‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 51 · À ‘À HN © | AH · texte numérisé non relu

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cale d’une pipe de tabac, saivant l'usage crdinaire, suffisait pour effacer un instant le sentiment de leurs misères et pour faire jaillir une lueur d'espérance de leur visage amaigri. « Nous savons, disaient-ils, que vous souffrez autant que nous, et que vous êtes bien bons. » Quelque affligeante que fût cette scène, il était consolant de voir avec quelle résignation ces infortunés supportaient leurs maux. Ils ne blasphémaient point contre la Providence, ils ne se laissaient point entrainer à ces actes révoltants, si communs autrefois, et qui ont fait paraitre le caractère du sauvage indien sous des couleurs sisombres. Cette troupe, si faiblement secourue, nous exprimait sa reconnaissance lorsqu'un de leurs compagnons entra, et, après avoir repris haleine, il nous annonça que tout près de nous un enfant, privé depuis long-temps de nourriture, se mourait de défaillance. Le pere, qui se trouvait autour du foyer, se leva aussi-

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DU CAPITALE BACK. 267 viande que nous possédions alors, il partit en toute hâte’ et arriva heureusement assez tôt pour sauver la vie de son enfant.

Ces Indiens sont naturellement enclins à la superstition ; ils nourrissent leur esprit d’une foule de légendes dont la plupart sont au reste tout aussi sensées que ces fables traditionnelles des peuples civilisés, qui amusent etintéressent l'âge présent par les récits d'un passé que les ténébres environnent. Ils ont de bons et de mauvais génies qui hantent les eaux, les bois et les montagnes; des géants, des animaux parlants, des lutins et des farfadets, enfin tout un monde subalterne de malins esprits.

Je parle de ces superstitions ici pour en venir à l’histoire d’un de nos pauvres hôtes sur un Chipewyan, que l'on regardait comme responsable de l'absence des daims.

« Nous savions, commença le jeune chasseur décharné, tout en rejetant de ses narines d’épais nuages de fumée, nous savions que cet

hiver serait marqué par quelque chose d’extrapar q |

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208 VOYAGE ordinaire. Les Chipewyans ont toujours été mal disposés pour les Couteaux-Jaunes, si mème ils n'en sont pas les ennemis secrets, et ils se réjouissent de nos infortunes. Pourquoi ce Chipewyan vint-il parmi nous? Nos vieillards ne l’ont-ils pas averti de renoncer à ses projets imprudents, et d'en croire les sages paroles dictées par l'expérience ? |

» Mais nou! il avait souvent entendu dire que, lorsqu'on poursuivait à outrance un daim isolé, les autres ne manquaient pas d'abandon ner le pays; car il paraît que des milliers de ces animaux, quoiqu'éloignés les uns des autres, peuvent connaître ce qui est arrivé à un de leurs compagnons! Ce Chipewyan n'a pas voulu croire le fait. 11 y a des gens qui ont de méchantes langues! celui-ci répétait sans cesse qu'à la première occasion il s'en assurerait. En conséquence, au commencement de cette année, lorsqu'une croûte légère se fut formée sur la neige, par l'effet de la chaleur du jour suivie

de la fraicheur de la nuit, il sortit avec ses soti-

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liers à neige, longs de six pieds, et se mit à parcourir le pays, effleurant silencieusement la surface brillante du tapis de glace étendu sur la terre: il ne tarda pas à découvrir huit ou dix daims sur un marais glacé.

» Faisant un long circuit derrière les animaux, il s'en approcha avec la plus grande précaution; néanmoins ces créatures timides et vigilantes entendirent ses pas légers, et, comme il l'avait prévu, les daims s’élancèrent sur le lac pour lui échapper." Mais leurs sabots, quoique très larges, ne pouvant les soutenir, à chaque bond ils s’enfoncaient dans la neige jusqu'aux hanches, et devinrent ainsi la proie facile du chasseur, qui, soutenu sur ses longs souliers à neige, finit par les tuer tous excepté

* un. Le Chipewyan s’acharna à poursuivre celuici à outrance et sans pitié, jusqu’à ce que l’animal , épuisé de fatigue, tomba forcé à quelques pas de la hutte de son ennemi, qui l’acheva au milieu des plaisanteries de sa famille. « Main-

» tenant, disait-il, je saurai s’il y a quelque vé-

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