CHAPITRE IX
Suite du séjour a Kizliar,
Cïarte de la Scythie , suivant Hérodote. -— Excursion à Artchouk. — Prince Kaïtoukto. — ^Le fils de Mourtas-Ali et son
mentor Balkar, Obykhy et autres peuples du Caucase. —
5asses ou cérémonies funèbres des Koumuk. — Tchetchentses et Ingouches. — Leurs mœurs et religion. — Touchi. --* Pastoukagy gentilhomme d'Endery. — Nouvelles politiques
du Caucase et de la Géorgie Tribus turcomanes qui ha.-
bitent la partie méridionale de ce dernier pays.
Le 23 octobre.
Depuis le i6 octobre j'ai été entièrement absorbé dans ma carte d'Hérodote. Un an et demi je Fai portée dans mon cerveau , comme Jupiter portait Minerve^, et enfin elle est sortie plus éi^i* defUe que- je n'avais osé espérer. Toutes les distance» et les limites répondent non seulement les unes aux autres , mais encore à la marche de Darius et à la route des caravanes du Borysthène. Enfin, tout le quatrième livre d'Hérodote se trouve sur ma carte en grec et en français, et chaque contrée y est chargée du passage qui explique sa véritable position. Comme je suis fort las de me foire imprimer et graver, je me contenterai d@
( ^ao ) multiplier les copies de mon travail , seulement pour qu'il ne soit pas entièrement perdu.
Le 24 octobre. J'ai suivi le général Kisseletf à Arlchouk^ qui est un poste de Cosaques de ce côtéci du Terek. Puis nous passâmes le Terek pour voir des harasque Ton avait amenés de l'autre côté. Là , j'ai eu le plaisir de faire connaissance avec le prince Kaïtoukho^ qui s'y est rendu avec une suite nombreuse, que Ton ne pouvait cependant pas appeler une troupe dorée. Kaïtoukho est le plus ancien prince de la branche qui règne à Aksài^ et doit succéder à ce titre, parce que les souverainetés koumukes sont des seinorats ^\o\xl comme la place de grand sultan des Turcs.
Kaïtoukho est: un homme qui sous un air sombre et sévère cache, dit-on, une ame sensible, et une singulière aversion pour le brigandage. Je dis singulière, parce que tous les autres princes du Caucase, de quelque race qu'ils soient, y mettent toute leur gloire. Mais Kaïtoukho est une espèce de philosophe, qui se fait gloire de ne rien posséder que le cœur de ses sujets. On m'a assuré que son Louvre, aussi nu que le tonneau de Diogène, ne renfermait aucune espèce de meubles. Une autre singularité, vu le pays, c'est que ce prince n'est pas marié.
Peu après nous vîmes arriver un autre prince 1 fils de MourtaS'AlL Celui-ci n'avait que cinq ans^ et montait pourtant un assez grand cheval. Ses petits pieds n'atteignaient pas le bout de la selle, mais cette selle ava:it par devant et par derrière des.
ien bois, jointes l'une à l'autre jKir des I^agaettes ttachées à leurs extrémités supérieures par des ourroics. Ces espèces de garde- fous passaient sous 3S aisselles de Tenfant, qui ainsi emboîté ne risquait ►as de tomber. De plus, il avait à côté de lui un 3une Nogaï aussi à cheval, et qui ne le quittait »as d'un pas. CeNogaï était son gouverneur et l'ét^vait chez lui, car les jeunes princes de Caucase le sontjamais élevés chez leurs parens ; en revanche ien de plus sacré que les obligations réciproques ntre les parens et le mentor, le mentor et l'élève. Llles constituent ici la plus saine partie de la moale, gâtée cependant par le goût pour le bt'iganlage. On m'a assuré que le premier usage que le eune Télémaque fasse des leçons de son Mentor, :st de s'enfuir de chez lui après l'avoir volé, ce qui :omble de joie toute la famille. Si le mentor surît à son élève, il hérite du mobilier et des chevaux, nais il est assujetti à se couper la moitié de chaque )reille; on coupe aussi les oreilles au cheval favori lu défunt et personne ne l'achète, sur quoi je crois^^^ ievoîr citer un passage de Plutarque dans sa consolation à Apollonius : « Il y a d'autres barbares, « (dit cet auteur), qui se coupent quelque partie t de leur corps, comme le nez ou les oreilles, et K se déchirent le reste de leur corps, pensant faire K par là grand plaisir au défunt. »
Ije 25 octobre. J'ai eu la visite du prince' MohanedGherai Bekeifilch^ qui m'a donné sur le Cauase des détails que je n'ai pas trouvés ailleurs, •t que je veux mettre par écrit dans la crainte l^ les perdre.
( lia )
Les Balkat hàbitans de hautes iriootagtiéâ, âudelà de la Kabarda , parlent turc et sont païens.
Les Obfkhy (i) à Test des Balkar sont un peuple différent des Tcherkesses et des Aba^es; ib sont aussi païens.
Tjes Tchetchentses , les Ingouch et tes KaraboU-* lak^ sont les branches d'un seul et même peuple ^ qui se donne à lui-mémé le nom de Misdjeghi; les premiers sont mahomëtans, les deux autres! £k>nt païens. Ce que je savais déjà.
Les princes Koumuk sont tous de la même fa<mille que le Chamkhal, excepté ceux de Bragoun^ qui se^rétendent issus de Tchinghiz-khan : cïè que je savais aussi.
Vn\s\e^t\tice Mohamed Glieraî in 2l dontié cjtielquesdétails sur les5aj^e^ ou cérémonies ftinèbfesen usage chez les Koumuk. Non seulement le mentor est obligé de se couper la moitié des oreilles, mais les courtisans les plus affidés y sont aussi astt*eïifts. Autrefois les nourrices étaient obligéesdes'arracber
(i) Je crois qu'il s*agit ici des Ouboukh qui habitent avec les ^011^/ ensemble les cantons les plus élevés et les positions les plus fortes des montagnes, près des sources du Chagivacka et du Pchakh, jusqu'aux montagnes de neige et vers la mer Noiie. Suivant les notions que j'ai recueillies pendant mon voyageai! Caucase, ces deux peuplades parlent un dialecte de la langue abaze; ils sont adonnés au brigandage, font du vin de bonne qualité et l'appellent ^^7/iâr. Le sol de leur pays* est fertile et n'a pas besoin d'être labouré ; ils n'ont pas de princes , et obéissent à des ouzden ou nobles ; ils vivent dans des maisons réunies dans le bois par groupe de trois ou quatre. Kl.
leacbe^eui, les sourcils et lescils, puisdes'eQteprer toutes viTes. Pour cela on les mettait dans une fosse perpendiculaire, la tête couverte d'un pot troué. Dans cet état on leur donnait à manger; mais comme elles étaient obligées dy rester plusieurs semaines, la plupart en mouraient. Aujourd'hui en^ core toutes les femmes de la famille s'assemblent tous les jours pendant dix semaines, se mettent nues jusqu'à la ceinture, et se déchirent le corps avec leurs ongles. Cette cérémonie a eu lieu à Kizliar depuis que j'y suis, à la mort d'une jeune princesse, fille du prince i/ui/, dont il a été question ci-dessus.
Le a6 octobre. Il est arrivé des Tchetchentses pour édbanger un otage; ils. m'ont dit qu'ils enten^ daient les dialectes des Ingouch et des Karaboulak, maia que ces peuples avaient une religion différente et qu'ils adoraient des rochers.
Paul Kalonstov m'a conté que pendant qu'il était aux eaux dEndery^ un Ingouch y avait amené une jeune fille de son pays dans le dessein de la vendre. Un juif, qui se trouvait aux eaux , s'en accommoda pour la valeur de deux cent quarante roubles en étoffes de Perse. Comme le vendeur et l'acheteur étaient allés voir les étoffes, la jeune fille dit à quelques Tchetchentses qui se trouvaient là : «Sachez que je suis une malheureuse orpheline « que chacun peut offenser impunément; l'homme « qui m'a conduite ici avait promis de m'épouser ; « au lieu de tenir sa parole, il me vend pour avoir « des habits qu'il ne portera jamais» » Ensuite elld
alla au jardin et se pendit à un arbre. Depuis longtemps je sais que l'on n'a que difficilement désenclaves Ingouches, parce que beaucoup se tueet plutôt que de se rendre.
Les nouvelles du Caucase sont que le kfaifi des Avar se trouve à Tchar, à la tête d'un corps de quatre mille hommes , et qu'il veut pénétrer en Géorgie; mais les Géorgiens sont sur leuvl gardes , et s'apprêtent à repousser tes attaque»de ce fâcheux potentat.
Il a neigé tout le jour, bien que les arbres soieflt encore verts, à l'exception des peupliers. Ce temp nous vient des montagnes.
Le *À'^.Ourousy député tchetchentse^m'a fait l'honneur de siéger longuenient chez moi, à botre moo eau-de-vie, et me raconter ce qui se passe diei ses voisins, les Ingouch et les Karaboulak. Va appellent lerda leurs rochers sacrés, et ils leur font des sacrifices somptueux^ particolîèrevilent aux funérailles. Dans ces occa8ions4à, les parens du mort vont demander des moutons à ceux qui en ont, et personne ne refuse. On va les ofiùrir au défunt, qui est dans s» maison, bien assisy bieo habillé, et tenant une pipe à la main. Le défunt accepte toujours; alors on lui demande ce qu'oD doit faire de tant de moutons, et comme il ne té^ pond rien , on les égorge et on les mange en codh mun. Mais il n'y a ni prêtre ni sacrificateur, lies Ingouch ont aussi des petits fétiches d'argeot^ qui n'ont aucune forme déterminée. On les 0p« pelle 2'sououmj et l'on s'adresse à eox pour aTOir
de la pluie, des onfaos et autres faveurs du ciel.
Pour pom propre les Ingouch prennent ceux des aniinaux , en sorte que Tun s'appelle bœuf, un autre cochon, chien, etc., Les noms des femmes sont bien plus extraordinaires, et Ourous ne les expliquait qu'avec une sorte de pudeur. Les noms sont par exemple : Asie-wakhara , (celle qui monte un veau j, Djali^wakham {ceWe dont la monture est un chien ). Cependant les gens qui affectent de la supériorité sur leurs concitoyens prennent les noms A^Za^ur^ lotachy et autres semblables, qui sont généralement en usage dans les montagnes.
Voilà à peu près tout, ce que m'a dit Ourous. Il y a dans ce moment à Kiziiar plusieurs Ingouch auxquels j'aurajis pu faire les mêmes questions. Mais ces peuples répondent rarement juste aux questions qu'on leur fait sur leur propre nation, et ['aiiÉieDx^iooé consulter un étranger. D'ailleurs^ |e m'en, informerai plus amplement à Mozdok, où U y ,a un arphqvéque qui envoie des missions dao^ toul. le Caucase.
Le a8 pctobre^, Le Tchetchentse Ourous prend toujours plu«i4^'plaijsirà mon eau^le-vie, et moi à .sa conversation, nou3 avons passé la matinée enaeinble $ et i^oici une partie des choses qu'il m'a di^es eq présence de Paul Kalou&tov qui parle le tçbetcheixtse et connaît parfaitement les Ingouch^ La religion de^ Ingouch a été autrefois celle de tauf les Misdjeghi, et il y a encore chez les Tchetcbentsesdes/eri/is, oi^ rochers, qu'ils ont auti^foia adorés, et dont ils n'ont abandonné le culte que
( .^6 ) ^ pour embrasser le mahométisme. Cependant les Tchetchentses n'appellent pas Dieu JUah^ mais Daa y on Daal^ et ce nom, qui ne leur est pas venu du mahométisme , ne semble pas non plus venir de Fancienne religion, car les Ingouch qui Pont ôdn- fl servée, bien loin de reconnaître Daal, le maudiateDt . ; et ne croient qu'en leurs rochers et leurs fëUciiM||.
Aujourd'hui lorsqu'un Ingouch doit à un IkHfjlt tchentse, et qu'il ne peut pas ou ne veât fHÏlï , payer, le Tchetchentse va trouver le ioiuMk^hkt ou ami ) qu'il, a chez les Ingouch et lui dit; «iJn (( tel de ta nation me doit tant, iais-môi ptjvr, « car j'ai amené un chien et je le tuerai sur^iBS « morts de ta famille . » — Cette menacé fiuttrdi^ bler l'Ingoucfa qui s'emploie aussitôt poiilKfc créancier. "['"'
Si le débiteur nie la dette, on l'oblige au MN ment dont voici la forme. On mêle en«emUe des os et de la fiente de chiens, et l'on porte ceniélaDge. devant le lerda ou rocher divin. Puis 4es dèos ' parties s'y rendent et le débiteur dit à haute voii^ -^ « Si je ne dis pas la vérité, je consens à ce que les « morts. de ma famille portent sur leurs épaules les
morts de la famille d'un tel, et cela dans ce (( chemin-ci, après que la pluie aura tombé et lorsa que le soleil luira par-là-dessus. » — Cette cérémonie a lieu pour les voleurs et les receleurs plus souvent que pour les débiteurs, vu que les Ingouch volent leurs voisins plus souvent qu'ils ne leur empruntent. Mais le commerce occasionne pourtant des crédits.
Potvckin. laS.
( 1^7 ) Cependant voici quelquecbosedeplus extraor^ dinaire. Si un Ingouch perd son -fils, un autre qui aura perdu sa fille, vient chez lui et lui dit: a Ton (( fils peut avoir besoin d'une femme dans Tautre « monde; je lui accorde ma fille, donne-moi tant (( de vaches pour le kaljm» et Tonne refusejamais. Le kalym est, comme on sait, chez les musulmans la dot que Vépoux doit donner à son beau-père. Les Tchetchentses ne donnent guère plus de dix vaches, mais les Ingouch en donnent jusqu'à trente. Ils ont jusqu'à cinq femmes ; après la mort du père, ^t% fils les épousen t tou tes,à l'exception de leu r mère, qu'un autre frère peut épouser. Les Jchç' tchentses leur reprochent souvent cette coutume infâme. Mais les Ingouch répondent: « Mon père «a couché avec ma mère, je puis bien coucher avec sa femme. » Je rapporte les propres paroles d'Ourous, sans prétendre soutenir la force de ce syllogisme.
Les Ingouch ne peuvent se lasser d'admirer l'u* sage de l'écriture, et ta regardent comme un mi-< racle perpétuel que le christianisme et le mahomé* tisme opèrent en faveur de leurs sectateurs. Kalous-» tov me Fjavait déjà dit avant Ourous, mais voici un fait que m'a conté ce dernier, et qui prouve que les logouch .sont encore attachés à leur religion , bien C|ae quelques uns soient musulmans en secret.
Deux frères de cette nation ayant été vendus en Turquie , avaient embrassé la religion ipusulnurne, avaient été à la Mecque, et enfin, devenus libres, par je ne sais quelles circonstances, ilsétaient
( 128 ) reTeiius dans leur pays. Leur mère était encore vivante, ils n'eurent pas de peine à la convertir à la foi de Mahomet. Puis, poussés d^un saint zèle, ils prêchèrent publiquement contre le culte des rochers. Mais les Ingouch s^assemblèrent el leur dirent : « Vous nous enseignez une loi que « vous avez apprisependantque vous étiez esclaves. c( Nous n'en voulons point. Sortez de notre pays, « et n'y revenez jamais ». — Les deux frères allèrent s'établir chez les Tchetchentses, où ils sont «ncore.
Voilà , autant que je me le rappelle, tout ce que j'ai pu recueillir dans la conversation d'Ourous. A quoi il faut ajouter plus de cent mots du dialecte tchetchentse que j'ai écrits du mieux quefai pu. Il s'y trouve un grand nombre de monosyllabes, qui ont à peu près les mêmes sons, et sont d'autant plus difficiles à différencier, qu'on les prononce avec une certaine secousse dans la voix et l'haleine, qui semble rendre les monosyllabes encore plus brefs, (i)
Ourous connaît les Touchi, qui habitent le revers des mêmes montagnes du côté de la Géorgie , mais il les appelle Batsikh, Il dit qu'ils parlent géorgien , ce que je savais déjà.
Le ag octobre. Enfin j'ai pu former un jugement définitif sur les AAaè'/^zA: sur lesquels règne rO«2/we£
( I ) On trouve dans mon Voyage au Mont Caucase ( vol. II, pag. 356, 376) un vocabulaire tchetchentse ^ ingouche et touthi. Rr.
( '-^9 1 Les Khaïtak blancs^ habitans des bords de la mer, parlent un certain dialecte turc , que Ton appelle communément Turki; ce qui prouve leur descendance des Turcs Seldjoukidcs. hes Khaïfak noirs, {Kara Khaïtak) ^ ou montagnards, sont apparemment des Lesghi ou apparentes aux Lesghi, comme les Akoucha; car Gœrber^ qui les a vus, dit qu'on trouve assez de mots lesghi dans leur langue, d'où je conclus qu'il n'y a plus dans le Daghestan aucun peuple venu des Albaniens.
Ce qu'il était important de savoir, pour ne pas se donner de peines inutiles. Aujourd'hui les Khaïtak noirs souX. devenus plus sauvages que jamais, et ne font avec leur souverain TOuzmeï que des trêves, à l'expiration desquelles ils le pillent de préférence à tout autre.
De son côté l'Ouzmeï est bien digne d'avoir de pareils sujets. Il n'y a pas quatre ans qu'il a fait assassiner un riche marchand d'Astrakhan appelé rcAwwee, qui, venant de Sal lia n, traversait ses états revenant par terre. Le père de ^l'Ouzmeï régnant est celui qui a retenu dans les fers le pauvre professeur Gmelin^ 9^^ y ^^t mort. Enfin ces Ouzmeï sont de père en fils les plus insignes brigands du Caucase, et l'on ne parle qu'en tremblant de voyager chez eux. L'Ouzmeï avait aussi retenu les deux frères moraves envoyés à Koubitchi, mais on a réussi aies ravoir.
Le 3o octobre. J'ai eu la visite d'un nommé Paj/OM^aî" , gentilhomme â'Endérj-j de la famille de Koukai qui fraie avec les princes; c'est un
( -3o) homme fort considéré dans son pays . Il m'a offert ses services d'un air qui voulait dire que ce n'était pas peu de chose, et effectivement l'on m'aasure qu'avec lui je puis aller partout. Mais mon intention pour le moment n'est pas de pénétrer dao3 rintérieur des montagnes.
Le 1®' novembre. J'ai vu un Arménien qui arrive de Tcharj où il a vu l'armée des Avar; il dit qu'ils tiennent bonne discipline. Mais les nouvelles qu'il apporte d'Arménie sont des plus tristes. Djaça^ khan de Gandja , étant rentré dans cette ville, a fait crever les yeux et couper les mains à beaucoup d'habitans, qu'il accusait d'avoir favorisé les Russes. Ce Djavat-khan doit avoir engagé Aga Mohamed-khan à faire l'incursion en Géorgie.
Le même homme dit que le Khamoutaï, c'est-à dire SourkhaUkhan des Kazi-Kournuk est allé à Derbend pourvoir Chikh-AH'-klian son ancien ami. Ce Sourkhaï-khan est le même qui , a l'instigation de Chikh-Ali-khan,a fait la guerre aux Russes; ila entièrement massacré un bataillon de chasseurs. Son pays est inabordable ainsi que celui du khan des Avar. Ces deux souverains sont les seuls qu'il y ait chez les Lesghi. Les autres peuplades sont libres ou dépendantes des princes du Daghestan.
Le 5 novembre. Un voyageur qui arrive de Tiflîs m'a dit que les Avar enlèvent du monde et du bétail à trois verst de cette ville; la cause de cette guerre est que le roi avait suspendu depuis quelques années le paiement d'un subside qu'il donnait auparavant au khan des Avar. Les politiques du
( '31 ) Caucase prétendent que le royaume de Géorgie ne peut exister longtenops , à moins qu'il n'ait recours à la protection des Turcs, remède qui est peut-être pire que le mal. On prétend que quelques princes de la maison régnante penchent fort à embrasser le musulmanisme. L'un d'eux vient de s'emparer de la ville d'Érivan , où il peut fonder une dynastie nouvelle. Il a été aidé dans celle conquête par les Tatares Bortchalo qui habitent la province de Somkhéthi (i) dans la Géorgie méridionale. Ges Tatares parlent un dialecte turc parti-
(i) La partie méridionale de la Géorgie comprise entre la droite du Kour et les rivières Ktsia et Ahhistafa , porte le nom géorgieu de Somkhéthi^ Tarménienne , parce qu'elle était originairementbabitée par des Somakhiou Arméniens. Actuellement celte province est principalement occupée par des Ttfrcomans, on, comme ils s'appellent eux-mêmes, Terekame/i; ils y furent établis par Tahoub-begh y de la dynastie des Turcomans du Mouton-BlanCy lequel régna en Perse de 1 479 jusqu'en 1490. Le Ktsia prend son origine dans la montagne de Kitchik-kara qui sépare le district de Thrialéthi du Djavakéthi ; il est nommé ien arinénien NàAhatir, c'est-à-dire la première sortie, parce qu'il faisait autrefois la frontière de la Géorgie. Son principal affluent de droite est le Tebète ou Bortchalo , qui anciennement fut appelé Berdoudji ou Bedroudji par les Géorgiens. Après sa réunion avec le Tebète , le Ktsia reçoit le nom turc de Stassan-sou, Les habitans turcomans du Somkhéthi sont nomades; ils vivent de leurs troupeaux et de l'agriculture; en été ils séjournent dans des villages stables , mais en hiver ils vivent sous des tentes ou dans des cabanes souterraines dont ils peuvent changer l'eiQplacement à leur gré. Ils ont de beaux Jardins fruitiers et des petits champs ensemencés de froment, mais principalement de riz; leur religion est la mahométane d'après la secte des Sounni.
culier, et se donnent à eux-mêmes ou on leur donne le nom de Kazakh. Une partie d'entre eux a un
Les Turcomans de la Géorgie n'ont, comme on voit, quitté qu'en partie la vie nomade de leurs ancêtres; ils en ont encore conservé quelques unes de ses habitudes. Dès le mois de mai ils se mettent en route avec leurs femmes, leurs enfants et leurs nombreux troupeaux de chevaux, de bœufs et de moutoDs, quittent leur kichlag ^ ou habifation d'hiver, et se rendent dans Xeyaïalag^ ou celle d'été, dans les hautes montagnes du Somkhéthi. Ils y restent campés jusqu'A la fin de septembre. Pendant l'hiver ces Turcomans s'occupent de la fabrication des tapis, dont ils ont porté l'art à un grand degré de perfection, et qui forment un article de commerce considérable. Cette industrie est pour eux d'autant plus avantageuse qu'ils n'ont pas besoin de recourir à l'étranger pour la créer, leurs troupeaux * fournissent la laine et les plantes du pays leur suffisent pour obtenir les couleurs les plus solides et les plus brillantes.
La plus grande partie de \<\ province Somkhéthi appartenait, avant Toccupation russe de la Géorgie, à la famille des princes Kaplan chwili ou OrbéUanov\ La population turcomane y est trois fois plus grande que Tarméuienne; cette province se compose des districts suivans :
1° Tachiriy habité par des Arméniens, et par un nombre moins considérable de Turcomans; dans les hautes montagnes de Painbaki,sur le Poladourl , affluent de la droite du Machaveri; ce canton contient les villages Ahli-tach y Ourouty Aïdarbegy Doulbandelou y Baloukaïa^ où il y a des mines de cuivre, Telou et Mishkana^ également avec des mines de cuivre. Ces villages appartenaient autrefois au domaine du roi de la Géorgie; à l'ouest de ce district, et dans le territoire turc, est le grand lac Palkatsio,
a° Kaïkouliy habité par des Arméniens, district situé sur la partie supérieure du Machaveri, affluent de la droite du Ktsia; \ Arpa-tchdi ^ ou la rivière d'orge, le sépare à*Aïrownh ou du pachalik de Kars.
prince qui s'appelle Ali Suhluui. J'ai cimeoté mon amitié atec Pastoukaï en lui offrant un présent
3*» BortchalOy sur le Tebète inférieur^ jusqu'à la droite du Kisia et jusqu'à Tembouchure de cette rivière dans le Kour. La plupart de ses liabitaus sont Turcomans; le nombre des Arméniens y est peu considérable; les premiers occupent, à l'est du Tebète, les villages Bos-aoul^ Akhchasle y Karahassarif Tèkele^ jikhmemmeté , Katchagan , Oulachté, Lalalou et la forteresse Akhtcha-kalah , bâtie par le roi de Perse Yakoub-begh. A l'est du Tebète sont les villages turcomans Arablé y Saraly et MamcùL-Kirikhly, Les Arméniens occupent Chnoghiy Tàjrèghi ^ Sadakhle ou Sangana, le village le plus occidental du district, établi en 1771 par des habitans à'Akhtchakalah; deux tiers des habitans sont Turcomans, les autres Arméniens; Terkouen sur le Tebète , Cham-aly^ Kdiagodj-aly et SakaL
4** Pamhakhi^ ou Bampek, occupe le pays sur le Tebète supérieur et les hautes montagnes appelées montagnes de Pambakhi^ et nommées par les Arméniens Abaran ou plutôt Amaran^ c*est'à.^Te séjour d'été f nom qui correspond au turc yaïlak; les habitans sont Turcomans, mêlés de quelques Arméniens; le Tebète y porte le nom de Pambakhi; la capitale est Lori, sur la rivière du même nom ; celle-ci est aussi appelée DjalaroglL D'autres villages au nord de la rivière Pambakhi soDt : Ghegheraniy Akh-boulak et Ardjout.
S^Kazakhi, district sur la droit du iCour et sur Vlndja, au sud de Bortchalo ; on y compte environ 6,000 familles , dont deux tiers sont Turcomans et le troisième Arméniens ; le chef-lieu et U résidence ordinaire du prince de Kazakhi , qui porte le titre à^Fekil A madage, est le village de Chikhaîo; il est situé sur la droite de l'Indja, au dessus de son embouchure dans le Kour ; Cest le premier village kazakhi sur ce fleuve , il y a une mosquée. Karakhrkazaman est le dernier village kazakhi sur le K.our. Sur rindja se trouvent encore SahaleHo, KazakheU^
qu'il n'a pourtant accepté qu'avec peine, contre Fordînaire des Caucasiens.
Pekalo, Piroulou, Karalaret Poiîo; Khatpalo ainsi qae lessuivans sont sur TAkhistafa, Khilkhina^ Kara-hassanlo ^ Takkkazaman^ Dikbosto ou Khanloukhur^ Kara -kdinfy^ DjapharloUy Ousoum^tala^ habité par des Arméniens; sur la même rivière mais plus haut: Saldakk, Djatabaghi ^ Atchatehous ^ Karagaîa en arménien SefkarOy près d'une source dans les montagnes; le village arménien Kilkakhi sur la rivière Dft^assiy puis Kounéna , près de Kouipi , sur le Jkhiy qui coule vers TAJchistafa; sur le Djogassi sont encore les villages tnrcomans Gavasanoy Ourkmasio^ Demourtchoular^ Tack-salahlou et Dalakliou,
6^ Temirché'hassanle ou Demowrtchassaliy nommé aussi Temirché-jressaoulé y est un petit district sur la droite du Konr et près de Tembouchure de l*Alghéte ouKhrami; ses habitans sont Turcomans; ils vivaient autrefois dans la plaine de Ka-^ raîa comprise entre le Kour et le Yori, oà ils s'occupaient de la culture du riz. Ils en furent chassés par Nadir-chah; leurs villages sont: Kosaloy Kapanaktchi^ Kech-aly-y Ilimasha^ Naszarlou et Sarvani^ vis-à-vis de Kosalo.
7^ Baidari, district turcoman sur les bords du Ktsia et de VAlghéîe, au dessus du précédent. Kl.
■%.'%j'^^j^/^'%^^t % ^/^%^^^%/%/^%/%/^^^-^^^%m^%^^>^m^/%f^%/^>^m/m/^%t%/%,*^/^%/mf^%/%/^%/^%/%/^^^ /^%i<«/%