I. Suite — Voy. page
sieurs dont j'ai conservé précieusement les belles cornes annelées.
Le sanctuaire de la Pagode noire n'existe plus; à sa place on ne découvre qu'une montagne de débris et de pierres. Le vestibule, quoique presque en ruines, est encore en assez bon état pour être étudié du touriste. Il serait difficile de compter le nombre de bas-reliefs, de sculptures de toutes sortes, de groupes de grandeur naturelle qui se trouvent sur les murs extérieurs. Ces œuvres, d'une belle exécution, sont supérieures à toutes celles auxquelles nous a habitués l'art indou moderne.
Il esl à regretter toutefois qu'elles soient exclusivement consacrées à représenter des sujets de la plus grande obscénité. L'ensemble de Cette partie du monument est grandiose; la voûte qui s'élève à une grande hauteur est d'une noble hardiesse. (Test là que l'art indou semble avoir atteint son plus haut degré de splendeur ; la grandeur n'y exclut pas l'élégance, et la majesté s'y allie à la richesse.
Itàtie comme tons les temples de l'Orissa sans le secours du bois, la Pagode noire n'est consolidée en plusieurs endroits (pie par d'énormes poutres de
VOYAGE DANS L'INDE
fer1. Deux portes donnent entrée à ce vestibule; elles ont une largeur de cinq mètres : la décoration de la principale est remarquable. Les parois latérales présentent un soubassement enricbi chacun de sept petites statues de vingt-huit centimètres de hauteur; la partie supérieure est garnie de guirlandes et d'ornements grossiers ; les linteaux ou traverses horizontales sont aussi très-finement sculptés. Sur le sol on remarque une pierre de près de huit mètres de long sur un mètre trente centimètres de large et deux mètres de haut, qui servait jadis de couronnement à la porte, et sur laquelle on distingue les neuf images ordinaires des planètes. Dans toutes ces sculptures, il y a profusion de cordons de perles.
La voûte qui s'élève à une grande hauteur, — au moins trente mètres, — est construite par voie d'assises horizontales, chaque pierre débordant celle qui la soutient. Les faces extérieures du monument étaient entièrement recouvertes de sculptures et de godrons5. Malgré les herbes qui ont envahi cet antique monument, malgré l'état de délabrement où il se trouve réduit, on peut encore juger de l'aspect grandiose qu'il devait présenter quand il était intact, et qu'un nombre considérable de statues le décoraient.
Le sommet du vestibule affecte la forme d'une espèce de turban en pierre supporté par huit lions ; il est surmonté lui-même d'un autre plus petit, reposant sur huit griffons. Ce vestibule mesure vingt mètres de côté.
Il est impossible de ne pas exprimer des regrets au nom de l'art, quand on voit ce temple magnifique se dégrader de jour en jour ; avant peu d'années, il ne restera qu'un monceau de ruines là où s'élevait l'un des plus beaux monuments de l'architecture asiatique.
Bhuvaneshwara était au commencement de l'ère chrétienne une des plus grandes villes de l'Inde. Au milieu de la jongle, sur l'emplacement où s'élevait jadis cette importante cité, on aperçoit encore aujourd'hui des temples dont on peut évaluer le nombre à plus de cent ; quoique abandonnés pour la plupart, ils sont en bon état de conservation. C'est au septième et au huitième siècle après Jésus-Christ que furent édifiés presque tous ces monuments. Ils présentent un grand intérêt, non-seulement à cause de leur beauté et de leur originalité, mais surtout pour l'étude de l'architecture asiatique.
Je n'ai pu pénétrer dans la pagode du Lingraja, la plus remarquable de toutes par ses dimensions.
Le sanctuaire mesure environ cinquante mètres de haut. Quelques brahmanes réfugiés dans ce temple en interdisent l'entrée à des parias aussi impurs, à leur point de vue, que les Français et les Anglais ; mais comme tous les temples petits et grands sont ornés et distribués de la même manière, je puis en donner une idée exacte par la description de celui que représente une des gravures jointes à ce récit.
1 . Quelques-unes de ces barres de fer qui mesurent plus de six mètres de long, sur vingt centimètres d'épaisseur.