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18 VOYAGE savais me rendre compte de cette merveilleuse émulation ; arrivé au campement tout en sueur, je demandai aux hommes, en m'essuyant le front, à qui diable ils en avaient, s’ils craignaient que le manitou du lac ne füt à leurs trousses, ou s'ils avaient aperçu la piste de quelque gibier. À pres une légère pause et s’être regardés lun l'autre, l’Indien me dit : « Je crois que Peter Taylor avait envie de voir si je savais marcher vite. — Et moi, dit Taylor, je suis sûr que l’Indien voulait me dépasser, et j'étais déterminé à lui tenir tête.» Par suite de ce défi tacite, dont j'avais été la dupe, nos gens ne purent nous rejoindre que quatre heures après. Nous avions reçu, pendant la marche, des ondées passagères; ce n’était rien en comparaison de celles qui tombérent sur nous lorsque le vent fut abattu." Le sol, toujours gelé dans sa partie inférieure, ne pouvait donner passage à l'eau de pluie, de sorte que chaque creux de terrain se trouva transformé en un
étang; bientôt une infinité de petits ruisseaux
Ve
DU CAPITAINE BACK. 19 déchaussèrent notre tente malheureusement dressée sur une pente douce, et s’infiltrérent entre nos couvertures. Ils me réveillèrent dans mon premier somme. Le soleil ne s'était pas levé, ou du moins n'était pas encore visible , et je doute que le plus rigide obsérvateur de la loi musulmane se füt réjoui de cette ablution matinale. M. King, aussi indifférent à l'eau du ciel qu’à celle des ravins, ayant distingué un‘ troupeau de daims sur la colline voisirie, endossa sa casaque bleue et partit à leur poursuite; iln'en attrapa aucun, mais il rapporta quelques beaux pluviers.
La matinée du 25 fut très sombre; cela n'empêcha pas notre Indien déserteur d’arriver avec son sac de pemmican. Un brotiillard, qui avait plus ou moins dominé pendant les quinze dernières heures, s’épaissit avec la nuit. Comme j'avais mes guides, et qu'il était aussi pénible de demeurer en place avec des vêtements mouillés que de voyager, je donnai l’ordre du départ à dix heures après midi. Les In-
il. /
5o VOYAGE
diens, toujours précautionneux, se tenaient le long de la terre et nous faisaient passer sur des
chemins fatigants où la glace prenait la forme
de clous de trois pouces de long. Les souliers
ne purent y tenir non plus que les bandes de
peau de renne couvertes de poil dont nous les
avions garnis. Ceux qui tiraient le bateau se
tinrent sagement au large sur une glace moins difficile à la marche; la surface en était semblable à un lit de madrépores, sauf que les crêtes en étaient bien plus affilées.
Vers minuit, un épais brouillard fit hésiter nos guides ; ils se croyaient déjà hors de route et affectaient une grande crainte de m’égarer davantage ; mais je mis fin à ces simagrées en recourant à la boussole; nous continuâmes donc. Je conviens cependant que cette manière de voyager n'était rien moins qu’agréable, car, sans parler de l'obscurité, nous étions trempés par la bruine et transis jusqu'aux os sans pouvoir recouvrer un peu de chaleur même dans
le plus violent exercice.
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DU CAPITAINE BACK, Ji Une pointe de rocher, äpre et sauvage, que je crus reconnaître comme un de mes campements de l’an passé, me montra que nous n'étions plus qu’à une journée de marche de la baie Sand-Hill, où devait se terminer notre campagne, sur le lac. Nous nous arrétâmes un mille plus loin, et le bateau arriva le 26 àsept heures avant midi. ° En ce jour, nous n'eümes pas la consolation d’un seul rayon de soleil pour sécher nos vêtements ; au contraire, pour. nous achever, la pluie tomba par torrents. La nuit fut encore plus menaçante et, à l'époque ordinaire du départ, on ne distinguait point les objets à cent pas : il était impossible de continuer ainsi, Pour comble de malheur, on ne pouvait faire de feu. Mais les hommes s’accommodèrent avec la plus grande résignation de leur gite humide, et, après avoir cherché quelque endroit tant soit pen abrité, s’enveloppèrent les uns dans leur couverture, les autres dans tout ce que put leur offrir
leur garde-robe. Ges précautions furent inutiles;
le matin, la plupart se trouvérent couchés dans des mares d’eau, que la pression de leur corps avait fait remonter à la surface de la glace. Je ne pus m'empécher de rire en assistant à leur réveil, et voyant l’espèce d’effroi soudain qui les saisissait chacun lorsque étendant la inain ils rencontraient l’eau froide où ils étaient plongés. é
La matinée du 27 fut encore brumeuse; mais un espoir d’éclaircie dans le N.-0. nous encouragea à partir, et vers midi le temps devint beau. Une nouvelle cache fournit à nos provisions un renfort d'autant plus opportun, qu'elles n'auraient pas duré plus long-temps que la journée.
Ce fut avec une bien grande joie que nous aperçümes enfin la baie Sand-Hill. En approchant du portage de Thlew-ee-Choh, nous distinguâmes une tente blanche entourée de quelques personnes ; c’étaient M. Mac-Leod et sa troupe qui ne nous attendaient pas sitôt. Le
mauvais temps et les longues courses nécessai-
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