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devant nous; si la dispersion eût continué avec cette vitesse, en peu d'heures le chenal eût été entiérement libre. Quoique la saison füt avancée, cette révolution soudaine ranima nos esprits abattus, et pendant trois ou quatre heures d’anxiétés nous nous livrâmes à mille conjectures sur la possibilité de naviguer librement le long de la côte occidentale; mais nous comptions sans l’inconstance de la brise, En outre lorsque la marée montante mii en mouvement les glaçons attéris sur les bancs de sable, survint un brouillard qui cacha la terre et le ciel : enfin le vent tournant au N. O., porta en pleine côte. Le nuit fut froide ; le thermomètre descendit au-dessous du point de gelée; une croûte de glace d’un pouce et demi se forma sur les flaques d’eau voisines de la berge.
- Un brouillard annonça le matin du 14 août, et nous empêcha de discerner les objets à plus de quatre-vingt-dix pas. La brise s’accrut; elle amena de la mer les bancs de glace qui
couraient vers le rivage avec une incroyable
DU CAPITAINE BACK. 297 vitesse, et menaçaient d’allonger encore la durée de notre fatigante détention. Il fallait cependant se tirer de là, car il n’y avait rien à gagner en y restant; je donnai ordre de conduire le bateau, entierement déchargé , le long de petites mares d’eau sur le rivage, de le faire passer par-dessus les obstacles, et de tâcher de retourner à l'ile, où nous pourrions remettre l’embarcation à l’eau de nouveau et la lancer dans l'espace libre situé à l’est de la pointe Ogle. Je fus amené à prendre ce parti décisif par suite des symptômes de mauvaise humeur que je voyais poindre et s’accroitre chez mes hommes, et de leurs craintes relativement à notre.retour. Nous avions déjà l’invalide, dont j'ai parlé; en outre la santé de Sinclair commençait aussi à s'altérer par la succession continuelle du froid et de l’humidité, et par le manque de nourriture chaude et salubre. La joie que manifesta l'équipage en recevant mes ordres, et ses efforts pour sur-
monter les difficultés extraordinaires qui s’of-
fraient à nous, témoignaient énergiquement du désir qu'il avait de quitter ces funestes lieux. Le bateau, halé et porté, finit par être ramené à l'endroit où nous avions établi notre premiere station le 9, après quoi les hommes revinrent sur leurs pas à quatre milles de là pour prendre le bagage. Tout fut rapporté sans accident à huit heures après midi, et l’on mit le feu aux barils à eau pour faire une chaudronnée de cacao.
La fraiche brise de N. O. continua presque sans interruption durant la plus grande partie de la nuit ; dans la matinée du 15 août, le temps devint calme, et la glace se reporta dans le sud. Je retournai à mon ancienne butte, et je vis des masses de glaçons flottants amoncelées jusqu’à l'horizon, derrière lequel apparaissait une brillante b/ancheur tirant un peu sur le jaune: c'était dans la direction du renflement du N. N. O. que j'appelai Pointe Maconochie, d’après le capitaine dont j'ai mentionné précédemment le zèle
pour tout ce qui concerne la science géogra-
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phique. Au nord, on apercevait encore les deux îles dont j'ai déjà parlé; leur extrémité orientale reçut le nom de Pointe Booth, d’aprés l'honorable sir Félix Booth, dont tout le monde connaît le dévouement en faveur des découvertes dans les mers polaires; elles paraissaient être d’une étendue considérable. Au N. E., c'étaient de l’eau et de la glace, et par derrière cette teinte d’un gris foncé qui a recu le nom de ciel d’eau (sky water ). A partir de l'est jusqu’au cap Hay, s’étendait une mer ouverte avec une seule île gisant à l'E. à S.E. Je lui donnai lenom de Ripon, en l'honneur du comte Ripon sous les ordres de qui j'ai eu l'avantage de servir. La seule barrière qui nous séparât de l’eau libre consistait en un champ de glaces | d'environ cinq cents pas de large, lequel, pressé contre le rivage, nous empêchait de nous mouvoir. |
L'apparence des terres, la marée qui, à ce que je pus en juger, venait de l’ouest, le bois
flottant et la carcasse de baleine, me font
penser qu'il existe un passage entre la pointe Maconochie et la pointe James Ross. Je n’oserais décider que l’espace de mer libre au nordest se rattache en quelque endroit au golfe occidental du capitaine sir John Ross; mais il me semble que le dessin des Esquimaux, le brusque point d'arrêt du cap Hay, et la mer libre qui s'étend à partir de ce cap, donnent de fortes probabilités à l'existence d’un chenal au sud conduisant à l'ouverture du Prince Régent.
Si je n’eusse pas connu le retour du capitaine Ross, et qu'il m’eüt fallu plutôt aller dans lest que chercher un passage à l’ouest, je crois qu'aucun obstacle ne m’eüt empêché de le faire. Nous eussions été amenés par cette route plus près du Victory, et ainsi, avec l’aide de la Providence, nous eussions pu accomplir quelque chose du but primitif de notre expédition.
Je n'essaierai point de peindre l'état de mes sensations lorsque je me vis repoussé de tous côtés. Quand on est bien préparé à rencontrer
des obstacles et à subir des revers, on ne se
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laisse pas abattre long-temps sous le poids des incertitudes et des difficultés, on se relève toujours au premier rayon d'espérance; mais ici il fallait s'arrêter vaincu par une insurmontable nécessité : toutes les ressources étaient épuisées; la glace nous pressait de toutes parts et les brumes continuelles nous enveloppaient.
Personne, plus que moi, ne regrettera de voir l'incertitude et le doute pianer encore sur la question d’un passage le long de la côte jusqu’à la pointe Turnagain; cependant si quelqu’un pensait que le résultat de nos travaux est inférieur au but de l'expédition ( ce qui serait certainement une opinion injuste), qu’il réfléchisse sur ce qui se passe dans les entreprises ordinaires des hommes, de ceux mêmes qui ont à leur service toutes les ressources de la v:e civilisée; n'est-il point vrai que jamais ils n’accomplissent entièrement leurs projets? Combien donc ne doit-on pas éprouver de mécompte dans un climat où les éléments courroucés,
semant d'obstacles la route des voyageurs, ont
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239 VOYAGE fini par vaincre les talents et l'énergie des hommes de la trempe d': Parry et de Franklin?
Pendant quelque temps je caressai le projet de diviser notre troupe; quatre personnes seraient demeurées près du bateau ; les autres, avec M. King, m'auraient accompagné par terre du côté de la pointe Turnagain; maïs il fallut y renoncer à cause de l'impossibilité absolue de porter le moindre fardeau sur un terain ù on enfonçait jusqu’à mi-jambe, tout-àfait dénué de combustible, presque sans eau, et sur lequel des journées entières de marche nous auraient à peine fait gagner quelques milles en longitude; si quelqu'un y füt tombé malade, c'en était fait de lui. Quand je considérais, en outre, la longueur du cours d’eau que nous avions à remonter, les périls des chutes et des rapides, je sentais bien que je ne pouvais plus maitriser les événements. J’assemblai donc mes hommes et je leur dis que le temps fixé par le gouvernement pour notre retour était
arrivé; qu'il ne nous restait plus qu’à déployer
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DU CAPITAINE BACK. 233 notre pavillon et à le saluer de trois acclamations en l'honneur de sa très gracieuse Majesté, dont le nom devait être donné à cette partie de l'Amérique. Cette déclaration fut, comme on le peut croire, accueillie avec la plus grande satisfaction, et la cérémonie qui couronnait notre expédition fut accompagnée d'une distribution de liqueurs un peu mince toutefois et telle que nous le commandait l'exiguité de nos provisions.
La latitude de cet endroit est par 68°-13'-57" nord; la longitude par 94°-58/-1/ à l'ouest de Gr. (97"-18/-25" de Paris), et la variation (incertaine à cause de la paresse de l'aiguille ) de 1°-46" ouest. Nous étions done à quelques milles seulement plus sud que la pointe Tur-
nagain.