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ou tonte APE Bo
gueur de la ligne que nous suivimes , et il n’est pas impossible que les Indiens ne fussent en erreur à ce sujet; car ayant. eu moi-même l’occasion de visiter un point sur lequel quelqu'un de ma troupe avait cru voir une épaisse colonne de fumée s'élever d’un rocher près de Ah-hel-Dessy, je reconnus que cette fumée n’était que la vapeur nuageuse des chutes de Parry.
Un goulet nous conduisit au lac du Bœuf- Musqué, dont la longueur est de six milles, et qui est couronné par des collines médiocrement escarpées, sur lesquelles, à ce que nous dit Maufelly, on trouve, dans certaines saisons, un grand nombre de esanimaux:
À cette époque, ayant atteint une série de rapides que le canot n’aurait pu ni descendre, ni longer par un portage, faible et délabrécomme il l'était, je n’eus d'autre choix que le repos, forcé deme contenter de ce que nous avions pu achever. Ce résultat , sans atteindre ce que j'avais
espéré, était suffisant pour animer mes com-
pagnons, ct accroître l’espoir que nous conservions alors de metire fin aux longues souffrances de nos compatriotes emprisonnés par les glaces de 11 mer Polaire.
Les rapides suivent une ligne pleine de dé.
tours sur une longueur d'environ quatre milles, et viennent former alors une nappe beaucoup plus large, dont la dernière limite va se perdre au N.-E. dans une chaine transversale de montagnes. Suivant les Indiens, il y aurait, non loin de là, une grande rivière, issue u Cont-Woy-To, ou lac Rum de Hearne, et qui viendrai se jeter dans le Thlew-ee-Choh. La distance du lac peut être mesurée , disent-ils, par ciuq journées de marche d'un bon chasseur; comme ceux-ci marchent sans prendre pour ainsi dire de repos, je regarde cette évaluation comme convenant au lac Ru, quoiqu'il soit difficile d'admettre deux
issues,une à chaque bout, courant dansdesdirections opposées. Les Indiens cependant étaient
tous du même avis à ce sujet; et ne voulaient pas admettre l’existence en cet endroit d'un
re
marais ou d’une étroite langue de terre séparant les deux masses d’eau. A dire vrai, ils souriaient à mon opinion, et me répétaient que j'avais traversé moi-même la rivière occidentale, voulant parler du rapide de Bellenger, où mon ami Franklin avait été si près de périr. Mais sans m'arrêter davantage sur ce sujet, qui me laissait toujours des doutes, il me fut alors facile d'observer l’importance du Thlew-ee-Choh, qui était cependant loin d’être en rapport avec la direction de son cours.
Il était évident que la rivière devait s’enrichir, en suivant sa marche, des tributs successifs de toutes les vallées transversales, et devenait probablement un grand et noble cours d’eau; mais cependant la conformation des terres pouvaient le faire dévier de sa course, et peut-être en le suivant devions-nous être conduits dans quelque région peu favorable au but que nous nous proposions; du reste, quelle que füt sa di-
rection, l'aspect de montagnes Bleues dans le
lointain nous laissait présager une longue suite de rapides et de chutes.
Les observations donnèrent 64° 40° 51" de latitude nord, 108° 08 10” de longitude à l’est de Gr. (110° 28’ 34" de Paris), et 44° 24 de déclinaison orientale. Il paraissait donc aue nous n’étions qu’à 109 milles au sud de l’extrémité inférieure de l'ouverture Bathurst; et comme les deux Indiens qui avaient déjà descendu le long de la rivière de Thlew-ee-Choh au - dessous du point où nous étions, s’accordaient à dire qu’elle tournait à gauche et se rendait droit au nord, il était: possible qu’elle füt identique avec la rivière Back, quoique sa tendance actuelle à courir au N. E. ne füt point favorable à cette hypothèse.
Les Indiens Couteaux-Jaunes parcourent cette contrée au printemps pour tuer les daims au moment où ceux-ci traversent le rapide; mais ils ne sont pas habitués à pousser leurs excursions à plus de deux jours ile marche au-
delà, de crainte, disent-ils, de rencontrer les
190 VOYAGE EsquimauY. Comment donc ajouter foi à leurs renseignements sur une rivière qu’ils connaissaient seulement par oui-dire? Ni eux, ni les Chipewyans ne se souciaient d'étendre leurs connaissances , car ils ne nous offrirent pas de nous accompagner. Nous nous embarquämes donc le soir pour retourner vers lé fort.
En passant la rivière Glacée, je remarquai à son embouchure deux passes formées par une ile; la glace n'avait pas souffert d’altération appréciable depuis notre passage. Après des portages effectués, non sans quelques difficultés, au milieu des fragments de roches et des pierres branlantes, nous atteignimes enfin notre cache à la baie Sand-Hill. Les loups n’y avaient point touché, et, sauf un corbeau qui se repaissait d’un morceau de daim de rebut, pas une créature vivante n’animait la contrée.
Le canot réparé, nous côtoyâmes les rives orientales du lac Aylmer, rencontrant parfois
des bancs de sable de différentes élévations
DU CAPITAINE BACK. 197 qui inclinaient vers le sud, tandis qu’au Thlewee-Chqh ils inclinaient vers le nord. :
Aux approches des goulets du lac de Clinton-
Colden, le 4 septembre, nous aperçümnes du côté du sud une fumée éloignée; dans la soirée, deux Indiens apparurent sur la pente d’une colline, et, cédant à nos signes, ils se dirigèrent vers le canot. ils nous apprirent qu'après une dispute survenue entre un Chipewyÿan et les Indiens Couteaux-Jaunes, leurs compatriotes , le premier avait été tué; mais comme il était orphelin, personne ne songeait à venger sa mort. Ces Indiens ajoutaient que la disette avait été générale chez eux; mais, d’après la fumée qu'ils avaient vu s'élever en ce jour sur les différents points de l'horizon, ils conjecturaient que la chasse avait été heureuse, et ils espéraient pouvoir bientôt nous en offrir une bonne part.
Maufelly me dit ‘alors qu'il supposait son vieux pere avec les Indiens de l'ouest, et que, le
connaissant trop faible pour chasser, il en était
inquiet et désirait lui porter des secours; « personne, ajouta-t-il, ne veille sur cg *pauvre vieillard; il risque de mourir de faim, car les jeunes gens poursuivent avec ardeur leur chasse, sans égard pour ceux qui restent en arrière.» N’ajoutant pas foi à la possibilité d’un acte aussi barbare, et ayant absolument besoin de ses services à l'extrémité orientale du grand lac l’Esclave, je refusai à Maufelly sa demande, à moins qu'il ne consentit à sacrifier la rémunération de ses services ; j'étais bien persuadé que cette proposition ne lui conviendrait pas. Il leva toute difficulté en déterminant un des Indiens à nous suivre jusqu’à ce que, pouvant me confier à cesubstitut, je lui accorderais, à lui, la permission d'aller retrouver son père. En conséquence, nous fimes place à notre nouveau venu, et, après avoir
enlevé le sac de pemmican demeuré dans la
cache, nous campâmes, au coucher du soleil,
près du premier rapide de la petite rivière.
Nous vimes arriver deux Indiens dont la
DU CAPITAINE BACK. 199 mine défaite et le corps amaigri faisaient pitié. Ils appartenaient à la troupe d’Akaitcho qui venait heureusement de trouver dans l’aprèsmidi de quoi apaiser les souffrances cruelles
d’une longue disette. Je les reconnus aussitôt.
L'un d'eux m'avait même accompagné à la ri-'
vière Mines de Cuivre, dans la première expé-
dition de sir John Franklin. Ils ne démentirent
point le caractère d’apathie commun à leur
race, car ils ne manifestèrent pas, en me revoyant, la moindre marque de satisfaction ou de surprise; ils reçurent leur tabac et le fumèrent aussi froidement que s’il leur eüt été donné par quelque employé habitué à traverser le pays dans le cours ordinaire de ses affaires de traite. Leur air silencieux et sérieux subit bientôt cependant un changement extraordinaire quand ils m’eurent entendu prononcer une demi-douzaine d'expressions dont j'avais autrefois coutume de me servir avec eux dans mes
excursions. Ils éclatérent de rire, répétant mes
se
np ef line Donntentnionmeimrcu
à D rire
paroles, parlant fort vite entre eux, don-
nant enfin tous les signes de la plus grande
joie. Je les comblai de présents pour mes vieux
amis, Akaitcho et son frère Humpy.
Au moment où ils se retiraient, notre interprète vint avec une requête en faveur de Maufelly, qui n’osait la présenter lui-même, de crainte, disait-il, de me faire de la peine. Le brave garçon demandait la permission d’aller voir sa femme, heureusement accouchée d’un garçon en son absence; il promettait sur sa foi d’être de retour ie lendemain matin avant que nous eussions terminé nos préparatifs de départ. Il fallait voir les transports de ce bon Indien, lorsque j'eus accédé à sa demande; il sauta dans le canot avec. ses compatriotes, entonna diverses chansons, et se mit à pousser des cris de joie à limitation des Canadiens.
5 septembre. — Maufelly, fidèle à sa parole, fut de retour à quatre heures avant midi, ac-
compagné d'une de mes anciennes connais-
yet tot dir
] noi at
A aot
sances du fort Entreprise, qui, poussé par la curiosité ou attiré par la vue de la fumée, s’était trouvé sur le passage de mon guide. .‘”
J'eus en ce jour une nouvelle occasion d’admirer l’habileté consommée de De Charlôit, qui nous lança sur quatre rapides consécutifs, où notre canot déläbré, sans un patron moins capable, eüt été mille f6is englouti avec tous ceux qu'il portait. On ne saurait imaginer combien cet homme était maître de lui-même, avec quelle précision il-guidait sa fréle embarcation sur la ligne étroite et subtile qui séparait les hautes vagues du torrent et le clapotis du remoux. Un pied de plus à droite ou à gauche, et c'était fait de nous. Mais De Charlôit, les yeux fixés’sur le fil du courant, en suivait tous les détours avec une aisance parfaite, Je dirais mé'1e avec grace ct élégance.
Les rapides nous conduisirent à ce lac que nous avions eu précédemment tant de peine à trouver, et que nous avions traversé le 25
août. Notre Indien préféra le bord occidental
qui ne différait en rien du bord opposé, ex-
cepté en ce que les rochers étaient plus hauts,
du reste tout-à-fait nus comme les autres. Nous
aperçümes un groupe d’iles dans le S. S. O.
À mesure que nous avancions, les collines s'inclinaient et perdaient de leur roideur : un peu de mousse commençait à les vêtir. Plus au Sud , par 63° 15’ de lititude, nous trouvâmes les pins nains, de quatorze pouces à deux pieds de haut. De Charlôit les appelait plaisamment en français des Petits Vieux. Chez la plupart le tronc principal était sec et blanchi par le temps, et les rejetons, issus du pied, n'offraient de verdure à leurs extrémités que juste ce qu'il en fallait pour montrer qu'ils n'étaient pas morts. Néanmoins, tels qu'ils se trouviient, leur vue nous réjouit le cœur, car, depuis le 20 août, nous n’en avions point aperçu de traces, et nous les envisagions avec dé:ices songeant qu'enfin nous allions avoir un bon feu.
Les circonstances et la position modifient