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pourraient faire, ajoutai-je, en toute sécurité. » Ils répondirent : « C’est bien;» mais ils parurent trop indifférents pour me donner à supposer qu’ils eussent la moindre envie de profiter de cette connaissance nouvelle. Ils considéraient cependant avec grande curiosité la longueur et les sinuosités du fleuve, ses chutes nombreuses et les vastes lacs qu'il traverse ; leur attention était particulièrement attirée au moindre mot relatif aux Esquimaux et ils scrutèrent avec les soins les plus minutieux chacun des objets que j'avais reçus de cette peuplade, écoutant dans un religieux silence ce que je racdntai de sa conduite pacifique.
La nuit nous campämes auprés des premiers pins sur la rive occidentale du lac de l’Artillerie. Le matin notre chien chassa un pauvre lemming à demi engourdi de froid. Le premier coup de patte avait aveuglé cette netite hête, qui courait sur la glace le long de la rivière,
tandis que le chien, sachant bien que sa victime
DU CAPITAINE BACK. 203 ue pouvait s'échapper, la rattrapait de temps en, temps et jouait avec elle. Le vieil Indien malade, assis près du feu, prenait un plaisir extrême à cette chasse, et le manifestait par des rires silencieux. Là-dessus je me levai : j'appelai le chien et je pris la souris, que je réchauffai devant le feu; puis, lorsqu’elle eut recouvré ses forces, je la plaçai doucement sur le sable à l’entrée d’un terrier où elle s’enfonça, et où je jetai un morceau de graisse pour lui servir de nourriture. La troupe des Indiens me regardait fort attentivement. Lorsque je leur montraile vieillard assis à leurs côtés, en leur disant qu’il fallait protéger les infirmes ct les faibles, ils saisirent parfaitement l'intention de ma parabole en action sur le chien et la souris, et promirent de s’en souvenir.
Le temps à grains continua; il tomba en outre de la neige; mais, la brise étant généralement maniable, nous hissämes la misaine. Le 24 à midi nous atteignimes le Ah-hel-dessy, où
nous eûùmes la joie de voir des arbres à baies.
Des fndiens campés dans une crique nous firent signe de venir les trouver, mais nous n’en tinmes compte; ils coururent alors après nous. pour nous avertir qu'ils avaient de la viande en abondance; je leur dis de l’apporter au fort. — L’'affreuse riviere que nous avions à descendre ne présentait qu’une suite de rapides à courir, de portages à effectuer, de cascades à franchir en douceur. Il nous fallut passer beaucoup de temps à des examens préalables, sans lesquels il eùt été de la plus haute imprudence d'avancer d'un pas. Les rapides s’'accrurent encore en nombre et en difficultés jusqu’à une chute profonde où l’eau tombait perpendiculairement entre des rochers gigantesques dans un abime immense ; je la nommai Anderson. flle nous arrêta court. Les patrons, ne voulant point se décider encore à reculer devant cette cascade, allèrent à la découverte; mais ils revinrent après avair vu de nouvelles chutes et d’autres cascades insurmontables.
Comme il était de toute impossibilité de trans-
DU CAPITAINE BACK. a05 porter le bateau au travers d’un pays montueux
et inégal, dont les pentes, revêtues de glaces et
‘ recouvertes de neige par-dessus, permettaient à
peine de marcher, force nous fut de le laisser là, quoi qu'il nous en coûtât. On le monta sur la grève et on le cacha parmi des saules pour pouvoir l'y venir querir au printemps suivant et l’amener sur des traîneaux. Nous fimes au même endroit une cache de voiles, de viande et de divers autres objets, dont la majeuré partit fut trouvée, dans la suite, détruite par les wolverennes, qui avaient coupé l’amarre de touée en petits morceaux de un à deux pieds de longueur, mis les voiles et prélarts en lambeaux, et ronré les sacs en dispersant les balles qu'ils cont: «ment, Il n’y a pas moyen de se garantir contre Les animaux ; leur force est énorme comparé: à leur taille: car la piupari des pierres employées à notre cache étaient si lourdes que deux hommes pouvaient à peine en soulever une à la fois.
Nosgens, chargéschacun d'un poidsde soixan-
200 | VOYAGE te-dix livres (31, 5. kil. } commencerent à se mettre en marche vers le fort à travers les montagnes, entierement couvertes de quatre pouces de neige. Les petits lacs et les marais étaient assez gelés pour qu'on püt les traverser.
Nous n'avions pas fait plus de six ou sept milles que nous’ aperçûmes des nuages de vapeurs au-dessus d’une chute; il nous prit envie de la visiter, et sa vue nous consola ,tout-àfait d’avoir renoncé à notre bateau. Du seul point où l'on pouvait en apercevoir une partic nous distinguämes la rivière, tournant court à un rocher, et tombant dans un bassin supérieur presque caché à nos regards par d’autres roches intermédiaires; de là se précipitait, avec une impétuosité sans pareille, une vaste nappe d’eau qu'engloutissait un abime de quatre à cinq cents pieds de profondeur (120 à 150 metres). Cette crevasse paraissait si étroite du point où nous étions qu'il nous semblait possible de la franchir d’un saut; il s’en élevait.
a plusieurs centaines de pieds au-dessus de nos
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DU CAPITAINE BACK. 267 tètes, des nuages de poussière liquide en colon-
nes épaisses. Mais comme nous ne pouvions,
: de ce côté de la riviere, distinguer la principale.
chute, j'y retournai, au printemps suivant, sur le bord occidental, La route pours'y rendre, que je parcourus en souliers à nee, est excessivement pénible et dangereuse ; ; indépendamment des montées à pic, et des crevasses que nous eûmes à franchir, il nous fallut ramper le long des rebords étroits des précipices, rendus encore plus glissants par le brouillard glacé qui tombait dessus.
Mais l'aspect de la chute nous paya de tous ces périls avec usure. Au premigr abord je trouvai beaucoup de ressemblance avec une vue du havre Smeerenberg, au Spitzherg. La paroi des roches qui formaient labime était entièrement revêtue de glace bleue, verte et blanche, suspendue en stalactites ; elle était en outre sillonnée de cavernes, de fissures et de saillies en surplomb, présentant une va-
riété inimaginable de formes si curieuses et si
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208 VOYAGE magnifiques, que je n'ai jamais rien vu, ni lu, ni oui qui y ressemblât. L'approche en était excessivement périlleuse ; nous ne pümes voir à notre aise la chute inférieure, à cause de l’arancement des escarpements de l’ouest. A Ja position la plus . où nous pümes parvenir, nous étions encore à plus de cent pieds (30 metres) au-dessus du lit de la rivière ; et celle-ci, loin d’être étroite comme nous lavions cru à ; notre première visite, présentait une largeur d'au moins deux cents pieds (60 mètres).
La couleur des eaux passait du vert clair au
vert foncé; celle des nuées qui planaient au-
dessus était d’un gris clair. Les chutes du Nia- | F gara, de Wilberforce dans la rivière Hood, de | l Kakabikka près du lac Supérieur, celles de L Suisse et d'Italie, n’ont rien de comparable à T celle-ci pour la magnificence et l'ampleur des s effets. L’imposant spectacle de ces masses d'eau, [ en quelque sorte montagneuses, entrainant U mon esprit vers des idées qui s'associaient à | £
d’autres scenes où la nature étale aussi sa splen- (
[lu , ait oir l’ala nir, neé- C1 ; U à
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DU CAPITAINE BACK. 269 eur, je consacrai à ces chutes le nom de notre célèbre navigateur, sir Edward Parry.
27 septembre.— Nous reprimes notre voyage de bon matin. En passant par l'endroit où nous nous étions arrêtés le printemps dernier, je fus surpris du ravage causé par les orages de l'été; les plus beaux pins de la forêt avaient été déracinés , et la dévastation était encore plus considérable près du lac. Enfin, nous arrivâmes au Fort-Reliance dans la matinée, après quatre imois d'absence. Nous étions harassés de fatigue, mais notre santé toujours très bonne; il ne nous resta plus qu'à remercier Dieu d’avoir si heureusement échappé aux dangers de notre long voyage. L’habitation était restée debout, mais c'était tout; car elle pénchait d’uñne manière effrayante vers l’ouest , et la vase qui lui servait de mortier avait été entierement balayée par la pluie; en un mot, on ne pouvait voir une demeure plus maussade et moins engageante. L'observatoire était moins maltraité.
Mon canot avait été fendu par la foudre. Hen-
270 VOYAGE reusement nos effets et la viande que les Indiens avaient apportés se trouvaient à sec dans les magasins. Apres trois heures de repos, les hommes s'occupérent à faire les réparations nécessaires.
Le vieil Indien, qui avait visité la riviere Hoqd dans sa jeunesse, se trouvait au fort ; il ne put me donner le moindre renseignement sur la contrée aux environs de louverture Bathurst : car il ne connaissait aucune route par où l’on püt s’y rendre en petits canots. « Mais, disait-il, pourquoi le chef me demande-t-il cela, puisqu'il est le seul qui y soit allé? »
Ceci me désappointa fortement; car de cette enquête dépendait la réalisation d’un projet que je caressais depuis long-temps : je voulais n’assurer si l’on ne trouverait pas une communication entre le lac Beechey et la riviere Back, en traversant les montagnes en droite ligne vers celle-ci, et apportant des matériaux nécessaires pour construire des canots. Mais l’accomplisse-
ment de ce projet, sans aucune notion préalable
DU CAPITAINE BACK. 271 sur la route, aurait employé une saison ou méme deux, outre qu'il exigeait le choix d’un
équipage frais et alerte, et un grand surcroît de £ ’ gt
| dépenses. Nous ne savions pas d'ailleurs si nous
ne trouverions pas l'ouverture Bathurst encombrée de glaces. En supposant même qu’elle fût entièrement libre, nous ne pouvions compter sur plus de trois semaines de beau temps pour parcourir la cstance entre cette ouverture et
Pillar Ross ou pointe Richardson. Il ne fallait
‘pas songer à y aller par le Thlew-ee-Choh, car,
indépendamment des dangers qu'offre ce fleuve, nous savions quelles difficultés on rencontrait à son embouchure en ce qui touche le passage le long de la côte origntale qui doit étre toujours plus ou moins encombrée de glaces charriées par le courant de l’ouest. D’après ces considérations, et sentant que je n'étais pas autorisé à augmenter la dépense d’une expédition dont le but principal avait été si heureusement
accompli par la Providence, je renonçai, non
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979 VOYAGE sans beaucoup de chagrin, à réaliser ce projet secondaire. |
Il ne me restait plus qu’à prendre les arrangements nécessaires pour passer l'hiver aussi confortablement que possible. Dans la crainte de ne pas avoir assez de vivres au fort pour tout le monde, nos hommes, à l'exception de six, partirent avec M. Mac-Leod pour les stations de pèche; ils transportérent en même temps plusieurs ballots de marchandises et d’autres objets, devenus inutiles pour nous, à l'établissement de la compagnie au Fort-Résolution. J’ y fis ajouter une grande quantité de pemmican pour les besoins de notre expédition lorsqu'elle repasserait dans le pays.
Les Indiens nous apportaient des vivres de temps en temps; et notre ami Akaitcho avec sa suite, malgré son peu de succès à la chasse, contribua aussi à notre approvisionnement. Le nom de ce brave chef est tellement
lié à la première expédition de sir John Franklir,
nd — ET —
DU CAPITAINE BACK. 273 qu'il n’est pas sans intérêt d'ajouter quelques mots à son égard.Ce n'était plus cet Indien actif et grave des anciens jours; mais un homme norose et insouciant que les infirmités gagnaient peu à peu. I ne lui restait plus que l'ombre de son autorité passée, car, sauf les membres de sa famille, il pouvait à peine se vanter de conserver à sa suite un seul Indien dans ses excursions de chasse pendant l'été.
Durant l'hiver cependant, sa tribu se groupait autour de lui comme autrefois.
Les Couteaux-Jaunes avaient été punis de leur conduite oppressive et inconsidérée à l'égard de leurs voisins, les Indiens Esclaves, peuplade inoffensive dont à la moindre dispute ils s'emparaient des pelleteries et des femmes; ils en avaient agi ainsi par pur despotisme, se fiant en leur supériorité bien reconnue, Mais apres s'être soumis à ce que leur imposait la barbarie de leurs ennemis, après avoir souffert
$ que leurs femmes et leurs filles fussent arrachées de leur demeure, que leurs jeunes
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