X- considérablement les conditions du bonheur ; et
8, dansle simple passage d’un genre de nourriture
us à une autre, le Voyageur éprouve un aussi vif
O. sentiment de jouissance, une aussi profonde
es reconnaissance envers le Créateur que les mor-
un tels les plus favorisés au milieu des raffine-
au ments du luxe et de la bonne chère.
nes La rive orientale, quoique obscurcie par un
ds brouillard bleuâtre et bruineux, s’apercevait par
ent intervalles; elle se boisait et paraissait de plus
lu- en plus habitable. Quand, nous eùmes atteint
chi un monticule allongé et arrondi, à environ un
ed, demi-mille de la côte occidentale, je remar-
que quai chez mes deux Indiens l'expression d'un
ils sentiment de terreur superstitieuse;ils gardaient
s se le plus profond silence. Leur ayant demandé la
ar, raison de cette tenue pleine de consternation ,
int Maufelly, après quelque hésitation, nous dit vec | fort gravement que la petité île près de laquelle | un nous passions, s'appelait la cabane du Rat,
d’après un énorme rat musqué qui l'habitait
ent autrefois, «et ce que vous voyez là-bas, ajouta-
PA t-il en désignant un rocher à sominet conique
sur le bord opposé, c’est la cabane du Castor; nous serons bien heureux si nous ne recevons bientôt la visite d’une bourrasque ou d’un autre événement plus funeste. Quoique le chef puisse se moquer de l’histoire que racontent nos vieilluds sur ces deux animaux, je vais la redire. »
Il prit alors un ton solennel, une attitude grave, et entama le récit d’une de ces fables traditionnelles qui circulent parmi les Indiens et qui peuvent servir à mettre au jour leur caractère. Sous ce rapport, le lecteur ÿ trouvera peut-étre quelque intérèt;en voici la substance:
« Dans cette cabane, dit Indien, résidait jadis un castor aussi grand qu'un bison; il commettait de grands ravages, tantôt seul , tantôt eñ compagnie du rat son voisin qu'il avait su associer à sa fortune. Les tribus des environs ayant beaucoup à souffrir des excursions de ces deux maraudeurs, se lassérent à la fin, ct, d'un
commun accord, résoiurent de s'en débarras-
DU CAPITAINE BACKN. 20)
ser. En conséquence, elles tinrent conseil, et
ue , % . , disposerent une attaque combince, »!" : . . ; :
, » Cependant leurs projets parvinrent à la ns e L1 LA L [1 L connaissance du castor avisé, qui, à ce qu’il un * ee paraît, entretenait des espions dans les quarnef | tiers de ses ennemis.
nt +. it : | » Les Indiens partirent un matin avant le | la . , Q , lever du soleil, et, favorisés d’une brume épaisse fépandue sur le lac, s’avancèrent à la ide , Hs rame, sans faire le plus léger bruit qui püût les les et : ï trahir. Ils parvinrent ainsi sur le rivage où le ens se das castor solitaire avait établi sa cabane. Chaque Ci- ; es | Indien prit position sans souffler un mot, et, era AT , RS armé d’un arc ou d’une lance, se prépara à frapce:
per. L'un d'eux, l'aigle de sa tribu, s'avança dis ot ue plus loin que les autres, et se glissa sur la ait Q . \ 1 * L pointe des pieds près d’une caverne creusée QUE | dans le rocher; là, plaçant l'oreille contre terre, At ui TE | et retenant sa respiration, il écouta quelques int . ., , . ° L instants, avec une anxiété croissante, Jusqu'à Ces PE à ce qu’enfin, d’un mouvement de tête, il donna un
ñS-
le signal convenu pour faire savoir que l’ennemi était dans son logis.
» Aussitôt une nuée de flèches obscurcit l'air et vint s’engouffrer dans l'ouverture de la caverne;‘un houra prolongé la suivit; mais, au moment où il se mourait dans les derniers échos des rives éloignées, le bruit lourd d’un corps pesant qui tombaitdans les flots suspendit pour quelques instants les explosions Île a joie . générale et rlongea dans l’étonnement l’armée des agresseurs. C'était le castor qui se sauvait par un passage souterrain dont on ne soupçonnait pas l'existence.
» Le chef se coula dans la caverne pour en explorer l’intérieur, et, après l'avoir examinée, il donna le signal de la reprise des hostilités. La flottille se rangea en croissant, laissant entre chaque canot une intervalle d’une centaine de yards (g1 mètres). Les Indiens se -disposèrent à cerner la cabane du rat dans l'espoir d’y
trouver le castor, et, dans tous les cas, bien dé-
rs
lit
ait
cidés à infliger au premier une punition exemplaire, tant pour lui faire porter la peine des péchés de son ami, que pour leur Satisfaction particulière ; ils s'étaient mis en campagne et ne voulaient point rentrer au logis sans avoir châtié quelqu'un.
» Heureusement pour lui le rat avait pressenti que la fortune de son allié allait changer; il se tenait en observation prêt à l’assister en cas de succès, mais aussi tout prêt à le renier et à le repousser dès la moindre apparence de péril. Lors donc que le castor se présenta pour implorer un asile, le rat lui fit un long discours rempli de protestations d'amitié et de regrets, mais termina par un refus poli, l’engageant à mieux profiter de son temps et à gagner à la nage les roches du sud qui le mettraient à couvert des ennemis.
» Le castor, étourdi d’abord de cet accueil inattendu, recouvra bientôt son courage accoutumé, et, se voyant dans une position désespé-
rée, sauta sur le rat pour se venger. Une lutte
à outrance s’engagea entre eux; et la victoire était chaudement disputée, l'avantage égal des deux côtés’, lorsque les Indiens, approchant, pousserent un long cri qui suspendit le combat. Lançant un coup d’œil furieux sur son ennemi, le castor plongea une seconde fois dans le lac ; serré de près, il résista avec courage; plusieurs fois il fut sur le point d'échapper ; mais l’ardeur des chasseurs’était trop excitée, rien ne pouvait la calmer; ils continuérent leur poursuite jusqu’à l’extrémité du lac; et au-dessous des calaractes et des rapides qui conduisent au lac voisin; l’animal, épuisé, mourut de fatigue au moment où il touchait les roches éloignées de Thal-thel-Leh.
» Mais son esprit, ajouta Maufelly d’une voix basse et craintive, son esprit va errant autour de son ancienne demeure, les eaux lui obéissant encore, et malheur aux Indiens qui osent y confier leurs canots sans offrir une prière à l'ombre de lanimalirrité ; la plupart périssent ;
quelques hommes hardis échappent de temps
ur
DU CAPITAINE BACK. 209 àautre, mais pas un ne veut courir une seconde fois les dañÿers de l'aventure. »
Maufelly récila ce conte bizarre d’un ton si pénétré, qu'on ne pouvait douter de sa bonne oi ; les détails minutieux dans lesquels il entra montraient assez avec quelle religieuse attention il en avait enrichi sa mémoire.
Une joyeuse flamme de bois égaya notre campement. La nuit fut calme et magnifiquement éclairée par les éclats fugitifs d’une bril. lante aurore, Mais bientôt les cris de plusieurs centaines d’oies, qui, à une hauceur prodigieuse, s'enfuyaient à tire d’ailes vers le sud, nous annoncèrent l'approche des tempêtes. Rangées suivant leur famille (Grey ou bustard, White, langhing Geese), on les voyait faisant assant de vitesse, comme épouvantées des horreurs de l'hiver qui les menaçaient; rien n'annonçait avec plus de certitude le changement de saison. Nous nous félicitèmes d’être si voisins de notre quartier d'hiver.
6 septembre. — Le lac se rétrécissait gra-
duellement ; je remarquai avec ptine que les arbres, tres chétifs, seraient peu propres à être sciés en planches pour la construction des bateaux dont nous avions besoin. Une baie bordée de bancs de sable sembla, au premier abord, nous en offrir de plus convenables; mais, en les examinant de plus près, nous les trouvâmes noueux, tout en branches, et conséquemment aussi désavantageux que les précédents. C'était cependant un endroit fort recommandé par les Indiens, comme fournissant tous les objets nécessaires à la construction et à l'entretien d’un nouvel établissement. Cet exemple prouve leur jugement défectueux et la nécessité de se méfier de leurs conseils. — Le pays était découvertet d’un aspect menaçant. Les eaux ne nourrissaient pas un seul poisson ; le bois que fournissait le voisinage n'aurait pu étre d'aucune utilité pour construire une hutte volante, et n'aurait même pas suffi pour alimenter le feu pendant l'hiver.
Nous gagnâmes bientôt l'extrémité méridio-
nale du lac, qui avait environ quarante milles dans sa longueur , et douze milles dans sa plus grande largeur. Je le nommai lac de l’Artillerie, en l'honneur du corps distingué auquel appartenaient plusieurs hommes de l'équipage, et en reconnaissance du profond intérêt que ses officiers (1) avaient témoigné, tant pour les succès de l'expédition, que pour moimême.
La rivière, par laquelle ce lac se déchargeait dans le grand lac l’Esclave, commencait à descendre par un rapide de mauvaise apparence, où il paraissait périlleux de s’aventurer, mais qui n’offrait pas assez de dangers pour nous décider à entreprendre un portage. Nous nous risquâämes à faire la moitié de la route par eau, et nous l’achevämes par un transport à terre.—Au passage d'un second rapide, n’ayant pas calculé assez juste la force surprenante du
torrent qui nous semblait de peu d'importance,
{a) Gol. Godby; capit, Anderson ; lieut, Tylden, Craufurd, ele,
notre vieux canot fut entraîné par le remoux dans un tourbillon avec tant de violence, qu’il se fendit presque en deux.— Un autre bouquet de pins m'invita à débarquer, et, pendant queles hommes examinaient la qualité du bois, je fis une série d'observations qui me donnèrent 62°-53'-26"” de latitude N.; 108°-28/-24" de longitude occidentale de Greenwich ; (1 10°-48'-48" de Paris); et 38°-/42" de déclinaison orientale. Le bois ne valait guère mieux que celui que nous avions déjà vu dans la matinée.
Nous nous éloignämes de la côte dans l’intention de ne nous confier au rapide qu'avec la plus grande prudence, car l'air indécis de celui qui tenait le gouvernail témoignait une certaine appréhension dont je ne pouvais me rendre compte. J’appris bientôt que les jours précédents Maufelly s'était mis à jaser sur l’existence des dangers, soit connus, soit inconnus, de la rivière Ah-hel-Dessy. « Les Indiens, disait-il, ne se hasardent jamais à la descen-
dre ni à la remonter ; je ne suis pas pressé
ave
risq
sent
tive
tile.
laiss
chaq
LÀ
ssé
de mourir; je marcherai parmi les rochers de la côte, mais je ne veux pas rester dans le canot. » Cette poltronnerie fut de ma part le sujet de vifs reproches; mais lui-même en eut honte bientôt, et il en fit des gorges chaudes avec son compagnon pendant que nous glissions sur les flots d’un autre rapide. Mais un troisième, un quatrième rapide survinrent, et l’homme qui tenait la barre perdit la tête, il cessa d'agir de concert avec De Charlôit, et nous jeta contre une roche aiguë qui fendit le canot. Heureusement que celui-ci tourna d’abord sur lui-mème et continua à flotter jusqu'à ce que nous eussions atteint le rivage. Les hommes perdirent toute leur confiance en cette aventure, et, plutôt que d’encourir d’autres risques dans les rapides écumeux qui se présentaient devant nous, j’abandonnai une tentative que les Indiens persistaient à déclarer inutile. Notre fidèle canot, maintenant délabré, fut laissé dans une cache avec quelques objets, et
chaque homme, chargé d’un poids de cent vingt