‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme]Chapitre 23 sur 103 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

89 VOYAGE res, de mousses et de quelques saules, dont les feuilles petites et tardives commençaient à paraitre. Aprés ua chenal large et profond, vint un rapide qui fut soigneusement examiné, ct que nous passämes ensuite avec le bateau chargé ; il nous conduisit dans un petit lac parfaitement libre de glaces, ét fort remarquable comme terminant au nord la chaîne des monts Ieywood, qui s’y abaissent graduellement en petites collines régulières, tellement semées de roches grises et de pierres, qu’on dirait une immense carrière remplie dé décombres. La rivière se resserra ensuite et forma un rapide aisé, à l'extrémité septentrionale duquel je fis notre premiere cache de peémmican, en face d'une petite colline de sable. Le cours d'eau s’élargit bientôt, et se déchargea dans un lac, si encombré de glaces, que mous fiimes obligés de camper à six hieures après midi.

Mac-Kayÿ et Sinclair furent immédiatement dépêchés de chaque côté du lac, afin de cher-

cher l'endroit où il nous serait le plus facile de

mit

reu,

bU CAPITAINE HACK. 3.3 traverser; pendant leur absence il se leva ure légère brise de N. 0., qui ouvrit, le long de la côte occidentale, un chenal barré seulement par deux morceaux de glaces qui se réunissaient sur le point le plus voisin du lieu où nous nous trouvions. Nous y pratiquames une voie par ou le bateau passa aussitôt après le retour de nos deux pilotes; ceux-ci me chagrinèrent beaucoup en m’annoncçant un second lac glacé. Pendant trois ou quatre cents pas nous pümes employer les avirons; alors une variation dans le vent poussa devant nous des masses plus considérables; tantôt coupant les glaces, tantôt poussant de fond, nous réussimes à atteindre les eaux libres. À une heure trente minutes avant midi nous dressâmes la tente. Le bateau faisant un peu d’eau, nous le laissämes à flot, et j'y fis coucher deux hommes pour le garantir des chocs de la glace flottante.

Le 9 au matin, il plut beaucoup; nous nous mimes en route à dix heures avant midi. Heu-

reusement ilse forma, presdu rivage, unectroite

passe,qui nous permit de gagner la partie orientale, où s’étendait une grande pièce d’eau dont deux pointes basses nous cachaient les limites. En une heure nous en vimes la fin; un récif de grosses pierres , cimentées de glaces, nous séparait d’un second étang; mais cette glace située dans une eau basse, se trouvait poreuse et en décomposition ; elle céda aux efforts réunis de la hache et du poids des hommes, et nous l’eûmes traversée en moins d'une heure et demie, non sans que l’embarcation n’eût essuyé quelques chocs.

Un rapide sans danger, et les flancs doucement inclinés d’une colline de sable, nous firent espérer que la rivière allait devenir facile; mais cette illusion fut bientôt dissipée à un très long rapide, où les hommes ne sauvérent le bateau qu’en se jetant au milieu des brisants, et soulevant l’arrière, pour le dégager d’une roche sur laquelle il avait touché. Nous avions à peine repris nos places, que nous fümes rapidement

emporlés au-delà d’une rivière affluant de

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nent

de

DU CAPITAINE BACK. 85 l'ouest; un rapide suivit,et nous remarquâmes, immédiatement après, un second cours d'eau tributaire venant du même côté,

Dans cette partie, les collines n’allaient pas à plus de trois cents pieds de hauteur, et souvent s'arrêtaient à cinquante; elles étaient stériles comme celles que nous laissions derrière nous, et semées aussi de débris de roches d’une couleur somire. Les rives sablonneuses de la côte orientale s’élevaient graduellement en pente,ou s’arrondissaient en monticules baignés à leur base de petits ruisseaux serpentants; les bœufs musqués et les daims y trouvaient d'abondants pâturages. Ceux-ci décampérent à notre approche; mais les premiers ne bougérent pas et continuèrent à nous regarder fixement d'un air hébété; heureusement pour eux nous n'avions nul besoin de leur chair.

Vers le centre de la rivière, une île déterminait deux passes d'ou s’éle aient par intervalles d'épaisses colonnes de brouillard; à cette

vue nous abordâmes, et avant constaté Fexis-

tence d’une chute, Mac-Kay et Sinclair se préparérent à la franchir, tandis que le portage du bagage s’effectuait. Ces deux mariniers se tirèrent merveilleusement de ce pas difficile ; l'adresse de leur manœuvre écarta le principal danger au moment de la chute, et le bateau descendit dans le remous avec l’aisance et la légèreté d’un oiseau de mer.

Le cours d’eau offrait des dimensions fort irrégulières ; large en cet endroit d’un quart de mille, il continuait, avec cette largeur, pendant environ trois milles, au bout desquels il se réduisait à 200 yards (183 mèt.), et formait, en serpentant, cinq rapides consécutifs où se jetaient deux affluents du côté de l’ouest. Une autre nappe d’eau limitée à droite par des collines et des monticules de sable bläne, couverts en différents points de riches pâturages qu'aninait la présence d’un grand nombre de daims, nous conduisit à un rapide long et effrayant,

plein de rochers et de blocs détachés, flan-

ort art en- [s il it, L se jne Il: - S CII nins, nt,

ai-

DU CAPITAINE BACK. 87 quésur ses deux bords d'une muraille de glaces, et précipitant ses flots avec l'impétuosité d'un torrent,

Le bateau allégé de sa charge, je me tins sur un roc élevé, fort inquiet de lui voir franchir cette passe ardue; quoique plein de confiance dans la présence d'esprit et l'adresse de mes principaux hommes, je n'en étais pas moins ému en soggeant que l'espoir de l’entreprise reposait sur ce bateau, qu’un seul choc pouvait détruire, — Je les vis partir avec la rapidité d’une flèche et presque aussitôt se perdre au milieu des flots écumeux et des têtes de roches. Au mème instant, une clameur sauvage arrive à mon oreille... mon cœur se brise... M. King, placé à deux cents pas en avant, agite son fusil et s’élance; je le suis hors de moi... qu'on juge de ma joie inexprimable lorsque j'aperçois l'équipage triomphant prendre terre dans une petite anse à mes pieds. Je ne pus récompenser ces braves

gens que par un verre de grog, et aussitôt ils

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se mirent à là pénible besogne du portage avec la mème insouciance que s'ils eussent traversé la réserve d’eau d’un moulin, Au moment où on termina, il était fort tard ; Malley manquait à l’appel; quelques uns de ses camarades allérent à sa recherche. Il revint à la fin, mais harassé, rendu. Trompé par les détours de la rivière, il s'était engagé au travers des rochers et des marécages. — Il ne faut pas d’aujre incident, parmi les voyageurs, pour les déterminer à donner un nom à l'endroit où il a eu lieu.

Afin de me conformer à cet usage, je nommai ie rapide Rapide Malley.

Pendant la nuit, en ouvrant un nouveau sac de pemmican, nous en trouvâmes la partie supérieure moisie, et, poussant plus loin l’examen, nous découvrimes des couches de sable mélées de pierre et de viande non desséchée : c'était l'ouvrage de quelque Indien fripon qui, s'étant approprié le contenu du sac, avait imaginé ce moyen de dissimuler sa fraude, qui du reste était

bien déguisée puisqu'elle avait échappé à l'œil

DU CAPITAINE BACK. 8) attentif et vigilant de M. Mac-Leod. Cette découverte nous donna une grande frayeur; peutétre, pensämes-nous, tous ces ballots que nous transportons à grand'peine ne sont-ils qu’ure charge de pierres ? Heureusement cette crainte ne se réalisa pas; les autres sacs étaient parfaitement en état.

Depuis cinq jours nous n'avions vu je soleil que trois fois; la nuit et la matinée du 10 furent

si pluvieuses que nous dûmes attendre une

éclaircie pour nous hasarder sur la pièce d'eau

pleine de difficultés qui se trouvait devant sous. Le rapide était enclavé entre deux falaises inabordables. Paur nous mettre à l'abri des accidents, je fis transporter par terre es fusils, munitions et instruments; précaution que je pris à chaque rapide durant tout le temps de cette navigation de rivière. Nous venions de partir, lorsque la pluie recommenca à tomber par torrents, accompagnée d’un vent de nord piquant et d’une brume qui, pour comble de

difficultés, nous empéècha de distinguer les ro-

chers aigus cachés sous l'eau dont ce rapide est entièrement rempli; le moindre défaut de précision dans la manœuvre y amènerait un résultat funeste. Un autre rapide et un portage nous conduisirent dans une étendue d’eau où le vent soulevait des vagues écumeuses ; le bateau s’y comporta parfaitement, et, eu égard au poids dont il était chargé, il ne prit que peu d’eau. — Les rives de sable blanc contras-

taient d’unemanière frappante avec les collines

lointaines, rocheuses, irrégulières, d'un gris

obscur, mal és:7ées par la sombre verdure de l’'épaisse végétation qui les couvrait. Nous longeames quelques iles basses; des deux côtés, dans les prairies, paissaient de nombreux troupeaux de daims. Au sortir d'un goulet, nous débouchâmes dans un large espace où l'aspect des bords escarpés à gauche me fit penser que la rivière tournait à l’ouest; mais, en y allant, nous trouvaämes un courant contraire provenant d’une grande rivière qui se déchargeait

en ce point. La brume devint dense à nous

pu CAPITAINE BACK. EE cacher la terre la plus voisine; et, nous voyant entrainés vers un rapide, nous poussâmes vitement au rivage où nous campâmes. Le brouillard amplifiait les objets, comme de coutume ; il donnait à un glaçon ordinaire un aspect si formidable, et le rapide givndait d’un ton si menaçant, que nous nous félicitämes d’être à terre.

Le 11 s’annonça par une grosse pluie et par une bourrasque de N. O., qui ne discontinua pas de toute la journée et fraichit même sur le soir. Le 12 nous amena des raffales encore plus unpétueuses; nous eümes beaucoup ‘de peine à maintenir la tente qui était cependant bien abritée. — Dans les expéditions précédentes, à l’ouest, on n’a jamais éprouvé de pluies extraordinaires; on a remarqué plutôt le contraire. Une brise un peu excessive durait rarement plus de vingt ou de vingt-quatre heures, et précédait en général de beaux jours de chaleur; mais, dans notre voyage, nous n'avons

eu que de vilains temps et des auragans : on

ne TT CNE

Q2 VOYAGE eùt dit un chags où régnaient le vent et les tempêtes. |

Le 13 juin fut encore un jour de brume et d'averses, mais ma patience était épuisée; nous partimes à 5 heures avant midi. La riviere, en, cette partie, peut être considérée comme ne formant qu’ua rapide continuel; à quelques miäies plus loin elle reçoit un cours d’eau à gauche; au milieu du confluent se trouve une ile. Tout auprès est un lac dont les eaux, soulevées par un vent contraire, s’opposèrent à notre course. Deux ou trois cents daims, et des troupeaux de bœufs musqués, paissaient ou dormaient sur les rives occidentales entrecoupées de petits ravins et de parties argileuses, d’un aspect verdoyant et marécageux. Bientôt le sol s’éleva et se couvrit de roches isolées, nues et nairés, qui se terminaient à une chaine demicirculaire de collines irrégulières.

Pour la première fois, depuis neuf jours, le soleil parut le matin; je m’empressai de

faire des observations. Nos chasseurs ne pou

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ère,

nine uel- ’eau une sount à t des t ou couises, ôtle nues

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vaient résister à la tentation que leur donnait le voisinage de tant de gibier, et grillaient du désir d'essayer leurs nouveaux fusils; je les autorisai à poursuivre les daims sousla condition de ne tirer, ni les femelles, r# les faons d’une année. En moins d’une heure, ils’ revinrent avec quatre magnifiques mâles. Ce changement de nourriture était fort agréable à tout le monde; mais ayant abondamment de provisions,et le bateau se trouvant déjà trop chargé, je fis cesser cette chasse.

Le résultat des observations donna pour latitude 65-38-21” N., et 106°-35'-23" de longitude à l'O. de Gr. (108°.55/-47" de Paris) ; il s’accordait assez bien avec l'estime, mais nous plaçait plus à l’est. Après l'examen d’une ligne de rapides où le chenal nous paraissait sain , nous nous y hasardâmes avec tout le chargement; nous passâmes entre des collines singuliérement dentelées et inégales, qui, s’étendant depuis les limites de l’horizon en masses

rondes et nues, s’enfonçaient dans l’eau en for-

94 VOYAGE mant des stratifications diverses sous un angle de 170°. Un loup blanc, des oies et des perdrix, avec leurs couvées, y furent remarqués. Sur la gauche était ‘un petit affluent. La rivière se divisait ensuite @n plusieurs branches, qui me jetérent dans de cruels embarras; mais, dans notresituation, nous devions évidemment pren: drele chenal qui conduisait vers le nord ouest ; nous le fimes et nous entrâmes bientôt dans unc nappe d’eau où la vue se prolongeait vers le S. E. à une si grande distance, qu’on y distinguait à peine la ligne bleuâtre de l'extrémité.

Je fus un peu alarmé à ce changement de direction. Je tâchai de me persuader que la rivière ne pouvait dévier autant de sa tendance première , et je fis route vers une ouverture que j'apercevais du côté de l’ouest; mais elle se trouva n'être qu’une baie. Il me devenait impossible de me dissimuler la vérité. Une rangée de montagnes, courant N. O.etS.E., devait opposer certainement une insurmontable bar-

rière, dans la direction où je désirais que la ri-

nce

ure

DU CAPITAINE BACK. go vière reprit son cours; cependant, comme il restait encore un point inexploré, où l’on avait aperçu un fort bouillônnement et des vagues blanchissantes, je voulus, avant de renoncer, faire une derniére tentative; nous traversàmes donc , et nous eùmes le chagrin de ne trouver qu'un fort rapide qui tombait dans la rivière. Mon désappointement doit se comprendre :

mes plans et mes calculs reposaient sur le cours de la rivière vers le nôrd; mais cette tendance déterminée vers le sud est, et la formidable barrière qui se présentait dans l’autre direction, semblaient indiquer un grand mécompte. Au lieu d'arriver à la mer Polaire, nous semblions devoir aboutir à l'ouverture Chesterfield. Mais que faire ? il n’y avait pas à choisir; je fis donc route vers le sud est. Nous étions alors à un peu plus d’un degré au sud de l'embouchure de la rivière Back, dans louverture Bathurst; mais il fallait renoncer à

l'espérance de trouver cette rivière identique

avec le Thlew-ee-Choh, comme à celle de voit

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