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190 VOYAGE glaces de l’horizon. L'action du vent avait été telle, qu’elle avait repoussé la masse entière de près d’un quart de mille de la côte orientale, y laissant un passage libre d’une longueur de quatorze milles et se dirigeant au N. E. Audelà nous ne pouvions distinguer aucune terre, excepté un morne bleuâtre dont la base était blanchie par les débris de la glace; il semblait devoir nous conduire encore plus sur la droite.
Nous nous trouvions évidemment dans la partie la plus étroite de l'ouverture; c'était là
qu’il fallait traverser. Il paraissait même que
c'était le seul endroit où nous pussions le faire
en sûreté avec un bateau non ponté, déjà endommagé par les chocs qu’il avait reçus dans les chutes et les rapides. Quoique désireux de pousser le plus loin possible, je ne pus m'empêcher de considérer qu’en suivant à l’est le passage étroit qui venait de s'ouvrir de ce côté, arrondissant le morne et tournant au sud (ce qui
s’accordait avec l’esquisse des Esquimaux ), Je
ne ferais autre chose que m'éloigner de plus en plus de mon but, et je rétrograderais au lieu d'avancer. Ce n’était pas tout ; cette route risquait de nous jeter dans des difficultés inextricables, car les coups de vent de l’ouest qui, sur ces côtes, commencent à souffler de bonne heure, pouvaient amonceler dans l’est du pertuis toutes les glaces flottantes et rendre le retour du bateau impossible. Nous n'avions donc rien de mieux à faire que de céder à la nécessité et d'attendre avec résignation de la nature ellemême l'éloignement de cette barrière.
Vers trois heures après midi, il était basse mer, du moins pümes-nous apprécier sur les bancs un jusant d'environ huit pouces ( 202 millim. ). L'eau était saumâtre et mauvaise; nous nous en aperçümes par l'inattention de mon domestique qui, accoutumé à remplir sa chaudière dans la rivière ou dans les lacs,en fit de même ici et nous gâta notre thé. — J'obtins une série régulière d'observations intéressantes,
particulièrement en ce qui concernait l'aiguille
192 VOYAGR
de Hansteen. Il était fort difficile de la disposer, mais elle se comportait ensuite parfaitement ; ses vibrations étaient uniformes et régulières, mais très lentes : l’intervalle entre chacune d'elles allant jusqu’à trois minutes cinq secondes. Au contraire, l'aiguille d’inclinaison de Dollond, n° 2, se mouvait plus librement que je ne me rappelai l'avoir jamais vu faire. Je trouvai 67°-41"-24! de latitude nord; 95°-2/-16! de longitude à l’ouest de Gr. ( 97°-22'-40” de Paris ); .0’ de déclinaison occidentale : le thermomètre marquait 72° (22°,2. C. ) dans la tente.
1° août. — Dans la matinée, la glace parut s'être rapprochée un peu de l’est; nous n’aperçümes d’abord aucune ouverture qui püt nous laisser passer de l’autre côté. A dix heures avant midi, je crus distinguer avec la lunette une petite passe portant au N. O. Le bateau fut immédiatement remis à flot, et, par le secours de la voile et dés avirons, nous accomplimes notre traversée en trois heures et demie, après avoir
rencontré en chemin une île à laquelle je donnai
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par
DU CAPITAINE BACK. 193 lenom de mon compagnon, M. King. Nous abordâmes dans une petite baie que nous supposions appartenir à la côte ferme, non loin de quelques anciens campements d'Esquimaux où se trouvaient quatre puits ou creux profonds destinés à conserver les provisions. Je dépéchai aussitôt un détachement pour examiner l’état de la glace dans une baie à l’ouest, pendant que moi-même, dans une semblable intention, je me dirigeais le long des rochers vers une autre pointe. Le résultat de ces examens confirma toutes nos craintes; la glace était accumulée à perte de vue. Cependant, comme c'était de la glace flottante, il se pouvait qu'un vent de l’ouest y déterminât un chenal intérieur. Malheureusement la brise soufflait du nord-est, en conséquence nous déchargeàmes le bateau et le tirâmes à terre pour le préserver de l’action des glaces. Le chemin parcouru dans cette journée, d’une rive à l’autre, était d'environ douze milles, et l'on doit le considérer comme mesurant la partie la plus étroite de l'embouchure du per-
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