‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme]Chapitre 54 sur 103 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Heureuse influence d’une excursion de chasse sur le moral de l’équpage. —Déménagement des Esquimaux.—Nous leur laissons un sac de pemmican. —Accident arrivé & , hateau.—Inondation du pays. — Nousretrouvons les Esquimaux,—Le sage de la tribu.—Position critique dans les rapides. — Un ouragan, — Aventure d’une souris (Lemming). —Campement au rapide du Bœnf musqué.—Rencontre de M. Mac Leod. — Sort de Williamson.— Les Indiens Couteaux Jaunes. —Campement au lac de l’Artillerie.— Arrivée à la rivière Ah-heldessy.— Départ pour Montréal.—Les Indiens Sauteaux. — Succès d'un missionnaire au Saut Ste-Marie. — Retour en Angleterre.

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La glace se détacha assez pendant la nuit

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pour nous permettre de gagner la pleine eau,

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et à l’aide d’un bon vent nous avançämes

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d'environ vingt milles au sud ; pour la seconde

fois depuis neuf jours, nous primes un repas

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chaud. Nous aperçümes trois étoiles.

Durant toute la nuit et la journée suivante, la pluie tomba en abondance; elle était accompagnée d’une brise si forte, que, jusqu’à neuf heures après midi, il nous fut impossible de

artir. Enfin, séduits par une éclaircie, nous ?

entreprimes de gagner le rivage à l’est. Mais bientôt nous ftmes enveloppés par un brouillard épais qui, après quelques instants, se changea en une forte pluie et nous trempa Jusqu'aux os. Nos hommes firent tous les efforts possibles, et cependant nous n'atteignimes la pointe Beaufort qu'après deux heures du matin.

17 août. — Un vent de N. O. souffla par rafales et avec tant de furie, que nous füûmes obligés de transporte le canot, du lieu où nous l'avions halé, dans un endroit plus en süreté et plus à l'abri du vent; nous-mèmes nous nous y réfugiämes contre la violence des grains et contre la neige qui tombait à larges flocons. Le soir , nous lümes le service divin.

Le temps ne fut pas plus beau le lendemain ; le ressac était encore plus fort et les vagues plus élevées. Depuis long-temps J'observais dans mes patrons un abattement, que j'avais d’abord attribué à la nouveauté de leur situation; mais je

ne pouvais me rendre compte de la sombre tris-

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tesse dans laquelle je les voyais maintenant tous successivement tomber des qu'ils restaient en repos (je dois en excepter les artilleurs dont la conduite régulière ne cessa de mériter les plus grands éloges). Au point où nous étions parvenus, cet abattement n’était point inquiétant ; toutefois, des figures mélancoliques et un temps sombre ne sont pas d’agréables compagnons. Je pensai donc que la plupart des hommes se trouveraient bien d’un exercice qui activerait chez eux la circulation du sang; je les envoyai à la chasse, et je promis de donner à tous ceux qui rapporteraient quelque chose pour souper un verre de grog de récompense. Cette déclaration leur rendit un peu d'animation, ils revinrent après une absencede quelques heures; l'exercice leur avait rendu de la gaieté et des couleurs. Ils rapportaient trois beaux lievres et deux canards, différents de tous ceux que j'avais vus jusqu’alors. Ceux-ci ressemblaient, pour la couleur , aux outardes du pays; ils avaient le cou

noir, le bec noir également, mais plus court

238 VOYAGE et plus courbé que dans les autres espèces; le plumage autour de la queue et des ailes, sépia foncé, mélangé de gris noir; la gorge d’un blanc sale, et les pattes noires. Nous ne ieur trouvämes aucun goût de poisson, et bien bouillis, ils nous composèrent un excellent plat. Les rafales de N. O. diminuèrent gradueilement dans la nuit, et le 19 nous avançâmes dans la rivière poussés par une brise de l’est. La brise fraichissant, j’examinais avec une satisfaction presque mêlée de regrets les admirables qualités de notre embarcation, qui, s’il y avaiteu un bon passage, nous aurait lestement portés : à la pointe Turnagain. Le vent fraichit beaucoup et nous força de chercher un abri sous ®:

le promontoire Victoria ; la pluie tombait par torrents, et quoique nous eussions eu la précaution particulière de recouvrir notre tente de la grande voile du bateau, il nous fut impossible de nous garantir. La tourmente, en effet, avait beaucoup plutôt le caractere

d’un ouragan que d’un coup de vent ordinaire,

sépia d’un ieur bien plat. ieileâmes l’est.

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et nous eùmes de la peine à maintenir notre tente debout.

21 août. — Le vent fit place à un brouillard noir et humide, tellement épais, qu'à peinenous fut-il possible de naviguer , en nous glissant le long du rivage, vers l'embouchure de la rivière. Après avoir fréquemment accosté la terre pardessus les bas-fonds, nous entràmes dans la rivière l'après-midi, par une grosse pluie, que cependant plusieurs de nos matelots remarquérent à peine, dans leur joie d’être heureusement sortis des glaces; l’un d'eux, au moment où nous perdimes la mer de vue, fit sauter son bonnet en signe d’allégresse. Je donnai à la chaine occidentale des montagnes, qui s'étend jusqu’à la pointe Richardson, le nom de sa très gracieuse Majesté le Roi, aux autres montagnes que nous aperçûmes dans la soirée, celui de Francis Chantrey, esquire, et à la chaine orientale, le nom de S. A. R. la duchesse

de Kent. La nuit fut encore pluvieuse, et après

avoir été long-temps arrêtés, nous arrivämes

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au bas de la chute où à notre passage nous aviôns trouvé les Esquimaux. Ils avaient disparu, et je le regrettai vivement, non seulement parce que j'avais chargé mes poches de cadeaux, mais parce que je désirais faire quelques esquisses de plus, leur montrer le plan des côtes jusqu’au point où nous avions été, et obtenir, s'il étail possible, quelques autres renseignements. L'eau dans la riviere avait baissé de trois pieds, et nous fümes obligés de faire passer le bateau par-dessus une pointe où le bagage fut aussi porté. Après avoir avancé de quatre milles vers une suite de rapides considérables, nous vimes un Esquimaux sur les collines; bientôt après nous découvrimes les deux tentes que nous avions visitées précédemment, dressées sur le bord oriental d’un fort rapide dont les remous fournissaient sans doute une ample provision de poisson. Il nous était impossible de traverser sans mettre le batean en danger, et nous commençämes deux longs portages, tandis que les

naturels nous regardaient avec beaucoup de

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sang-froid des hauteurs opposées où ils étaient assis en ligne. Tous nossignes étantinutiles pour

, les attirer à nous, nous plaçâmes sur une pile de pierres des cercles er fer; nous y attachâmes des rubans de diverses couleurs, et nous mimes à côté vingt-trois alènes, quinze hamecons, trois douzaines de bagues en cuivre, et deux livres de colliers. Tout cela fut fait sous leurs yeux; ils ne pouvaient guère manquer de comprendre ces démonstrations amicales, et notre intention de les gratifier de ces divers objets. Ma seule crainte fut que le partage de ces richesses , pour eux inestimables , ne devint une occasion de querelles.

Nous carpämes près du rapide voisin. Le lendemain matin le vent souffla trop fort pour nous permettre de faire route. Les Esquimaux nousexaminérent de derrière les rochers; vers midi, deux d’entre eux portèrent leurs kieyaks au bord de l’eau, du côté qui nous était opposé; nous supposâmes d'abord qu'ils voulient traverser, et nous attendimes en consé-

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