L. Té, ere
(ÿ VOYAGE
empiré, qu'il fut contraint de s'arrêter tout-àfait. J’attribuai cette indisposition à sa réclusion forcée et à ses occupations sédentaires pendant l'hiver passé au fort ; et je pensai que deux ou trois jours de repos suffiraient pour le rétablir. Je priei donc M. King et un des hommes de rester avec lui, les laissant maîtres de venir nous rejoindre quand ils le juteraient à propos. L’Indien, l'autre homme et moi, nous continuâmes rapidement notre route vers le lac de lArtillerie.
Nous primes un chemin märécageux,encombré de mamelons en terre couverts de mousse, que les Indiens nomment Tétes-de-Femmes , mais dont la forme ressemble à celle d’un large champignon; l’eau qui les environne les ronge par le bas et en réduit le diamètre au tiers, tandis que le haut, demeuré à sec, conserve sa forme, soutenu par les racines fibreuses qu'i contient. En'traversant ces marécages bourbeux, le voyageur est tenté de s'y"proine-
ner, Lan ils paraissent secs; mais, à moins de
marcher directement au milieu, ce qui n'est qu'une affaire d’instinct et de jugement, Île pied manque sous la terre qui s'effondre, on fait une lourde chute, et dans tous les Cas on à la certitude de s’enfoncer dans la bourbe jusqu'aux genoux et même plus avant. Mon Indien s’y laissa prendre deux fois et il se mit à crier : «sass » (ours), expression tres en usage dans sa tribu de la part de ceux qui sont de mauvaise humeur.
Des rochers en pente se détachaient cà et là entre ces marais; du haut de leur sommet, on voyait l’Ah-hel-Dessy longeant dans sa course rapide la base de la rangée de montagnes ; ce spectacle revêtait, dans plusieurs parties, un
caractère des plussauvages. La vue s’étendait li-
brenent, depuis l'endroit où j'avais laissé le petit > le] J P
canot l’année derniere, jusqu’au lac de l’Artillerie, et d'énormes masses de glace flottaient à la surface du fleuve. La température était de 10° (5°, 5. C.) plus froide qu’à habitation. Les ri-
v.….et les bords des rochers étaient encombrés
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8 VOYAGE d'épaisses couches de glace et de neige; et la glace sur lelac n'avait pas autant diminué qu’on l'avait observé dans la même saison , en 1821, au lac Point, à plus de deux degrés au nord.
Nous aperçümes eu différents endroits des traces de daim; à partir de ces traces les Indiens avaient placé des rangées de mousse, afin de maintenir ces timides animaux dans une direction déterminée. Dans la soirée nous arrivämes à la baie; les charpentiers avaient terminé les bateaux, qui faisaient beaucoup d’honneur à leur habileté, en raison de la médiocre qualité du bois, tout plein de nœuds. Ils etaient tels que je les avais démandés, effilés par les bouts, d’une bonne largeur, et bien isposés pour l’arrimage de leur chargement ; je craignais seulement qu'ils ne fussent trop faibles ; celui que je choisis pour le voyage avait trente pieds de bout en bout, et vingt-quatre pieds de quiile. Conformément à mes ordres, la partie inférieure était construite à franc-
bord, et la partie süpérieure à clin. Ce mode
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DU CAPITAINE BAUK. 9 de construction permettait de réparer plus facilement les avaries ; et c'était d'autant plus nécessaire, qu'aucun des charpentiers n'était. assez vigoureux pour faire partie de l'équipage destiné à me suivre à la mer. | Mon premier soin fut d'envoÿertrois hommes pour aider au transport de Malley, et à quatre heures après midi, le lendemain, tout mon monde arriva avec M. King, qui nous dit que notre malade ne pourrait être d'aucune utilité pendant plusieurs jours; circonstance assez fàcheuse, puisque sa portion de bagage devait ètre répartie entre les autres. 1l n’y avait que
deux jours que M. Mac-Leod était parti: en
examinant quels paquets il avait pris avec lui,
je fus ‘contrarié de voir qu'il en restait plus qu'on ne pourait en transporter dans un seul voyage. Il fallait donc en faire deux : ce qui triplait la distance. Nous passèmes la soirée à tout préparer. On distribua un autre fusil et une corne à poudre à chacun des hommes choisis
jour composer l'équipage du bateau.
Mon ancien guide Maufelly et un Indien devaient nous montrer les chemins de traverse les plus voisins; et ils nous promirent de chasser pendant quelque temps en avant de nous:
en conséquence à trois heures trente minutes avant midi, le 10 juin, le plus grand bateau fut trainé jusqu'au lac de l’Artillerie à travers une sorte de marais pendant trois quarts de mille : nous fümes même forcés de le faire passer sur des rochers. Arrivé au lac, on le plaça sur des traineaux garnis de fer, et il fut tiré sur la-glace par deux hommes et six beaux chiens. Le plus petit fut lancé dans un étang, où il devait demeurer en sûreté jusqu’en automne.
A huit heuresavant midi, chaque homme avait son traineau chargé de près de cent livres.
Je laissai M. King surveiller le transport de ce qui restait encore, et je partis avec une suile peu nombreuse, que j'avais l'intention de renvoyer une fois arrivé à la distance fixée, qui, d’après mon calcul, ne devait pas ètre moindre
de six à nenf milles. Un pareil voyage était
de- >rse hAs- JUS :
utes 1 fut une ille : * sur , sur sur iens.
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DU CAPITAINE BACK. 11 nouveau pour tout autre que pour moi; aussi la plupart de mes gens gardaient assez difficilement l'équilibre; et les poses grotesques de ceux qui faisaient des faux pas sur la glace excitaient une gaieté continuelle dont je pris ma part en l'encourageant. Les traineaux glissaient facilement, et pendant une demi-heure tout alla au mieux. Néanmoins la vitesse se ralentit par degrés : la glace présenta bientôt de nombreuscs aspérités de toute forme et de toute grandeur; dans certains endroits, elle était , à la lettre, toui hérissée de pointes; la marche devenait difficile et laborieuse : le bois des traîneaux menacait d'éclater, s’endominageait considérablement, et on pouvait prévoir qu’ils seraient bientôt détruits si on n’adoptait à temps des mesures convenables. Pour remédier à ce malheur, il nous fallait du fer, et nous n’en avions plus, à exception cependant d'une large scie, qui pouvait nous sortir d’embarras,
si les charpentiers s’arrangeaient de manière