‹ Voyage dans les provinces méridionales de l'IndeChapitre 4 sur 21 · NS L'INDE · texte numérisé non relu

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dhisnie les Indous ont -ils donné à leurs premiers temples la forme curieuse et insolite qu'on trouve dans ceux de l'Orissa? Je suis obligé, avant de développer le résultat de mes recherches et réflexions à ce sujet, d'entrer dans quelques détails sur les révolutions religieuses qui se sont opérées dans, l'Inde avant e! après notre ère.

La plus importante aujourd'hui des nombreuses religions qui sont répandues dans l'Inde, celle qui compte le plus de disciples, c'est, sans contredit, la religion indoue, dont nous allons nous occuper.

L'islamisme, importé vers la fin du douzième siècle

Erhsu-d

mérite une étude assez approfondie , toutes les l'ois qu'on veut remonter aux origines des religions, des arts et de la civilisation actuelle de ce pays. Je crois donc

utile de tracer ici, avec quelq létail, les dogmes de

celle religion qui, du nord-ouest du Bengale où elle prit naissance, s'étendit peu à peu sur la surface entière de l'Inde et eut un de ses foyers les plus actifs dans l'Orissa. où elle a laissé des traces si profondes de son passage.

La vallée du (lange, si connue pour sa richesse et sa fertilité, a été le berceau de la civilisation de l'Inde. Le sol de cette contrée (éc m h- produisait tous les

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fruits nécessaires à l'alimentation de ses habitants sans les astreindre à de grands efforts : frappés des avantages de cette situation exceptionnelle , de nombreuses tribus de la race aryane, venues du nord et du nord-ouest, s'y sont constituées en groupes sociaux à une époque non encore déterminée par l'histoire. Pour maintenir l'ordre dans cette réunion d'individus, on eut recours à des conventions qu'ont dû accep-

ter tous les membres de la communauté, sous peine d'être livrés à l'anarchie. Ces lois, toutes conventionnelles, étaient basées sur les besoins communs de tous, sur les exigences d'immigrations et de conquêtes successives et superposées pour ainsi dire, et aussi sur les superstitions naturelles à tout être ignorant, que domine la crainte de l'inconnu.

Les plus anciens livres sacrés de l'Inde ne prêchent

Pagode près de Cuttack. — Dessin de A. de Bar d'après l'album photographique de M. Grandidier.

que les principes naturels à toute société qui s'organise. Ils admettent un Dieu créateur, unique, tout-puissant1, mais ils ne lui vouent point de culte extérieur ;

1. Cette assertion demanderait plus d'une réserve si elle avait trait aux Védas, les plus antiques monuments de la langue sanscrite; elle ne peut s'appliquer qu'aux Brahmanas, aux Oupanichads et aux autres commentaires métaphysiques de ces recueils d'hymnologie primitive auxquels ils sont postérieurs de bien des siècles. 1 (p. DE l.)

ils ne lui élèvent pas de temples, ils se contentent de l'honorer comme la sanction divine de leurs lois et de leur morale. Ils défendent bien, comme l'ont fait les Égyptiens, mais pour cause d'utilité et non par pure superstition, d'immoler à la gourmandise de quelquesuns le bœuf, animal indispensable à leurs cultures. Ils constatent enfin que dans toute réunion d'hommes il existe une différence nécessaire, due aux occupations

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forcées auxquelles on est obligé de se livrer. De là quatre grandes castes rangées, suivant l'ordre de leur importance sociale et intellectuelle ; d'abord les Brahmanes (savants), ou prêtres qui dirigent les hommes et les maintiennent dans la voie des devoirs sociaux ; — les kchattrias, soldats chargés de défendre la patrie contre l'envahissement des étrangers, — les vaïçiyas , agriculteurs et marchands, qui procurent à la communauté les objets nécessaires à l'alimentation de tous, — puis enfin les çoudras, ouvriers et manœuvres, qui ne mettent au service commun que leur force physique et dont le seul devoir, selon le code de Manou, est de servir les classes supérieures sans murmure et sans envie.

La tradition indoue , telle qu'elle est enregistrée dans le Manava castra, caractérise parfaitement cette division du corps social en quatre classes. De la tête de Brahma, le créateur, sont sortis les savants et les prêtres, de ses bras les guerriers, de son ventre les marchands et les cultivateurs, de ses pieds les çoudras, ouvriers et prolétaires.

Avec les siècles, les principes brahmaniques s'étaient corrompus, et l'esprit subtil des Indiens avait déjà inventé longtemps avant l'ère chrétienne des légendes plus ou moins fabuleuses ou bizarres ; la morale pratique des premiers temps s'était pervertie. Mais lorsque le Bouddha prêcha sa religion, les brahmanes n'étaient point encore cependant arrivés à ces excès de démence dont nous avons le spectacle de nos jours, ét dont nous parlerons après l'exposition des principaux dogmes du bouddhisme ; il y avait de nombreux points de contact entre les deux doctrines aujourd'hui si différentes.

Il est indispensable d'entrer ici dans quelques détails au sujet de la religion bouddhique telle qu'elle a été prêchée dans l'Inde et qu'elle est encore pratiquée à Geylan, le seul pays où elle ait encore en partie sa pureté. Au Thibet et au Népaul, dans le royaume d'Ava en Chine, et les doctrines bouddhiques sont tellement corrompues qu'on ne saurait y reconnaître les vrais principes fondamentaux.

Les bouddhas et leur doctrine, suivant les commentaires des livres sacrés, sont incompréhensibles; non moins incompréhensible est la grandeur des résultats produits par la foi en ceux qui croient en leurs enseignements. Bien de plus vrai que la première partie de cette réflexion. Il n'est pas facile même aux philosophes les plus habitués aux subtilités de la métaphysique de toujours comprendre les élucubrations nuageuses des disciples du Bouddha qui ont cherché à exposer les doctrines de leur maître. Nous essayerons toutefois de donner quelque idée d'un système qui a exercé une influence si considérable sur le monde asiatique.

La vérité est éternelle et immuable, telle est la base du bouddhisme. A des périodes séparées par un espace de temps incalculable, apparaissent des hommes d'une sagesse éminente, d'une sainteté parfaite, qui, libres de l'influence des passions, sont parvenus à éteindre en eux non-seulement tout désir sensuel, mais même

le désir de vivre ; qui, par leur vertu persévérante et leurs efforts intellectuels, ont acquis une connaissance exacte de la vérité universelle. Ces hommes ont tous enseigné cette vérité aux autres hommes (surtout en ce qui touche la morale et le moyen de se délivrer des chaînes d'une existence de souffrances et de misère), et leurs doctrines ont fondé les religions bouddhistes qui ont existé de temps immémorial. Ces êtres portent le nom de Bouddhas ou éclairés.

Mais il en est de la vérité comme de toutes choses en ce monde ; elle va se corrompant et la religion disparaît, les préceptes de morale sont méconnus, jusqu'à ce qu'un autre Bouddha se révèle et prêche à nouveau les mêmes vérités éternelles.

Le nombre des Bouddhas est illimité, et depuis l'origine des siècles il en est apparu un grand nombre ; on ne connaît les noms que des vingt-quatre derniers.

Tous les Bouddhas sont égaux entre eux, et aucun des anciens ou Adi-Bouddhas, malgré les idées adoptées dans le Népaul, n'est supérieur aux autres en sagesse, en sainteté et en pouvoir.

Le dernier des Bouddhas naquit en 624 avant Jésus-Christ à Kapilavastou, ville située sur la frontière du Népaul et capitale du royaume que gouvernait son père, le rajah Souddhodano. A sa naissance, il reçut le nom de Çiddartha, mais il est plus généralement connu sous le nom de Çakya-Mouni (Çakya le religieux) et sous celui de Gotama, qui lui venait de ses ancêtres royaux, les Gotamides, issus eux-mêmes de ces premiers chefs des émigrations aryanes, qui rattachaient leur origine au soleil.

Nous ne pouvons mentionner ici les miracles dont fut entourée son enfance. Nous ne disposons ni du temps ni du cadre nécessaires pour cela. Mais des légendes bouddhiques, presque contemporaines de sa prédication, ayant peint, avec une naïve énergie, ses impressions aux premiers regards qu'il jeta autour de lui sur le monde , nous croyons indispensable de les rappeler le plus succinctement possible , et pour atteindre ce but, nous aurons recours aux résumés concis qu'en ont rédigé , d'après les documents originaux, ceux de nos contemporains qui ont fait de l'Inde antique une longue et consciencieuse étude.

« ....Un jour qu'avec une suite nombreuse Çiddhartha se rendait à un jardin auquel se rattachaient tous ses souvenirs d'enfance , il rencontra sur sa route un homme vieux, cassé, décrépit, portant sur son corps ravagé tous les symptômes d'une fin prochaine. « Ainsi « donc, dit Çiddhartha à son cocher, la créature igno- « rante et faible, au jugement erroné, est fière de la « jeunesse qui l'enivre, et elle ne voit pas la vieillesse « qui l'attend. Pour moi, je n'irai pas plus loin. Co- « cher, retournons au palais. Moi, qui suis aussi la « demeure future de la vieillesse, qu'ai-je à faire avec « le plaisir et la joie? »

« Un autre jour, il se dirigeait vers le même jardin quand il rencontra un homme atteint de maladie, en proie à une fièvre ardente et respirant à peine: <> La

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santé, dit le jeune prince, est donc comme le jeu « d'un rêve, et la crainte du mal a donc celte forme « insupportable ? Quel est l'homme qui, en y réfléchis- « sant, pourrait désormais avoir l'idée de la joie et du « plaisir?» Et ce jour-là encore Çiddhartha n'alla pas plus loin.

« Une autre fois, il retournait à ce lieu de promenade quand il rencontra sur la route un cadavre porté dans une bière , couvert d'un linceul et entouré du cortège de ses parents en deuil , versant des larmes, sanglotant et poussant des cris. Le prince , prenant encore son cocher à témoin de ce spectacle lamentable, s'écria : « Ah! malheur à la jeunesse que la vieilce lesse doit détruire! Malheur à la santé que minent « les maladies sans nombre ! Malheur à la vie que la ■< mort tranche en si peu de temps! Ah! s'il n'y avait « ni vieillesse, ni maladie, ni mort! Si la vieillesse, la « maladie, la mort, étaient pour toujours enchaînées ! » Puis, sa pensée intime se faisant jour pour la première fois, il ajouta : « Retournons en arrière ; je vais « rêver à la délivrance ! » Çiddhartha venait d'entrevoir le nirvana. Peu de temps après, abandonnant rang, puissance, affection, il se retira dans la solitude et commença sa carrière de missionnaire prêcheur, qu'il poursuivit jusqu'à sa mort, arrivée soixante ans plus tard (543 avant Jésus-Christ)1.

a Sa doctrine qui , de son vivant du moins , parait avoir été plus morale que métaphysique, et qu'il imposait à ses auditeurs comme bouddha (c'est-à-dire comme être inspiré, éclairé), reposait, a dit Eurnouf, « sur < une opinion admise comme un fait, et sur une es- « pérance présentée comme une certitude8. »

o Cette opinion, c'est que le monde visible est un perpétuel changement; que la mort succède à la vie et la vie à la mort; que l'homme, ainsi que tout ce qui l'environne, roule dans le cercle éternel de la transmigration ; qu'il passe successivement par toutes les formes de la vie, depuis les plus élémentaires jusqu'aux plus parfaites; rpie la place qu'il occupe dans la vaste échelle des êtres vivants dépend du mérite des actions qu'il accomplit en ce monde, et qu'ainsi l'homme \erlueux doit, après sa vie, renaître avec un corps divin, et le coupable avec un corps de damné; que les récompenses du ciel et les punitions de l'enfer n'ont qu'une durée limitée, comme tout ce qui est dans le monde; que le temps épuise le mérite des actions vertueuses, de même qu'il efface la faute des mauvaises, et que la loi fatale du changement ramène sur la terre et le Dieu et le damné, pour les mettre de nouveau l'un et l'autre à l'épreuve cl leur faire parcourir une suite nouvelle de transformations. L'espérance (pie Çakya-Mouni apportait à l'humanité, c'était la possibilité pour tous les hommes, quelles que fussent leurs castes et leurs naissances, d'échapper à la loi de la transmigration et

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