‹ Voyage dans les provinces méridionales de l'IndeChapitre 18 sur 21 · PLAN D'UNE PARTIE DES RUINES · texte numérisé non relu

PLAN D'UNE PARTIE DES RUINES

POLLANARRUA

d'après ]' Emerson ïcnncirt.

Tcrra-jes concentrique* de s mètres de haut

chacune:

\f Pilier» s Jryta Wana. Kuna.

Grave parti luud

tractai, en étudiant les ruines éparses flans les j < » 1 1 tr 1 « -m malsaines d'Anouradhapoura, et qui no me quittèrent pas pendant plus de trois ans, me forcèrent de retourner au plus vite à Colombo. Je regrettai vivement de ne pouvoir visiter les monuments de Pollanarroua, qui a été la capitale de l'île depuis Aggrabodhi IV en 769 jusqu'en 1318. Les édifices, qui attirent encore aujourd'hui l'attention des voyageurs, sont dus à Prakrama-ISalimi 1" en 1103) et à Kirli-Missanga. Le nom de Pollanarroua vient, suivant les traditions, de polon, nom cinghalais d'un serpent venimeux, et de Wfl, serpent à lunettes: ces animaux se seraient disputés en ce lien |,i suprématie divine. Pollanarrona est au sud-ouest de Trincomalie, an milieu de la jongle. ;'■ trente kilomètres d'Ilabébourenne, en passant parle lac

île Minery, on à cent vingt-cinq Kilomètres de Kandy. Cette ville date îles premiers siècles de la monarchie cinghalaise, puisque dès 369 après Jésus-Christ les annales y mentionnent l'établissement d'un étang par ()upalis>a. et qu'en 651 Sri-Sangabo y bâtit un palais, et y résida pendant le court espace de temps qu'un usurpateur occupa son trône. Les monuments, abandonnés depuis le quatorzième siècle à l'influence destructive du climat et du temps, sont, d'après l'opinion d Emerson Tonnent, les ruines les plus remarquables de Cc\l.m. Toutes ces c .lonnes de pierre, ces marches de granit, ces statues, ces bas reliefs, épais au milieu d'uni* jongle inhabitée, dans un rayon de plusieurs milles de la capitale, rappellent au voyageur que. dans ces forêts, repaires d'éléphants et de panthères, il existait jadis une

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cité riche et florissante, à une époque où les contrées du nord de l'Europe sortaient à peine de la barbarie.

Voici la description succincte de ces ruines d'après le livre classique d'Emerson Tennent :

La plupart des monuments de Pollanarroua bordent une rue en terrasse ayant un mille de longueur. Le palais du roi n'est plus qu'un vaste éboulement envahi par les plantes parasites. Sous le règne de Prakrama, son fondateur, la ville et les faubourgs mesuraient, diton, neufs gows, ou dix lieues en longueur sur quatre en largeur.

La ruine la mieux conservée est le chaïtiya ou temple bouddhiste , connu sous le nom de Jayta- Wana-Rama, dont le style architectural et la disposition rappellent nos églises chrétiennes. Cet édifice a deux rangées de fausses fenêtres ogivales. Il contient deux salles. En face de la porte s'élève, appuyée au mur, une statue gigantesque du Bouddha, haute

de douze mètres. La longueur actuelle de l'édifice est de quarante-cinq mètres et la hauteur de plus de quinze. Ces murs, fort épais et formés de briques et de mortier, étaient autrefois recouverts d'un stuc décoré d'ornementations diverses. Il est dans le style des constructions de l'Inde; les arabesques et les fausses fenêtres ogivales montrent qu'il a été érigé sous la direction de ces artistes tamouls que les princes du douzième siècle envoyèrent chercher dans l'Inde, à cause de la décadence dans laquelle les arts étaient tombés à Geylan depuis plusieurs siècles. C'est un des rares exemples d'ancien édifice en matériaux rapportés que l'on possède aujourd'hui en Asie. La forme de la construction rappelle celle des temples souterrains ou chaïtiyas creusés dans le roc.

Ce temple n'était éclairé que par une seule ouverture, pratiquée au-dessus de la porte d'entrée, qui concentrait tous les rayons du soleil sur la tête de la

Figuier multipliant dans les jongles de Ceylan. — Dessin de E. Tournois d'après une photographie de l'album de M. Grandidier.

statue, laissant le reste dans une demi-obscurité. Le toit devait former une voûte ogivale.

Près de Jayta-Wana-Rama se dresse un énorme rocher devant lequel sont érigées trois statues, représentant le Bouddha dans les trois positions orthodoxes : méditant, prêchant et plongé dans le nirvana; la statue du Bouddha mort mesure onze mètres cinquante centimètres. Une grotte, soutenue par deux colonnes, a été creusée entre les autres figures ; c'est le seul exemple en ce lieu d'un temple souterrain. Le Rankout est un dagoba, connu aujourd'hui sous le nom de Thouparama; il fut bâti par la seconde femme de Prakvama- Bahou; il se terminait jadis par un parasol en or. Ce tppe est maintenant caché par les ronces ; il a environ cinquante mètres de hauteur et cinquante-huit mètres de diamètre et est entouré de huit cellules, qui ont dû être ajoutées par Nissanga. Au thoupo de Sanchi, dans l'Inde, on retrouve ces cellules, destinées aux moines

chargés des offices, qui ont été construites lors de lu corruption du bouddhisme.

Le Banaghi, édifice où se lisaient les livres sacrés du culte bouddhique, mérite de fixer l'attention par la balustrade toute particulière qui l'entoure ; elle est formée de supports verticaux en pierre dans lesquels sont insérées deux rangées de barres en pierres horizontales : à Sanchi, une balustrade du même genre est placée autour du thoupo.

Les édifices de Pollanarroua ne sont pas du style çinghalais primitif ; on y reconnaît l'imitation des monuments indo-musulmans , et l'ornementation , plus élégante, plus compliquée, n'a pas la grandeur simple des premiers temps ; il n'existe aucun lien qui unisse l'ancien style et le nouveau.

Dans les forêts qui s'étendent entre ces ruines, et Batticola d'une part et la route de Trincomalie de l'autre, vivent les.Veddahs, tribus sauvages qu'un

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voyageur ne doit pas négliger de visiter. Les Yeddahs sont les aborigènes de Ceylan, les descendants authentiques des Rakchasas du Ramayana et des Yakkhos du Mahavanso ; rebelles à la domination venue du continent voisin, ils ont gardé jusqu'à ce jour leurs

mœurs primitives. Vingt-quatre siècles ont passé développant autour d'eux la civilisation, sans les arracher de leur barbarie native; ils errent au milieu des jongles, fuyant toute société, et cherchent un abri dans les trous des rochers ; de petite stature, ils sont forts et actifs; ils

Gal-Vihara, à Pollanarroua. — Dessin de A. de Bar d'après une photographie de l'album de M. Grandidier.

vivent du produit de leur chasse, surtout de singes et de gros lézards, d'ignames et de miel sauvage. Au bétel, les Veddahs substituent certaines écorces qu'ils se plaisent à mâcher. Les fibres et les feuilles des arbres

leur fournissent leurs vêtements. L'arc est la seule arme dont ils se servent; de là le nom de Veddahs, qui signifie archers. S'ils ne sont plus cannibales, ils ont d'autres vices des sauvages, — la polygamie entre autres.

Construction circulaire, a Pollanarroua. — Dessin do A. de Bar d après une photographie de l'album

de M. Grandidier.

Après une année de cohabitation, le mari a le droil 'I1' renvoyer sa femme chez ses parents sans explication. Ils sont voleurs et ne reculent pas même devant l'assassinat. Le meurtrier n'est condamné qu'à une amende rie trente francs, somme équivalente au prix d'un esclave.

I,cs Yeddalis croient à l'existence d'un dieu toutpuissant; mais ce dieu ne leur inspire aucune crainte: leurs prières s'adressent toujours aux génies des forêts et des eaux. Ils s'imaginent que les .'unes de leurs parents décédés viennent sur la terre et ont le pouvoir

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de leur nuire ; aussi ont-ils souvent recours à des conjurations pour apaiser leurs mânes.

Depuis quelques années , le gouvernement anglais est sorti de son inaction et s'efforce d'introduire parmi ces Veddahs des éléments de civilisation. Mais de l'aveu des missionnaires anglicans, qui, après avoir visité ces peuplades, ont donné des détails sur leurs mœurs curieuses, on aura de la peine à lutter contre leurs habitudes invétérées d'indépendance et on éteindra difficilement en eux l'amour de la vie errante.

Nous venons de parler des Veddahs des forêts, il en est d'autres qu'on peut appeler Veddahs des villages et Veddahs des côtes; ceux-ci, s'étant trouvés plus souvent en contact avec leurs frères civilisés, ont des mœurs moins sauvages, sont plus hospitaliers et habitent des villages autour desquels ils cultivent des petits champs. Ils échangent du gibier desséché, de la cire, des cornes de cerf, de l'ivoire, contre du riz et autres objets de première nécessité.

De Kandy, je m'empressai de revenir à Colombo, où, en proie à des accès de fièvre se renouvelant incessamment, je dus rester trois mois à me soigner, sans obtenir une guérison radicale. Lorsque mes forces me le permettaient, j'allais me promener dans les anciennes plantations de cannelle, situées près de mon bengalow.

Le monopole du commerce de cannelle, dont les Portugais et surtout les Hollandais s'étaient montrés si jaloux, est depuis longtemps aboli; jadis les peines les plus sévères étaient édictées contre ceux qui endommageaient un arbre ou cherchaient à en exporter l'écorce. Le gouvernement anglais, qui maintint d'abord ce monopole jusqu'en 1832, remplaça la prohibition par des droits d'exportation qui, de trente-cinq francs soixante-quinze centimes, tombèrent, en peu de temps, à un franc vingt-cinq centimes , et. furent totalement abandonnés en 1840 ; mais il était trop tard : la culture du cinnamomum cassia s'était étendue, et les marchés d'Europe l'avaient adopté. Cet arbuste, originaire de Chine, se cultive à Java, et son écorce est livrée au commerce à un prix inférieur à celui auquel on peut se procurer la vraie cannelle de Geylan, le coroundon des Cinghalais; aussi, quoiqu'elle n'en ait ni l'arôme ni la finesse , elle est entrée dans la consommation. Les planteurs çinghalais ont dû dès lors restreindre les frais de culture. Au lieu de plantations dont les arbustes sont émondés avec soin, je n'ai trouvé que des cannelliers abandonnés à eux-mêmes et envahis par des plantes grimpantes et parasites. J'ai surtout remarqué dans ces champs le Nepenihes distillaloria ; ses feuilles, dont l'extrémité s'allonge en forme d'urne fermée par un couvercle, m'ont frappé par leur forme bizarre. Cette plante est originaire de la Polynésie ; les Malais, dans leurs migrations, l'ont introduite, à cause de ses vertus médicinales, dans tous les pays où ils se sont établis. A Madagascar même, j'ai retrouvé la même plante cultivée avec soin par les Ovas.

Le cannellier prospère dans la partie de la côte ouest de Ceylan, comprise entre Caltoura et Negombo,

là où un sable quartzeux, provenant des détritus de roches granitiques et schisteuses, repose sur des couches argileusas; un climat humide est favorable à son développement. Les environs de Colombo, qui sont bien abrités, et jouissent d'une température égale, chaude et humide, conviennent admirablement à sa culture; l'écorce se récolte en mai et en juin. De temps immémorial, c'est toujours la même caste, les Chalyas, qui font cette opération. Ces Çinghalais, obligés, dès la plus haute antiquité, de payer annuellement au roi de Kandy un impôt en écorce de cannelle recueillie dans les forêts de l'île, ont toujours été employés, par les Hollandais et les Anglais, à ce travail. Tantôt on dégage la partie rugueuse de l'écorce avec des couteaux et on les sépare ensuite de la tige au moyen d'un instrument d'une forme particulière , tantôt on enlève les écorces entières et on les lie en masse, de manière à faciliter une fermentation sous l'action de laquelle la partie extérieure se détache ; l'écorce, mise alors à sécher, s'enroule sur elle-même et on en compose des faisceaux du poids de treize à quatorze kilogrammes. La plante se propage par boutures ou marcottes.

Il n'y a pas longtemps que quatre-vingts hectares plantés en cannelliers produisaient annuellement plus de deux cent quarante mille kilogrammes de cannelle, d'une valeur de trois millions cinq cent mille francs. Aujourd'hui, cinq cents hectares produisent à peine une moyenne de quatre cent mille kilogrammes, qui représentent un million de francs ; ces chiffres suffisent pour montrer quelle dépréciation a subi cette épice sur les marchés européens et combien peu de soin on donne aujourd'hui à cette industrie, puisqu'une surface six fois plus étendue ne produit pas le double des anciennes récoltes.

La malle-poste qui fait deux services, un de jour et un de nuit, me ramena en dix heures de Colombo à Pointe de Galle: sur toute la route je ne pus me lasser d'admirer la forêt de cocotiers qui forme une ceinture de verdure à cette partie de l'île, et dont les troncs élevés me laissaient apercevoir, çà et là, l'azur de la mer. H est peu de pays dont les côtes soient aussi pittoresques. Le cocotier est un arbre utile entre tous; un Oriental se plaît à énumérer les usages auxquels on emploie ses diverses parties. Dans les annales cinghalaises, on trouve son nom cité dès cent soixante et un ans avant Jésus-Christ, mais il semble aussi avoir été inconnu jusqu'à la fin du onzième siècle (1153) comme fruit comestible. Dès lors chaque hutte fut abritée par ces élégants palmiers. Les plantations systématiques n'ont commencé qu'en 1841 sur la côte sud-ouest, à Jaffna et à Batticaloa. On élève aujourd'hui le cocotier en pépinière, et on le transplante; durant les quatre premières années, il faut l'arroser journellement et il est souvent nécessaire de remplacer beaucoup de pieds. Les ouvriers chargés d'une jeune plantation reçoivent, lorsqu'elle est en plein rapport, cinq francs par arbre ou ont la jouissance de la moitié du produit; un hectare

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est généralement planté de deux cent quarante cocotiers qui donnent un revenu annuel variant de soixante à cent quatre-vingts francs. Chaque arbre porte par an de vingt-cinq à soixante-quinze cocos. Si une plantation de cocotiers ne donne pas immédiatement de revenus, elle n'en est pas moins, après quelques années, une propriété de grande valeur qui ne nécessite ultérieurement aucun frais. On retire de la noix de coco l'amande sèche ou coprah et on en extrait une excellente huile à brûler; les fibres de la coque servent à fabriquer des cordes dont l'exportation est importante ; les feuilles tressées, ou cadjanes, se vendent de deux francs à deux francs cinquante centimes pour couvrir les maisons, faire les enclos, les abris, etc. Ce sont là les principaux produits marchands, mais en outre le bois sert à la construction des buttés et à l'établissement des conduites d'eau ; le fruit se mange vert ou mûr. Il est d'autres usages qu'il serait trop long de citer. On comptait en 1863 plus de treize mille cinq cents hectares plantés en cocotiers par les Européens et environ quarante-cinq mille plantés par les Cinghalais ; les côtes sablonneuses conviennent à la culture de ce palmier, et de Colombo à Galle on peut en voir d'innombrables dont les racines sont baignées par les vagues.

A moitié chemin, je traversai la rivière qui descend du district gemmifere de Ratnapoura où dans des dépôts d'alluvion on trouve des rubis, des saphirs, des hyacinthes, etc.

La ville de Pointe-de-Galle (du mot cinghalais yilla. roche; est bâtie sur une presqu'île de la côte sud de Ceylan ; elle doit sa prospérité et sa richesse à l'entrepôt de charbon qui y est établi pour les steamers anglais et français allant en Chine, en Australie ou dans l'Inde. Quant on vient des plages arides et sablonneuses de Suez et d'Aden, on est fortement impressionné du spectacle que présente la baie de Galle ; rien de plus riant ni de plus pittoresque ne peut frapper les yeux. Les collines verdoyantes dont les flancs sont chargés d'arbres séculaires, les cocotiers qui penchent leurs cimes gracieuses vers la mer, les nombreux navires à l'ancre : steamers européens, daous arabes à proue relevée, pétamars et dhoneys du continent et des Maldives, à forme massive, entre lesquels circulent les légères pirogues à balancier, puis les murailles du fort noircies par des plantes parasites, qui s'élèvent à l'ouest de la rade, tout intéresse et charme dans ce grand paysage.

Le port de Galle n'offre point un ancrage sûr durant les moussons sud-ouest.

Quelques historiens pensent qu'il a élé fréquenté de temps immémorial par les navires de Tyr cl de Judée ; * on ne peut du moins mettre en doute qu'il élail. dès longtemps avant noire ère, le centre OÙ les navires d'Arabie et de Perse venaient échanger leurs produit* divers avec ceux de la Chine, de Java et de l'Inde.

La ville de Galle est enfermée dans des murailles bâties comme toutes les fortifications de l'Ile par les Hollandais. Elle est presque exclusivement formée d'hô-

tels et de maisons occupées par les emplovés du gouvernement. Ces maisons sont toutes basses avec des varangues sur la rue, que des nattes épaisses garantissent du soleil et des regards indiscrets des passants. On trouve partout des Maures et même des fils d'Israël qui viennent vendre des bijoux, des pierres précieuses, de petits ouvrages en bois d'ébène, en ivoire, en écaille, le tout à des prix exorbitants. Il faut en outre se défier des pierres fausses qu'ils mêlent communément et dans de grandes proportions aux pierres fines véritables.

Les pauvres voyageurs payent le plus souvent sans hésiter la somme demandée; de ce que Ceylan possède des mines de pierres précieuses et est peuplée de troupes d'éléphants, ils croient que les gemmes et l'ivoire doivent y être à meilleur marché que partout ailleurs. C'est une grave erreur.

Les Maures sont à Ceylan depuis le commencement du huitième siècle. Ce sont les descendants de tribus dissidentes, qui, chassées d'Arabie par la tyrannie du calife Abdul-Melek-Ben-Merwen, formèrent divers établissements dans l'Inde et à Malacca; leur vie plus active, leur nourriture plus substantielle, leur religion plus conforme que le bouddhisme à l'esprit humain, leur morale plus élevée que celle des Civaïles, sont autant de causes qui ont eu une inlluence marquée sur leur constitution physique et sur leurs mœurs. Ils sont robustes et braves: leurs traits mâles et expressifs leur donnent un air réfléchi et exempt de servilité.

De tous les habitants de l'île, ce sont certainement les plus industrieux; ils se sont toujours livrés au commerce. Fidèles en principe à l'islamisme, ils ont mêlé à leurs pratiques religieuses beaucoup des superstitions empruntées aux cultes de l'Inde.

C'est dans l'est de Galle , surtout à Hambanglotle, que se pèchent les carets (chelonia imbricala . La carapace de ces tortues marines fournit l'écaillé, qui est pour Ceylan une branche de commerce importante. On Iflfl prend lorsqu'ils déposent leurs œufs sur le rivage, ainsi que l'a constaté M. Tonnent. Les Cinghalais croient que l'écaillé n'a de valeur qu'autant qu'on l'enlève à la tortue encore vivante : aussi suspendent-ils la malheureuse hête au-dessus du feu jusqu'à ce que les écailles se détachent, puis ils la relâchent dans la mer; le même animal, oubliant le supplice passé, revient, disent-ils, s'exposer de nouveau à la torture.

Dans les îles de la Polynésie, comme à Madagascar, on lue l'animal, et l'écaillé s'obtient en plongeant la carapace dans l'eau bouillante; par ce procédé, elle est plus belle.

En suivant la côte sud de Ceylan , on rencontre, à cinq milles dans l'est de Maloura, le cap le plus méridional de l'île (Dondera Head). où s'élevait, dès l'an 2387 avant Jésus Christ suivant les chroniques cinghalaises, ou en 1800 selon certains historiens, un temple dédié à Hama en commémoration de sa victoire sur Pavana et de la conquête de Lanka. Il n'en reste qu'une colonne dont le fût est alternativement carré et poly-

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gone. Plus tard, on bâtit à la même place un temple en l'honneur de Vichnou, temple magnifique qui fut détruit en 1587 par les Portugais, et dont les ruines n'offrent plus aucun intérêt.

Départ pour Bombay. — Le cap Comorin. — La côte de MalaLar. — La ville de Bombay.

Malgré la salubrité reconnue de la côte sud-ouest de Geylan, je ne pouvais dompter la maladie; les ac-

cès de fièvre se succédaient sans interruption, et j'avais perdu toute force. On me conseillait un voyage à Nioura Ellia, village situé dans la région des montagnes à une altitude de dix-neuf cent quarante mètres ; la fraîcheur et la pureté de l'air y attirent les malades des terres basses qui ne peuvent, à raison de leur position, aller chercher la santé en Europe. Je préférai quitter le pays et me rendre à Bombay.

Je m'embarquai sur un des steamers de la compa-

Juives de €ochin.— Dessin de A. de Neuville d'après une photographie de l'album de M. Grandidien

gnie anglaise Birmah qui font chaque mois le service entre Singapore (péninsule malaye) et Bassorah (golfe Persique), en relâchant sur les côtes de Birmanie, de Goromandel, de Malabar, d'Arabie et de Perse. Ces moyens de communication prompts et faciles sont d'une grande utilité pour le développement du commerce et de l'industrie de ces divers pays; ils exercent même une influence notable sur le caractère moral et

les préjugés des peuples qu'ils mettent en rapport ; le contact journalier d'hommes de race et de religion différentes, mais de mœurs à peu près identiques, aura assurément un effet puissant sur la civilisation de l'Orient et opérera des changements que le temps n'a pu amener jusqu'ici.

Nous doublons d'abord le cap Comorin, cap célèbre dans les voyages maritimes de l'antiquité. Les flottes

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qui partaient annuellement de la mer Rouge ou du golfe Persique profitaient des moussons favorables pour visiter les côtes de la péninsule indienne, et c'était de ce cap qu'elles se dirigeaient vers Ceylan qui, par sa position géographique, était, dès les temps les plus reculés, l'entrepôt naturel du commerce de l'Orient avec les peuples de l'Occident. L'auteur du livre de l'Exode cite la cannelle comme un des parfums qui entraient dans la composition des huiles saintes ; on

retrouve mentionnée, dans les Proverbes et les Cantiques, la précieuse écorce qui était probablement exportée de Ceylan. C'est l'Inde qui fournissait également l'ivoire, les singes, les plumes de paon dont parle la Bible et qui sont dénommés au livre des Rois, x, 22, ibha, kapi, tuléhim, mots empruntés au sanscrit. Lorsque Ézéchiel parle du bois d'ébène comme d'une marchandise rapportée de la même région que l'ivoire, ne veut-il pas parler aussi d'une des importa-

Juifs de Ceylan. — Dessin de A. do Neuville d'après une photographie de l'alhum de M. Grandidier.

lions faites par les navires qui se rendaient dans l'Inde en doublant h; cap Comorin?

Nous côtoyons les Etats du rajah de Travancore qui est tributaire des Anglais, et nous mouillons pendant quelques heures à Cochin, ville habitée par des Juifs émigrés de Jérusalem. Les maladies cutanées, la lèpre, l'éléphantiasis sont communes dans ce petit pays; on les attribue à la mauvaise qualité de l'eau, mais il me

semble qu'elles proviennent plutôt des habitudes dissolues et de la malpropreté extrême des habitants.

Hien de plus agréable qu'un voyage en steamer, lorsqu'on ne perd pas la terre de vue. Je ne me lassais pas d'admirer les belles montagnes couvertes do forêts séculaires qui si; déroulaient en une longue chaîne le long de la côte, les terres basses chargées de riches moissons, dont la verdure contrastait avec

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l'azur des flots, les petites villes qui se succédaient sans interruption et dont les maisons blanchies à la chaux se détachaient vivement sur le fond pittoresque des pentes boisées.

Là côte du Malabar a un aspect différent de la côte de Goromandel. Ce ne sont plus des déserts de sable semés, çà ët là, de quelques bouquets de lataniers ou fertilisés à gfand'peine par l'industrie de l'homme. Les ghâuts occidentales sont exposées à toute la violence des moussons du sud-ouest qui soufflent pendant six mois consécutifs et sont fécondées par les pluies torrentielles qui arrosent le sol à cette époque de l'année; aussi contiennent-elles, avec certaines régions des monts Himalayas les sites les plus pittoresques de l'Inde. Les moussons nord-est dont la côte orientale ressent principalement l'influence, y sont au contraire chaudes et sèches; elles calcinent la terre, et la patience indoue a pu seule transformer en campagnes fertiles les sables arides du Goromandel.

Jetons, en passant, un coup d'œil sur Honawar, village auprès duquel on admire les belles cataractes de Gerseppa, et, continuant notre route vers le nord, arrêtons-nous à Panjim ; c'est le nom que porte aujourd'hui Goa. Les Portugais ne possèdent plus, des vastes colonies qu'ils avaient fondées dans l'Inde, que le petit coin de terre où est bâtie cette ville; car Daman et Diu ne méritent pas d'être mentionnées. Toute leur ancienne puissance s'est évanouie dans l'Inde comme ailleurs.

Goa est une petite ville sans importance où quelques églises attirent à peine l'attention. Je crois qu'on y trouverait dans les bibliothèques des couvents des manuscrits et de vieux livres précieux pour l'histoire des colonies portugaises ainsi que pour les recherches sur l'origine de la rèligion chrétienne dans l'Inde; je ne pouvais pas malheureusement consacrer quelques semaines à ces études spéciales, et j'étais pressé d'arriver à Bombay, où m'appelait impérieusement le soin de ma santé.

Sur toute la côte sud-ouest de l'Inde, il existe une caste dont les mœurs matrimoniales méritent d'être mentionnées comme une de ces aberrations de l'esprit humain qui déshonorent tant d'institutions de l'Inde. On comprend que je veux parler des Naïrs et de la polyandrie , aussi vivace parmi eux qu'elle a pu l'être autrefois à Geylan et qu'elle l'est encore dans certaines vallées de l'Himalaya. Il résulte de cet. usage extraordinaire que chez ces Indiens le droit d'héritage ne passe pas du chef de la famille aux enfants de sa femme, mais à ceux de ses sœurs.

Bombay (des mots portugais buon bahia, bonne baie) est bâti à l'extrémité sud-est de la petite île de même nom qui est située sur la côte du Goncan par 18° 56' lat. N. et 70° 37' long. E. Sa rade, une des plus belles et des plus sûres de l'Inde, est fermée par les îles Salsette, Golaba, Garandja, Eléphanta, Butcher, Woody et Cross; l'aspect en est fort pittoresque, et il est peu de ports qu'on puisse lui comparer. A

l'arrière-plan, les montagnes du continent avec leurs sommets découpés se détachent sur l'azur du ciel, tandis qu'à leurs pieds les collines et les îles , chargées durant les moussons d'une verdure luxuriante, forment un tableau des plus ravissants.

L'île de Bombay est resserrée, basse et marécageuse; des chaussées la relient aux îles de Salsette et de Golabba. Elle n'est malheureusement pas salubre, malgré les travaux de drainage et d'endiguement qui ont été faits dans un but fort louable d'assainissement.

La ville se compose de deux parties, la ville vieille ou le fort et la ville neuve. Le fort s'élève à la pointe extrême de l'île sur une langue de terre qui s'avance dans la rade ; les murailles construites par les Portugais sont encore debout. Il y a dans son enceinte quelques beaux édifices, mais les rues sont étroites et sales, et la plupart des maisons bâties en bois, sont de pauvre apparence ; les étages supérieurs sont établis en encorbellement au-dessus du rez-de-chaussée, de sorte que les pièces du premier étage sont plus grandes que celles du rez-de-chaussée et que les piétons peuvent en beaucoup d'endroits circuler pour ainsi dire à couvert. L'édilité anglo-indienne s'occupe peu de l'entretien des rues : on y est fort incommodé dans la saison sèche par une poussière nauséabonde et durant les pluies par la boue.

Le Town-Hall (hôtel de ville) est le seul édifice qui mérite d'être signalé. C'est un vaste bâtiment, précédé d'un péristyle auquel conduit un escalier immense. Les salles en sont fort belles. Il renferme une bibliothèque riche en Ouvrages sur l'Inde; beaucoup de parsis ont fait à cet établissement des donations importantes, non qu'ils soient des littérateurs ou des savants, ce sont de bons, honnêtes et intelligents négociants, rien de plus ; mais ils sont pleins de cette vanité que donne la richesse, et si on flatte leur défaut, si on leur promet de consigner leur nom dans les annales de la science ou de leur faire dédicace d'un livre, ils s'empressent de fournir avec une générosité princière aux dépenses de travaux scientifiques, aux frais d'impression de livres spéciaux qui autrement ne fussent jamais sortis du portefeuille des auteurs, faute de moyens pécuniaires. Un musée intéressant est aussi installé dans l'hôtel de ville : il contient une collection de toutes les plantes médicinales indigènes dont se servent les Indous; on y voit aussi les modèles des divers métiers en usage dans le pays.

On peut encore visiter, dans le fort, l'hôtel de la Monnaie, les beaux docks où se construisent et se réparent les navires, et le marché au coton (bâtiments du Grant).

Si la ville de Bombay n'a ni l'aspect de Calcutta ni celui de Madras, elle est certainement plus curieuse à cause de la diversité des races qui se croisent à chaque instant dans les rues , et dont les costumes variés sont un attrait pour le voyageur. A côté des Indous, les fils du sol, et des Anglais, les conquérants, on y re-

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marque enveloppé dans son burnous l'Arabe aux cheveux rougis par la chaux, le Persan aux vêtements noirs et au bonnet d'astrakan, les Djaïnes et les Banyans avec des turbans de forme élevée, les Bhoras et les Khodjas , les Abyssiniens aux traits nubiens , les Arméniens dans leur longue robe, les Juifs, les métis portugais, les Parsis avec leur mitre noire, les Scindes avec leurs bonnets carrés, les Naïrs, etc.

Nous ne dirons rien des Arabes, des Persans et des Abyssiniens qui viennent momentanément à Bombay pour les nécessités du commerce ; les mœurs de ces peuples ne pourraient être décrites ici sans nous détourner de notre sujet. Nous nous contenterons de parler des habitants de l'Inde.

Les Parsis ou Guèbres sont originaires du Khorasan; ils se sont expatriés à la suite des persécutions dirigées contre eux par les musulmans conquérants de la Perse. L'histoire de leur émigration a été écrite vers 1599 dans le poëme Kissan-i-Sanjan, dont on doit la traduction à M. Eastwick. Sanjan est le nom de la ville où s'établirent les Parsis à leur arrivée dans l'Inde; elle est située à vingt-quatre milles au sud de la petite colonie portugaise de Daman.

On trouve des Parsis dans tonte l'Asie, depuis Aden jusqu'en Chine, mais c'est la présidence de Bombay qu'ils considèrent comme leur nouvelle patrie; c'est là en effet qu'ils sont en plus grand nombre, là qu'ils ont leurs temples, là qu'est leur dernière demeure. Ils vont au loin chercher fortune, car ils sont industrieux et laborieux, mais ils nourrissent toujouis l'espoir de retourner dans leur pays adoptif.

Personne n'ignore que l'ancienne religion des Perses a été réformée à une époque que l'histoire ne peut fixer par Zerdusht ou Zardasht, plus généralement connu sous le nom de Zoroastrc. Les anciens Perses, selon Hérodote , n'érigeaient ni temples ni statues à leurs dieux , et ils leur offraient des sacrifices sur le sommet des montagnes. Des récils légendaires font naître Zoroastre à Bébé, ville située dans le nord de ia Perse. Ses sectateurs aiment à raconter sur son enfance et sa vie des fables qu'il nous semble inutile de rapporter ici ; ce qu'il importe de savoir et de constater, c'est que les principes de morale qu'il a prêches et fait adopter en Perse ont beaucoup contribué à la civilisation de ses concitoyens.

Le Zcnd-Avesta ou livre sacré des Parsis qu'Anquctil du Perron a traduit en 1771, est attribué à Zoroastre. M. Erskine, dans une lettre écrite à sir John Malcolrn sur la religion des Guèbres, exprime l'opinion qu'il est l'œuvre relativement moderne d'un compilateur. Il semble, en effet, probable d'après certains passages où des invocations sont adressées à Zoroastre et à ses descendants, que ses œuvres, s'il en a laissé toutefois, ne nous sont pas parvenues.

Les Parsis reconnaissent l'existence d'un être suprême, éternel, omnipotent, créateur de toutes choses; ils l'adorent et lui adressent leurs prières. Deux principes contraires se disputent la suprématie en ce |

monde, Ormuzd, le génie du bien, et Ahriman, l'ange du mal ; lequel des deux est appelé à triompher dans la lutte qu'ils ont entreprise contre l'humanité? Les livres sacrés laissent ce point indécis et sans réponse péremploire.

Les Parsis croient au péché originel, à l'immortalité de l'âme, à la récompense de la vertu et à la punition du vice dans un autre monde. L'adoration de Dieu sous la forme du soleil ou du feu a été recommandée par l'illustre Zoroastre à ses sectateurs : « C'est par le soleil que tout vit; la terre lui doit sa fécondité, l'être animé son existence, la plante sa végétation ; et nonseulement il donne à tous le mouvement, mais il leur permet encore de se mettre en rapport les uns avec les autres : son influence n'est pas moins ancienne que le monde. »

Un des traits caractéristiques de la grande famille Parsi , c'est son attachement sans bornes pour ses usages primitifs. On peut dire que depuis plus de vingt siècles les Parsis ont repoussé toutes les innovations qui auraient porté atteinte à leur foi ou à leurs anciennes mœurs. On ne devrait donc pas s'attendre à trouver des sectes chez un peuple aussi scrupuleux ; il y en a cependant deux : les Shabanshahis ou Basmis et les Kadimis. Un prêtre d'une haute sagesse et d'une grande érudition, Jamasp, venu de Perse au commencement du dix-septième siècle, trouva à son arrivée une différence d'un mois entre l'année des Parsis de l'Inde et celle des Parsis de la Perse. La question fut très-controversée, et M. Eastwick reçut l'offre d'une somme considérable pour traduire certains passages du livre de Hyde {de Heligione Persarum) qui avaient trait au débat. Quelques-uns des Parsis conservèrent l'ancienne Supputation et la liturgie suivie depuis leur arrivée dans l'Inde; ce sont les Shabanshahis ou Rasmis. Les Kadimis, au contraire, ont adopté la réforme de Jamasp.

L'ère parsie actuelle date de l'époque où monta sur le trône Yazdijird, le dernier des rois de la dynastie Sassanide , détrôné en 640 par le khalife Omar ; l'année 1862-G3 pendant laquelle j'étais à Bombay était pour eux l'année 1 230 . Leur année comprend douze mois de trente jours chacun, à la fin desquels ils ajoutent cinq jours; tous les cent vingt ans ils intercalent un mois supplémentaire.

Dans toutes les villes où habitent des Parsis, on les voit di s l'aube du jour se diriger vers la campagne, et s'agenouiller au lever du soleil pour adorer et prier le dieu créateur de l'astre de vie. C'est un bel et émouvant spectacle que celui offert par des milliers de Guèbres se rassemblant, malin et soir, sur l'esplanade attenante au fort de Bombay, et leur front courbé vers la terre, unissant d'un commun accord h uis vieux et leurs actions de grâces. Les hommes seuls font leurs dévotions en plein air.

Il y a sur la côte nord du Concan beaucoup de temples Parsis; les feux qu'on v entretient nuit et jour sont de deux sortes : l'un, le Hehrarn, qui a été allumé

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aux feux bitumineux naturels des bords de la mer Caspienne, n'a, dit-on, jamais été éteint. Précieusement déposé sur une grille d'argent, il est alimenté avec du bois de sandal. L'autre, l'Adaran , est en moins grande vénération. "On ne compte , d'après M. Erskine, que trois temples du feu Behram, l'un à Udipour, petite ville située près de Daman , l'autre à

Nausary, le troisième à Bombay; les tempes de l'Adaran sont nombreux sur toute la côte.

Selon le comput des Kadimis, les fêtes des Parsis sont les suivantes : 1° le Nauroz ou jour de la nouvelle année qui tombe le premier du mois de Farouardine; cette journée est consacrée à honorer la mémoire du roi sassanide Yazdijird, à prier dans les temples et

Hôtel de ville de Bombay. — Dessin de E. Thérond d'après une photographie de l'album de M. Grandidier.

à rendre des visites à ses parents et à ses amis ; 2? la fête de l'ange tutélaire du même mois de Farouardine qui a lieu le 1 9 ; 3° l'Ardibihisht ou fête de l'ange chargé des clefs du paradis (le 3 du second mois de

l'année ; cette époque est réputée propice pour faire la guerre) ; 4° le Khourdad-Sal ou jour anniversaire de la naissance de Zoroastre (le 1er du mois deKhourdad, le troisième de l'année) ; 5° le Nauroz-i-Jamshid ou carna-

Les bâtiments du Grant, à Bombay. - Dessin de E. Thérond d'après une photographie de l'album de M. Grandidier

val Parsi qui est accompagné de toutes sortes de divertissements ; on le célèbre dans le mois de Mihr (févriermars), à l'époque de l'équinoxe ; 6° la fête des morts à la fin de chaque année; à cette occasion, c'est devant une pile de vases de métal remplis d'eau que les Guèbres font leurs prières ; l'eau est pour eux le symbole des âmes pures qui sont au ciel. Il est du reste fort

difficile de persuader aux Parsis de donner des rensei gnements sur leur religion et leurs mœurs ; tout ce qu'on en sait est encore fort incomplet.

Le costume des Parsis ne diffère guère de celui des Indous que par leur coiffure en forme de mitre : ils portent la robe et le pantalon blancs, auxquels ils joignent souvent dans les cérémonies un châle de prix,

Persans résiliant 4 Bombay. — Dessin du Enulo Uayard d'âpres une |>lioU>grapluo de l'album du M. Orudldisr.

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mais leur coiffure pyramidale en toile cirée noire, semée de petits dessins jaunâtres, les distingue à première vue de toutes les autres sectes ; dans l'intérieur de leurs demeures, ils remplacent cet appendice incommode par une calotte en soie à dessins rouges et jaunes également caractéristiques. Les prêtres ont une mitre blanche. Il n'est pas besoin, du reste, d'avoir vu beaucoup de Parsis pour reconnaître leur type, lors même qu'ils n'auraient aucun vêtement particulier. Leur teint plus clair que celui des Indous et autres peuples tropicaux, leur front fuyant qui donne à leur figure quelque ressemblance avec la tête d'un oiseau, leurs yeux vifs et intelligents, leur démarche calme, leurs favoris rasés au milieu même de la joue, bien d'autres détails encore indiquent leur origine et empêchent de les confondre avec les autres nations. De l'habitude de se marier entre eux, est résulté cet air de famille qu'on ne retrouverait nulle part à un semblable degré : ceci prouve d'une manière irréfutable que l'hérédité est une des lois de la nature qui est le moins soumise aux exceptions ; si en Europe la ressemblance d'enfant à parents est rare et n'est du reste jamais complète, il faut l'attribuer au mélange de sang qui existe dans toutes les familles.

Les femmes parsies portent le petit corsage et le sari des femmes indoues avec les pantalons des musulmanes. Elles se drapent gracieusement avec le sari dont elles se couvrent la tête. Leurs cheveux sont soigneusement relevés sous une coiffe de toile blanche : ce qui donne à leur physionomie déjà fort douce l'air placide et résigné des nonnes européennes.

Dès l'âge de sept ans, les enfants des deux sexes revêtissent le Sadra ou surplis sacré, qui représente la cotte de mailles que les Guèbres portaient avant leur arrivée dans l'Inde pour se préserver des attaques d'Ahriman, l'esprit du mal.

Rien de plus patriarcal qu'une famille de Parsis; le père à la figure grave, la mère au regard placide, les enfants à l'air mutin et éveillé offrent un de ces tableaux dont le regard ne peut se lasser. J'aimais à voir prendre leurs ébats joyeux aux jeunes garçons, revêtus de leurs beaux habits d'étoffe de soie brochée d'or ou d'argent.

J'avais lu dans Hérodote que les anciens Perses exposaient les corps de leurs parents décédés à la voracité des oiseaux de proie, Ce ne fut pas sans une surprise extrême que j'appris que cette antique coutume s'était conservée à travers les âges et qu'elle existait encore au dix-neuvième siècle parmi les Parsis. Il y a en effet à Malabar-Hill, près de l'un des faubourgs de Bombay, deux dakhmas ou tours du silence entourées d'une enceinte de pierre; c'est là que sont abandonnés aux vautours les cadavres des Parsis. Ces tours sont rondes et à ciel ouvert1. Gomme les Guèbres seuls peuvent pénétrer dans la demeure des morts, lady Falkland , femme d'un ancien gouverneur de la province

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