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diffère pour les diverses espèces ; ce sont toujours les meilleures terres et les mieux irriguées qui sont réservées à la culture du riz.

Condjeveram, située à quarante-cinq milles de Madras, est une ville célèbre dans l'Inde par ses temples dédiés à Çiva. Au moment de mon arrivée, il s'y tenait un meeting d'Indous présidé par le docteur anglais du district dans le but de fonder un dispensaire. Le rajah et les notables du lieu y assistaient. Ils exprimèrent leurs sentiments de reconnaissance pour cette entreprise philanthropique fondée sous la protection du gouvernement et dont l'unique but était le soulagement des souffrances de leurs compatriotes. On eut cependant une grande dilliculté à leur faire comprendre la nécessité d'une souscription publique et la base sur laquelle s'établissaient en Europe les institutions de

charité publique.

Il est curieux que dans l'Inde les associations n'aient

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pu encore réussir, quel qu'en ait été le but. Ainsi les travaux publics de quelque importance ne peuvent être faits dans l'Inde par entrepreneur , faute d'hommes qui veuillent réunir leurs capitaux, leur intelligence et leur industrie pour s'en occuper en commun. Gela vient de ce qu'un capitaliste place facilement son argent à vingt -quatre pour cent par an. Il trouve insuffisant un bénéfice de douze pour cent qu'il ne réaliserait qu'en conservant à sa charge les risques inhérents à toute affaire industrielle. De plus, malgré leur intelligence, les entrepreneurs indous reculent devant l'introduction des machines et outils, devenus des auxiliaires indispensables à l'ouvrier; ils se privent ainsi volontairement du seul moyen d'obtenir à bon marché un travail rapide et d'empêcher le renchérissement graduel de la main-d'œuvre.

Un Indou portera quarante livres de terre sur sa tête au lieu d'en traîner deux ou trois cents dans une

brouette ou trois à quatre mille dans un wagon; il tirera dix litres d'eau avec un grossier picottha au lieu de cent à l'aide d'une pompe. Il moulera cent briques à la main, au lieu d'en faire un millier avec une machine ; ce mode de procéder non-seulement exige plus de travailleurs, mais il nécessite encore plus de surveillants !

La population de Gondjeveram s'élève à soixante mille âmes environ et la ville couvre une grande étendue de terrain. Ses deux temples principaux sont à trois milles de distance l'un de l'autre. Les rues sont extrêmement larges, et à chaque pas on aperçoit de petites pagodes ayant la forme d'un parallélipipède , forme qu'affectent toutes celles de cette partie de l'Inde. Leur sanctuaire, carré, est surmonté d'un toit plat, ainsi que la colonnade qui lui sert d'entrée. Ces colonnes monolithes ont une base et un chapiteau quadrangulaires , tandis que le fût est à six ou huit

Entrée de la pagode de Condjeveram. — Dessin de E. Thérond d'après l'album photographique de M. Grandidier.

pans : les piédestaux sont ornés de bas-reliefs sculptés représentant des groupes orgiaques.

Quand j'allai visiter le grand temple, les brahmanes, prévenus par le tassildar, m'en firent les honneurs; à mi-route, je rencontrai la procession qui venait à ma rencontre avec tambour en tête ; les fifres à mon approche poussèrent leurs sons aigus, et sixbayadères, attachées au service du dieu, se mirent à danser au son des instruments et de deux petites paires de cymbales, semblables aux saganètes égyptiennes ou castagnettes espagnoles, qu'elles tenaient au bout des doigts. Le costume de ces femmes se composait d'une petite jaquette de velours, d'un pantalon étroit serrant la cheville qu'entouraient plusieurs rangs de grelots ; une gaze de couleur tombant en sautoir tout le long de leur corps, sur lequel elle se modelait, avait une de ses extrémités rejetée en écharpe sur la poitrine. La ceinture est toujours à nu. En avant du cor-

tège, marchait un bel éléphant qui appartenait à la pagode, puis s'avançait sur un cheval un homme qui jouait du tam-tam, précédant la musique et les danseuses. Derrière moi, se tenait la foule des brahmanes qui m'avaient déjà entouré le cou d'une guirlande de fleurs jaunes.

La pagode a un mur d'enceinte et on y pénètre par deux portes, gopurams ou gombroons, à huit étages et qui ne sont décorées d'aucune sculpture, à l'exception des deux statues placées de chaque côté des diverses ouvertures centrales. Cette première enceinte, que peuvent franchir les profanes, en contient une seconde où les gens de caste seuls ont la permission d'entrer. Le sanctuaire, qui est spacieux, est précédé d'une colonnade sous laquelle je m'assis pour admirer les bijoux et les étoffes précieuses qui servent dans les grandes fêtes à orner l'idole et dont la valeur dépasse cinq laks de roupies, soit un million deux cent cin-

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quante mille iraucs. Diamants, émeraudes1 rubis, saphirs, perles s'unissent pour former des mitres, des colliers, des bracelets, des babouches, des diadèmes pour le dieu et la déesse. De toutes ces pierres dont quelques-unes sont de grande dimension et ont une valeur considérable, aucune n'est taillée, ce sont des cabochons pleins de pailles ou défauts pour la plupart. Ces bijoux sont montés sans goût, et les pierres sont assemblées sans aucun souci de leur couleur, de leur forme et de leur valeur. Quelques-uns de ces ornements ont été donnés par des collecteurs en tournée qui voulaient, par calcul de bonne politique, se concilier la classe d'Indous adorateurs de Çiva. Une de ces parures a même été offerte par un ancien gouverneur général, lord Clive.

On avait tiré de leur retraite, à mon intention, les idoles secondaires, telles que Hanouman, le dieu-singe, et Garouda, le dieu-épervier, qui sert de monture à Vichnou; le cheval et les divers monstres sur lesquels on place l'idole les jours de fête sont tous dorés et plus grands que nature. Je citerai encore parmi toutes ces richesses un beau palanquin également doré d'une valeur de soixante-quinze mille francs.

Ce ne sont point là des œuvres d'art, et le seul intérêt que présentent ces objets consiste dans la prétendue sainteté qui leur attire les hommages des fidèles, et dans leur valeur intrinsèque.

Devant la porte d'entrée du sanctuaire, s'élève un petit mandapam ou dais supporté par quatre colonnes que surmonte un toit pyramidal, avec des chaînes monolithes aux quatre coins. A gauche de l'entrée, une estrade rectangulaire, couverte par un toit plat, est supportée par douze rangées de huit colonnes; toutes celles de l'extérieur sont sculptées en ronde-bosse. Une chaîne monolithe pend, au-dessus du pilier du coin, pilier monolithe lui-même d'où semblent s'élancer trois chevaux. Le dieu est exposé une fois par mois sous ce mandapam à l'adoration des dévots. Derrière ce portique de quatre-vingt-seize colonnes se trouve l'étang sacré où les fidèles font leurs ablutions et au milieu duquel s'élève un autre petit mandapam, où l'on dépose en certaines occasions la divinité du lieu.

A droite, on remarque un sanctuaire également précédé d'une colonnade chargée de sculptures et de symboles, tels que les cultes orgiaques peuvent seuls en admettre.

Tous les vendredis, l'idole est portée en cérémonie dans un jardin qui dépend de la pagode, mais c'est en mai qu'a lieu la fête principale. Une foule de singes placés sous la protection de Çiva errent dans l'enceinte sacrée ; malheur à ceux qui oseraient s'attaquer à ces fétiches vivants ! les dévots indous leur feraient un mauvais parti.

Cette pagode, malgré sa réputation, ne peut être regardée, bien qu'on ait souvent émis une opinion contraire, comme une des plus belles de l'Inde. Sans chercher à la comparer aux grands temples de Tan-

jore, de Madoura, il en est une foule d'autres dans le sud de l'Inde qui par leur grandeur et le travail de leurs gopurams présentent plus d'intérêt.

Avant de quitter l'enceinte sacrée, les brahmanes m'offrirent de visiter l'école de sanscrit qui s'y trouve renfermée. Comme je me suis occupé de cette langue, j'acceptai avec joie leur proposition.

La connaissance de la grammaire sanscrite est une des sciences les plus estimées chez les ïndous. Par sa structure complexe et variée , elle ouvre en effet un ample champ aux discussions, et si les spéculations toutes théoriques des savants grammairiens ne sont pas toujours d'une grande utilité, elles sont néanmoins remarquables par leurs méthodes ingénieuses. Dans toute la terre de l'Inde, pour mériter l'estime et la confiance d'un savant, il faut posséder la philosophie et la grammaire de la manière dont il la possède lui-même et être versé dans la dialectique qu'il aime par-dessus tout.

Les élèves indous mettent de nombreuses années à apprendre les éléments de la vieille langue sacrée, et encore le plus souvent, au sortir de l'école, ne connaissent-ils que de mémoire des fragments des Pouranas et la grammaire si parfaite et si concise de Panini; mais ils sont presque toujours incapables de traduire, à livre ouvert, un ouvrage quelconque. Il est même beaucoup de brahmanes dont la seule science consiste à répéter chaque jour devant les fidèles des prières sanscrites qu'ils ne comprennent ni ne cherchent à comprendre.

C'est dans l'étude de la métaphysique et de la grammaire que la plupart des savants passent leur existence ; ils ont fait quelques progrès dans certaines sciences, mais ils en sont toujours restés aux premiers éléments. La géométrie ne leur servait qu'à mesurer les terres irrigables ; en astronomie, ils ont su de temps immémorial calculer les éclipses; ils ont dès les âges les plus reculés divisé l'année en douze mois ou trois cent soixante-cinq jours plus une fraction, et la semaine en sept jours dénommés d'après les planètes. Ils avaient partagé les douze signes du zodiaque en trente degrés chacun. Toutefois, malgré les connaissances étendues que supposent ces découvertes, ils n'ont jamais été au delà, et leur astronomie est encore aujourd'hui tout empirique, ne reposant sur aucune loi générale; elle ne servait guère par le fait que comme auxiliaire de l'astrologie, et jamais à un usage pratique utile, si ce n'est à la computation du temps.

Us étaient bien arrivés aussi à jouir de certains avantages que l'homme peut retirer des propriétés des corps ou des lois de la nature ; ainsi ils savaient extraire le camphre et les huiles aromatiques, ils connaissaient d'excellents procédés de teinture, et pratiquaient la distillation; ils préparaient le minium et l'acier, ils faisaient des alliages divers, entre autres le bronze ; ils employaient le sable quartzeux blanc qu'on trouve dans beaucoup de parties de l'Inde, à la I fabrication du verre ; ils utilisaient des huiles , des

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poudres, des sels métalliques pour la pharmacie; mais l'étude des causes dus phénomènes naturels ne fit jamais de progrès chez eux. On ne peut nier cependant que cette étude ne soit d'une grande utilité pratique pour l'avancement des arts nécessaires à l'homme et qu'elle n'élève l'intelligence, tant en conduisant à la découverte de l'harmonie générale du glohe, qu'en détruisant surtout les superstitions fondées sur l'ignorance. L'esprit subtil des Indiens s'attache trop aux détails pour chercher à remonter aux causes ou à généraliser les faits.

L'histoire naturelle était, ainsi que les autres sciences , tout expérimentale et dans un état peu avancé ; les Indiens qui s'adonnaient à la médecine connaissaient à fond, il est vrai, avant l'ère chrétienne, les plantes, leurs diverses parties ainsi que leurs usages apparents, ils possédaient même dès la plus haute antiquité un système de classification qu'il nous paraît intéressant de reproduire ici.

Les deux grandes divisions sont le règne vivant ou animal et le règne inerte ou minéral. Le premier se subdivise en êtres vivipares, êtres ovipares, et êtres engendrés par la chaleur et l'humidité, tels que les vers, les mouches, etc., et en êtres germinipares, tels que les plantes.

Les êtres vivipares comprennent les quadrupèdes qui vivent: I" dans les montagnes; 2" dans les plaines boisées; 3° dans les champs cultivés; 4° dans les déserts de sable ; 5" dans les arbres ; et les oiseaux qui habitent : 1" les montagnes; 2" les plaines boisées ; 3° les champs cultivés ; 4" les déserts ; et 5° la mer.

Les poissons de mer et ceux de rivière forment deux classes séparées.

La classe des germinipares, comprend naturellement les végétaux. On distingue: 1" les plantes qui ne produisent pas de fruit; 2" celles qui meurent après avoir porté des fruits une seule fois; 3° celles qui portent des fruits sans fleurs ; 4° celles qui portent des fruits provenant de fleurs; b" les herbes, légumes, plantes grimpantes, plantes à racines comestibles, et les mousses; 6" enfin les arbres mâles, les arbres femelles et les arbres hermaphrodites. Le sexe se reconnaît non à la fleur, mais à la tige : le mâle a le cœur plus dur que l'aubier ; dans la femelle, c'est le contraire qui a lieu, et l'hermaphrodite est celui dont le bois a une texture spongieuse.

Sans avoir la prétention de rn'étendre davantage sur ce sujet aussi aride, il m'a paru qu'il y avait quelque intérêt ;t donner une idée générale de l'état dans lequel les sciences sont restées en Orient durant des siècles.

Au sortir de la pagode de Condjeveram, après avoir traversé la grande rue bordée de maisons basses dont l'apparence ne dénote pas de grandes richesses i lie/, les habitants de cette ville, j'arrivai bientôt à un petit temple < 1 1 1 1 est particulièrement sacré pour le.* Axadhyas, secte des Jangama ou Lingadharis. 1 es Jongams portent constamment pendue au cou ou liée

au bras une idole, petite sphère creuse en métal dans laquelle est renfermé un symbole en miniature de Çiva dont ils ont des adorateurs non brahmaniques. Ils sont très-répandus dans le sud de l'Inde et surtout dans la présidence de Madras, où j'en ai rencontré presque à chaque pas. Leur croyance a été, d'après eux, fondée par Basawa, brahmane çivaïte, que ses sectateurs considèrent comme un avatar ou incarnation de Çiva. La tradition rapporte qu'étant enfant, ce Basawa refusa de porter le cordon brahmanique à cause des rites d'initiation qui comprennent l'adoration du soleil. Ayant comparé les doctrines brahmaniques et jaïnes et les trouvant souillées d'idolâtrie, il prêcha qu'on ne devait adorer qu'un seul dieu , Çiva, dont l'image, le Lingam , est la plus ancienne idole connue de l'Inde. Les brahmanes ont ajouté au culte du lingam une foule d'infamies inconnues aux Jangams, qui regardent cette idole comme une simple relique.

Le nom de Jangam 1 , qui désigne les sectateurs de cette religion, leur vient de ce qu'ils ont toujours sur eux un Jangama ou amulette, symbole de Çiva.

Les. brahmanes adorent aujourd'hui un nombre infini de dieux, de déesses, d'animaux, tels que vaches, faucons, singes, rats, serpents. Les Jangams, comme leur prophète, ne reconnaissent qu'une seule divinité. Les premiers jeûnent, font pénitence, entreprennent des pèlerinages, célèbrent des fêtes, se servent de chapelets et d'eau sainte. Basawa renonça à toutes ces pratiques; il repoussa les doctrines des Castras qui, mettant les brahmanes au-dessus de tous les autres hommes, placent les femmes dans un rang très-inférieur à l'autre sexe et font des parias des êtres maudits ici-bas comme dans les autres vies. Il enseigne, au contraire, que tout homme est égal par la naissance ; il met la femme à son véritable rang, et en parle en des termes respectueux, qui par leur délicatesse contrastent avec les appréciations grossières des livres brahmaniques. Par leur conduite vis-à-vis de leurs femmes, les Jangams se distinguent de tous les autres Indous.

Le mariage chez les Jangams se contracte, du reste, comme dans les autres sectes. On lit des prières, et on attache au cou de la fiancée le fali ou morceau d'or traditionnel. Il est beaucoup de sous-castes parmi eux pour lesquelles il n'est point indispensable île fiancer les époux dans la première enfance.

La pohgamie est permise, lorsque la première femme est stérile ; encore n'est-ce qu'avec son consentement que peuvent avoir lieu les secondes noces.

Le mariage, qui est de rigueur chez les brahmanes, est facultatif chez les Jangams : les veuves sont traitées avec respect ; on ne leur rase pas la tète, et il leur est permis même de se remarier, tandis que tous les autres Indous les excluent de la société. Chez les Jangams cependant, comme dans les autres sectes, une

I. Praucniip des ilétiils suh.nils, relatifs a celle série pou rmiiiuu, sont lires d'un lra\ ail public daiM les Asialic Ucscarchrs.

veuve doit s'abstenir de porter une jaquette, de se parfumer et d'orner ses bras d'anneaux de métal ou de verre, ses orteils de bagues d'argent, sa figure de bijoux, signes caractéristiques de la femme mariée.

Une femme pieuse est aussi propre à donner l'instruction qu'un homme lui-même.

Les Jangams rendent le salut aux femmes ; l'inconduite notoire peut seule enlever à celles-ci tout titre à un traitement honorable.

A l'exception des Aradhyas, ils se disent exempts des préjugés de caste, et ils mangent avec tous ceux

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qui consentent à appeler avec eux sur leur nourriture la bénédiction de Basawa.

A moins d'un vœu spécial, ils mangent de la viande, excepté toutefois celle du bœuf, et il leur est permis de boire du vin. Une fois la nourriture bénie au nom de leur prophète, ce qui est chez eux le préliminaire obligé de tout repas, ils sont forcés de tout consommer quoi qu'il arrive. Ce dîner s'appelle Çivapoudja ou l'adoration de Çiva, parce que, suivant eux, manger et boire pour se conserver en bonne santé est une partie essentielle du culte que tout homme doit à la

Mosquée de Triplican, près Madras. — Dessin de E. Thérond d'après l'album photographique de M. Grandidier.

divinité. Les trois mots consacrés que prononcent certains Jangams : Gourou, Lingam, Jangam, résument les croyances de la secte. Tout honneur est dû au prêtre, à l'image du dieu et au frère dans la foi.

Us se traitent tous de frères, sauf les Aradhyas qui sont en horreur aux autres sectes, parce qu'ils ont conservé quelques-uns des rites brahmaniques.

Quand un Jangam perd accidentellement sa relique, il perd momentanément sa caste; mais loin d'imiter la barbarie des brahmanes qui, semblables aux bêtes fau-

ves, sont toujours prêts à poursuivre de leurs clameurs et de leurs anathèmes le membre blessé ou souillé de leur troupeau, les Jangams le prennent en pitié, jeûnent et prient avec lui jusqu'à ce que l'image égarée tombe dans sa main, venant du Ciel comme urte abeille, suivant leur propre expression. Ce miracle est, dit-on, fréquent pour ceux qui ont une foi sincère et une imagination vive.

Alfred Grandidier.

Mauabalipour, pagode sur un ecueil. — Dessin de A. de Bar d'après l'album photographique de M. Graudidier.

PAR M. ALFRED GRANDIDIER '

De Condjeveram â Mah

A huit milles de Condjeveram, en me dirigeant vers la mer, je traversai Wallalijabad. On y arrive par une belle avenue de cocotiers, dont les troncs étaient encore couverts, l<jrs de mon passage, de raies concentriques, alternativement blanches et rouges; ces lignes coloriées ornent les arbres el le lisant des maisons à la fête du Pangoul. Les roues des chariots et les cornes des bœufs sont aussi, à la même occasion, déçoives de ces deux couleurs chères aux Indiens.

La fête du Pangoul, chez les Indous, correspond à notre jour de l'an. Toute la population revêt, en cette occasion, des costumes neufs, porte des Heurs jaunes sur la tête et autour du cou, et se marque le front d'un trait rouge; de grandes réjouissances ont lieu dans toutes les familles, et la nourriture se cuit dans des marmites neuves. Le Pangoul a lieu vers le milieu de janvier.

Je ne m'arrêtai à Wallalijabad que le temps nécessaire pour relayer les zébus attelés à mon chariot, et

I Suite. — Voy. pages 1, 17. 31 et 49.

lalipour et à Pondichéry.

je partis pour Chingleputt, qui en est éloigné de quatorze milles. Je venais d acheter, pour quelque monnaie, un régime de bananes dont je lis mon déjeuner. Ces régimes, dont le poids suffit à la charge d'un homme, contiennent sous l'enveloppe dorée de leurs fruits les principes les plus nutritifs combinés avec les plus délicats parfums. Ce mets, aussi sain que le pain, a l'avantage d'être aussi succulent que la crème.

La plante qui produit un fruit si savoureux et si utile a été regardée par quelques auteurs comme l'arbro de vie du paradis terrestre dont nous parlent les Ecritures. Ces auteurs pensent que l'axe du régime, qui se termine toujours en un cône violet sur lequel se détachent des stigmates jaunes semblables à autant d'yeux vigilants, a bien pu apparaître à l'imagination d'Eve coupable comme un serpent tentateur la poussant à cueillir le fruit défendu.

Ainsi dans chaque contrée on a cherché à identifier avec les arbres fruitiers les plus estimés cet arbre de vie, qui jusqu'à présent n'a pas trouvé place dans les systèmes de Linné et de Jussieu.

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Cette plante, dont la culture est si facile , qui croît si rapidement et qui se couvre d'une si grande abondance de fruits délicieux, est en outre un des plus beaux ornements des paysages tropicaux par son feuillage d'un vert tendre et son port gracieux.

A Ghingleputt on célébrait, à mon arrivée, un mariage suivant tous les rites indous. Nous avons déjà vu que dans l'Inde les femmes devaient être mariées avant le terme naturel de l'enfance. Quant aux hommes de caste, ils peuvent se marier à toute époque de leur vie, à partir de l'investiture du cordon sacré, qui a lieu toujours vers l'âge de huit ans.

Il y a plusieurs sortes de mariages; mais les brahmanes n'en observent guère qu'une seule. Les principales cérémonies chez eux consistent à consulter l'astrologue, qui écrit les noms des fiancés et fixe le jour et l'heure de la noce.

La cérémonie, nommée saptapadi, est celle qui rend l'union indissoluble. On fait trois fois le tour d'un feu allumé sur un petit autel, en comptant chaque fois sept pas, puis, après avoir cousu ensemble les vêtements des fiancés, on présente quelques offrandes.

Chaque caste a ses mois et ses conjonctions de planètes propices à la célébration des mariages.

La maison, où s'accomplissait la cérémonie, avait été lavée avec soin et peinte à neuf ; un arc de bambou orné de feuillages verts, de palmes et de fleurs était élevé devant la porte. Tous les assistants avaient des vêtements de coton d'une couleur brunâtre.

« Pourquoi, dans une semblable solennité, demandai-je à l'un des invités, ne portez-vous pas, comme d'ordinaire, vos vêtements blancs, si gracieux et si beaux? — C'est, me répondit-il, que ces étoffes sont neuves pour faire honneur aux mariés. Si, au lieu de la teinte grise de la toile écrue, nos vêtements avaient la blancheur que donne le lessivage, comment saurait-on qu'ils sont neufs? » De vieilles matrones chantaient de leur voix criarde : « Puissent, les nouveaux époux être unis comme Rama et Sita ! » Rama est le Dieu populaire du Deccan ; les hommes aiment à porter son nom ; c'est à lui qu'est dédié le petit temple des villages, orné invariablement de trois bas -reliefs, l'un représentant Rama, l'autre sa tendre et chaste épouse Sita, et le troisième son frère Lakchmana ; ce sont ses combats , plus célèbres dans l'Inde que n'est parmi nous la guerre de Troie, que chantent et colportent les bardes indous.

Le brahmanisme moderne a fait de Rama une incarnation de Vichnou.

L'histoire est autorisée à voir en lui le héros victorieux de la lutte suprême que les Aryans, maîtres du bassin du Gange, eurent à soutenir, à une époque non encore déterminée, et de concert avec les populations plus anciennement établies dans le Concan et dans l'Orissa, contre les aborigènes de l'Inde méridionale, noirs anthropophages aux habitudes pillardes et sanguinaires, dont le centre de puissance était déjà refoulé dans Ceylan.

Les légendes populaires, qui rappellent aujourd'hui

ces données héroïques, semblent, au style et à la langue près, différer peu des traditions suivies par les anciens rapsodes dont les chants sont entrés, comme base ou comme matériaux, dans le Ramayana, cette belle épopée sanscrite. On peut en juger par la version suivante qu'on m'a traduite d'un dialecte tamoul et que .j'ai transcrite de mon mieux, ne la croyant pas hors de place dans ce récit.

Rama, fils de Daçaratha, roi d'Ayodhia1 et héritier désigné du trône, en fut subitement écarté par les menées astucieuses d'une des quatre épouses de son père. Obligé de céder ses droits à un de ses frères, il se retira dans les solitudes qui formaient alors le centre de l'Inde, suivi de Sita, sa jeune et belle épouse, et de son frère Lakchmana. — Celui-ci, chasseur bouillant, guerrier indomptable, ayant, dans une rencontre avec une troupe d'ogres cannibales, blessé et mutilé la sœur de Ravana, roi des Rakchasas, ce monarque, géant colossal, doué de dix têtes et de vingt bras et changeant de forme à son gré, vengea l'injure de sa sœur par l'enlèvement de Sita, qu'il transporta inaperçue de tout œil mortel, dans les murs de Lanka, sa capitale, au centre de Ceylan. Rama, désespéré, chercha longtemps vainement les traces de sa bien-aimée à travers les monts et les forêts. Il rencontra enfin Sougriva, le roi des singes2, qui lui offrit son aide et son alliance contre leurs ennemis communs, les Rakchasas.

Hanouman, le général de l'armée des singes, doué d'une agilité héréditaire (il avait pour père le Rorée indou), alla chercher des nouvelles de Sita dans le pays même de l'ennemi. L'entreprise était difficile: il y avait un bras de mer à traverser ; mais Hanouman, marchant sur la surface des flots, parvint à Lanka et, après de minutieuses recherches, finit par découvrir la princesse, plongée dans la plus profonde affliction, arrosant la terre de ses larmes , ne cessant d'appeler le secours de son cher mari Rama, et ne répondant que par des imprécations aux soins respectueux dont l'entourait Ravana. Hanouman rapporta ces nouvelles. Chargé par Rama de construire une digue sur la mer pour frayer un passage à son armée, il déracina arbres et rochers, et portant chaque fois autant de pierres qu'il avait de poils sur le corps (et il en avait autant qu'il convient à un singe de race) , il eut bientôt achevé sa besogne.

L'armée des singes, renforcée d'une troupe innombrable d'ours, traversa enfin le détroit, et envahit l'île soumise à la puissance de Ravana. La lutte fut terrible et acharnée; mais, après de nombreuses alternatives de succès et de revers, Ravana perdit la vie dans un combat sanglant. Rama, ayant enfin délivré sa jeune et belle épouse, la ramena en triomphe à Ayodhia3.

1. Les ruines d'Ayodhia, aujourd'hui Aoude, se voient encore sur les bords de la Gogra, à une trentaine de lieues de Luknow, chef-lieu de TAoude actuel.

2. Cette appellation (vanara en sanscrit), comme celle de mletkas et de varvaras (barbares), est évidemment dans les vieux poètes aryans le simple résultat de leur orgueil de race, vis-à-vis des peuples étrangers.

3. Le retour triomphal du héros, dans sa capitale, clôt le Ra-

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Peu après sa victoire et son retour, il se promenait une nuit loin de son palais ; tout à coup il entend un ouvrier qui se querellait avec sa femme. Cet ouvrier soupçonnait la fidélité de sa compagne et avait résolu de la chasser de la maison. « Je ne suis pas, criait-il, homme à garder, comme le fait Rama, une femme qui a appartenu à un autre. » Ces paroles soulevèrent dans son âme une grande indignation. Sur-le-champ il fit appeler son frère, et lui ordonna de conduire Sita dans la forêt et de la tuer. Mais la princesse était enceinte, et Lakchmana, tout soldat qu'il était, n'osa exécuter sa consigne; il ahandonna sa belle-sœur, se contentant de tremper le fer de sa ilèche dans le suc rouge d'un arbre du pays.

Sita donna naissance à deux fils. Plus tard Rama, voulant faire le sacrifice solennel du cheval1, mit, suivant l'usage, en liberté l'animal qui devait servir de victime. Le cheval vint à l'endroit où vivaient ces enfants, qui le capturèrent. L'armée des singes, envoyée pour le reprendre, et Rama lui-même, furent vaincus et taillés eD pièces. Un saint ermite, apprenant tous ces événements, prononça les prières qui rendent la vie aux morts, et les ressuscita tous. Rama rappela alors sa femme auprès de lui afin d'accomplir le sacrifice, mais il ne la reçut sous son toit qu'après lui avoir fait subir l'épreuve du feu. Encore ses accès de jalousie troublaient-ils continuellement leur bonheur. Sita, dans son désespoir, pria la terre de s'entr'ouvrir sous ses pieds, en témoignage de son innocence.. La terre s'entr'ouvrit, et la douce et pure Sita disparut. Quant à Raraa, rongé de chagrins, il vécut dès lors dans la solitude et la pénitence.

Le pays au sud de Chingleputt est aride et peu cultivé. Ici encore les étangs , les canaux que les anciennes générations avaient pris soin d'établir à grands frais pour irriguer la campagne et y porter la fécondité, ont disparu ou n'ont laissé que des vestiges prouvant l'insouciance des générations modernes. Enervé par la chaleur du climat et ne trouvant pas dans des besoins réels un stimulant à l'activité et à la poursuite de la richesse, l'habitant de ces contrées vit au jour le jour, insoucieux du présent comme de l'avenir. Cette nonchalance n'est pas un fait particulier à l'Inde, les mêmes tendances et les mêmes résultats se rencontrent partout dans les climats brûlants des tropiques

Dans nos contrées, il suffit de ne point porter at-

mayana «le Valmiki, tel qu'il a été transmis à nos jours par les pandits fie la vallée du Gange. Le chant Ultara (IT< la rai; a nia) auquel se réfère la fin de la légende transcrite par notre voyageur, ni» été rattaché que très-tardivement à la grande épopée. Sa postérlorité par rapport aux six chants authentiques du poème se t râlât par l'infériorité du style et de la langue, et la modernisation évidente des idées et des dogmes.

1. Le sacrifice d'un cheval (atramrdha) a été institué, dès la plus haute antiquité védique, par les pr.'tres d'Indra, alors premier dieu de l'Olympe nry.m, pour remplacer les sacrifices humains, nnaihématisi s par eux. Voir à ce sujet la légende de Çunacép.i dans le premier chant (Ayodhyakanda) du Hamanaya, cl, mieux encore, dans l'Aitaréya-Brflhmana et dans les ÇAnkhlyana Bfltru, dont la version nous parait la plus antique. F. de L.

teinte à l'agriculture par des entraves nuisibles pour qu'elle se développe utilement ; l'intervention de l'autorité supérieure serait, au contraire, très-efficace dans ces climats où une chaleur accablante énerve les habitants et où le manque de besoins impérieux sollicite l'homme à la vie contemplative bien plus qu'à un travail destiné à faire face à des nécessités qui n'existent que dans nos régions brumeuses et glacées du Nord. Il ne faut donc point compter sur l'initiative privée pour réaliser ces progrès ; les chefs seuls ont entre les mains les moyens de favoriser l'agriculture en prenant les mesures nécessaires à son développement : mais il faut reconnaître que ce système est contraire aux habitudes anglaises. Chacun sait cpie le gouvernement de l'Angleterre répugne à toute immixtion dans les opérations commerciales et agricoles et abandonne tout à l'industrie privée ; ce système, quand il n'est pas poussé à outrance, est préférable à ce qui se pratique en France.

Mais si d'un côté il y a trop de retenue, n'y a-t-il pas de l'autre trop de laisser-aller ?N'avons-nous pas vu, dans la dernière famine qui a ravagé cruellement certaines parties de l'Inde, des agents anglais qui, pour ne pas violer le principe de l'abstention dans les affaires privées, refusèrent de permettre l'importation des grains sur les navires de l'Etat, aggravant ainsi les souffrances des populations plutôt que de violer un principe commercial?

Partout où le pays est peu cultivé, dans le Deccan, on rencontre des bois de lataniers. Ce palmier, dont le fruit , sans être exquis , est recherché des enfants , fournit une boisson, le toddey, du sucre ou jaghery et une liqueur alcoolique connue sous le nom d'arrack. Ces produits sont tirés des fleurs, lorsqu'elles sont à l'état rudimentaire. C'est vers les mois de novembre et de décembre que commence l'inflorescence et que par conséquent l'on extrait la séve nommée toddey avec laquelle s'obtient l'arrack et le sucre. Voici le mode employé par les indigènes pour recueillir ce liquide : Après s'être lié solidement les jambes à la hauteur des chevilles et avoir entouré l'arbre d'une forte courroie, assez large pour y passer facilement le corps, l'Indou grimpe au latanier en s'arc-boutant avec la courroie contre le tronc, pendant qu'il élève ses pieds, puis, serrant le palmier avec la plante des pieds à l'instar du singe, il élève la courroie, s'arc-boute de nouveau et continue ainsi jusqu'au sommet de l'arbre. Il presse alors fortement la base de l'axe floral pour en arrêter le développement , froisse les fleurs avec les doigts et coupe, afin de faciliter l'écoulement du suc, le bout des axes secondaires sur lesquels ces fleurs se trouvent comme incrustées. Quand, vers le neuvième jour, le suc commence à couler, on introduit l'extrémité du spadix dans un vase de terre dont, matin et soir, on recueille le contenu. Cet écoulement dure de trois à quatre mois et produit par jour de deux à trois litres de liquide. Tous les trois ans, on laisse le latanier se reposer et porter des fruits, sans quoi, dit-on, l'arbre

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périrait. Pour obtenir le jaghery ou sucre, on ajoute à ce suc un peu de chaux, et, au moyen de l'ébullition, on lui donne la consistance d'un sirop ; on le verse ensuite dans de petits paniers faits de feuilles de palmier. En refroidissant, il se cristallise partiellement et four-

Mahabalipour : Détails d'entrée des temples souterrains. — Dessin

l'arbre mâle n'est guère que le tiers de celle produite par l'arbre femelle.

De Ghingleputt à Sadras, on compte vingt milles, et

Mahabalipour : Détails d'entrée des temples souterrains. — Dessin

Hill et appelé Tricallikounrou par les indigènes. On remarque en ce lieu un temple bâti au pied d'une colline. La planche ci-contre peut donner une idée de la distribution générale des temples de l'Inde. Eagle's-Hill n'est qu'un pauvre petit village ; sa po

nit un sucre d'une couleur brun foncé. Trois litres de toddey produisent environ un litre de jaghery d'une valeur moyenne de trente-cinq centimes.

L'arrack se prépare avec le toddey fermenté et soumis à la distillation ; la quantité de suc produite par

de A. de Bar d:après l'album photographique de M. Grandidier.

le temps nécessaire à ce parcours est assez long, à raison du mauvais état de la route. On traverse en chemin un village connu des Anglais sous le nom d'Eagle's-

de A. de Bar d'après l'album photographique de M. Grandidier.

pulation est peu nombreuse et bien misérable, et le temple qui en dépend n'est qu'un des moindres spécimens de ce genre de monument. Il suffira de jeter les yeux sur cette pagode, représentée à vol d'oiseau, pour comprendre de quel étonnement, de quelle admiration,

doit être saisi le voyageur dans ses pérégrinations à travers la presqu'île de l'Inde, dont la réputation monumentale est à juste titre universelle. Quatre grandes portes donnent accès dans une première enceinte dont les murs ont, comme dans tous les temples indous, une direction nord et sud, est et ouest ; on y voit des colonnades et des portiques. Par une porte de moindre dimension, on pénètre dans la seconde enceinte, qui renferme le sanctuaire principal, le saint des saints, et quelques temples de dieux secondaires. Gomme dans toutes les petites pagodes, l'étang des ablutions est situé en dehors des murs, dans le village même.

Le district de Sadras est riant et bien cultivé ; il produit une grande quantité de riz.

Un canal d'eau salée conduit de Sadras à Madras, en longeant la côte : c'est le moyen de transport que je préférai pour me rendre à Mahabalipour (littéralement la cité du grand Bali), connue aussi sous le nom des Sept-Pagodes , et située à sept milles au nord de Sadras.

Là, sur une plage sablonneuse et déserte, lavée par les vagues aux jours de la mousson , existent nombre de petits temples et d'excavations qui méritent d'attirer l'attention du voyageur. La plupart de ces monuments paraissent avoir été consacrés à Vicfmou, dont le culte était très-répandu jadis sur la côte de Goromandel.

Après avoir traversé un bois de lataniers, on arrive à un massif granitique qui s'élève, comme une île, au centre de ces plaines sablonneuses. Le versant occidental offre d'abord une grotte devant laquelle se dresse un portique composé d'une double rangée de quatre colonnes : les quatre premières, à fût octogone, ont une base et un sommet cubiques, tandis que les autres sont polygones avec des chapiteaux en forme de champignon. Dans le fond étaient placés cinq sanctuaires renfermant jadis des Lingams ; il ne reste plus que la cuvette de pierre qui contenait l'idole. Les portes de ces sanctuaires sont flanquées de chaque côté d'une statue de quatre pieds de hauteur, que rien ne recommande à l'admiration du public. Le tout est creusé dans le roc vif. La frise extérieure est ornée de ces clochetons, caractéristiques des temples de ce lieu, qui reproduisent, comme l'a fort bien fait remarquer M. Fergusson, les cellules des monastères où les moines bouddhistes passaient leur existence. A gauche de ce temple, et sur un emplacement voisin, on en voit un second dont les sculptures inachevées portent encore la trace des coups de ciseau des ouvriers. Je mentionnerai également l'existence d'une autre petite grotte dont la façade est décorée de deux colonnes à base et à chapiteau cubiques et à fût octogone, et dont l'entrée du sanctuaire est ornée de deux statues grossièrement sculptées. A quelques pas de là, sont pratiquées, dans le roc, trois niches , occupées chacune par des statues informes ; au fond de ces niches est sculpté un dieu armé de quatre bras, dont les attributs ne sont pas reconnaissables, et au-dessous duquel volent deux nains dont les corps trapus, les jambes torses et les

tètes hideuses forment un ensemble difforme qui ne diffère nullement de ceux qui figurent dans tous les monuments bouddhistes de Geylan ; ils représentent les yakças ou démons. Au-dessous, deux hommes agenouillés se tiennent dans l'attitude de la prière. Toutes ces sculptures manquent de grâce et d'expression.

En contournant la colline du côté du nord, deux singes, dont l'un est occupé à gratter la tête de son cama rade, excitent la curiosité par la bizarrerie de leur pose, quoique à demi cachés par deux jeunes palmiers. On arrive ensuite à un autre petit temple également taillé dans le roc, qui est du même style que les trois précédents. Une statue de Ganesa occupe aujourd'hui la salle intérieure. J'hésite, en raison du peu d'intérêt qu'elles présentent, à signaler les ruines d'une pagode voisine bâtie en briques : la grande enceinte est précédée d'un petit mandapam supporté par quatre colonnes monolithes. Le gopuram ou porte d'entrée ne paraît pas avoir jamais été terminé. Derrière l'enceinte se dressent deux rochers d'un mètre et demi de haut et couverts de bas-reliefs ; les éléphants qui y sont représentés sont pleins de vie et de naturel. Les sculptures n'ont point la raideur propre à ces sortes de bas-reliefs, et il y a une certaine expression dans quelques-unes des têtes. Sur la première de ces roches sont figurés des êtres à pieds ongulés ; sur la seconde, un des personnages aies bras levés en l'air et les côtes apparentes, comme celles d'un squelette. Entre les deux roches, est une statue de femme à queue de serpent ; sur sa tête, s'épanouit une cobra capella.

Je visitai ensuite d'autres grottes remarquables, dont les gravures donnent une idée.

L'une d'elles repose sur une triple rangée de quatre colonnes ayant des lions pour piédestal. Dans le fond, un bas-relief représente un trait de la vie de Krichna : ce dieu, de stature colossale, soutient de la main gauche la voûte du temple ; de tous côtés sont figurés des zébus ; l'un, à droite, est couché dans une pose fort naturelle ; un autre, plus loin, lèche une génisse pendant qu'un homme est occupé à la traire ; ce sont de beaux bas-reliefs. Sur la paroi de gauche sont sculptés des monstres, parmi lesquels on remarque un lion à tête humaine. Les animaux surtout méritent de fixer l'attention d'un artiste.

Du côté de la mer est une grotte sans importance par elle-même, mais qui est surmontée par un petit temple dont les murs conservent encore quelques traces de sculptures.

Plus vers le sud apparaît une grande roche couverte de bas-reliefs à peine ébauchés dont les figures mesurent de trois à quatre pieds. A gauche est représentée une femme dans une position indécente ; un dieu à quatre bras surpasse ses compagnons par la hauteur de sa taille, à l'exception toutefois de l'un d'eux qui croise ses bras au-dessus de sa tête et qui est presque d'égale grandeur. En montant au petit temple qui est perché sur le point culminant de la colline, on passe devant une grotte qui contient divers bas-reliefs intéres-

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sants ; sur la paroi de gauche, on distingue un lit, soutenu par trois hommes à genoux, dans lequel Vichnou est couché, la main droite pendante et la tête surmontée par la gorge gonllée d'un énorme naja ; au-dessus du dieu planent deux esprits célestes dont l'un ressemble à un nain trapu et bouffi et dont l'autre a les formes élancées et gracieuses d'une femme; à ses pieds, deux hommes s'emparent d une espèce de massue. Sur le mur de droite, une déesse à huit bras, montée sur un lion et la tète abritée par un parasol, tire une flèche sur un colosse à tète de taureau qu'un parasol protège également contre les rayons du soleil ; tout en brandissant un sabre de son autre main, le géant cherche à délivrer un être humain qui, la tète en bas, et vu de dos, est placé entre les deux principaux personnages; l'occiput renversé de cet homme semble s'appuyer sur le cimeterre de l'une des compagnes de la déesse. Aux côtés de celle-ci combattent des anges joufflus, sans ailes, à la taille épaisse et ramassée, couverts de boucliers allongés et armés d'arcs et de cimeterres indous dont la lame recourbée, plus étroite près de la poignée, s'élargit vers la pointe. Le géant à tète de taureau est accompagné de guerriers portant des boucliers ronds et des glaives romains. Une sauvage énergie brille sur la figure du minotaure. et on reconnaît à la contraction des lèvres la colère qui l'anime. La pose du corps elle-même est digne d'éloges.

Au centre de cette grotte, dans un petit sanctuaire, un bas- relief représente Çiva, un pied sur un taureau ; à sa gauche est sa femme, tenant dans ses bras un enfant en bas âge. On pénètre dans ce sanctuaire par un portique formé de deux colonnes reposant chacune sur un lion.

Plus au nord, sur le rivage même de la mer, s'élèvent deux temples en forme de pyramide. La colonne, qui est placée d'ordinaire devant les temples de Çiva, a sa base battue aujourd'hui par les flots.

Il est évident que la côte de Coromandel est minée par les vagues, et que la mer l'envahit chaque jour de plus en plus. D'un autre côté, un fait en sens inverse se produit à Ceylan et mérite d'être signalé. Ainsi. l'Ile de Ceylan n'a jamais fait partie du continent indien et rien n'autorise à penser que ce soit un cataclysme qui l'en ait détachée; cepenJant il est indubitable que la distance qui la sépare de la péninsule diminue chaque année, et un jour viendra où la jonction sera accomplie. Cette conjecture n'est pas basée sur des hypothèses inventées à plaisir, mais sur la logique, et elle n'est que la conséquence de ce qui se produit chaque jour. En effet, les provinces situées au nord de 0\lan, en avant de la masse centrale des montagnes granitiques, sont des terrains qui ont été peu à peu abandonnés par l'Océan, et qui sont aujourd'hui conquis définitivement sur la mer. Elles doivent leur existence d'une part à l'accumulation d'une immense quantité de polypiers dont les sécrétions calcaires forment si fréquemment , dans les mers de l'Inde, des récifs connus sous le nom d'attols, et de

l'autre aux dépôts de sable et de gravier que des courants violents enlèvent à la côte de Coromandel, dont l'abaissement est journalier, et qu'ils déposent lorsque, déviés de leur direction par la position de l'île de Ceylan. ils sont obligés d'en contourner la côte orientale. Il faut attribuer à la même cause les bancs et les îles du pont d'Adam, dans le golfe de Manaar.

Ces temples de Mahabalipour , construits loin de la mer et baignés aujourdhui par les vagues, offrent un témoignage curieux et irrécusable des changements géologiques si intéressants que les siècles ont opérés sur la côte de Coromandel.

Dans le plus grand des deux temples, dont l'entrée est tournée vers la mer, était un lingam colossal de forme prismatique, aujourd'hui renversé de son piédestal; au fond, un petit bas-relief représente Çiva accompagné de sa femme et de son fils. Le deuxième temple a son entrée du côté opposé , et contient un bas-relief ! identique.

Entre les deux pagodes est un petit sanctuaire dans lecpiel se trouve une statue colossale de Vichnou, qui semble avoir eu originairement une autre destination et n'y avoir été placée que plus tard.

Ces pagodes, bâties entièrement en pierre, sont entourées d'un mur. Il existe une disproportion notable entre la base et le toit pyramidal de ces édifices; cependant hâtons-nous d'ajouter que si l'ensemble en est lourd, leurs détails ne manquent pas de grâce.

A un mille et demi environ plus au sud, s'élèvent cinq temples monolithes , qui sont sans contredit la partie la plus intéressante des ruines de Mahabalipour. Trois de ces pagodes ont la forme pyramidale et sont ornées de clochetons quadrangulaires. Une autre est carrée et surmontée d'un toit en voûte curviligne : c'est le seul qui soit terminé; dans le sanctuaire, on remarque une déesse à quatre bras , ayant deux hommes agenouillés à ses pieds; autour d'elle volent quatre anges bouffis, dont deux ont la lèvre supérieure ornée de moustaches; la toiture est fendillée en divers endroits. Sur chaque face sont sculptés deux gardiens.

Des trois temples pyramidaux que nous venons de citer, le second est le moins avancé et n'offre aucune sculpture.

Le temple rectangulaire a vingt pieds de large sur quarante -quatre de long; il n'est pas évidé intérieurement; la face qui regarde la mer est enterrée dans le sable jusqu'aux chapiteaux des colonnes. Une fissure, triple d'un côté et simple de l'autre, ainsi que la chute des petits clochetons des coins, fait supposer qu'il est survenu une grande commotion depuis la construction de ces édifices, ou même peut-être pendant •pi on y travaillait. Ne serait-ce pas quelque violent tremblement de terre?

Le dernier temple est le plus grand do ceux à toit pyramidal: il mesure vingt pieds de côté, il est carré: il a vin^t -huit à trente pieds de hauteur ; il n'est pas complètement achevé sur toutes ses faces, comme le prouvent, en quelques endroits, certaine» sculptures

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seulement commencées et quelques colonnes à peine ébauchées. Il n'y a pas de sanctuaire intérieur. Sur la façade regardant la mer, on aperçoit encore plusieurs inscriptions inintelligibles.

A proximité de ces temples, se trouve un zébu co-

lossal que les sables ont recouvert en partie et qui n'offre d'ailleurs rien de remarquable. Un peu plus loin, il y a un lion sans expression et un éléphant dont la tête, vue à distance, est frappante de naturel. Nous avons déjà énoncé, en décrivant les pagodes de

Mahabalipour : Les sept pagodes monolithes. — Dessin de A. de Bar d'après l'album photographique de M. Grandidier.

Bhuwaneshwara, les motifs pour lesquels les anciens édifices bouddhistes offraient un intérêt tout particulier ; c'est non-seulement parce qu'ils datent de l'origine

d'une religion qui a exercé une grande influence sur l'humanité et qu'ils appartiennent à la seule architecture dont on puisse suivre le style dans ses diverses

Mahabalipour : Les sept pagodes monolithes. — Dessin de A. de Bar d'après l'album photographique de M. Grandidier.

transformations depuis le règne d'Açoka (263-242 ans avant J. G.) jusqu'à nos jours ; mais c'est surtout parce qu'ils sont le type primitif qui a servi de modèle à tous les autres édifices indous actuels. Nous avons déjà parlé des rapports évidents qui existent entre les da-

gobas et les stopas d'une part et les temples aux symboles çivaïtes de Bhuwaneshwara de l'autre.

Il est un autre ordre de monuments et de pagodes qui nous paraît tirer son origine des grottes bouddhistes. Les monuments ruinés de Mahabalipour offrent

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à l'étude un intérêt particulier, parce que, avec un peu d'attention, on peut y suivre toutes les transformations successives de l'architecture religieuse de l'Inde du moyen âge et des temps modernes, depuis la grotte naturelle jusqu'à celle dont les murs sont décorés de bas-reliefs.

Dans le principe, les prêtres bouddhistes, vivant dans la solitude des forêts , conformément aux préceptes du maître, afin d'aspirer saintement au Nirvana, durent rechercher tout d'abord les abris offerts par les grottes naturelles. L'ardente piété des rois, cherchant à honorer la religion dans ses ministres, orna plus tard quelques-unes de ces grottes de fresques et de sculptures; d'autres furent agrandies et taillées en forme de salles soutenues par des colonnes couvertes des dessins les plus fins et les plus délicats. Ainsi, le désir de propager les principes de morale prêchés par le Bouddha et la vénération que ses sectateurs portaient aux restes plus ou moins apocryphes de son corps , avaient fait élever une première classe de monuments, les stopas et les dagobas , et c'est au respect que les rois professaient pour les prêtres qu'il faut attribuer l'existence de ces demeures souterraines que nous signalions tout à l'heure en raison des ornements qui couvraient leurs murailles.

Plus tard même on arriva à un troisième genre de monuments : des viharés ou monastères furent édifiés en bois avec une grande richesse. Enfin une quatrième catégorie de types architecturaux se compose des temples bâtis en briques ou taillés dans le roc que l'on connaît sous le nom de chaitiyas.

Dans tous les petits sanctuaires du Deccan, à toiture plate et dans lesquels on pénètre par une ou plusieurs rangées de colonnes, on reconnaît l'imitation servile des temples creusés dans le roc.

AMahabalipour, les temples carrés montrent la transition qui s'opère dans l'architecture. Les clochetons qui figurent comme ornement, représentent les cellules où résidaient les prêtres. Ces cellules, d'abord vides, ont servi plus tard à placer les images de dieux, qui remplaçaient les moines à têtes rasées.

La forme donnée autrefois aux monastères, aux viharés, et qui se reproduit de nos jours dans les gopurams et les pagodes pyramidales, s'explique naturellement. Dans les premiers temps , la pierre n'était guère employée que dans un but religieux pour construire un édifice durable et imposant, tandis que les palais des rois, même les plus beaux, étaient bâtis en bois, et si les colonnes qui supportaient le premier étage étaient en pierre, c'était afin d'éviter les inconvénients produits sur le bois par l'humidité. Le bois, en effet, se pliant bien mieux que la pierre aux ornementations les plus diverses, aux effets les plus variés de la dorure et du coloriage, suffisait à tous les besoins de l'architecture civile. N'employant donc que du bois comme matériaux, et étant du reste peu accoutumés à élever des maisons de plusieurs étages, à cause des lois somptuaires de l'Orient, qui ne permettaient point à

la masse du peuple de les habiter , les architectes adoptèrent pour les palais et les monastères la forme pyramidale, qui est la plus facile et la plus solide ; et, en effet, leur inexpérience en géométrie ne leur eût pas permis d'élever avec du bois des édifices à plusieurs étages avec façade perpendiculaire, s'écartant de la pyramide.

On voit donc combien il est curieux d'étudier à Mahabalipour, ainsi que nous l'avons déjà fait à Bhuwaneshwara, et que nous le ferons plus tard à Ellora et à Adjounta, les diverses transformations de l'architecture bouddhiste sur laquelle les architectes brahmaniques postérieurs ont greffé leurs conceptions. Nous apprécierons aussi plus tard les différences que les deux croyances ont introduites dans les monuments, lorsque nous aurons visité les grottes du Deccan occidental.

En revenant de Mahabalipour , je revis successivement le village de Tricallykounrou ou d'Eagle's-Hill et sa curieuse pagode, Sadras et sa verdoyante banlieue, Ghingleputt et ses bois de lataniers, et j'atteignis Tindevanam à soixante-quinze milles dans le sud de Madras. Là je quittai la route de Trichinopoly pour me diriger vers Pondichéry, dont j'étais encore séparé par une distance de trente milles.

En approchant du territoire appartenant à la France, on traverse d'immenses étendues couvertes de lataniers. Les environs de Pondichéry sont pittoresques et bien cultivés ; les routes sont excellentes et bordées de cocotiers ou ombragées d'autres beaux arbres. La culture du pawn ou poivre bétel y est très-répandue ; dans des sillons assez larges, entourés de tous côtés par de petits fossés pleins d'eau, croît cette plante au feuillage luisant, qui grimpe aux perches enfoncées dans le sol pour lui servir de tuteur.

Pondichéry est une jolie ville, percée de rues larges et proprement entretenues ; sur la grande place, on remarque un petit pavillon central, le phare et le mât de pavillon; malheureusement le littoral a été récemment, et en vertu d'autorisation supérieure, envahi par des magasins à charbon pour les messageries impériales, magasins qui gâtent l'aspect général. La ville noire possède beaucoup d'allées bordées d'arbres qui offrent un ombrage fort recherché, et on y rencontre une propreté inconnue dans les autres villes de l'Inde.

Pondichéry a un aspect créole sui generis; elle n'a ni l'aspect d'une ville indigène ni la physionomie d'une ville française ; c'est un heureux mélange de ces deux caractères qu'on retrouve partout où les races française ou espagnole sont obligées de vivre avec des populations étrangères.

Il en est des habitants comme de la ville, ils se sont fait une vie à part, adaptée au climat qu'ils habitent; ils ne cherchent pas à importer dans l'Inde les mœurs françaises, fort déplacées sous les ardeurs des tropiques. Les peuples méridionaux sont loin de ressembler aux Anglais, qui foulent toujours avec dédain la terre étrangère ; fussent-ils en Chine ou au Kamtchatka , ils se croient toujours sur le sol britannique. L'Anglais , en

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effet, ne voyage pas ; il change de place, emportant avec .ui son home. Il est bon assurément de posséder, moralement parlant, cet esprit de ténacité, et de ne pas se laisser influencer sans raison ; mais au point de vue des mœurs et des habitudes qui doivent naître du climat, il semble plus simple et plus rationnel de modifier les usages adoptés dans les pays brumeux du Nord, qui sont en désaccord avec les inlluences c limât ériqu es des tropiques.

Remarquons toutefois que nous ne possédons peutêtre pas assez l'esprit de suite et que nous pourrions arriver à de meilleurs résultats en poursuivant notre but avec une persévérance plus opiniâtre. S'il est puéril de ne pas céder sur des points sans importance et d'attacher un prix ridicule aux détails, ainsi que l'on peut justement le reprocher aux Anglais qui écoutent un orgueil mal placé, il est fâcheux de ne pas savoir, dans les questions graves, conserver une ligne de conduite invariable.

La promenade sur le bord de la mer est plantée d'arbres au feuillage toujours vert; elle offre des ombrages fort agréables pendant la chaleur du jour. Les habitations, plus rapprochées que dans les villes anglaises de l'Inde, semblent indiquer un caractère plus sociable et par suite des relations et réunions plus fréquentes.

Les maisons de Pondichéry sont presque toutes séparées de la rue par de petites cours ornées de jolis parterres de fleurs et d'arbustes. Il est fâcheux toutefois, pour l'aspect général, que les murs des habitations se couvrent rapidement de cryptogames qui finissent par former de larges taches noires et nécessitent un récrépissage annuel. Mais, après deux ou trois mois au plus, la teinte trop blanche ne tarde pas à disparaître sous ces lichens qui étendent leurs milliers de bras dans tous les sens, et garnissent promptement toute la surface du mur.

Le voyageur français, à la vue de cette petite colonie, faible débris de nos possessions dans l'Inde, ne peut se soustraire aux sentiments de regrets que fait naître le souvenir des fautes qui ont tari pour notre pays la source de tant de richesses et de puissance, et son esprit se reporte naturellement sur l'histoire des armes françaises dans l'Inde. Qu'on nous permette de les rappeler brièvement.

Les possessions françaises de 1 Inde , qui ne comprenaient que quelques comptoirs avant le règne de Louis XV, acquirent rapidement une extension considérable sous ce monarque, grâce à l'initiative pleine d'audace d'un homme supérieur dont le génie politique eût, à une autre époque de notre histoire, enrichi sa patrie d'un vaste empire; mais le sceptre de saint Louis n'était plus alors aux mains de Henri IV ou de Louis XIV; un roi efléminé et dissolu était assis sur le trône de France, souverain plus oeccupé de ses plaisirs que de la gloire et de la grandeur nationale. La riche succession de l'empire Mogol devint ainsi la proie île l'Angleterre, notre heureuse rivale. Toutefois les tentatives du génie français dans l'Inde à cette

époque mémorable ont brillé d'un éclat assez vif pour mériter de ne pas être oubliées.

Joseph-François Dupleix, natif de Landrecies. avait été nommé, en 1730, directeur du comptoir de Chandernagor sur le Gange ; il ne tarda pas à transformer cette misérable bourgade, et on vit bientôt par ses soins intelligents s'élever une ville florissante. Peu après il y établit un vaste chantier de construction pour les navires. Voulant étouffer le commerce anglais au Bengale, il fonda un second comptoir à Patna, à trente-huit lieues de Bénarès. En récompense des services rendus, Dupleix fut appelé en 1740 à un poste plus élevé, il devint gouverneur de Pondichéry, et obtint en même temps la présidence du conseil supérieur ; enfin , le 23 octobre 1742, il fut nommé gouverneur général des possessions françaises dans l'Inde. — Revêtu de cette nouvelle dignité, et investi du commandement, Dupleix songea à réaliser les projets qu'il méditait depuis longtemps ; ses conceptions étaient vastes sans doute, mais elles n'étaient pas inférieures à son génie. L'empire Mogol tombait en ruines; il crut le moment favorable pour étendre la domination française sur une partie de l'Inde et pour doter son pays d'un vaste territoire dont la conquête lui sembla facile. Dupleix ne se laissait pas éblouir par des illusions, il s'appuyait sur les faits récents qui attestaient hautement l'impuissance du Grand Mogol. Le schah de Perse, Xadir-Schah, venait d'envahir ses États, et il avait facilement dispersé son armée et dévasté sa capitale ; les Mahrattcs étaient révoltés au sud et les Afghans au nord; les gouverneurs de province refusaient l'obéissance et cherchaient à se rendre indépendants. Les Portugais et les Hollandais n'étaient pas des concurrents très-redoutables, l'Angleterre seule pouvait être une rivale sérieuse, capable d'opposer aux projets de Dupleix une formidable résistance. Mais Dupleix ne recula devant aucun obstacle ; il se mit courageusement à L'œuvre et, s'il eût été secondé par le ministère français et la compagnie des Indes établie à Paris, il eût incontestablement réussi à fonder la domination de la France dans l'Inde.

Son plan consistait à rester d'une part à la tête d'une colonie étrangère et indépendante, et de l'autre à s'immiscer dans les querelles et affaires intérieures des princes indous, afin de ne laisser échapper aucune occasion d'agrandissement .

En 1745, la Compagnie anglaise envoie dans les mers de l'Inde une escadre qui vient menacer Pondichéry, tandis que le gouverneur de Madras se prépare à l'assiéger par terre. Mais les Anglais durent renoncer à leurs projets devant la déclaration du nabab du Karoatic, qui leur signilia qu'il attaquerait Madras s'ils attaquaient Pondichéry. Les habiles négociations de Dupleix avaient sauvé la colonie française d'un péril imminent. (> ne l'ut que l'année suivante que La Bourdonnais, gouverneur des iles de France et Bourbon, ayant reçu quelques vaisseaux d'Europe, put venir au secours de Dupleix avec une flotte do neuf voiles; les Anglais furent repoussés et contraints de se replier mu

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Ceylan. La Bourdonnais alla bientôt mettre le siège devant Madras, dont il s'empara après une faible résistance (1746) ; le nabab du Karnatic, à qui l'on avait promis de livrer Madras , laissa cette ville tomber au pouvoir des Français sans prendre part à la guerre.

La prise de Madras fit éclater entre les deux chefs fiançais, Dupleix et La Bourdonnais, un conflit qui était inévitable entre deux rivaux munis de pouvoirs mal définis. La Bourdonnais voulait restituer Madras aux Anglais moyennant le payement d'une forte rançon, tandis que Dupleix voulait conserver cette conquête, nécessaire au but qu'il poursuivait. Sur ces entrefaites, la mauvaise saison se déclara et un ouragan obligea

La Bourdonnais à regagner l'Ile-de-France avec le reste de ses vaisseaux. Destitué de son poste de gouverneur de l'Ile-de-France, il revint à Paris pour se justifier ; jeté en prison, il ne parvint à faire reconnaître son innocence qu'après trois années passées dans les cachots de la Bastille, et il mourut peu après, accablé de tristesse (1753).

Cependant le nabab du Karnatic réclamait la livraison de Madras, et, mécontent des réponses de Dupleix, il finit par rassembler une armée pour obtenir de force la ville qu'il convoitait et qui devait lui être remise conformément aux promesses formelles de La Bourdonnais. Jamais jusqu'à ce jour les Européens etlesMo-

gols n'en étaient, venus aux mains : le sort favorisa les Français, qui dispersèrent les masses ennemies. Ce succès, dû à l'habileté de Dupleix et à la bravoure de nos troupes, répandit la terreur du nom français dans toute la péninsule : la discipline avait suppléé au nombre. Après sa victoire, le gouverneur général annule la capitulation de Madras et expulse les colons anglais. Mais là ne s'arrêtaient pas ses desseins: il avait résolu de bannir les Anglais du Karnatic. A la nouvelle de la reddition de Madras, les Anglais se hâtèrent d'envoyer dans l'Inde des forces considérables pour accabler leur ennemi et prendre une revanche éclatante : à cet effet, ils attaquent Pondichéry. Dupleix, connais-

sant ses adversaires, etT prévoyant les efforts qu'ils feraient pour ressaisir leurs possessions perdues, s'était préparé à une vigoureuse résistance : sa petite armée, composée de quatorze cents Français seulement, trouvait des auxiliaires utiles dans une troupe d'Indiens choisis parmi la caste guerrière et instruits à la mode européenne.

Avant de poursuivre ce récit, je dois signaler le dévouement éclairé et à toute épreuve d'une femme qui apporta à Dupleix un concours héroïque au milieu de luttes gigantesques : cette femme , c'était la sienne, Jeanne de Castro, d'origine portugaise, mais plus connue dans toute l'Inde sous le nom de Joanna-Begum.

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Initiée aux coutumes de l'Inde, parlant et écrivant la plupart de ses dialectes, elle seconda puissamment les entreprises de son mari en entretenant avec les chefs indigènes la correspondance la plus active.

Le succès de Dupleix fut complet : les Anglais échouèrent sur terre et sur mer, et la mousson acheva de disperser leur flotte. Le vainqueur reçut les félicitations des nabahs et du Grand Mogol lui-même.

Malheureusement la paix d'Aix-la-Chapelle venait d'être signée par le cabinet des Tuileries, et cette paix stipulait la restitution de Madras aux Anglais : ce fut là une amère déception pour le grand politique qui avait cru assurer par la conquête de cette dernière ville la

chute des colonies anglaises. Se trouvant désormais dans l'impossibilité de faire une guerre ouverte aux Anglais, Dupleix les attaqua indirectement en protégeant nos alliés contre les leurs et en cherchant à accroître notre territoire. Bientôt un événement attendu depuis longtemps permit au gouverneur général français de reprendre la suite de ses entreprises ; le viceroi du Deccan, le vieux Xizam-el-Moluk, venait de terminer sa longue carrière. Les Anglais reconnaissent pour son successeur son fils Nazir-Jung, pendant que Murzapha-Jung, neveu de Nazir, revendique son héritage, en vertu du testament du vice-roi décédé, et réclame instamment l'appui des Français. D'un autre

Mahabalipour : Les petites pagodes. — Dessin de A. de Bar d'après 1 album photographique de M. Grandidier.

côté, le nabab du Karnatic, Anaverdi-Khan, était ennemi de Dupleix ; aussi ce dernier s'empressa de lui donner un compétiteur dans Tchunda-Saëb, descendant d'un ancien nabab de ces contrées. Les armées combinées de Murzapha-Jung et de Tchunda-Saëb envahissent le Karnatic sous l'impulsion et avec le secours des Français, et mettent en déroute les troupes d'Anaverdi, qui périt dans le combat. Cependant Nazir- Jung,à la tête de trois cent mille hommes, se précipite sur le Karnatic, afin d'accabler sous le nombre son compétiteur Murzapba-Jung et son petit corps d'armée. Devant ce torrent dévastateur, les Français et Tchunda-Saëb se replient sur Pondichéry et se réfu-

gient derrière ses remparts; mais Murzapha aime mieux capituler que fuir avec l'étendard du Deccan, ce qui eût été considéré comme une honte indélébile. Murzapha se rendit à la condition qu'il conserverait sa liberté ; mais, malgré ses serments solennels, Nazir lit emprisonner son rival et, attaquant à l'improviste ses ses partisans privés de leur chef, il les tailla en pièces.

Dupleix, jugeant impossible de triompher par la force, entre en négociations avec Nazir dans le. but do gagner du temps, puis, surprenant l'ennemi pendant son sommeil à la suite d'une orgie prolongée, il le contraint à lever son camp et à battre en retraite. Loin de s'endormir à la suite de ce liant fait d'armes, il se

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porte rapidement à la rencontre de Mahomet-Ali, le concurrent de Tchunda-Saëb, remporte une victoire éclatante et s'empare de la forte place de Gingi. En apprenant ces succès rapides, Nazir accourt avec cent mille hommes, mais les chefs mécontents de son armée appellent les Français, cantonnés à Gingi, qui se jettent avec intrépidité sur cette masse formidable de combattants et leur font éprouver une déroute complète. Au milieu de la mêlée, Nazir est tué par un nabab qu'il avait insulté gravement, et, d'un accord unanime, la couronne est dévolue à Murzapha (1750).

Ce coup de théâtre inattendu ouvre une nouvelle ère de grandeur pour Dupleix et ses compagnons. Murzapha, accompagné de Dupleix, fait son entrée triomphale à Pondichéry. Un trône est dressé pour le nouveau vice-roi, qui reçoit les serments des nouveaux chefs de l'armée. Voulant reconnaître les services que lui a rendus le gouverneur français, Murzapha le crée nabab de toutes les provinces situées au midi du fleuve Krichna, embrassant le Karnatic et le sud du Deccan ; c'était un pays presque aussi étendu que la France. Peu après, Murzapha quitte Pondichéry pour aller prendre possession de ses Etats : il était accompagné de trois cents Français commandés par Bussi, brillant officier de fortune, génie aventureux comme Dupleix et son ami dévoué : c'était à lui qu'était confiée la mission de conquérir le centre de l'Inde ; il n'était au-dessous de sa mission ni par le talent militaire ni par son audace et son dévouement sans bornes. En entrant dans le Deccan, Murzapha tombe victime d'une révolte des Patanes, et Bussi, après avoir vengé ce meurtre, installe sur le trône Salabut-Jung, oncle du défunt. Mais ce dernier ne devait pas rester tranquille possesseur du trône de son neveu ; il vit bientôt un de ses frères se précipiter sur le Deccan à la tête des Mahrattes pour lui disputer sa couronne. Heureusement le nouveau prétendant mourut inopinément, et Bussi repoussa l'ennemi à la tête de ses braves compagnons et d'une troupe de cipahis réguliers. Salabut, pour récompenser ses héroïques défenseurs, donne à la compagnie l'investiture de cinq provinces de la côte d'Orissa avec Mazulipatam pour capitale. Un tiers de l'Inde était sujette ou vassale de la France, un brillant avenir s'ouvrait devant nous ; moment trop rapide , bientôt suivi de revers ! Dans le gouvernement qui eût dû le soutenir, Dupleix ne devait rencontrer, en récompense de son génie et de son patriotisme , que des déboires amers et le plus lâche abandon.

L'Angleterre, effrayée enfin de la marche ascendante de la politique de Dupleix, avait envoyé à Mahomet- Ali des renforts considérables. Après de nombreuses alternatives de succès et de revers , Dupleix , livré à lui-même et à ses propres ressources, Dupleix, dont la grande âme ne s'était jamais laissé abattre un instant, même aux époques les plus critiques, était bien loin de désespérer de triompher des obstacles et des résistances que les Anglais avaient à envi accumulés à l'encontre de ses plans, quand il reçut enfin de France

un renfort de douze cents soldats; c'était la victoire assurée (1754). Malheureusement ces troupes étaient sous les ordres d'un directeur de la Compagnie , porteur des pleins pouvoirs du gouvernement pour traiter de la paix avec l'Angleterre. Étrange aveuglement du cabinet de Versailles! ou plutôt indigne désertion des intérêts réels du pays ! le gouvernement paraissait effrayé et embarrassé des succès de Dupleix, et les nouvelles de ses victoires, loin de flatter l'orgueil du monarque qui présidait aux destinées de la France , semblaient le fatiguer en le détournant un instant de ses plaisirs. Il lui fallait la paix à tout prix, même aux dépens de sa dignité et de la gloire du pays ! Dupleix est destitué pour avoir trop brillamment rempli sa mission , et il n'a même pas la consolation de laisser, pour continuer son œuvre et affermir ses conquêtes, son cher et fidèle Bussi, le confident de ses rêves de grandeur et l'heureux exécuteur de ses vastes projets. Bussi est destitué également. Après le départ de Dupleix, la paix est signée avec la Grande-Bretagne , l'Inde est perdue pour la France, mais le repos de Louis XV est assuré.

La haute renommée du héros l'avait précédé en France, et, depuis «Lorient où il débarqua, jusqu'à Paris où il était mandé, ce ne fut pour Dupleix qu'une marche triomphale : la cour n'osa pas accueillir froidement celui qui recevait des ovations si enthousiastes, et Dupleix put croire un moment que tout espoir n'était pas perdu de relever sa fortune. Illusions trop tôt évanouies! il mourut en 1763, sans avoir pu rentrer dans ses avances, après avoir assisté avec tristesse à la ruine de nos colonies et à l'abaissement de sa chère patrie. Il avait survécu deux ans à son héroïque compagne, Jeanne de Castro, pour laquelle il n'y avait pas de place dans la France officielle où régnait Jeanne Poisson. La Compagnie qui avait fait banqueroute à Dupleix , la cour qui l'avait persécuté , cherchèrent à étendre l'oubli sur son nom , et l'heure de la rémunération ne se leva pour cette grande mémoire qu'après que la révolution eût rendu à la France la conscience de son passé historique et de ses vraies traditions. Aujourd'hui nos historiens saluent en lui un des hommes les plus remarquables, du dix-huitième siècle, et voici comment en Angleterre même on parle de lui :

« Supérieur à nos agents en talent politique, s'il avait rencontré autant de ressources et d'appui qu'eux dans la mère patrie, il est probable que l'empire de l'Inde appartiendrait aujourd'hui à la France4. »

1. Campbell, Modem India. — Au moment de livrer ces pages à l'impression, nous trouvons dans un autre ouvrage anglais, plus récent que celui de Campbell, le passage suivant, qu'il est bon de reproduire et de méditer :«.... En moins de vingt-cinq années, le gouvernement de la vieille monarchie française, s'efforçant de pallier aux yeux du public l'ineptie et la corruption qui présidaient aux conseils de sa Compagnie des Indes, frappa successivement trois des plus nobles Français de cette époque. Il fit périr La Bourdonnais dans les fers, Dupleix dans la misère et Lally sur l'échafaud. Comment douter qu'une institution souillée d'aussi monstrueux sacrifices ne méritât les calamités qui depuis ont fondu sur elle? (Henry Beveridge. A Comprchensive history of India, vol. I, p. 64A.) (F. de L.)

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En 1778, les Anglais s'emparent presque sans coup férir de Chandernagor et de Mazulipatam. Mais Pondichéry , défendu par quelques soldats seulement , malgré le mauvais état de ses remparts, ne se rendit qu'après soixante -dix jours de siège, grâce à l'énergique défense de son gouverneur, le vaillant Bellecombe.

Cependant l'Angleterre fut arrêtée dans le cours de ses triomphes par l'ennemi le plus redoutable, après Dupleix, qu'elle ait rencontré dans l'Inde, Haïder-Ali,

qui tint longtemps ses armées en échec et qui, secondé par quelques centaines d'aventuriers français, anciens compagnons d'armes de Bussi, fut plusieurs fois sur le point de délivrer sa terre natale des étrangers qui voulaient l'opprimer et l'exploiter sans contrôle. Toutefois, après plusieurs revers, les Anglais l'emportaient de nouveau et Haïder-Ali, le célèbre sultan de Vlaïssour, allait traiter avec l'ennemi victorieux, quand parut, clans les mers de l'Inde, une vaillante escadre, sous les ordres du fameux bailli de Sufiren, dont les

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