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gne, renversés dans une lugubre confusion, apparaissaient comme les cadavres noircis d’une végétation disparue. C'était un tableau hideux de désastres et d'incendie.
Nous nous mimes en marche de très grand matin le 7 septembre, chacun de nous était trop occupé à se frayer un passage pour parler. On n'entendit pas mot jusqu’à huit heures; mais alors nous aperçümes, à trente pas de nous, un daim mâle qui broutait , et que la hauteur de ses andouillers avait trahi.
On le tua; on en fit cuire une cuisse fort grasse qui nous fournit un déjeuner succulent. Le reste fut mis dans une cache ; après quoi nous reprimes notre route, et, lorsque nous $ûmes gagné le haut d’une colline, nous eümes devant nous le lac de lEsclave entouré de hautes montagnes ; une chaîne escarpée sur notre droite déterminait le cours du Ah-hel- Dessy; des rochers abruptes et des valiées profondes qui nous séparaient du lac nous firent
pressentir les longues fatigues qu'il nous fallait
en
endurer avant darriver à notre destination.
Mais comment donner une idée du tourment que nous causaient les maringouins ; soit qu'il nous fallüt descendre dans des abimes où la chaleur nous suffoquait, ou passer à gué les terrains marécageux , ils s’élevaient en nuages et obscurcissaient l'air. Il était aussi difficile de voir que de parler, car des essaims se précipitaient sur toutes les parties du corps non défendues, et les criblaient en un instant de leurs dards empoisonnés. Le sang ruisselait sur nos visages comme si nous eussions eu des sangsues. À la douleur brülante que nous éprouvions succédait immédiatement une violente inflammation qui nous causait des vertiges à nous rendre presque fous. Toutes les fois que nous nous arrétions, et nous y étions souvent forcés, mes hommes, même les Indiens, se jetaient le visage contre terre en poussant des gémissements plaintifs et douloureux. Comme mes
bras avaient moins souffert, je cherchai à me
garantir moi-même en faisant tournoyer un bâton dans chaque main; mais en dépit de cette précaution, et malgré les gros gants de peau et le voile que j'avais pris, je fus horriblement piqué; je regardai alors ces piqüres comme plus dangereuses que celles des moustiques.
À ce sujet je me rappelle un mot de Mau- {elly qui montre lesprit d'observation de la tribu et qui fait honneur au bon cœur de celui qu’elle concerne ; on me pardonnera , je l'espère, cette digression. Sir John Franklin avait pour habitude de ne jamais tuer une mouche. Celles-ci étaient loin d'observer la même neutralité, et elles le tourmentaient surtout lorsqu'il se livrait à ses observations; l'excellent homme quittait tranquillement son ouvrage, et ne faisait lâcher prise à ces hôtes incommodes que lorsqu'ils étaient à moitié gorgés. « Le monde est assez grand pour vous et pour moi, disait-il en soufflant dessus. » Akaitcho et les quatre ou cinq Indiens qui l’accom-
pagnaient trouvèrent la plaisanterie excellente ;
DU CAPITÉINE BACK. 29.3
mais l’impression que ce trait fit sur l'esprit de Maufelly fut, à ce qu'il parait, plus profonde, car celui-ci me voyant remplir ma tente de fumée, me jeter à terre, agiter des branches à droite et à gauche pour chasser ces parasites venimeux et m'apprêter un sommeil paisible, ne put retenir sa surprise de ce que Je ressemblais si peu « à l’ancien capitaine , qui n’aurait pas seulement tué un moucheron. »
Comme nous arrivions au confluent de l’'Ah-hel-Dessy, et du lacde PEsclave,jene fus pas fâché de voir que les arbres, quoique noueux, avaient plus d'équarrissage , et que de petits bouleaux commencaient à se. montrer cà et là. Néanmoins je n'en vis aucun qui püt nous servir à faire des planches, et je commencçai à craindre d’être obligé d'envoyer chercher à cent cinquante milles ces matériaux indispensables.
Nous atteignimes l'extrémité orientale du lac, où , dans ma lettre du 19 août, j'avais donné l'ordre à M. Mac-Leod de construire une mai-
son. Aussi, en avançant sur les bancs de sable
dont la surface était couverte de monsse, fûmes-
| ma
nous très satisfaits d'entendre le bruit des char- Né
pentiers. Guidés par les troncs d'arbres dé- con
pouillés de branches qui jonchaient le sol, / can
nous arrivâmes bientôt dans une baie où s’éle- pis:
vait en face d’un fourré verdoyant la charpente de
de la maison que j'avais commandée. M. Mac- lès:
Leod était à l'ombre avec La Prise, et il ne nous am:
entendit venir que lorsque nous fümes à quel- c'ét
ol ques pas de lui. Nous étions rangés en file, acci |. mes hommes ayant adopté cet ordre de leur stér
propre mouvement; et, avec nos visages enflés
et notre accoutrement, chargés comme nous
l’étions, les uns de fusils , les autres des piquets
de la tente, nous offrions un aspect bizarre et
| nous ne ressemblions pas mal à une troupe
de voleurs de théâtre.
Cela n’empêcha pas mon ami de nous témoi-
gner sa joie de notre retour. Il avait espéré que
nous prendrions par une petite rivière située à
un mille à l’est, direction invariablement suivie
par les Chipewyans et les Couteaux-Jaunes,
mais dont jusqu'alors j'avais ignoré l'existence. Néanmoins, en l'examinant plus tard, nous reconnûümes «{w’elle aurait été trop basse pour les canots, car elle n’était alimentée que par les dérivations de quelques petits lacs et par les eaux d’une cascade pittoresque éloignée de 4 à 8 méfles. Nous y trouvâmes quelques canots indiens amarrés aux branches des saules; et comme c'était la route la plus favorable et la moins accidentée de celles qui conduisent aux terres stériles, on la préférait, à ce qu’il parait, à
celles par lesquelles nous avions passé.
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