DE
» remercier le chef pour cette fois, mais ce n’est » pas fini, nous nous retrouverons sur les terres » stériles. »
Le temps s’améliora, et nous continuâmes notre route au travers d’une passe étroite appelée Tal-Thel-Leh, ou partie qui ne gèle pas; le fait fut vérifié pendant deux hivers successifs, mais je n’en pourrais assigner la cause.—La côte à droîte présentait un aspect hardi et imposant, c'était la continuation des formations trappéennes depuis la pointe Pipe-Stone (pierre à pipe), avec cette différence toutefois qu’elle avait l’aspect brun-clair et brillant du micaschiste; elle s'élevait en gradins jusqu’à huit cents pieds. L’inclinaison de la chaîne était N. E. : E., les faces des escarpements tournées au nord. Sur notre gauche, à un mille environ du trapp, les roches étaient principalement de gneiss, flanquées cà et là de contreforts de granit rouge ou de porphyre. Le courant portait au sud dans la passe; mais les
Indiens affirmérent que dans l'hiver c'était
s ce n’est
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tinuâmes roite aple pas; le iccessifs, — La côte nposant, ns trap-
4 Q N pierre à
qu’elle lu micau’à huit ne était ournées le envincipalecontre- Le counais les
c'était
Ÿ HU Q Q Q # Je contraire, car la glace était invariablement
amoncelée vers le nord et non vers le sud. On apercevait quelques mélèzes et des pins clairsemés. Le pays présentait, comme aspect général, des hauteurs arrondies, terminées d’un côté par des vallées, et de l’autre côté s’arrétant
brusquement en partie aux murailles de File
dont il a été fait mention plus haut, lesquelles ‘se dressaient en sept rangées consécutives, d’un effet singulier et frappant. Une autre île, située
entre la précédente et le continent, ne consis-
tait qu'en un seul rocher, dont la face sud était découpéeen colonnes entaillées de grandes fractures rhomboïdales; elle paraissait de basalte.
Le vent était tombé, l'horizon éclairci; mais nous avions à lutter contre une grande houle de l'avant qui venait briser sur les roches, et aurait anéanti sur-le-champ une flotté d’embarcations. otre plus petit canot prenait beaucoup d’eau à chaquelame, une voie s’y était en outre
déclarée, et les Indiens avaient jugé prudent
de porter vers une petite baie, où ils prirent terre sans autre accident que celui d’être mouillés. Ils me crièrent aussitôt de ne pas aller plus avant, parce que le rivage était inabordable sur une étendue de quelques milles; plusieurs de leursamis,ajoutaient-ils, avaient périen cemême endroit, pour n'avoir pas voulu écouter ces bons conseils. Nous trouvämes en effet, un peu plus loin, un fort ressac à la côte; et comme nous sentions l'approche d’un coup de vent, quoiqu'il ne füt pas annoncé par les nuages, nous aurions pu nous repentir de nous être entêtés contre les avis des Indiens. — A quelque distance, nous aperçümes une glace flottante, c'était une montagne de glace en miniature; mais sa présence surprit beaucoup notre Canadien, qui avait toujours navigué dans le sud de la Colombie; il s’écria en français : «Cela va bien, nous he sommes pas mal avancés au nord! » le pauvre garçon se croyait déjà près
d'arriver à la mer Polaire.
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re mouiller plus dable sur sieurs de cemême uter ces > un peu comme de vent, nuages, ous être À quelace flot- 1 Mminiap notre dans le s : «Cela CéS au
Jà prés
Au détour d’une sorte de promontoire pr:5
duquel, d’après les renseignements qu'on m à-
vait dônnés, je devais trouver une riviere,
notre attention fut attirée par un des Indiens
dont la vue perçante avaitd écouvert, sur la crête d’un rocher, un malheureux ours tranquillement occupé à se régaler de baies sauvages. — Sass, sass (1), murmura-t-il à voix basse; et aussitôt toutes les têtes de se courber sur les bancs du canot ; tous les mouvements de s’arréter. Le brigadier de l'embarcation ne cessait de me faire des gestes et des signes auxquels je ne comprenais rien; enfin il me souffla à voix basse, ces mots français : « Dites - lui donc d'ôter son bonnet rouge,» désignant du doigt mon domestique, honnête gerçcon du Lancashire qui ne comprenait pas un mot de français, et n’ôtait pas ses yeux de dessus l'ours. Fort étonné que son bonnet rouge püt effrayer
l'animal , il l’'ôta cependant, et tout étant en
(1) C’est le nom qu'ils donnent à l'ours.
règle, l'interprète et l’indien gagnèrent le rivage à gué; ils se glissèrent en silence entre les buissons et disparurent. Quelques minutes après, deux coups de fusil, suivis d’un cri de joie, annoncèrent que c’en était fait de l'ours. Tous les hommes partirent pour aller le quérir.
Pendant leur absence je rôdai aux environs et je vis des groseilles de diverses espèces encore vertes (goose berries, currants); je remarquai aussi quelques roses en bouton plus colorées que celles du Sud ; enfin je trouvai une couvée de jeunes canards.
Les hommes revinrent; l'ours étant de petite taille, le brigadier l'avait chargé sur son dos, en avait passé la tête sous son bras, et, à l’aide d’un bâton, lui tenait les mâchoires écartées ; ainsi accoutré, il avait lui-même passablement l'air d’un animal sauvage lorsqu’il sortit des arbres entre lesquels il se frayait un passage.
La soirée était déjà fort avancée. Nous profi-
tâmes d’une baie abritée pour y mettre le canot
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DU CAPITAINE BACK. tt
en sûreté, et bientôt après La Prise arriva. 1l avait découvert, après mon départ, que la gelée de la nuit précédente avait fendu son embarcation en plusieurs endroits et occasionné des voies d’eau. Ayant réparé l’avarie, il préférait aller en avant, avec moi, plutôt que de courir le risque de rester en arrière. La vérité est qu'il manquait de provisions et que sa troupe vivait aux dépens des nôtres ; séparée de nous, même pour peu de temps, elle aurait beaucoup souffert.
Nous fümes témoins d’une brillante aurore boréale, dont les mouvements rapides durérent jusqu’à minuit ; le vent s’accrut alors, et nous ne pümes quitter la baie. Les chasseurs partirent à la recherche des daims; ils n’en rapportèrent pas, mais ils en trouvèrent des traces nombreuses et toutes fraîches.
Les observations faites en cette position nous donnèrent les résultats suivants: latitude 62°- 45'-35" ; longitude par les chronomètres 111°- 19-b3/,0. deGreenwich(113°-40'°-17" de Paris);
déclinaison par la. boussole de Kater 450-3:' Est; thermomètre à trois heures après midi, 54° (12°, 2. C.).
17 août. — Les filets, tendus pendant la nuit, rapportérent une truite et huit poissons blancs, qu'on répartit également entre les hommes; et, à quatre heures avant midi, nous partimes, ayant à lutter contre une froide brise de nord-est. Mais, abrités par le continent et par les iles, nous avions déjà parcouru une assez bonne distance à l’époque du déjeuner. Nous dépassimes une autre petite glace flottante, et quelques restes de neige conservés, malgré l'été, dans les crevasses profondes des collines. |
Il est toujours difficile d'obtenir d’un fndien des renseignements positifs, même sur un sujet qui lui est familier dès l'enfance, et sur lequel on pourrait raisonnablement attendre de sa part une réponse catégorique : nous en etùmes
ici une preuve bien frappante. Tous ceux qui
les
ous rise t et uUru dé-
tite
étaient avec moi, et même celui qui avait précédemment tracé l’esquisse, commencèrent à insinuer que le Téh-Lon était encore loin au sud et à l’est, et que les portages entre les lacs intermédiaires seraient excessivement longs et fatigants, sinon tout-à-fait impraticables. Ils firent aussi observer queles Indiens, en voyage, emportent seulement leurs fusils, et rarement un petit canot qu’ils abandonnent ensuite pour s’éviter les embarras du transport.
D’après les gisements qu’ils m'indiquaient en cet instant, je me confirmai dans ma première opinion que, non seulement le Téh-Lon se trouvait à une très grande distance à l’est, mais aussi quil se dirigeait vers la baie d’Hudson.
D'un autre côté, un homme de leur troupe avouait avoir été sur le Thiew-ee-Choh dans son enfance; mais comme il avait fait le voyage par terre, il connaissait très peu la route par eau. Il savait seulement qu’à une journée de marche nous trouverions une rivière condui-
sant à quelques lacs par lesquels nous pourrions gagner le Thlew-ee-Choh. Cependant il doutait fort de la possibilité de transporter le canot à travers les montagnes et les chutes situées dans les terres stériles où se trouvent les lacs en question. « Les Indiens, disent-ils, «n’essayeraient pas de l’entreprendre; mais les « hommes blancs sont puissants!» Sans m'’arrêter à cette dernière réflexion assez délicate à toucher, et connaissant l'influence des premières impressions, Je n’hésitai pas à lui assurer qu’en effet j'avais la puissance de surmonter tousles obstaclesqu'ildécrivait,et qu’ilme fallait seulement un chasseur actif et habile, comme lui, pour m'accompagner ; je lui promis, sil y consentait, de lui accorder une bonne récompense. Pour dire la vérité, je reconnaissais bien, à l'apparence générale du pays et à la hauteur croissante des montagnes, qu’il faudrait des efforts plus qu'ordinaires pour atteindre l’un ou l'autre des deux grands fleuves ;
mais, comme entre deux maux il faut choisir
‘10ons utait anot uées | les t-ils , 1s les n’arate à pre- AssU-
>nter
allait
le moindre, je m’arrétai au parti qui me semblait le moins mauvais. -
Toujours côtoyant la rive septentrionale, et une longue chaine d'îles à notre droite, nous atteignimes un endroit désigné par les Indiens Chipewyans et par les Indiens Couteaux-Jaunes (Yellow Knives), sous le nom emphatique de La Montagne. C'est là qu'ils ont l'habitude de laisser leurs canots lorsqu'ils vont chasser le renne sur les terres stériles, et ils visitent fort rarement les contrées situées audelà. Trois ou quatre hommes de l'équipage de La Prise, cédant à leurs vieilles habitudes, ne purent se décider à dépasser le rocher où ils terminaient ordinairement leur navigation, et ils se séparèrent de nous, sous prétexte d’aller rejoindre leur famille.
À partir du bord de l’eau, LaMontagne s’élèvt graduellement en croupes de gneiss, entrecoupées de vallées parsemées d'arbres; ses divers sommets consistant en une suite de monti-
cules de granit lisse et nu, terminés en cône
obtus, atteignent rarement au-dessus de dix ou de quatorze cents pieds. La rivière de La Montagne coule au bas et se précipite en chute pittoresque dans le lac, sur une chaîne de roches irrégulières. Vis-à-vis s'arrêtent les îles qui commencent au Tal-Thel-Lel ; une ligne menée directement de La Montagne vers le sud, va couper le massif de roches qui forme l'angle occidental de Gäh-Hount-chella ou Pointe Lièvre (Rabbit-Point). Cette pointe dentelée se projette en avant du continent dans une direction O.N.0.; elle rejoint et enveloppe la grande ile de Peth-the-Nueh ou île Owl (hibou), de telle sorte que la terre semble continue, et offre l'aspect d’une baie profonde. Cependant cet effet provient d’une illusion d'optique occasionnée par la distance des objets et la réfraction. Car, bien que la continuité la plus parfaite paraisse régner tout le long de la ligne bleuâtre, qui forme le contour de la baie, cependant on découvrit par la suite qu’à la pointe
Gah-Houn-Tchella se trouvait l'ouverture sep-
SRE + CORPS ARE
DU CAPITAINE BACKN. 117
tentrionale d’un petit détroit conduisant à une magnifique baie intérieure, où nous avons établi une pécherie dans la partie méridionale.
Au sud de cette pécherie, il existe encore un autre passage étroit bordé à l’ouest par les escarpemens à pic de Peth-the-Nueh, et à l’est par de sourcilleuses montagnes granitiques. La par-
tie du lac où se trouve ce passage présente une
nappe d’eau continue jusqu’à la pointe Keith;
j'ai essayé d’en indiquer sur ma carte, par une ligne ponctuée, Je rivage méridional, en faisant usage, pour ce tracé, de certains documens que je m'étais procurés par une investigation laborieuse auprès des Indiens. Suivant eux , ce rivage serait beaucoup plus éloigné du Peththe-Nueh que je ne l'avais cru d’abord.
Peth-the-Nueh ou l'ile Owl, (comme nous l'avons dit plus haut) est une accumulation de montagnes de trap, dont la partie la plus basse est à la pointe Pipe-Stone, opposée à l’île du
Renne, et dont la partie la plus élevée est au
passage étroit situé au sud de Gâh-Houn-
Tchella. De l’est à l’ouest cette ile a une étendue de cinquante-quatre milles géographiques; la largeur du lac, un peu au-dessous dela rivière de La Montagne, peut être estimée au moins à trente-neuf milles du sud au nord. Peth-the- Nueh, entourée des deux côtés parle continent, est un peu plus voisine de la côte septentrionale que de l’autre; les rivières assez remarquables situées, sur la côte, au sudet à l’estsont très fréquentées parles Indiens chipewyans, qui en connaissent tous les rapides et tous les détours, et qui cependant n'ont pu me donner le moindre renseignement sur leurs sources. Ils en visitent une particulièrement au printemps, pour tuer des pélicans, qui y sont fort nombreux en cette saison ; c’est celle qui a des îles à son embouchure, et qui est indiquée sur la carte comme se déchargeant dans la baie Christie : baie ainsi nommée de M. Christie, facteur en chef de la Compagnie, à qui j'ai voulu donner ce témoignage de ma reconnaissance pour ses bons
offices envers moi.
Continuant à longer les rochers de la côte septentrionale, nous passâmes devant un torrent d’un aspect fort pitioresque ; on distingue au loin ses filets d’eau argentés franchissant des pentes escarpées, et l'œil pouvait les suivre jusqu’au moment où le lac les recevait dans son sein. Nous campämes près de là sur les bords de la rivière de la Pointe Rocky; la journée avait été magnifique , le thermomètre s'était maintenu à 52° (11°,1. C.)
18 août. — Nous partimes à quatre heures avant midi, comptant arriver en deux heures à la rivière dont les Indiens nous avaient parlé; mais nous n’y trouvames qu'un torrent. « Ce n’est pas cela,» dit Maufelly, l’Indien qui devait me servir de guide. Nous reprimes donc nos avirons et continuâmes à naviguer sur ce lac, réduit alors à une largeur de cinq ou six milles; il se terminait en apparence à une pointe bleuâtre au S. E., que nous recon-
nümes plus tard conduire à une baie pro-
foude, laquelle forme la partie orientale du grand lac de l'Esclave. Pour éviter un long circuit je songeais à effectuer un portage en un point favorable, et j'allais donner des ordres à ce sujet, lorsque, dépassant quelques rochers qui nous empêéchaient d’accoster la terre, nous vimes soùdainement une petite baie s'ouvrir devant nous; elle se terminait dans l’intérieur par une magn'fique chute de plus de soixante pieds, qui précipitait au fond d’un gouffre noir, deux nappes d’eau
écumantes et entourées de brouillard.— C'était
là l’objet de nos recherches, c'était la rivière que nous avions à remonter! — Sans tenir
compte des gestes très significatifs de mon ss
équipage, j'abordai aussitôt, je fis tirer à sec le petit canot pour le réparer à fond; une ou deux couvertures avec quelques autres objets furent mis à part ; et je confiai le grand canot à La Prise qui devait le ramener à M'Mac-
Leod , avec le reste du bagage.
ne rs LE
Les observations de ce jour donnèrent 62°-50'-15” N. de latitude; 109°-47/-54" O. de longit. de Greenwich (112°-8/-18/ de Paris.) ;
et 36°-52/-de déclinaison orientale.
à CHAPITRE IV.
Difficultés que nous eûmes à vaincre pour remonter la rivière de Hoart-Frost, — Paysages remarquables. — L'interprète est malade. — Campement dans une île du lac Cook. — Nous remontor: une autre pelite rivière pleine de rapides. — Désertion de deux Indiens. — Embarras du guide pour indiquer la route ; sa tentative de fuite.—Suite de cours d'eau et de lacs. — Ce que racontent les Indiens au sujet du Thê-Lew ou Thè-Lon. — Lacs de Clinton- Colden, Aylmer et Sussex. — Découverte du Thlew-ee-Choh,
L'aspect du pays changea devant nous. Au lieu de la surface unie du lac, où jusqu'alors la rame nous avait ouvert une route facile, nous eûmes à lutter, pour atteindre aux hautes
4 terres, contre un courant inconnu qui descenà dait avec rapidité sur un fonds plein de roches. Les fatigues que nous avions gaiement sur-
montées n'avaient encore guère différé de celles
qu'ont coutume de rencontrer presque partout les Voyageurs : mais dès cet instant il était évi-
. dent qu'ilnous devenait nécessaire derassembler
124 VOYAGE tous nos efforts et de recueillir toute notre patience.
Les Indiens nous apprirent que la chute d'eau, à laquelle j'avais donné le nom de Beverley en mémoire de mon courageux ami qui accompagna sir E. Parry dans son voyage au pôle, était le commencement d’une suite effrayante de cascades et de rapides : suivant eux ces accidents de la rivière de Hoar-Frosten étaient précisément les caractères distinctifs. Bientôt quinze à vingt petits canots cachés dans les touffes d’arbustes et attendant, suivant toute vraisemblance, le retourde mon ‘ami Akaitcho et des siens qui chassaient dans les terres stériles, m'indiquérent assez clairement la nature des obstacles que nous devions uous attendre à rencontrer. Maufelly persista toutefois à soutenir que ce chemin était le seul praticable, ajoutant qu’en suivant ce cours d’eau nous abrégerions la distance, et que, de plus, nous pourrions trouver dans cette direction
un vieil homme qui nous donnerait tousles ren-
pa-
hute Bequi eau efant sten tifs.
lans ute aitterent ons ista eul >au us, on
en-
seignements désirables sur le Thlew-ee-Choh.
La plus grande partie de notre petite cargaison ,.qui consistait en trois sacs de pemmican, avec un peu de tabac, etc., avait été montée la veille au soir. Le matin du 19 août, on tira de l’eau lefilet, on en ôta quelques poissons blancs et bleus, et l’on emporta le reste, La principale difficuli: consistait à monter le canot le long d’une pente inégale et glissante, embarrassée d'arbres et de bui-sons. La première élévation, où nous nous arrétàämes pour nous reposer, était formée de sable et de débris des rocs en vironnants, en grande partie composés de feldspath rouge et de quartz. Ayant traverséun marais, et monté de nouveau, nous arrivâmes à une pointe, au-dessus d’une seconde chute, à la suite de laquelle se trouvait une petite surface d’eau unie qui reçut notre canot et donna à nos hommes un peu derépit pour reprendre de nouvelles forces. À cet endroit je renvoyai La Prise, qui nous avait aidés jusque là avecses deux petitsen-
tants.Ilfut chargé d’unelettre pour M'Mac-T.eod
que j'invitais, à commencer la construction d’un établissement à l'extrémité orientale du lac dont la rivière, d’après mon estimation, ne devait pas être séparée de plus d’une journée de marche. Je l’informais aussi qu’il devait m'attendre à peu près vers le mois de septembre.
Après avoir ramé sur le lac pendant un espace de quelques centaines de yards, nous aperçûmes des nuages de poussière liquide, s'élevant d’une troisième et d’une quatrième chutes, trop dangereuses pour qu'il füt prudent d'en approcher.
La voie par terre n’était possible qu’à travers un bois fort épais, et où dominaient des ifs rabougris, qu'il était extrémement difficile de briser ou d'écarter; cependant il fallait avancer, et nous nous enfonçâmes, tout embarrassés par nos fardeaux, au milieu des branchages, sur des arbres renversés, au travers des ruisseaux et des marécages. Enfin un terrain
inculte s'ouvrit à nos yeux. C'était un paysage
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nu et désolé; des roches entassées sur des roches à une hauteur de deux mille pieds depuis leur base; le cours de la rivière étroitement resserrée, ne se distinguait plus au-dessous de nous qu'à sa longue trace d’écume. Obligés de faire de fréquentes haltes pour reprendre haleine , nous n’arrivâmes que lentement au sommet. Là, nous découvrimes tout-à-coub le lac bleuâtre, que nous venions de quitter, comme si ses bords eussent touché à nos pieds; et la beauté de la perspective variée qui s’offrait à nos regards nous captiva tellement que nous
oubliâmes en un instant notre fatigue. Mais
quelque force de volonté qu'on ait, il n’est
pas toujours possible de réagir contre la souffrance; notre interprète, qui depuis plusieurs jours avait donné quelques signes de malaise, se trouva si fort affaibli qu’il ne pouvait pius que se trainer à peine. Les Indiens le soula-
gerent en l’aidant à porter sa charge ; ils étaient
en bonne humeur parce qu’ils avaient décou-
vert quelques traces fraîches de daims, ce
qui, suivant eux, indiquait que les animaux nomades commençaient à émigrer du nord et que la saison de la chasse arriverait plus tôt que de coutume. La descente versla rivière fut d’abord lente; les pieds étaient mal assurés sur la surface arrondie des rochers. Bientôt succédérent des marais couverts de mousse, puis un profond précipice si abrupt que, bien que je n’eusse d'autre bagage que mon manteau et mon fusil, il fallut toute mon attention et mon expérience pour ne pas être précipité avec les masses chancelantes qui menaçaient de crouler sous mes pas.
Nos gens qui portaient le canot firent preuve de résolution et de persévérance : une fois, ils glissèrent, mais ils surent s'arrêter et se relever avec tant d'adresse, qu'après peu d’instans d’angoisses nous eùmes la satisfaction de nous embarquer sains et saufs sur la rivière vers laquelle nous descendions, et qui se dirigeait à peu prés vers le N.-N-.E. pendant trois milles.
Le courant était fort et rapide, et toutefois la
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DU CAPITAINE BACEK. 129
surface de l’eau était unie comme un miroir, des deux côtés régnait unesuite de rochers en pente, tout verdoyants et couverts de bouleaux, d'ifs et de saules. Le soleil était trop près de son couché, et l'équipage trop fatigué pour qu'il füt possible d’aller plus loin, Nous gagnâmes le rivage, et ayant choisi un emplacement convenable pour planter notre tente, nous nous disposäntes à passer la nuit de notre mieux.
Mais pour notre dernière souffrance du jour nous etmes à essuyer les attaques de myriades de moustiques et de maringouins qui nous eurent bientôt ensanglanté tout le visage. Assurément parmi les nombreuses misères inhérentes à la vie aventureuse d’un Voyageur, il n'en est point de plus insupportable et de plus humiliante que la torture que font subir ces petites sangsues ailées. En vain on tenterait de leur échapper : en vain, en se défendant contre elles, on en écraserait quelques milliers; la force s'épuiserait à cette lutte inégale: et à la
fin, épuisé de souffrance et de fatigue, il ne resterait toujours d’antre ressource que de se couvrir, de désespoir, la figure, et, à demi étouffé, de gémir après quelques heures d’un repos sans sommeil.
20 août, — Le thermomètre tomba à 36° (2°,2' C), et à quatre heures avant midi, dès que les roches à fleur d’eau et les autres obstacles de notre route purent être distingués, nous avançâmes avec courage et avec bon espoir jusqu’à un cértain endroit où nous fümes arrêtés par un rapide suivi bientôt de tant d’autres que la plus grande partie de notre matinée ne fut guère occupée qu'à alléger notre canot et à le tirer avec une corde. A la fin, une chute de vingt pieds nous obligea à porter nousmêmes à la fois canot et bagages. Plus loin, nous eûmes à lutter contre d’autres rapides, et avec une telle continuité, que, le canot commençant à être fort endommagé, nous dümes prudemment nous hâter de gagner le
rivage.
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Notre malheureux interprète n'avait pu prendre aucune part au travail : il était évident qu'il souffrait cruellement, et il me demanda quelque remède pour le soulager. Je n'avais qu'une boite de pilules communes et un peu d’eau-de-vie : ce n’étaient point là des Spécifiques convenables Pour un mal qui aurait exigé les soins et l’expérience d’un homme de l'art. Mais le pauvre diable me suppliait avec tant d'instance, il paraissait tellement convaincu que je pouvais le secourir, qu’il me fallut céder à ses prières. Je lui donnai donc des pilules : elles redoubléèrent son mal; mais je lui donnai ensuite quelques gorgées de la bouteille, et il se trouva mieux.
À peine les réparations dont avait besoin notre canot furent-elles achevées, et nos travaux repris, qu'il se présenta devant nous d’autres
obstacles. Nous avions à remonter un étroit.
chenal d'eau profonde, bordé de roches angu-
leuses, souvent tellement rapprochées qu'il ne
restait que la place rigoureusement nécessaire
pour passer. Une chute considérable vint à la traverse; sa violence faillit renverser les hommes qui tiraient le canot; ils triompherent cependant à force d'énergie, mais pour se trouver en face de trois chutes très distinctes, s’élevant comme trois immenses degrés à une hauteur de quarante-cinq pieds.
Il fallait donc de nouveau porter le matériel, au grand ennui de toute la petite troupe, qui, en semblable occasion, se ressent vivement du malaise ou de laffaiblissement du moindre de ceux qui la composent. Un ou deux autres rapides et une chute de peu de largeur et de vingt pieds de hauteur furent les derniers obstacles que nous eùmes à vaincre, pour acheverderemonter cette riviéreturbulenteet inhospitalière. À part les dangers, rien ne saurait être plus pittoresque que le spectacle sauvage de son cours et de ses rives. Ici, des rochers élevés semblables à des tours en saillie sur l’eau , ou revêtant mille formes diverses, tantôt couverts
de mousses colorées, tantôt ombragés par des
arbres qui surplombent; là, une plaine d’eau, unie comme une lame d'argent; plus loin, le fracas et l’écume bouillonnante d’une cataracte; tels sont les traits les plus frappants des scènes que nous venions de voir se succéder sur notre route.
Le canot ayant été parfaitement réparé, nous poursuivimes, et nous eümes un autre spectacle. Un amphithéâtre de collines doucement inclinées et clair-semées de roches arrondies, et de quelques bouquets de sombres sapins se détachant sévèrement sur le sable doré, embrassait une calme étendue d’eau , qui se dirigeait vers le nord en s’élargissant de plus en plus pendant la distance de trois ou quatre milles. On voyait encore quelques restes de glace à ses rives; et des souliers et des bottes à neige suspendus aux perches d’un campement depuis peu abandonné, indiquaient que c'était un endroit de refuge, fréquenté par les In-
diens.
Il était trop tard pour atteindre les pins, car le soleil était couché. Il fallut camper dans une ile où nous avions remarqué quelques broussailles qui pouvaient servir à faire cuire notre souper. Dès que nous eûmes abordé, nous fümes assaillis par des essaïms de maringouins et de moustiques. | :
Je ne sais s’il y a rien de bien neuf dans l’observation que je fis à cette heure en me promenant sur le rivage; mais en admirant le repos ei le silence qui régnaient de toutes parts sous ces douces teintes du couthant mourantes à l'horizon, et en comparant cette paisible scène au tumulte, à l'animation bruyante, aux mouvements affairés du matin, je crus y voir une image de cette époque la plus heureuse de la vie, où à la turbulence et à l'énergie de la jeunesse succède le calme d’esprit et de cœur de l’âge mür. Je me rappelai mes amis, en cet instant si loin de moi... un
d'eux surtout, qui m'est bien cher depuis long-
, Car une JUstre
fü-
ins