CHAPITRE VI
Suite de notre voyage. — Rochers sur le Thlew-ee-Choh.—Ile d'un aspect particulier.—Lac du Bœuf Musqué.—Conjecture surle cours du Thlew-ee-Choh.—La rivière Glacée. —Nous rencontrons deux Iudiens. — Je permgls à Maufel; d'aller visiter sa fcmme. —Habileté consommée de De Charloit.— Pins nains.— Conte du rat et üu castor.—Les arbres sont impropres à fournir des planches. —Lac de l'Artillerie, — Force des rapides.—Accident à un passage. —Nous quittons le Ah-hel-Dessy. — Ours tué; conte ridicule. — Nous reprenons notre inarche.—Nous tuons un daim.— Anecdote sur sir Johba Franklin.—Réunion avec M. Mac-Leod.
30 août. — Des rafales et une forte pluie dominérent pendant la plusgrandepartiedelanuit, et la matinée fut si brumeuse et si froide, que l'on ne put s’occupêr de réparerle canot, beaucoup plus endommagé que je ne l'avais supposé. Trois ou quatre cents daims s’avancérent à une demi-portée de fusil, mais ils disparurent aussitôt en reconnaissant le danger. Immédiate-
ment après, nous vimes passer, à côté de nous,
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un vol d'oies qui se dirigeait vers le sud, circonstance que Maufelly regarda comme un indice du changement de saison.
Vers midi le temps:s’éclaircit, le canot fut réparé, et après avoir construitune cache où nous mimes en sûreté nos bagages de réserve, nous commençämes à nous diriger* vers la riviere.
Le portage depuis le lac Aylmer n’est que d’un mille , et l’on rencontre dans ce trajet la petite nappe d’eau dont j'ai déjà parlé. La hauteur réelle de la langue de terre qui forme la séparation ne dépasse pas deux pieds. Nous suivimes exactement ma route du jour précédent , et nous arrivâmes bieritôt à un autre lac, à l’extrémité nord-est duquel les collines de sable baignent leurs pieds dans les eaux. Un rapide tortueux, semé d'énormes pierres, nous présenta de si grandes difficultés que nous ne pümes. camper qu’à neuf heures après midi; nous vimes paraître des daims, et nous trouvâmes des poissons appartenant à l’espèce des
ombres (grayling). Le pays devenait de plus
en plus entrecoupé de collines dont quelques unes présentaient de faibles masses de rochers, tandis que des débris jetés avec profusion sur toute la surface des vallées formaient le lit d'une multitude d’étongs et de cours d’eau maintenant à sec. Une masse de roches plus compactes avait percé le sol près dela rivière; elle ne s’étendait pas au-delà de trente yards vers l’est, et se terminait en crêtes de douze pieds de hauteur. Ces rochers, les premiers que nous eussions vu sur le Thlew-ee-Choh, étaient en grande partie de gneiss.
Le thermomètre marquait 53° (0°,5. C.) le 31 août, à quatre heures avant midi, au moment de notre départ. Nous suivimes un petit lac jusqu’au point où il se résoud en un rapide tellement resserré par d'immenses blocs détachés, que notre canot, tout petit qu’il fût, ne pui passer qu'après avoir été soulevé, quoique si un homme füt venu à glisser il y eût assez d’eau en plusieurs endroits pour l'engloutir. Le rude ser-
vice qu'avait fait notre embarcation et les nuits
froides, l'avaient mis dans un tel état de délabrement, que la simple action des avirons lui était nuisible, et que nous perdimes le tiers d'une journée à l’étancher des voies d’eau.
Le torrent s’élargit de nouveau de manière à présenter ce que l’on pourrait nommerun lac, et reçut en même temps les eaux de la rivière Glacée (Icy) du côté de l’ouest et celles d’une autre rivière à l’est. Les bords de la première étaient encore enveloppés de glace jusqu’à une grande distance dans la vallée, et le confluent se faisait remarquer par une surface courbe, . a forme d’arche surbaissée , jetée d’un côté à l’autre, sous laquelle l’eau s’élançait en un torrent écumeux, avec un bruit sourd et profond. Nous laissâmes derrière nous plusieurs îles; l’une des moins grandes était remarquable par son aspect d’une blancheur extraordinaire, provenant, comme Je l'ai reconnu plus tard, de grandes pierres arrondies à peine colorées, qui formaient son contour taillé en forme de
cône. Située comme elle l'était, à peu près au
milieu d’un large courant et entourée de profondes eaux, il n’était pas facile‘de deviner à quoi cette disposition particulière devait être attribuée; les pierres, entassées sur une hauteur de vingt pieds, neprésentaientaucunetrace de lichen ; mais paraissaient au contraire, si ce n’est sur trois ou quatre points, parfaitement lisses, et devaient évidemment leur forme actuelle à un long frottement. Je m’imaginai alors que cet effet avait pu être produit par la pression combinée des glaces et du courant; mais je reconnus, le printemps suivant, que la glace était parfaitement unie tout autour, et que le courant filait moins vite qu'on n'aurait pu le présumer. Je fus condüûit à étudier plus particuliérement la formation de cette île conique, par les récits des Indiens qui me parlaient souvent du phénomène d’un rocher ou d'une montagne jetant de la fumée dans une contrée granitique presque dépourvue de bois.
Quant à moi, je dois dire que je ne remarquai
aucune apparence volcanique sur toute la lon-