III
n'avaient pas assez de pain pour en donner à des étrangers curieux.
On m'a communiqué, après mon retour de ce voyage, une lettre écrite par M. Wigand, et datée de Sarepta le 5 mai i8o5; elle contenait le récit du voyage de ces deux frères à Koubitchi. L'un d'eux, nommé. Grabsch^ qui parlait très bien le turc*tatare, est déjà mort, mais son compagnon \ll.Gruhl vit encore. Us quittèrent Sarepta au mois le novembre 1781, et arrivèrent le 7 mars de 'ann^e suivante à Bérégœ, village situé sur la droite lu Grand Bouam , où ils trouvèrent l'Ouzmeï-khan les ]&aîtak, auquel ils étaient particulièrement ecommandés. Ce prince leur montra d'abord leaucoup de méfiance; mais s'étant convaincu |u'ils étaient venus sans aucune mauvaise intenion, il les prit avec lui à sa résidence ordinaire lommée Bachli^ les traita bien ,.et leur donna des ;uides pour les conduire à Koubitchi^ chez son ijounak Mahhmoud. Celui-ci les reçut selon toutes es règles de Thospitalité caucasienne. Les frères, |ui étaient venus dans l'idée d'y trouver des anciens ompatriotes chrétiens, se convainquirent bienôt que les habitans de ce bourg étaient mahoméqins; ils firent cependant toutes les investigations paginables pour recueillir des renseignemens sur origine des Koubitchi , ainsi que sur leurs lois , 3ur langue et leurs livres. Ils visitèrent toutes les aai^QUS, et trouvèrent effectivement les ruines de roi3 églises. On voit sur la porte de Tune de ces lerniéres une inscription que ni les frères ni les
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habitans du bourg ne pouvaient lire; on n'y reconnaît que le nombre 'i2i5, en chiffres arabes. Dans le voisinage de celle-ci est une autre église très haute, bâtie dp belles pierres de taille, et ornée de beaucoup de ciselures. Elle est à présent divisée en cinq étages qui servent d'habitations. Il y a des pierres avec des inscriptions que personne ne pouvait déchiffrer. Les habitans deRoubitchî n'ont pas de vieux livres ni d'autres documens écrits. Ils se servent à présent des caractères arabes pour écrire le turc-tatare et leur propre langue. Ils ne pouvaient donner aucun renseignement satisfaisant sur leur propre origine; mais ils savaient encore qu'ils ont été chrétiens , il y a plus de trois cents ans. Ils ont alors adopté la loi de Mahomet, et ils remercient Dieu de les avoir conduits sur le véritable chemin du salut.
Le bourg deRoubitchi est situé dans une vallée étroite,entourée de hautes montagncs,surleversant méridional desquelles il est bâti. Il se compose d'environ 5oo maisons qui se succèdent en terrasses, de sorte qu'il tfy a pas de rues. A quelque distance de la ville sont des métairies dans lesquelles il y a un grand nombre de moutons, dont la laine est employée anx tissus fabriqués par les femmes. Les hommes sont pour la plupart armuriers.
Le bourg deRoubitchi dépend, sous un certain rapport, de VOuzmei-khan ; mais ses habitans sont gouvernés par un conseil présidé par quatre chefs ou doyens , qu'on élit tous les ans. Les élections se font de manière que chaque père de famille ^ son tour dans le conseil.
Les frères quittèrent Koubitchi le 1*7 mars, après un séjour de six jours, et retournèrent par Derbend, Chamakhi et Tiflis à Sarepta, où ils arrivèrent dans l'été de 1782.
Il y a encore chez les Lesghi d'autres républiques industrieuses dont la principale est Tchar^ qui fait beaucoup de soie et de vin. Les Lesghi s'appellent eux - mêmes Legghi^ et l'on ne saurait douter qu'ils ne soient les Sarmates Leghiens^ que Strabon place entre l'Albanie et l'Ibérie , c'est-àdire précisément dans le pays qu'ils occupent encore aujourd'hui.
Le II octobre. J'ai eu la visite du fils du général Goritch (1), dont la femme était une princesse tcherkesse : le général n'étant pas prince , a été obligé de l'enlever. Le fils, enfant de cinq ans, montait déjà à cheval avec beaucoup de hardiesse. Le mentor de l'enfant est un jeune prince tcherkesse d'un air très prévenant; il vient d'Oren bourg, et il m'a appris que les Kirghiz avaient tué leur khan appelé Outchym khan, et qu'ils étaient très partagés sur l'élection de son successeur, qu'il y avait même un parti qui ne voulait pas de khan. Tous ces désordres pourraient être suivis d'incursions fâcheuses sur les frontières de la Russie.
Autrefois les khans kirghiz avaient une garde composée de Troukhmènes, que'les Kalmuks-Torgaut avaient amenés avec eux, lorsqu'ils ont quitté la Russie pour aller s'établir en Chine. Ensuite la ■ 1
(i) Le général Garùch était Tclierkesse ck naissance. Kl.