‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 51 · DETTE ET PET · texte numérisé non relu

DETTE ET PET

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je les expédiai aussitôt avec M. King et ceux du fort Reliance pour trainer les ferrements et les planches préparées par les charpentiers jusqu’à une baie sur le bord occidental du lac de l’Artillerie , où je m'étais proposé de faire construire les bateaux.

Cette accupation devait durer quatre ou cinq jours, pendant lesquels j'espérais qu’il surviendrait quelque changement heureux. Mon attente ne fut point déçue. Le lendemain , un dimanche, comme nous jouissions de ce calme qu'on éprouve en sortant de l'office divin, les grognements d’un de nos chiens, trop faible pour se livrer à d’autres démonstrations, nous annoncèrent l'approche d'un pas étranger ; en effet, le vieux camarade de Mandeville parut à la porte de la salle. Accoutumé à voir les Indiens les mains vides, je ne lui demandai seulewent pas s’il nous apportait des vivres; mais, après m'avoir dit en français le bonjour, qu'il avait appris des habitants du Canada, comme

tous les Indiens, il s'écria : « Vous n'avez donc

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DU CAPITAINE PACK. 307 pas de provisions? — Jens! les chiens les ontils mangées? » et, onvrant la porte, il me combla de joie et d'étonnement en me montrant un jeune Indien, appuyé sur son fusil, près de deux traineaux de viande sèche, que le Camarade et lui avaient mis cinq jours de marche pour nous apporter de leurs huttes.

Le jour suivant, je reçus encore des provisions de la part de M. Mac-Leod, qui cependant vivait, lui et sa famille, dans les plus cruelles privations, entouré du douloureux spectacle de la souffrance et de la mort. Six naturels de l'un et de l’autre sexe venaient de succomber sous les horreurs de la famine; les filets n’avaient rien donhé.— Akaitcho, sur qui M. Mac- Leod fondait son espoir (car le vieux chef n'avait point donné suite à ses menaces), se trouvait éloigné encore de douze jours de mar che, et, malgré cette grande distance, il avait dépèché quelques vigoureux chasseurs avec une charge de viande dont ce que nous recc-

vions était une partie. La position de M. Mac-

Leod était fort embarrassante; j'obtins de lui cependant qu'il fitencore le sacrifice de se séparer de sa famille et de l'envoyer au Fort-Résolution : demeuré seul, il pouvait quitter la pécherie pour le moment et se rendre auprès des Indiens dont sa présence exciterait le courage.

Le 18 mars. — M. King et sa ‘roupe revinrent du lac de l'Artillerie; après y avoir déposé les objets dont il était chargé, il avait laissé les charpentiers travaillant à la construction des bateaux.

Dans la soirée du 26, fort tard, il arriva au Fort un messager de la factorerie d’York avec un paquet que nous attendions de jour en jour depuis six semaines. Le bonheur que nous éprouvâmes peut être apprécié seulement par ceux qui, jetés comme nous hors des pays civilisés , ont enfin reçu après une longue année d'absence des nouvelles de ceux qui leur sont chers.

Mais nous commencions à peine à nous ré-

jouir, que notre satisfaction fut troublée. Le

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DU CAPITAINE BACK. 309 messager nous dit que l'autre moitié du paquet était pgrtie du Fort-Résolution, un mois auparaant, confiée à un Canadien et à un Iroquois qui devaient nouslatransmettre. T'interprète esquimaux, Augustus, mon ancien compagnon, s était réuni à eux; car, dés qu'il avait appris mon arrivée dans le pays, il avait quitté la baie d'Hudson pour venir me joindre; mais ces trois hommes, parlant chacun un langage différent , ne purent se communiquer leurs idées; ils #égarérent, et ce ne fut qu'au bout de dix-huit jours que les deux premiers, retournant sur leurs pas, retrouvérent le chemin du Fort; Augustus n'avait point voulu les suivre malgré toutes leurs sollicitations. Mes. lettres, en me confirmant le récit du messager, m'apprenaient en outre que ce pauvre Augustus m'avait emporté avec lui que dix livres de pemmican, sans mème se munir de fusil, d'arc, ni de fleches.

Trois jours après la réception de cette triste nouvelle, un de mes anciens hommes, guidé

par un Indien, m'apporta le reste du paquet.

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M. Mac-Donnel, directeur du Fort-Résolution, m’envoyait dire qu'aussitôt l'arrivée dy Canadien et de r'Iroquois, il avait expédié deux autres Iroquois, bien approvisionnés, sur les traces d’Augustus avec l’ordre de le conduire près de nous. Mais, au bout de dix-huit jours, ces envoyés étaient encore revenus au Fort, disant à M. Mac-Donnel comme les premiers, qu'aprèss'être égarés, ilss’étaientvuscontraints, leurs vivres @ine fois épuisés, de revenir sur leurs pas. Un Indien, qui se trouvait alors au Fort, avait bien voulu servir de guide au por: teur du présent paquet; et, ajoutait M. Mac- Donnel, « j'espère qu’enfin vous le recevrez sans accident; mais je crains qu'Augustus ue soit mort de faim.»— Quoique les compagnons de celui-ci eussent ajouté qu'ils avaient entendu des coups de fusil dans la direction où

ils l'avaient quitté, et que peut-être il avait ren-

contré des Indiens, je ne conservai qu'une faible

espérance. Je fis circuler ce fait, autant qu’il ; q

fut en mon pouvoir, parmi les tribus indiennes,

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