‹ Voyage dans les provinces méridionales de l'IndeChapitre 6 sur 21 · Fragment de Mégasthènes,. conservé par Strabon · texte numérisé non relu

Fragment de Mégasthènes,. conservé par Strabon

2. Voyez : 1° Histoire de la vie de Hioucn Thsang el de ses voyages dans l'Inde, depuis l'an 629 jusqu'en Gi5 ; et 2° Si-Ya-Ki, ou mémoires sur les contrées occidentales. Ouvrages chinois, traduits par M. Stanislas Julien.

3. Barthélémy Saint-Hilaire, , tournai des Savants, avril 1865.

pour être imposés à l'adoration de la foule comme des avatars ou incarnations de Vichnou et de Çiva; de là les générations déshéritées de tout exemple humain d'héroïsme, de dévouement, de moralité, de toute gloire et de tout souvenir , au profit de ces deux divinités qu'à une époque, non précisée encore, des considérations politiques avaient forcé les brahmanes d'admettre au sommet de leur Olympe , à côté de leur dieu principal; de là, enfin, l'apothéose de Krichna et toutes les fables antiques, tout le mysticisme rêveur des âges récents se résumant dans le culte de ce dieu nouveau.

« Un monument sanscrit du cinquième siècle de notre ère, un poëme astrologique où se trouvent consignés les noms et les attributs des principales divinités du Panthéon brahmanique de cette époque, ne faisant aucune mention de Krichna, on ne peut guère errer en supposant que c'est au moment de la lutte contre le bouddhisme que ce dernier des héros de l'Inde antique a revêtu un caractère divin, et que les brahmanes se sont servis de sa légende romanesque et populaire pour émouvoir les masses et pousser celles-ci contre leurs adversaires. On ne se trompera pas davantage en cherchant les soldats de la croisade contre le bouddhisme et les exécuteurs des vengeances des brahmanes dans les tribus belliqueuses de Bajpoutes, qui émigraient alors de la rive droite sur la rive gauche du Sind, et qui, longtemps fidèles aux plus vieilles traditions des cultes védiques, adoptèrent avec une foi aveugle le culte de Krichna, flattés de retrouver dans ce héros déifié une manifestation de Vichnou, le dieu de leurs ancêtres.

« Quelles que soient les modifications réservées à cette hypothèse par les découvertes futures de la science, toujours est-il que la défaite suprême du bouddhisme, l'apparition des Bajpoutes sur le sol de l'Inde et l'absorption dans leurs rangs de ce qui restait de Kchattryas, sont trois faits coïncidant dans l'espace et dans le temps '.

« Mais une fois sur la pente glissante du passé, le brahmanisme ne put s'arrêter. En y cherchant des étais et des auxiliaires, il s'était condamné à en redescendre, un à un, tous les degrés, à en soulever toute la poussière, à plonger dans toute sa putréfaction. Il n'en sortit qu'infecté à tout jamais, impuissant et suicidé. Quand il voulut rentrer dans ses temples, purgés des rites bouddhiques, il les trouva envahis par les dieux de ses alliés. Il ne s'y glissa qu'à leur suite et il pactisa avec les cultes orgiaques et sanguinaires que ses premiers législateurs avaient écrasés ou subalternisés. Les Bajpoutes, apportaient avec eux, de l'Occident, l'infanticide et le meurtre des veuves, les tribus sauvages des montagnes et des forêts vouaient à leurs dieux des victimes humaines ;

1. Voir à ce sujet le savant travail de feu M. Reinaud, de l'Institut, intitulé: Mémoire géographique, historique el scientifique sur l'Inde antérieurement au milieu du xie siècle, d'après les écrivains arabes, persans et chinois. (Paris, 1849.)

eh bien, le brahmanisme apposa sa sanction sur ces I abominables usages que vingt siècles auparavant ses ancêtres avaient anathématisés '. »

Sur toute la terre de l'Inde, sauf les vallées du Népaul et l'île de Ceylan. il ne resta du bouddhisme que ses monuments religieux adoptés par ses rivaux comme type d'architecture sacrée.

Obéissant à ce besoin d'adoration inhérent au cœur de l'homme, les bouddhistes ont, peu après la mort du grand sage, commencé à adorer les restes de son corps qui avaient échappé à la crémation, les objets qui lui avaient appartenu, l'arbre sous lequel il avait atteint la dignité de Bouddha. Des mausolées immenses furent érigés sur ses reliques, et on finit par les adorer, contrairement aux principes les plus essentiels de la religion. Destinés à fixer dans la mémoire des hommes les vertus et la sagesse de Gotama et à leur rappeler le modèle qu'ils devaient chercher à imiter, ces mausolées devinrent de véritables idoles.

Cette question nous ramène naturellement à celle qui a soulevé cette digression si longue et cependant si indispensable sur le brahmanisme et le bouddhisme ; je veux parler des origines de l'architecture orissienne, rpii elle-même a donné naissance à l'architecture indoue de nos jours.

Avant la réforme bouddhique, les brahmanes gardaient leur science et leur philosophie pour eux, et traitaient en esclaves leurs compatriotes moins éclairés et moins intelligents. La religion qu'ils pratiquaient, l'adoration du soleil et du feu ne les avait pas amenés à construire d'édifices durables ; les arbres des forêts leur fournissaient les matériaux de leurs demeures. Dans tous les pays tropicaux où les arbres sont si communs et où l'on n'a à craindre ni les frimas ni les intempéries des saisons, on n'a jamais eu recours à la pierre que pour les édifices religieux, œuvre commune d'une multitude d'hommes.

Le bouddhisme lui-même, si l'on se rappelle ses dogmes, ne semblait point non plus appelé a porter les Asiatiques vers les grandes iruvres architecturales.

Toutefois, lorsque, deux siècles et demi avant Jésus- Christ, Açoka régnait sur le nord de l'Inde et que Devananpiyatissa civilisait l'Ile de Ceylan, on vit des grottes se creuser et des tombeaux ou des monuments s'élever en l'honneur du Bouddha. La religion commençait à se modifier. Ces tombeaux ou dagobas, chargés il abord de perpétuer la mémoire du sage et de rappeler aux hommes ses vertus, devinrent rapidement de vraies idoles auxquelles on adressait des invocations et auxquelles on lai-ail des ollramh'S. Les ciirumainhulalions étaient regardées rumine méritoires.

Les dagobas ont la forme hémi-ellipsoïdale, comme nous le verrons en parcourant Ceylan, et sont surmontées d'un lie ou reliquaire. C'est d'elles qu'a pris naissance l'architecture de certaines pagodes, comme celles de l'Orissa et de quelques autres parties du Deccan.

l. Ferdinand de Lanoye, lnir contemporaine, demeure édition,

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