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270 VOYAGE »rité dans vos récits; au reste, peu m'importe » qu'ils soient vrais ou faux , je suis Chipewyan, » et je retourne dans ma contrée, très éloignée » d'ici, qui vaut mieux que vos marécages et » vos terres stériles. »
» N'avions-nous pas raison? continua l'Indien, le daim a su ce qui était arrivé, et il ne veut plus revenir. » Là il cessa de parler, et les marques d'approbation de son auditoire témoignérent l'intérêt que son récit avait excité.
Un autre jour, il nous arriva une femme d’un certain âge, trés consternée, et suivie d’une petite fille d'environ six ans. Elle implora notre protection contre un chasseur sur le fusil duquel elle avait marché, par mégarde, pendant la nuit. Chez les Indiens, cette action est regardée comme un crime de la part d’une femme , parce que celle-ci détruit par son contact les qualités du fusil et lui enlève la puissance de tuer. Les conséquences de son inattention faisaient tellement frémir la malheu-
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possesseur du fusil, elle aimait mieux le fuir que de s’exposer à sa fureur. Cependant, au bout de quelque temps, lorsqu'elle jugea les premiers moments de colère passés, elle fut le rejoindre; heureusement que, dans l’intervalle , lIndien avait tué un animal avec ce mêtue fusil, de sorte qu’elle en fut quitte pour être rossée d'importance, avec l'avis sévère
d’être plus attentive à l'avenir. Ce châtiment
était fort doux, suivant la loi indienne, qui
condamne la malheureuse femme coupable d’un tel méfait à avoir le nez fendu ou un morceau d'oreille coupé. — Dans la même soirée un homme, sa femme et trois enfants, nous demandèrent l'hospitalité. Ils se trouvaient dans un état déplorable qui me fit bien regretter de ne pas être plus riche en vivres. Plus maltraités que les autres, ils n'étaient en effet que les ombres d'eux-mêmes. L'homme, véritable squelette de maigreur, portait une couverture mince et en lambeaux, qui, raidie par la gelée et frot-
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47 VOYAGE avait horriblement écorchées. Ceux qui l’accompagnaient n'étaient guère dans un meilleur état. Notre situation commençait à prendre unc tournure affligeante et faisait naître intérieurement des craintes pour l’avenir. Au milieu de ces infortunes, la vieille femme dont nous avons déjà parlé mourut, malgré tous les soins que nous lui prodiguions.
Sa faiblesse n'avait fait qu'augmenter sous
le poids de ses infirmités; la circulation s’opérait lentement, et les extrémités étaient gelées. Trop faible pour se soutenir debout, elle rampait misérablement sur ses mains et sur ses genoux d'un lieu à un autre; elle se rendait de préférence dans la chambre de M. King, dont elle recevait les soins une fois par jour. Sa présence produisait un frisson involontaire et un dégoût qui échappe à la description. Quel contraste avec la jeune fille debout à ses côtés, pleine de vie et de santé! — On la retrouva étendue morte dans sa cabane, près du feu.
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DU CAPITAINE PACK. 279 pression sur les Indiens ; personne n'aurait songé à l’enterrer. si nous ne nous fussions chargés de cette cérémonie nous-mêmes : cérémonie fort pénible, vu la dureté de la terre gelée, mais indispensable pour préserver les restes de cette malheureuse de la voracité des chiens affamés. ,
Je commençais à ressentir de vives inquiétudes sur la position actuelle de la majeure partie des Indiens que je supposais être dans l’ouest, à la chasse du daim, sous la conduite d’Akaitcho. M. Mac-Leod, avec la bonté d’âme et l’énergie qui le caractérisent, s’offrit de lui: même pour aller à leur recherche et les encourager par sa présence. En conséquence, il partit le 18 décembre, accompagné de l'interprète et d’un jeune Indien qui dans la matinée avait reçu une correction pour avoir voléquelques objets. Lelendemain de leur départ, un de ceux qui avaient suivi Akaitcho arriva avec une petite quantité de viande, à moitié sèche, qu'il avait mis huit jours de marche à nous apporter.
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Il nous apprit que les daims étaient assez nombreux, mais qu'ils continuaient à errer dans la région des terres stériles, à la grande surprise des Indiens, qui n'avaient jamais vu ces animaux dévier de l'habitude de chercher un abri dans les bois pendant la saison rigoureuse de l’année. «Ils sont très maigres, ajouta le nouveau venu, mais on en a tué beaucoup. On vous les aurait envoyés au fort, si la distance eût été moindre et si ceux qui auraient été chargés de les transporter n'eussent dû nécessairement en consommer la majeure partie en route; cependant, continua-t-il, on en a mis en réserve dans des caches pour vos besoins futurs. » :
Ces nouvelles étaient fort bonnes, mais n’allégeaient en rien nos mistres présentes ; quant aux caches , situées dans le voisinage des wolverennes affamées (quickéhatch }), j'y comptais faiblement pour l'avenir, malgré tous les soins qu'on eût pu mettre à les disposer.
Cependant je me réjouis d'apprendre que
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les animaux ne manquaient pas entièrement dans la partie où se trouvait Akaitcho , puisque, sans me faire illusion, je pouvais espérer compléter notre approvisionnement pour le voyage à la mer Polaire. Je me berçais de cette espérance; quand je vis revenir ceux de nos gens qui résidaient à une des stations de pêche; ils n'avaient pu prendre que trois nu quatre poissons par jour pendant la dernière quinzaine. Les acciderits de cette espèce se renouvelaient si fréquemment, que j'étais sans cesse obligé de changer mes plans et mes projets; car, au moment où je me croyais le plus en sûreté, je metrouvais tout-à-coup dans le plus grand danger. Mais ce n'était pas le temps de s'endormir, il fallait au contraire relever le courage de nos gens par une activité continuelle qui les détournât de leurs tristes réflexions. En conséquence je fis une nouvelle distribution du travail : les uns, munis de.
leurs filets, dûrent se rendre à celle des stations
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