CHAPITRE II
Commencement de l'exp‘£ition. — Entrevue avec M. Charles. — Nous sommes scicius par un coup de vent. — Description H de notre tente. — Tourmente, — Le grand Rapide. — Pro- à grès de la culture. — Arrivée à Cumberland-House. — Dé- 4 part des bateaux soug les ordres de M. King. — Je m’embarque dans un canot. — Manœuvre des bateaux dans les Rapides. — Ile à la Crosse, — Lac des Buffles.— Bourrasque. — Une mouffette. — Portage La Loche. — Site pittoresque. — Entrevue avec MM. Sluart et A. Macs-Leod, — Nouveaux volontaires. — Arrivée au fort Chippewyan. — Renseignemens sur la route supposée par le Fond-du-Lac. — Rivière salée. — Esquisse d’une troupe d’Indiens. — Description des sources salées. — Gampement des | Indiens. — Renseignemens des naturels sur les rivières Thlew-ee- 1 Ghoh et Téh-Lon. — Arrivée au Fort-Résolution.
28 juin. — Ce fut un jour bien heureux
pour moi! Comme je sentis mon cœur se gon:- À fler de joie et d'espérance lorsque le canot il poussant au large, je me vis enfin débarrassé de ss ces fastidieuses difficultés inhérentes aux com- | if mencements de toutes choses, et en position l de justifier les augures favorables de mes amis. à
Engagé désormais sans réserve dans la voie
qui doit me conduire à l’accomplissement de DE
. Q ., 4 ma mission, j'en contemple le nobie but, et je me sens emporté dans une sphère élevée de
sentiments généreux!
Les rameurs travaillèrent presque sans relâche jusqu’à cinq heures avant midi; nous commençâmes alors à distinguer un petit point noir sous les falaises de sable qui avoisinent la pointe Mossy, à l'extrémité nord du lac Winnipeg ; il s’approchait, et nous parut d’abord être un canot indien; mais quelle ne fut pas ma joie lorsqu’en approchant je le reconnus pour un des petits canots de la Compagnie venant d’Athabasca et portant MM. Smith et Charles! Le hasard m'offrait une entrevue après laquelle je soupirais depuis long-temps.
M. Charles avait fait subir aux Indiens de nombreux interrogatoires , et en avait tiré des renseignements assez précis sur la position de la rivière Thlew-ee-Choh : On en pouvait conclure que l’origine de ce cours d’eause trou-
vait au N. E. du grand lac de l’Esclave, à peu
bie but , et
re élevée de
ue sans remidi; nous 1 petit point voisinent la lu lac Winparut d’as quelle ne ant jele ree la Compa- MM. Smith e entrevue ong-temps.
Indiens de
avait tiré la position en pouvait eau se trou-
ave, à peu
près vers l'endroit où mon digne ami le docteur Richardson et moi-même l’avions théoriquement placé. M. Charles s'était en outre abouché avec un chef indien appelé du nom français :
« Grand-Jeune-Homme. » Cet Indien, dont la troupe avait choisi pour lieu de chasse les environs du grand lac de l’Esclave, affirmait que les rapides du Thlew-ee-Choh ne permettraient pas à des bateaux, et même à des canots un peu grands, d’en suivre le cours ; maïs il ajoutait qu’en se rendant à une grande rivière appelée Téh-Lon, on éviterait ces difficultés et lon arriverait en définitive au même point :
les embouchures de ces rivières étant si voisines que la fumée d’un feu allumé sur le bord de lune d’elles pagrrait être très distinctement aperçue sur les bords de l’autre. Le chef avait fait une esquisse grossière de cette contrée; j'y reconnus en effet plusieurs parties, situées au voisinage du grand lac de l'Esclave; mais quant à la direction assignée aux cours des
rivieres par les Indiens, ces deux messieurs
n'avaient pu rien éclaircir , et je fus moi-même tout-à-fait incapable d'arriver à une conclusion satisfaisante d’après ce qu’ils surent m'en dire. Toutefois il paraissait que ces rivières étaient poissonneusés et le pays riche en gibier; mais ce qui me comblait de joie, c’est que le chefet plusieurs des siens manifestaient le désir de nous accompagner.
Je soumis à M. Charles l'opinion de M. A.
Stewart de Montréal, sur la possibilité de trouver une route praticable, partant de lextrémité orientale du lac Athabasca; mais cet officier, plus en état que personne de juger cette opinion puisqu'il était chargé du gouvernement de ce district, me déclara n'avoir aucun renseignement sur l'existence Qune telle route.
Après m'avoir prévenu qu'il tenait des provisions à notre disposition en cas de besoin, et que M. Mackenzie en avait aussi pour nous à l'ile à la Crosse ; après être convenu avec moi de quelques arrangements relatifs soit aux ba-
teaux pour le Portage La Loche, soit aux chiens
moi-même onclusion m'en dire.
es étaient bier; mais le chef et
désir de
de M. A.
é de troule l’extrés cet offiiger cette ernement cun rene route.
des pro- > besoin, pur nous avec moi aux ba-
x chiens
DU CAPITAINE DACK. 45
dont nous aurions besoin le long de la route, il se sépara de moi, et nous poursuivimes gaiement chacun notre voyage.
La soirée fut calme et le temps serein; si la force des matelots eût répondu à mon impatience, nous eussions passé la nuit sur l'eau; mais depuis dix-huit heures qu’ils maniaient les avirons, il eüt été cruel de leur refuser un peu de repos. À 8 heures {o minutes après : midi, nous abordâmes la côte où des essaims dé moustiques fondirent immédiatement sur nous.
Les falaises, depuis la pointe Mossy jusqu’à celle de New-Limestone, présentent un aspect assez remarquable. Elles sont formées d'argile recouverte de six pieds de substances végétales; les couches en sont horizontales et disposées en feuillets, comme les pages d’un livre; la couleur varie depuis le brun noirâtre jusqu’à une teinte légèrement ocreuse. Le terrain inférieur est un sable calcaire mêlé de petits
fragments de même nature, roulés par les eaux.
Le lac empiète constamment sur ses bords, comme on peut le reconnaître par les innombrables débris de branches et de troncs d’arbres dont on voit dans le sol les racines encore vertes.
Le lendemain nous étions en route à trois heures du matin, aidés d’une petite brise qui nous dispensait des avirons. Mais le vieux proverbe « petite brise devient grand vent » fut bientôt justifié; en moins de deux heures la tourmente acquit un tel degré d'intensité, qu’il nous fellut chercher un refuge vers la côte au travers des bancs de sable; on trouva un abri pour le canot, et chacun prenant ses effets, sauta à l’eau pour gagner le rivage à gué.
Je ne connais rien de plus mortifiant pour un marin que d’être dominé par le vent sur l’eau douce. Quand on parcourt l'océan immense, on se résigne assez volontiers devant le caprice des éléments; mais se voir cloué indéfiniment sur le rivage, tandis que scus ses yeux
des oiseaux jouent dans la tourmente et y
DU CAPITAINE BACK. 47 | es bords, prennent leurs ébats, c’est un genre de vexation (| s innom- qui, je l'avoue, met en défaut toute ma phi- L:
(4 La / 4 , \ ; { ARR losophie. Aussi, pour échapper à l'accès de | es encore mauvaise humeur qui me gagnait, je chaussai W une paire de bottes d’Esquimaux, faites de À e à trois veau marin, et mon fusil au bras, je fis le À brise qui tour d’un terrain marécageux, excessivement ) ieux pro- boisé, où les taillis, les saules et les arbres tom- 4 ent » fut bés formaient un fourré tellementinextricable, ‘7 heures la que j'eus toutes les peines du monde à n’en \ ; sité, qu’il dépétrer. Cet exercice calma complètement se h mes nerfs, et rétablit mes esprits dans une as- k a cote au ; P 4 h un abri siette assez paisible pour me permettre de va- à LS ‘effets quer à d’autres occupations. Je retournai à la En, ? H , A Q A a ie tente, harassé, tout-à-fait “endu, et là, savou- *f] , $ ÿ ; ant pour rant le repos dans l'abandon et la quiétude k vent sur d'un homme qui voyage pour son plaisir et 1 mit vis supporte philosophiquement les petites con- al levant le trariétés de la route, je m’amusai à observer le A TR bizarre assemblage des objets qui m’entou- pis éindéfi- 8 | Jets q | ï ses yeux raient. — À mes pieds un paquet roulé dans His nte et v une toile cirée, contenant quelques couvertures à 1)
A8 VOYAGE auxquelles on osait donner le nom de lit; — à côté une pièce de bison séché : chair dure et coriace, fantastiquement ornée de longs poils noirs, qui s’insinuent inévitablement entre les dents, quelle que soit l'adresse du malheureux condamné à s’en nourrir; — plus loin; une serviette passablement propre, étendue en guise de nappe sur un ballot de toile rouge, portant une théière, quelques biscuits et une salière ; — auprès, un plat d'étain et une sorte de gardemanger de même matière, renfermant pour toute richesse un jambon gras, produit de la colonie de la Rivière Rouge; — et enfin le pemmican si renommé : sans contredit, la meilleure nourriture que l’on puisse avoir pour des expéditions comme la nôtre; — derrière moi deux boîtes contenant des instruments astronomiques, et un sextant posé à terre;— dans les différents coins de la tente, des ustensiles de toilette , un fusil, un sac à poudre indien, des boîtes, des vases, et un infortuné pot vernissé
de triste physionomie, tout cabossé et tout
le lit; — à ir dure et ongs poils tentre les alheureux n, une sere en guise e, portant salière ; — de gardemant pour >duit de la in le pemmeilleure des expémoi deux stronomins les difensiles de dien, des vernissé
b et tout
DU CAPITAINE BAC&. a meurtri, pour avoir été trimballé sur les rochers et les portages, entre Montréal et le lac Winnipeg. L'équipage logé dans la tente ne le cédait pas en bizarrerie au mobilier : on y voyait mélés, un Anglais, un homme de Stornaway, deux Canadiens, deux métis, trois Indiens Iroquois. Ils causaient tous ensemble, et
la tour de Babel n’a peut-être point entendu de
sons plus discordants que le bruit de leur con-
versaiion.
Vers le soir la brise tomba, et je croyais pouvoir me remettre en route dans la nuit. Mais
les nuages devinrent plus épais, et il s’en échap.
pait par intervalles des bouffées de vent ac-
compagnées d’un murmure sourd; c’étaient des avant- coureurs certains de la tempète qui éclata dans toute sa violence le 50 au matin.La surface du lac ne fut plus qu'une vaste nappe d’écume formant un contraste imposant avec les teintes ardoisées de la partie du ciel d’où soufflait la bourrasque. Les moustiques avaient disparu ; quelques goëlands, incapables de
| | | | fl
Di
lutter contre la fureur des élémens, abandon:naient la poursuite de leur proie et se réfugiaient en désordre sous le vent d’un banc de sable; des corneilles fatiguées se laissaient balancer sur les branches agitées des pins, sans prendre le moindre souci à l'approche d’un pas étranger. Tout cet ensemble présentait une scène pittoresque de tristesse sauvage. J’assemblai les hommes dans la tente, et je leur lus le service divin. — Le soir on aperçut une mouche luisante.
Le 1‘ juillet, le changement de temps nous permit de continuer notre route ; nous dépassàmes les roches calcaires qui bordent cette partie du lac, et nous atteignimes le Grand Rapide, dont les particularités intéressantes ont été trop bien décrites et trop bien détaillées par sir John Franklin, pour qu’il me soit permis d'en parler encore apres lui.
Quelques Indiens libres (freemen)et autres (1 ),
(1) On nomme freemen ceux qui après avoir été employés par la com -
pagnie ont obtenu leur congé, et vivent comme ils peuvent de leur travail et de leurs ressources.
abaudonse réfubanc de laissaient Jins, Sans che d’un ntait une age. J'ast je leur
rçut une
1ps nous 1s dépasent cette e Grand essantes 1 détail-
me soit
itres(t),
sparlaroment de leur
ont coutume de se rassembler aux deux extrémités du rapide, soit pour troquer leur sucre d'érable avec les voyageurs, soit pour soulager, moyennant salaire , les équipages accablés sous le poids de leurs lourds fardeaux. Il y avait parmi eux beaucoup de malades, et tous se plaignaient douloureusement de la rareté des ani- Aux.
Aprés plusieurs rapides nous entrâämes dans le lac Cédar, plus connu sous le nom de lac Bourbrn.
Arrivé dans la rivière Saskashawan, je fus surpris à la vue d’une grande ferme élevée sur la rive droite. Des constructions, des granges, huit ou dix belles vaches et trois ou quatre chevaux paissant entre des clôtures palissadées , rafraichirent agréablement notre mémoire des souvenirs de la civilisation; je regrettai beaucoup de n'avoir pas eu l’occasion de voir le propriétaire , Indien libre du nom de Turner.
Le 5 juillet nous entràmes dans la Petite Ri-
viere et nous atteignimes le lac de l'ile aux Pins.
5a VOYAGE
Avant d'arriver à Cumberland-House, les hommes de l'équipage s'étaient parés de leurs plus beaux habits de fête, de banderoles argentées, de rubans et de plumes au chapeau; mais malheureusement pour ces pauvres diables, la pluie commença à tomber par torrents, et pour surcroît de chagrin, la vase encombrait si bien les approches de la côte, qu'il failut ramer encore un bon mile sans trouver un endroit pour débarquer; la même cause avait rendu impraticable une crique conduisant à la rivière Saskashawan.
L'établissement se trouve maintenant si éloigné du lac que la pêche ne produit presque rien. On ne prit pas un seul poisson pendant mon séjour, et ce ne fut pourtant pas la faute des pécheurs, car ils n’y épargnaient pas leur peine.
Je fus reçu par M. Isbester, commis de la compagnie, et j'y trouvai mon compagnon, M. King, arrivé sans accident.
Les bateaux, les approvisionnements et le
pemmican, tout était prêt; J’eus donc la satis-
Jouse, les s de leurs les argeneau; mais diables, la ts, et pour
ait si bien
ramer en-
n endroit ait rendu
la rivière
nt si éloisque rien.
lant mon te des péur peine.
mis de la
1pagnon,
nts et le
la satis-
DU CAPITAINE BACK. 93 faction .d’expédier, le 6 juillet, M. King, avec les embarcations sous ses ordres. Chacune d'elles portait O1 ballots de 90 Ibs (40,8 kil.), sans
compter les hommes, leurs effets, leurs lits,
‘les mâts, les voiles, les avirons et les autres
agrés; mais avec des pilotes tels que Mac-kay et Sinclair, il n’y avait pas la moindre inquié- ‘tude à concevair, et je ne doutai pas un ins-
tant quelles ne parvinssent aux quartiers
: d'hiver avant la formation des glaces.
Une journée entière fut employée à modifier
les dispositions du canot, et je profitai de ce
répit pour faire des observations de latitude,
d’inclinaison et d'intensité magnétiques; ma
latitude s'accorda, à trois secondes prés, avec celle de sir J. Franklin. — J'écrivis à la compagnie pour la prier de nous envoyer de nouvelles provisions avec l'armement de la saison suivante. — L'espoir de quelques éclair-
cis dans le temps me retint un peu plus que
je n'en avais le projet; mais le ciel demeurant
couvert, je me décidai à partir, et je m’embar-
quai le 7 juillet, vers midi, dans mon canot armé de huit hommes. Nous avançcâmes assez
rapidement pour atteindre M' King, le len-
demain , dans la rivière de l’'Esturgeon, nom-
mée plus énergiquement par les naturels, la rivière Maligne, parce qu'elle n’est en effet qu'un rapide continuel; à cette époque elle était fort basse, et les bateaux triplaient leur route par suite des détours que nécessitait leur tirant d’eau.
Néanmoins un coup d'œil jeté sur leur manière de manœuvrer me confirma dans la conviction qu'ils arriveraient de bonne heure au grand lac de l’'Esclave.
Il y avait une grande différence entre ces embarcations et la mienne dont l’habile pilote, de Charloît ( c'était un métis ), sappliquait à faire ressortir la supériorité. Les bateaux, pesamment chargés , avançaient lentement sous Îles efforts réunis des hommes qui les tiraient à la cordelle
sur le rivage, et de ceux qui étaient restés à
bord. On les voyait parfois impuissants à résister
non canot âmes assez ng, le leneon, nomaturels, la st en effet poque elle aient leur
ssitait leur
ir leur masa dans la
nne heure
tre ces eme pilote, de uait à faire pesamment s les efforts la cordelle ent restés à
its à résister
à limpétuosité du courant, être entrainés en
dérive; et d’autres fois suspendus, ou descen-
dant sur le revers d’une vague, être portés en
avant, malgré les efforts redoublés de l’équi-
page. Notre canot, trop léger et trop faible pour
affronter d'aussi rudes assauts, était lancé néanmoins, avec une grâce qu'on ne pouvait admirer
sans terreur, au milieu des rapides écumeux et des rochers à fleur d’eau. Le sang-froid et la dextérité du patron ne se démentaient jamais ;
il ne donnait pas un coup de perche inutile
‘sur le fond de la rivière (1); et lorsque notre
canot triomphant dépassa les autres embarca-
tions, il dut paraître doué d’un pouvoir surna-
turel à leurs équipages jaloux. — Nous fûmes
bientôt hors de vue, et à force de manœuvrer à
travers bas-fonds et rapides, nous nous déga-
| geâmes enfin de cette rivière dangereuse et
fatigante. Le canot fut alors examiné, et outre
(1) Pour diriger l’embarcation on appuie fortement une perche sur
le fond de la rivière ; un faux coup de perche a souvent occasionne ja perte d'un canot,
plusieurs fractures de peu d'importance, nous découvrimes une fissure, courant d’une extrémité à l’autre, causée par le choc de rochers aigus et tranchants. !
Nous eùûmes plusieurs jours de pluies abondantes mélées d’éclairs et de tonnerre. On apercevait dans toutes les directions des bois en feu. Il paraît, d’après le récit des Indiens Cree,que ces incendies sont allumés par les naturels eux-mêmes pour forcer le gibier effrayé à se précipiter dans la rivière, où on le capture plus aisément.
17 juillet. — Nous arrivämes à lile à la Crosse ; d’après mes arrangements, les bateaux y reçurent vingt sacs de pemmican, des chiens et quelques agrèsnécessaires pour accélérer leur marche.On y mit aussi à ma disposition deux nouveaux canots; ils avaient été construits pour que le transport du bagage au nord du portage la Loche n’éprouvât aucun obstacle; car il arrive parfois, dans cette localité, que les
bateaux sont tous employés pour porter les
ance, nous l’une extré-
de rochers
luies abonnerre, On is des bois les Indiens par les nabier effrayé
le capture
|, l'ile à la s, les bamican, des Jour accélédisposition t été consige au nord in obstacle; lité, que les
+ porter les
DU CAPITAINE BACK. 57 articles de commerce de la compagnie à leur destination respective. Dans son entrevue avec moi, M' Charles m'avait déjà aplani toute difficulté sous ce rapport; Je ne pouvais trop rendre grâces à une prévoyance aussi empressée. — Aprés mes observations ordinaires sur l’inclinaison et l'intensité magnétiques, je quittai le fort et je poursuivis ma navigation.
+ En laissant à notre gauche le lac Clear, nous ‘entrâmes dans le lac Buffalo, qui, chez un peuple moins grossier et moins sauvage, eût certainement donné naissance à mille légendes sur un Génie malfaisant, souverain de ces
eaux , et sur des voyageurs échappés miracu-
‘leusement à sa méchanceté.
Peu de personnes en ont achevé la longue et fallacieuse navigation sans y essuyer le coup
de vent obligé. Moi-même j'y avais été déjà pris;
cette fois, cependant, à la vue de la douce tran-
quillité qui régnait sur son immense surface,
je vins à m'imaginer que nous serions exemp-
tés du tribut habituel. Les matelots chantaient
(1 98 VOYAGE ci ramaient avec énergie ; un butor légerement blessé gisait au fond de l’embarcation , et, par intervalles, ses cris plaintifs semblaient répondre aux chants des canotiers. Nous étions arrivés au milieu de la traversée, lorsque tout-à- | coup nous sentimes une légère brise qui nous
venait de la direction bien connue de la mon-
tagne Buffalo. Notre guide, méfiant, 4e voulut pas même accorder aux hommes un répit de quelques minutes pour reprendre haleine ;
au contraire il les pressa vigoureusement, el
leur communiqua bientôt son ardeur. Fixant avec une attention superstitieuse le sommet bleu de la montagne, les matelots, penchés sur leurs avirons, faisaient voler notre légère barque. Mais un nuage noir ne tarda pas à paraitre derrière la montagne; il monta en s’étendant vers le zénith; quelques bouffées de vent suivirent, et en moins d’une demi-heure nous
nous trouvâmes assaillis par un ouragan d'orage
|| au milieu de vagues tellementfurieuses, que nous
nil ne pümes leur échapper qu'en mettant dehors
légerement ion, et, par ent répons étions arsque tout-àse qui nous de la mon- , se voulut in répit de e haleine ; usement, el eur. Fixant le sommet penchés sur légère barpas à paraia en s’étenfées de vent heure nous gan d'orage es,que nous
tant dehors
un peu de toile, et nous glissant à travers les
brisants, jusqu’à la première terre sous le vent.
Ce lieu , qui nous offrait un refuge, était un marécage dissimulé par de longues herbes.
Comme nous venions de découvrir une place convenable pour y planter notre tente,un des hommes troubla par mégarde une mouffette.
L'animal , vexé , se vengea aussitôt avec usure, selon sa méthode habituelle ; nous n’eûmes que le temps de nous mettre au vent pour éviter d’être empestés ; mais le pauvre garçon, auteur involontaire de cet accident, fut la première victime de l’odeur fétide dont il avait provoqué Yexpansion ; il jeta sa capote dans le lac en se répandant en injures contre cette bête infecte et mal apprise.
Le 21 juillet nous atteignimes le portage la Loche; c'est le point de partage des eaux qui
se jettent dans la baie d'Hudson et de celles qui
se dirigent vers la mer Arctique. Pendant six
ou sept milles, les J’oyageurs sont exposés à des
‘souffrances aiguës : l’eau manque pour apai-
6o VOYAGE
ser leur soif excitée encore dans notre position par une chaleur de 68° Fahrenheit (20° centigr.), et par des fardeaux de 200 Ibs. (91 kil.), Ajoutez à ces tourments des myriades de moustiques et de grosses mouches insatiables, connues sous le nom expressif de boule-dogues :
ces désolants insectes, ravis de pouvoir s’abattre sur des créatures humaines, se livrent avec tant d’ardeur à ce festin inaccoutumé, que leurs victimes en ont le visage ensanglanté. Aussi les Foyageurs aspirent-ils après l’heureux moment où apparaît la surface brillante du Petit- Lac, dont les eaux doivent les désaltérer et rafraichir leurs membres accablés de fatigue. Pour comble d’infortune, deux de nos hommes avaient malheureusement fait un faux pas, et gémissaient sous le poids de leurs fardeaux : vue trop douloureuse pour ne pas exciter la compassion. Mais dans un moment aussi critique, où chacun est occupé de son de -
. Là A F4 L4 voir, on est souvent forcé de maîtriser ses émo-
tions: et, quelques sentiments qu'on éprouve,
e posi- 0° cen- 1 kil.), mous- , CONogues :
battre t avec e leurs Aussi IX MO-
Petit-
DU CAPITAINE BACK. 61 il faut bien se garder, dans l'intérêt du service, de les laisser paraître.
Après nous être frayé, non sans de fréquentes haltes, un passage au milieu de bois épais, nous arrivâames sur le point où le paysage pittoresque et imposant du portage la Loche éclate soudainement à la vue. A mille pieds audessous de nous s’étendait, jusqu’à la distance de 36 milles, une campagne boisée dans toute la sauvage magnificence de sa parure d'été. Le plus harassé d’entre nous, au sortir de l'obscurité du bois, se trouvant en face de cette scène enchanteresse, oubliait sa lassitude, et s’arrétait involontairement avec son fardeau, pour contempler dans une admiraiion mêlée de surprise un spectacle si nouveau et si imposant.
Quant à moi, mes propres sensations ravaient plu: la même vivacité que cel'e: d’un homme étranger à ur sen blable aspect; j'éprouvais cette sorte de mélancolie que tasse le souvenir de la jouissance. Ayant dé:à soulevé le voile de
L LE ‘5, Q Q . \.s ces beautés, j'étais loin du ravissement oùj'a-
(ED VOYAGE vais été plongé la première fois qu’elles n'étaient apparues. C'était pour moi le portage la Loche, et rien de plus; c'était cette belle et romantique solitude, où j'avais passé tant de fois dans le cours de mes deux expédition: précédentes; je n’y apercevais rien de nouveau, rien qui excitât ma surprise ou vivifiât mes souvenirs. Je contemplais ce paysage comme une peinture exquise, mais dont la vue nous est familière , -- avec plaisir, mais sans émotion.
L'immvonsité d'une semblable solitude imprime unsentiment d’effroi qui n'est point sans quelques charmes, et dont j'aimais à jouir. Je m'éloignai de mes compagnons, et, selon toute apparence, J'étais le seul être vivant dans le désert qui s'étendait autour de moi. Néanmoins, je rechargeai mon fusil presque instinctivement, et, me glissant avec précaution le long d'un étroit sentier, je descendis dans la vallée, silencieux ; et craignant en quelque sorte d'en éveiller le génie. — Le calme de la
solitude était rompu de temps en temps par le
:s n'étaient e la Loche, t romantie fois dans ‘écédentes; ien qui exivenirs. Je ! peinture
familiere ,
itude impoint sans à jouir. Je elon toute dans le déanmoins, istinctiveaution le s dans la
quelque me de la
1ps par le
bruit sourd des pas de nos hommes traversant rapidement le fourré qui les cachait 4 ma vue; et, lorsque notre tente blanche fut dressée, lorsque la fumée s'éleva en spirale au milieu du vert feuillage de 14 forêt, on eût dit que le charme du désert venait d’être rompu : tout ce paysage sembla renaître soudain à la vie et à la gaieté. 23 juillet.—Les derciers fardeaux furent dé- « posés en sûreté au bord de l'eau, et aussitôt nos hommes, épuisés de fatigue, se jetérent sur le rivage,ouils demeurérent sans mouvementpendant plus d’une heure. Le canot fut ensuite gomimné, et nous nous embarquâmes auprès de quelques bateaux appartenant à la compagnie, dont j'aurais pu prendre possession d’apres la permission de M' Charles ; mais je n'en avais pas besoin.
En arrivant au portage du Pin, Je fus agréabiement surpris de rencontrer M. J. Stuart et M'A. R. Mac-Leod,qui,de la rivière Mac-K enzie,
etaient venus Jusque là avec un chargement
defourrures. Fattendais depuis long-temps dans
Ph Rs dE
à rt PE . res es si
la plus grande anxiété le moment où je rencontrerais M' Mac-Leod, non seulement parce qu’il était la premiere personne désignée dans la circulaire du gouvèrneur Simpson pour faire par: tie de l'expédition, mais parce que e’était pour moi une ancienne connaissance, et que je le savais parfaitement propre à remplir les devoirs de notre mission. Il est de fait que son refus m'eût placé dans une position fausse, car j'avais compté sur lui pour beaucoup de soins, qui ne pouvaient retomber sur moi sans un grand inconvénient. Il était donc très important de m’assurer son concours; M' Stuart, dont je connaissais l’amitié et le bon vouloir en fàveur de l'entreprise, se chargea des premières ouvertures. Mais sa médiation n’était pas nécessaire; car, bien que M. Mac-Leod eût ét long-temps indisposé, et se rendit actuellement au Canada pour y rétablir sa santé, il n'eut pas plus tot vu la circulaire de M. Simpson, et appris le but de notre mission philanthropique,
LE 1j: , .
qu'il me délivra de toutes mes appréhensions
je renconparce qu'il dans la cir- 1r faire parétait pour et que Je le r les devoirs e son refus >, car j'avais oins, qui ne s un grand important tuart, dont
uloir en fà-
S premieres
tait pas né-
eod eût éte ctuellement
té, il n'eut
Simpson, el
nthropique,
préhension
DU CAPITAINE BACA. 65
en n'exprimant avec grâce sa sympathie pour nos compatriotes absents depuis si long-temps,
sa joie de me revoir et la résolution, qu il était
de sacrifier ses vues personnelles au plaisir de
m'accompagner.Jd'écrivis donc aussitôt à lacom-
pagnie pour lui faire ma dernière réquisition, lui demandant les vivres et les approvisionnements nécessairesaux besoinsde l’année 1834. Mr Stuart n’éprouva pas, je crois, moins de plaisir que moi de la détermination prise par son ami, et me donna des indications utiles dont je m’estimai heureux de pouvoir profiter.
25 juillet. Le chargement du bagage additionnel se fit avec beaucoup de difficultés; notre guide déclara que le canot ne pouvait nous contenir tous. Nousavions, en effet, à faire place à six personnes : M. Mac-Leod, sa femme, trois enfans et un domestique. Ainsi, quatorze individus devaient se blattir dans un espace destiné à huit ou neuf. Notre guide en montra un peu d'humeur, prévoyant , disait-il, que son cher canot pourrait bien se briser. Ses ap-
préhensions étaient fondées; car nous ne tardâmes pas à toucher sur une basse.
: Nous arrivâmes le 29 juillet au fort Chipewyns. Notre guide avait pris grand soin de sa parure, et l'avait relevée de plumes de couleur ; il s'était aussi donné beaucoup de mal pour faire ressortir sous leur bel éclat les reflets écarlates d’un grand pavillon de soie. Tout cela fut en pure perte; nous n’étions pas attendus sitôt au fort Chipewyan; on ne nous aperçut qu'à peu de distance, et il fallut réveiller les habitans.— Nous fûmes reçus par M' Ross, à qui M' Charles avait confié la direction de l’établissement.
Les Indiens qui fréquentent habituellement ce poste étaient dispersés dans les terres, au moment de notre arrivée; nous fümes donc obligés de nous contenter du récit incomplet d’un vieil infirme qui, dans sa jeunesse , avait passé par le Fond du Lac et connaissait les rivieres que je cherchais; mais ses indications
étaient trop vagues et trop incertaines pour me
us ne tar-
fort Chipesoin de sa le couleur; mal pour les reflets >, Tout cela as attendus ous aperçut réveiller les M: Ross, à
ion de l’éta-
ituellement terres, au fumes donc t incomplet nesse , avait issait les riindications
nes pour me
laisser aucune espérance de succès dans cette direction. M' Mac-Leod, à la vérité, quiavait également fait un voyage au Fond du Lac, confirma ce que j'avais précédemment entenüu conter sur existence, dans ces parages, d’une rivière qui prend sa source tres haut dans le nord; mais cependant, lorsque le vieil Indien eut terminé sa description du pays en nous disant, par forme de restriction : « Je suis vieux, de peu d'importance dans ma tribu, et je n’aime point à trop parler,» je trouvai que cette modestie, bien que louable en elle-même, contrastait avec la parole hardie dont se sert toujours l’Indien quand il sait avoir raison. Dans ce cas, ilaffirme, sans hésiter, et termine ses réponses par des expressions telles que celles-ci: «Cela doit étre, cela est, car je l'ai vu de mes yeux.» Cette considération étant d’un grand poids dans mon esprit, j'abandonnai, après avoir entendu le vieillard, le projet de m’en aller par le Fond du Lac à la recherche d’une route.
Outreles provisions qu'on devait nous fournir