, entretenaient de belles rizières là où l'on ne trouve de nos jours le plus souvent que déserts arides. Les plantes sauvages ont, sur bien des points, reconquis le domaine que l'homme leur avait enlevé durant des siè-
cles, et cela par la négligence apportée à l'entretien des antiques travaux d irrigation ; j'ai vu le long de mon chemin plus d'un ancien étang desséché, plus d'un lang en ruine. Ici l'administration a beaucoup à faire1. Il en est de l'Inde comme de tous les pays tropicaux ; il n'y a de terrés stériles que celles que l'on ne peut arroser. L'eau y est, en efiet, le premier élément de fertilité. Les conditions de chaleur et de lumière sont si favorables à la végétation, que tout sol est à peu près propice à la culture.
Comme dans tous les pays, le genre de produits est approprié aux besoins des habitants. Le riz forme la base de l'alimentation générale : c'est aussi la principale culture. Disons donc quelques mots de la manière dont on cultive cette céréale. On divise les champs en un certain nombre de carrés "entourés chacun d'une bordure de terre en forme de bourrelet assez élevé pour retenir les eaux ; l'aspect général représente assez exac-
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tement un damier. Chacun des carrés est disposé de manière que son niveau soit différent et que l'eau puisse passer de l'un dans l'autre. On commence par inonder le champ pour bien détremper le sol ; puis on brise les mottes de terre, et on laisse pourrir les herbes et la paille de la dernière récolte. L'eau écoulée, on laboure avec des bœufs. La charrue est des plus primitives et consiste en un coutre sans bras terminé par une simple pointe de fer et fixé à un train reposant sur le joug. C'est Yârère antique sans oreille pour retourner la terre qui est seulement déchirée par le fer : aussi, dans ce sol fangeux où les bœufs enfoncent jusqu'aux genoux, ces animaux font-ils plus de besogne que la charrue. Cette opération terminée, on procède au nivellement du champ à l'aide d'une planche emmanchée d'un long bâton et puis on ensemence ; deux jours après on voit déjà paraître la verdure. Les trois premiers jours se passent sans arro-
jVoiiurc du payi tin Madras. — Dénia du Êmile Uayard d'après l'album photographique de m. Grandidier.
sage, puis on fait couler un petit filet d'eau, de deux jours l'un, jusqu'à ce que le riz ait trois feuilles. A partir de ce moment et durant un mois, on irrigue les rizières deux jours de suite, en ayant soin de laisser un intervalle d'égale durée sans renouveler l'eau ; après ce temps et jusqu'à complète maturité, on inonde le sol pendant dix jours consécutifs, et entre chaque période de dix jours on ne met que deux jours d'intervalle.
La quantité obtenue dépend de la fertilité du sol et de l'abondance de l'eau dont on dispose; ainsi, certains districts ne donnent qu'un très-faible rendement, tandis ipie d'autres produisent plus de cent fois la quantité de semence employée. Il est des espèces plus ou moins hâtives et qui demandent plus ou moins de temps pour arriver à maturité. L'époque des semailles