‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme]Chapitre 39 sur 103 · ANT · texte numérisé non relu

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tôt en une suite de rapides violents qui me firent plus d’une fois trembler pour notre pauvre bateau ; car, dans beaucoup d’endroits, ne pouvant songer à aborder, nous étions obligés d'accroître encore sa vitesse pour pouvoir le gouverner, et nous passions ainsi en vue des brisants et des écueils de toute nature avec une vélocité qui semblait ncus présager quelque funeste issue; nous nous en tirions heureusement, mais c'était pour retomber dans de nouveaux périls. Le long des bancs qui nous entouraient étaient étendus plusieurs daims morts, noyés sans doute en essayant de gagner l’autre rive.—A huit heures après midi, nous arrivämes auprès d’un immense rocher isolé incliné vers le bord septentrional de la rivière : là, une pente sensible et un rugissement profond nous donnérent des conseils qu’il eüt été imprudent de braver à une heure avancée; et, à dire vrai, bien que l'habitude produise dans beaucoup de cas une indifférence profonde pour le danger, cepen-

dant cette journée m'avait prouvé que la règl

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peut souffrir une exception, car mes hommes d'élite eux-mémescommençaient à montrer une prudence qui était de leur part une chose toute nouvelle : aussi l’ordre de camper fut-il exécuté avêc un empressement des plus significatifs.

A la distance de quelques centaines de pas, neufloups blancs rôdaientautour d’un troupeau de bœufs musqués; nous tuâmes un de ces derniers; mais, comme c'était un taureau, son odeur ne nous permit pas de le manger. Reconnaissant l'impossibilité de faire un portage sur la rive où nous étions campés, nous traversàmes le chenal le lendemain, à la pointe du jour, pour voir si l’autre bord ne nous offrirait pas plus de facilités. Le cours de l’eau était interrompu, en face d’une noire crevasse, par une chute de cinq pieds, qui n’atteignait pas toutà-fait la rive de l’est; le bateau put donc la franchir et entrer dans le rapide du Loup. Plu-

sieurs de ces animaux, dont je donnai le nom

154 VOYAGE à cet endroit, lançaient sur nous des regards de feu et semblaient attendre les événements. D'autres rapides se frayaient un passage entre de grands rochers; depuis que la riviére avait dévié à l’est, c'était la première fois que je les voyais se comporter ainsi; j’espérais, d’après cette circonstance, que la riviére ne tarderait pas à reprendre son cours vers le nord. Je fus surtout satisfait de la disparition des collines de sable que j'avais fini par regarder comme de véritables ennemies, car elles m’avaient peu à peu conduit dans des parages écartés de ceux que j'ambitionnais d’atteindre. Reconnaissant donc en avançant que mes espérances se réaliseraient sans doute, j'en éprouvai une Joie d'autant plus vive que les eaux se dirigeant récemment vers l’est, presque sur un parallèle de latitude, avaient de nouveau élevé des doutes dans mon esprit et n'avaient fait craindre que la rivière ne se ter-

minât dans la baie Wager.

ter-

Nous fimes une cache de pemmican, d'un peu de munitions et de tabac. D’autres rapides nous portérent au nord. La rivière se maintenait dans une largeur imposante, due, à ce que je soupçonne, à plusieurs affluents; en quelques endroits, il y avait un mille de distance entre les deux rives. Des deux côtés s’é tendaient des montagnes couvertes comme à l'ordinaire de blocs détachés et de gros fragments de roches mouvantes dont la couleur sombre et purpurine relevait la verdure des pentes où se montraient de nombreux troupeaux de bœufs musqués.

Le soleil se montra un instant; j'en profitai pour obtenir la latitude : 66°-6'-24" N. Nous étions presque par le travers d'une montagne pittoresque qui commandait la vue sur tous les environs; elle se terminait au sud-ouest par des talus où paissaient des bestiaux, mais vers le nord elle était coupée de précipices effrayants et de falaises en surplomb inacces-

sibles au pied de l’homme. C'était l’éminence

la plus remarquable que nous eussions vue depuis long-temps. D'après quelques ressemblances, les hommes s’écrièrent : « Voilà le cap Hoy (1)! allons, garçons, du courage! nous approchons de la mer.» Cette éminence me rappela par sa physionomie la vieille ville d'Édimbourg, et je la nommai Mont Meadowbank , en l’honneur du seigneur instruit qui porte ce nom.

Après avoir couru six, milles au sud-est, la riviére se dirige au nord de nouveau, et précipite impétueusement ses eaux parmi des roches et de grandes pierres qui causent de tels tourbillons dans les rapides, qu’un canot n’eût pu y résister. La largeur de notre bateau et notre soin à nous maintenir dans le fil du courant, nous permirent de passer sans accident. Nous manquâmes cependant de nous briser sur la berge, contre laquelle le remous nous jeta à la fin du rapide.

Une pointe basse de roches s’avançait dans

(:) Sur l'une des iles orcades (orkneys).

dans

DU CAPITAINE BACK. 157 la rivière ; nous y fümes d'abord entrainés , mais le contre-courant nous renvoya au large ; elle était fort remarquable à cause d'une rangée de pierres ou de dalles empilées, écartées de quelques pieds les unes des autres, et qu’au premier abord, en franchissant le rapide, nous primes pour des personnages occupés à nous regarder. Nous apercevions sur les collines et montagnes voisines beaucoup de constructions semblables qui certainement devaient servir de marques pour guider les naturels; mais pourquoi y en avait-il auprès du rapide une sorte de piquet à monter la garde? c’est ce que nous ne pümes deviner le moins du monde. | Dans la partie de : ouest, les roches désolées, nues et raboteuses, atteignaient une hauteur considérable, et étaient devenues comparativement des espèces de montagnes. À l’est, au contraire, il y avait plus de végétation, le pays présentait des pentes régulières. Nous passàämes d’autres rapides, et, à huit heures après

midi, nous campâmes sous le vent d’un rocher

élevé, recouvert en partie de buissons et de mousses, où les bœufs musqués avaient profondément imprimé la trace de leurs pas; il faisait face à un banc de sable isolé formant l'entrée occidentale d’une petite rivière très fréquentée sans doute par les oies durant la nue, car le sable était couvert de milliers: de belles plumes dont on aurait pu charger plusieurs voitures.

Le 27 au matin, le temps était nuageux et froid ; le thermomètre marquait 40° (4°-4, C.), par un vent des. O.; à quatre heures avant midi nous étions embarqués. La rivière se maintenait dans la même direction; sa largeur variait de trois quarts de mille à un mille; sur les deux rives s’élevaient des montagnes granitiques.

Un premier rapide nous détourna un peu à l’ouest; sur la rive droite d’un second plus ditficile que le premier, nous observämes les traces de trois campements circulaires, dont les portionsintérieures étaient divisées en sections,

sans doute pour la commodité des occupants.

Tout auprés, les roches devenaient plus escarpées et semblaient encore plus arides; elles différaient de celles du sud, par leurs faces taillées à pic et leurs escarpements tournés vers l’ouest et le nord ouest.

Dans l'après-midi la rivière s’élargit. Une baie à l’ouest, à demi cachée par des masses de roches, recevait un affluent considérable, que je nommai d’après le lieutenant-général, sir Thomas Montresor. Là se montraient pour la première fois les formations trapéennes, s’élevant de terrasse en terrasse comme une rangée de gradins plats, avec des côtés nus et arrondis, quelquefois terminés par des précipices. Un grand nombre descendaient dans l’eau, sur un même alignement que certaines îles de sable qui s’élevaient en pain de sucre; celles-ci,revêtues d’une teinte jaunâtre, qui leur donnait une sorte de gaieté, contrastaient avec la couleur lugubre et sombre du paysage.

La rivière grossie roulait ses eaux dans un

morne silence, qui depuis long-temps n'était

troublé que par le murmure accidentel dû à l'inégalité du fond. Les bords se rapprochaient de plus en plus, et pendant quelques moments nous ne pümes nous rendre compte del’endroit par où nous passerions.

Il y avait là une colline rocheuse d’une forme si remarquable, qu'elle attira toute notre attention. La base, dont l'élévation égalait celle des montagnes environnantes, se composait d’une masse énorme de roche grise arrondie; elle était surmontée d’un grand cône de même nature qui ressemblait si exactement au cratère d’un volcan, et qui de plus était si noir, qu’on ne pouvait s'empêcher, à la première vue, de le regarder comme tel. De loin nous primes cette colline pour uneîle; mais en avançant, nous reconnümes qu'elle appartenait à la côte orientale et qu'une rivière se déchargeait à ses pieds. En y abordant, Mac-Kay s’offrit à la gravir,« pour jeter de là, disait-il, un coup-d’œil sur le cours des eaux.» En conséquence, nous lui donnâmes

le nom de Pic Mac-Kay. Du sommet, la surface

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face

LU CAPITAINE BACK. 161 du rapide semblait unie comme de l'huile.

Apres avoir pris seulement la précaution d’alléger le ‘bateau, nous nous y engageâmes. Je n'oublierai jamais le premier instant de cette descente que je ne saurais mieux comparer qu’au talus d’une colline roïde : pas un brisant ne rompait le miroir des eaux: mais la rapidité de notre course était telle qu’en tonrbant au bas, dans les hautes vagues du remous, il nous fällut des efforts plus qu'humains pour échapper à leur fureur. Nous ne sortimes du milieu des vagues que pour tomber parmi des gouffres et des tournants d’eau presque aussi dangereux.

Enfin nous nous dégageämes, non sans peine, et reprimes haleine. La riviere était devenue large; des rochers surcilleux la bordaient toujours de chaque côté; à l’ouest, cependant, le pays était plus ouvert et laissait apercevoir des prairies onduleuses. Au bout dg six railles, uñ morne sablonneux à gauche semblait barrer le

passage ; mais en approchant nous y trouvimes

le commencement d’un autre rapide, qui, plus docile que le dernier, se laissa traverser sans nous donner trop de contrariétés.

Nous étions alors dans une contrée décidément montagneuse. La rivière ayant pris sa course vers le nord, jé ne m'attendais plus à lutter désormais que contre les rapides et les chutes. Quel ne fut donc pas mon étonnement lorsqu'au pied d’un rapide hous débouchämes dans un lac spacieux sans autres limites que l'horizon , et qui paraissait principalement devoir nous conduire dans le N. N. O. Pendant quelque temps le courant continua à se faire sentir et nous guida; mais bientôt nous retombâmes dans les mêmes incertitudes etles mêmes ennuis que précédemment; il nous fallut rechercher par d'interminables essais le chemin que suivait la rivière au milieu de ces eaux immenses. Une pluie froide etun vent contraire se mirent aussi de la partie; le soir, lorsque nons campâmes, nous étions fort peu avancés.

Le service divin fut lu dans la tente. Je mon-

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tai ensuite sur une colline assez élevée, mais je ne pus rien découvrir. Il y avait beaucoup de glace dans le N. N. O. L'espace d'environ six milles, compris entre la rive occidentale et nous, se comblait rapidement de glaces flottantes détachées du continent. Il fallait donc se hâter de passer pendant que la voie était encore ouverte; mais où aller? à droite ou à gauche, c'est ce qu'il nous était impossible de décider. La direction générale suivie pendant les deux derniers jours m'induisait à appuyer vers la rive occidentale; mais les marques que nous aper- | cevions sur toutes les hauteurs nous fit choisir l’autre. Nous partimes donc le 28 juillet à quatre heures avant midi avec une brise piquante de nord-ouest , et nous gouvernämes droit sur une ile au N. N. E.

La glace ainsi qu'une mer courte et moutonneuse entravérent beaucoup notre marche. En atteignant l’île nous trouvâmes une baie dans laquelle je me dirigeai, espérant y rencontrer la

riviere, ou du moins m’y mettre à l'abri sous

la côte du vent. Après une course d'environ trois milles vers une autre île séparée de la grande côte par un détroit, nous eûmes la satisfaction de trouver un courant qui portait à l'est. Abandonnant donc le lac, auquel je donnai, comme faible marque de mon affection, le nom de mon ami le célèbre sir John Franklin, je suivis le conrs d'eau, qui se terminait, comme à l'ordinaire, par un rapide.

Nous passämes celui-ci sans accident; mais tout auprès il s’en trouvait un autre qui demandait plus de précautions. D’après sa largeur d'environ trois quarts de mille, et les nuages de vapeurs qui s’en élevaient, il était clair qu'on ne pouvait s'y hasarder sans un examen préalable. Nous nous félicitâmes d’avoir pris cette précaution, car il s’y trouvait une descente de vingt pieds, divisée à sa partie supérieure par deux îles, et à sa partie inférieure par une autre ile, jonchée en outre de dalles perpendiculaires établies comme des marques,

de trois à quatre pieds de haut, et dont plu-

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sieurs étaient beaucoup plus élevées. L’étendue entière du rapide était semée d’écueils et encombrée de pierres que les eaux recouvraient d’écume en se brisant dessus. Un chenal intérieur le long de la rive occidentale permettait de faire descendre le bateau en douceur, à l'aide de cordes et de perches, jusqu’à l'île inférieure, pourvu toutefois qu’il fût entiérement déchargé. Mais arrivé là on trouvait une chute effroyable qu'il était impossible de franchir, Il ne restait donc qu’à se précipiter à tout hasard dans les brisants au large de l'ile. . La prudence, ainsi que le danger qu'’allaient affronter les mariniers, me firent hésiter; mais enfin, me fiant en la providence, et ericouragé par lardeur qui rendait mes hommes capables de tout surmonter, je donnai mes ordres, enjoignant à ceux qui devaient tenter cette aventure de se maintenir près du bord extérieur de File, et, s’il était possible, d’y aborder, afin de descendre l'embarcation en douceur. En quel-

ques secondes celle-ci fut perdue de vue. Je

gravis alors, plein d'inquiétude, une colline qui dominait le pied du rapide. Trois fois s'était écoulé le temps après lequel je devais voir reparaître l’embarcation, et rien ne se montrait. de dirigeai ma lunette sur tous les points de la rivière, et je ne vis rien que l’eau et les rochers. Il n’arrivait à notre oreille aucune voix d’homme, on n’entendait que le grondement du torrent, Enfin, au moment le plus poignant de cette crise, lorsque le dernier espoir allait m’abandonner, le bateau apparut tout-à-coup au milieu des terres, dans la partie inférieure de l'ile même, où, comme nous lapprimes plus tard, se trouvait un chenal étroit et dangereux, entièrement caché à nos regards, mais à travers lequel les hommes avaient pu faire passer l’embarcation.

Je ferai remarquer ici que depuis le rapide du Rocher les aiguilles du compas devenaient de plus en plus paresseuses; à cet endroit se trouvaient un grand nombre de roches debout,

ou gisant en fragments sur le sol couvert de

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mousse; je ne leur trouvai aucune action sur les aiguilles, qui variaient à peine quand elles élaient en repos; celle de ma boussole demeurait là où je la plaçais, sans manifester la plus faible tendance à recouvrer sa polarité. Cependant, en imprimant constamment de petits coups à la boite, les aiguilles bougeaient peu à peu, et finissaient par me donner une route à peu près exacte, sauf toutefois l'indispensable correction provenant des chronomètres.

Une belle nappe d’eau ouverte devant nous semblait nous promettre de laisser rattraper le temps perdu; mais trois milles plus loin la rivière s’enfermait de nouveau dans des rochers d’une hauteur considérable, qui semblaient prêts à se rejoindre; leurs crètes étaient couronnées par les pierres de marques ordinaires placées debout, et pncore plus nombreuses que de coutume. La disparition de la surface de l'eau, les bouffées successives de vapeur et de poussière liquide qui s’élevaient des rocs

grisâtres, nous annoncèrent, à n’en pas douter,

1UB VOYAGE la présence d'une chute. Pendant que nous examinions le rapide qui nous y conduisait, nous aperçümes, parmi lés marques de la colline orientale, des figures mouvantes dans une grande agitation, tantôt pressées en groupes, et tantôt courant confusément d’un lieu à un autre. C'étaient les Esquimaux que je désirais depuis si long-temps rencontrer. 1elques uns nous appelaient , d’autres faisaient des signes , nous avertissant, à ce que nous imaginions, qu'il fallait éviter la chute et venir aborder de leur côté; mais quand nous gouvernâmes vers le rivage les hommes se mirent à courir sur nous, brandissant leurs piques, poussant d’horribles clameurs, et nous enjoignant, avec force gestes menaçants, de ne point prendre terre.

J'étais bien préparé à cela, sachant par avance les frayeurs que devaient leur inspirer des étrangers arrivant des régions d’où n'était jamais sorti, pour leurs tribus, que le fléau d’une guerre à outrance. Lorsque le bateau

aborda ils se rangerent en demi-cercle, à vingt-

notis sait , colune ipes, à un sirais s uns nes , ions, er de s vers sur ’horforce re.

par pirer était fléau

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cinq pas de distance environ, poussant les mêmes hurlements inintelligibles, levant et baissant alternativement leurs bras étendus, et manifestant la plus violente irritation. Je descendis seul à terre, sans armes visibles; je marchai droit à eux, et, levant les bras, je criai Timd, Paix. Aussitôt ils jetérent leurs lances sur le sol, posérent leurs mains sur leur poitrine, et criérent aussi Zn, en ajoutant une foule d’autres paroles que je ne pus comprendre. Cependant je les interprétaien bonne part, et d'après cela je m’efforçai de leut faire comprendre que nous n’étions pas des Indiens, mais des Xabloonds (Européens), venus pour leur faire du bien, et non pour les vexer.

Comme ils ne paraissaient pas avoir la coutume dese frotter,en guise de salutation, leurs nez les uns contre les autres , ainsi que font leurs voisins du Nord, j'adoptai la mode anglaise, et je leur secouai vigoureusement la main. Puis, leur donnant de petits coups sur la poitrine,

d'après leurs propres manières, je leur fis com-

prendre de mon mieux que les hommes blancs et les Esquimaux étaient bons amis ensemble.

Cette démonstration sembla les satisfaire, et Je les comblai de joie en leur faisant présent à chacun de deux boutons brillants. Je n'avais apporté avec moi que cet article d'échange, des hamecons et quelques autres petites bagatelles de même espèce; car je blâme tout-à-fait l'usage de donner à ces peuplades des couteaux , des haches et autres instruments tranchants, qu'ils peuvent faire tourner au détriment de ceux qui les en ont gratifiés.

Ils étaient fort étonnés de me voir recourir sans cesse à un petit vocabulaire dont M. Lewis, agent de la compagnie, avait eu l’obligeance de me pourvoir; ils s’'amusaient beaucoup de mes discours, composés de mots aussi mal assemblés que mal prononcés et mal appliqués, difficiles à comprendre presque autant que des signes. Pendant que nos relations étaient ainsi engagées, quelques vieillards à

demi-aveugles s’'approchèrent en chancelant

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avec leurs piques, accompagnés de deux vieilles femmes, qui portaient des couteaux de fer grossiers et courts, semblables à l'épée du redoutable Hudibras, et propres, comme elle, à servir également de broches et d'armes; mais, apercevant leurs amis les mains en l'air, Îles hommes jetérent leurs piques.

Voyant que j'avais à peu près gagné leur confiance, bien que chacun conservât encore à sa main son couteau de corne façonné en stylet, j'ordonnai à Mac-Kay et à Sinclair d'aller examiner s’il était possible de franchir la chute. J’aurais voulu éviter un portage, de crainte que la vue de nos bagages ne donnât aux Esquimaux l'envie de voler, et ne provoquât une rupture. Ces derniers comprirent bien ce que nous allions faire; c’est pourquoi je m'efforçai de detourner leur attention. :: me rendis avec eux à leurs tentes, qui étaient au nombre de trois, dont une isolée et deux réunies, composées, comme à l'ordinaire, de peaux sur des

perches. A notre arrivée Je fus frappé de la

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vue d’une sorte de circonvallation formée de

pierres empilées parfaitement semblables à cel-

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les que nous avions trouvées sur notre chemin, et disposées ainsi, à ce que je suppose, pour

servir de remparts contre le: projectiles de

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leurs ennemis : car, indépendamment des arcs, des flèches et des lances, ce peuple fait un grand usage de la fronde.

Plusieurs chiens d’une taille médiocre se chauffaient au soleil, et des milliers de poissons fendus gisaient aux alentours , ou étaient à sécher sur les rochers; les œufs et la laitance paraissaient particuliérementestimés. C’étaient des poissons-blancs et de petites truites qui avaient éte péchés dans le remous au-dessous de la chute, et dont une partie était conservée en vice dans des mares creusées exprès. Les femmes et les enfants, au nombre de douze environ, sortirent des tentes pour me voir; chacun des hommes me désigna sa compagne et ses en-

fants; je leur distribuai des colliers, et ils me

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DU CAPITAINE BACK. 17 donnérent en retour quelques uns de leurs grossiers ouvrages.

Sur ces entrefaites, le patron vint me prévehir qu'il était impossible de franchir la chute, à cause d’un rocher très dangereux, situé précisément au milieu. Je lui ordonnai, en conséquence, de faire effectuer le portage par terre, et de s'arranger de telle sorte qu'il restät toujours un homme avec les effets, tandis que M. King , particulièrement chargé du bateau, devait présider à tout le travail. Moi, je pris à tâche d’amuser les Esquimaux en esquissant leurs portraits et écrivant leurs noms au-dessous. Il prirent à cela le plus grand plaisir; et lorsque j'essayai de prononcer les noms que J'avais écrit, ce qui certes n'était pas une tâche facile , leur joie ne connut plus de bornes. Ils étaient en tout environ trente-cinq; autant que je pus m'en assurer, je crus reconnaitre qu'ils n'avaient jamais vu de Kabloonds (Européens) auparavant. Leur maintien annonçait

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174 VOYAGE Esquimaux que j'avais vusautrefois; leurs traits étaient moins empreints du caractère de ruse basse qui leur est généralement attribué. Les hommes étaient bien bâtis, d’un tempérament athlétique. On ne voyait sur eux ni ce tatouage ni ces ornements qui défigurent les lèvres de leurs compatriotes de l’ouest; à leur barbe, merveilleusement fournie, et à leurs moustaches ondoyantes , ils semblaient certes les disciples de nos anciens pères, « qui considéraient l'usage de se raser comme un mensonge envers leurs propres figures. » Ils ne cédaient la palme sur ce point qu'à maître George Killingworth, «dont la barbe épaisse, large et rousse, mesurait une longueur de cinq pieds et deux pouces (1 }. »

Les femmes étaient tatouées sur la figure, ainsi qu'au doigt du milieu et au quatrième doigt. Celle dont je fis le portrait se sentit si

flattée de cette distinction que, ne se fiant pas

(1) Histoire chronologique des voyages, par Barrow.

stadisent vers Îme th.

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