II: I
(race Mou- (race Bexlenié.) f darié).
Tchegen. Missost.
pnkho.
( 107 ) f ixTC^ Le prophète P/oéa eu trois fils; Taîné de ^es fils s'appelait Sem ; Sem a eu quatre fils : Laroun^ Ràdoun^ Laoun et Raoun; de Laroun sont yeuus les khans d'Arabie , et des trois autres sont venus les princes. Ces princes ayant eu beaucoup à souffrir en Arabie , en sont sortis et se sont dispersés en différens pays.
CoMifEirTAiRE. Si nous mettons trois généalogies par siècle , la généalogie nous conduit à Tannée i3oo, où les princes arabes de Syrie et de Palestine ont eu beaucoup à soufTrir de la part des Mongols. Mais ce qui suit n'a point de sens chro'nologique, ou plutôt c'est une espèce de tic de l'ignorance asiatique, de ne jamais voir Constanti-^* nople que gouvernée par Constantin comme s'il eût régné pendant dix siècles. De même ils ne voient en Perse que Nouchùvân^ et en Judée que Salomon. La véritable généalogie ne commence qa'à douze générations avant les princes Doi^ ^houkha et Spchimaha , qui vivent encore et font les délices de la Circassie.
Suite du texte : Abdoun^khan^ avec un petit nombre de sujets, est venu chez l'empereur Con« stantin ; il y est resté quelque temps; puis il a pris congé, est allé chez le Kissar des Romains. Abdoun-khan s'est beaucoup plu chez le Kissar; cependant il a aussi pris congé de lui, et il ^st venu en Crimée, où il s'est établi sur une
rivière appelée Kabardah (i). Là, Abdoun-khaA eut un fils qu'il appela KùsraipsiT amitié pour le Kissar dëâ Romains ; mais les Tcherkesses rappelaient KesSj ce qui veut dire sabrez, en russe, rubl (coup). De là ils sont venus sur des bateaux à Sour djoUk'kalah ,el de là, par terre, à l'embouchure du Kouban, qui en est à six heures de marches, au lieu appelé Kizjrl'tach , ou la pierre rouge ; là ils se sont multipliés, et Abdoun-khan y est mort. Après sa mort, son fils Kess est devenu calife.
Kess étant mort , son fils Adou-khap, lui a succédé» Adou-khan étant mort a eu pour successeur son fils Hroufataîa^ dont le nom veut dire jambes velues.
Hroufataia étant mort^ son fils Inal lui a succédé. Inal fut vaillant, prudent et généreux; sous son règne, beaucoup de peuples sont venus se soumettre et vivre sous ses lois. Il a long-temps régné , et a été fameux dans tout le Caucase et plus loin , et toujours heureux à la guerre. Les habitans de la Kabardah parlent encore tous les jours de lui , et l'on conserve sa croix d'or. Inal a eu trois femmes : de la première il a eu Djanhot ; de la seconde , Begbolat et Bezlen ; de la troisième, Ounamas et Karlych, qui lui ont succédé dans la Kabardah.
(i) On trouve encore en Crimée les ruines d'un château appelé TcherkeS'kerman , et le territoire entre le Katcha et le Belbik, dont la moitié supérieure porte encore le nonoi de Kabardah^ a celui de Tcherkes-tuz , ou plaine des Tcher-> kesses. Kl.
CoMHENTAiRE. Ici j'abandonne mon auteur, pour suivre Farbre généalogique que j'ai dressé d'après lui, et qui me montre les mêmes choses avec plus de clarté.
Karlycha eu un fils appelé Toktamych^ qui ^ ne s^étant pas montré assez courageux , a été dégradé de sa qualité de prince et fait simple gentilhomme. La race d'Ounamas ne va aussi pas plus loin que son fils Aîdar. Bezlen a eu deux fils, dont les noms manquent, et qui ont été les auteurs de la race illustre des Bezienié , qui fleurit sur la rive gauche du Kouban.
Bekbolat ou Begbolat a eu un fils appelé Ghilazkhan^ auteur de la race Moudarié^ qui habite dans la petite Kabardah, fort près des frontières .russes. Ma généalogie ne traite point de cette famille , mais seulement des descendans de Djanhot^ fils aîné d'Inal. Djanhota eu deux fils: Tau-sulthan^ auteur de la race Tau-sulthanie^ et Kaîtoukho^ dont la tige, féconde en héros, fait la gloire de la Petite Kabardah.
Vers la quatrième génération, après Djanhot, on voit un certain Tcheglienoukho, ou Cheghenouko^ qui devait être de la famille ; mais comme sa race est devenue ensuite un objet de haine , la généalogie ne dit point de qui il était fils (i).
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(x) Tcheghenoukho était un prince de la famille des Bezienié, Ceux de ses descendans qui eurent le bonheur de se sauver du massacre général se réfugièrent en Géorgie « se firent chrétiens et reçurent du roi Vakhtang des terres en KakhéthL La famille
iDans la même géDération on voit un prince ajouter à son nom celui de Gheraij ce qui montre déjà des rapports avec la Crimée. Ce surnom devient plus fréquent dans la génération suivante. Encore dans la même génération parait un certain Missost^ descendu de Kaïtoukho , dont la branche, singulièrement féconde, ombrage glorieusement la Grande ELabardab. Les Russes , qui donnent des surnoms à toutes ces familles, appellent celle-ci les Sidakou^
Deux générations après est arrivé le massacre des Tcheghenoukho , et ce temps répond au commencement de notre siècle. La généalogie dit simplement que cette famille a été détruite à cause de son orgueil : mais voici ce que la tradition en a conservé. Les chefs de cette famille ne faisaient point asseoir les autres princes devant eux. Us ne permettaient pas que les chevaux des autres princes fussent abreuvés dans les mêmes rivières, ou du moins au dessus des leurs. Quand ils voulaient se laver les mains, ils ordonnaient à un jeune prince de tenir le bassin. Ils dédaignaient de se rendre aux Pok^ ou diètes des princes. Or, voici ce qui en arriva. Dans une de ces diètes générales ils furent proscrits. Les juges furent en même temps exécuteurs de l'arrêt qu'ils avaient prononcé. Rien ne transpira jusqu'au moment de l'exécution. Le jour fatal étant arrivé, tous les
lie CCS princes s'appelle en géorgien Tcherkessi-ckwili j elle a résidence ordinaire à Vedjini, Kl.
( '6i ) 3riDces de la race de Tcheghenouhko furent poi^ ;nardé8 avec leurs enfans mâles et les femmes levasses. Cet événement, comme je l'ai observé plus haut , doit être arrivé dans les premières années du XVIII siècle, et l'on en parle encore souvent lans toute la Circassie. C'est une espèce d'époque l'après laquelle les gens de ce temps-là fixaient ;t comptaient l'année de leur naissance ; mais il l'y a plus aujourd'hui personne qui fût ( r797 j ilors au monde.
Voilà ce que j'avais à dire sur l'histoire de la naison régnante en Rabardah (i), à quoi j'ajou-
(i) Voici les renseignemens que j'ai pu recueillir, pendant non voyage au Caucase, de la bouche des anciens des Tcherkesses , sur Torigine de leur nation , ou , pour mieux lire, sur la généalogie de leurs princes. Leur premier fonda- :eur s'appelait Arab-khan ; c est XAdou-khan dans la relation 3u comte Pbtocki. C'était un prince de l'Arabie; il quitta ce pays avec un petit nombre de ses adhérens , et vint à Chantcàir^ ville maintenant détruite, et située près d'Anapa, dans le pays des Netchkouadji , et d'où les princes de Temargoï et tous les autres des Tcherkesses prétendent être issus. En effet, on y voit encore des murs et des fossés qui ont environ ur demi-mille d'Allemagne de diamètre; ils s'étendent à Test jusqu'au Psif, et, à l'ouest, jusqu'au Nefil. Cet emplacement a quatre issues, comme un camp romain. Au nord, du côté des marais du Kouban , on voit plusieurs tertres qu'on pourrait prendre pour des fortifications.
Ârab-khan eut pour successeur son fils Khourpataïa; c'est le Hroufataïa du comte Potocki. Celui-ci eut un fils nonuné Inal, appelé Ne/y ou le louche. Les princes des deux Kabardes le regardent comme la souche de leur race. Il laissa cinq fils 'Tausulthany Akhlauy Moudar^ Bezknet Komoukp^iL Chez le
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( «6» ) terai encote que le nom de cette province a été singulièrement estropié en France. Louis XIV, dans une lettre de recommandation accordée au père Avril, de la compagnie de Jésus, met entre les autres titres des tsars de Russie : <r Seigneurs «de tous les quartiers du Nord, seigneurs dlbé- <c rie , czar de Cartalinie, Grusinie , ducs de CabU' adin et ducs des ducs deCircassie et Géorgie.»
Le 23 novembre. L'on m'a montré dans la bibliothèque épiscopale un manuscrit géorgien, qui doit avoir sept cents ans d'antiquité; ce sont les homélies de saint Jean écrites sur vélin. Le caractère ressemble beaucoup à l'arménien ; la langue n'a pas changé du tout, à ce que m'a dit l'évéque. Il m'a aussi appris que les Kurdes s'appelaient eux-mêmes Mar. Ainsi voilà les Mares d'Hérodote
comte Potocki ce sont Djanhot , Begbolat , Bezlen , Ounamas et Karlych. Ils se séparèrent après sa mort, et partagèrent le peuple entre eux.
Tau-sulthan, Tainé, eut la plus forte partie ; c'est de lui que descend la maison des princes du même nom ; elle possède encore la partie occidentale de la Petite Kabardah, qui porte, en conséquence , le nom de Tau-sulthanié o\x Taltostanié, Akhlau etMoudar vécurent toujours en bonne intelligence; ils furent les fondateurs des deux familles de princes qui possèdent la partie orientale nommée Ghilqkhsanié, Bezlen et Komoukwa se séparèrent de leurs frères, mais ils restèrent unis entre eux; c'est d*eux que descendent les princes de la Kabardah proprement dite , ou de la Grande Kabardah , qui, pour ce motif, est aussi appelée Bezlankéh.
Telle est la seule généalogie de ces princes; elle ne remonte pas , avec certitude , au delà du seizième siècle. Kl.
( i63) ^t de Moïse de Khoréne, qui faisaient partie des Médes.
Le 24 novembre. J'ai eu la visite du jeune Ta^ garuHf^ fils du commandant de Mozdok. Il y a trois ans qu'il a été enlevé par les Tchetchentses, d'où il n'a pu être racheté qu'au bout de six mois, et voici ce qu'il m'a conté de son aventure. Le régiment où il sert campait à quatre lieues de Mozdok ; il eut la permission d'aller voir ses parents, et partit accompagné d'un seul Cosaque. Gomme il descendait une certaine colline , à deux lieues d'ici , il entendit partir plusieurs coups de fiisii; son Cosaque fuf tué, ses chevaux s'efïVayèrent et versèrent sa chaise. Au même instant il fut lui-même attaqué, et reçut un coup de sabre sur la tête et un autre sur le bras. Puis on le mit à cheval , puis on traversa la rivière de la manière que je l'ai expliqué ci -dessus. Mais alors, ayant perdu beaucoup de sang, il était à moitié évanoui, et dès nageurs furent obligés de le soutenir.
Arrivé au lieu de sa destination , on pansa ses blessures, on lui mit des fers aux pieds et une -chaîne au cou. D'ailleurs il était bien traité et bien nourri. Ceux qui le gardaient ne s'asseyaient point devant lui, à moins qu'il ne le leur permît : ces ^ards provenaient de ce que le jeune hoipme est de la famille des princes des Nogaï Kassaî, très illustre dans le Kouban. On le promenait dans tous les villages tchetchentses , qui étaient chargés tour-àtour de le garder et de l'entretenir; et cependant le beau sexe , toujours prêt à compatir aux maux
des jeunes gens, adoucissait l'ennui de ^ captivité en l'admettant aux coteries les plus intimes, qui sont des espèces de veillées où les jeunes filles travaillent en commun, et filent des laines grossières en même temps que leurs innocentes et autrès amours.
Lorsqu'une de ces veillées devait avoir lieu, les jeunes filles députaient à!autorité les jeunes gens qui répondaient du prisonnier; alors on lui ôtait ses fers , et on le remettait à %ç.^ nouveaux répondans; ceux-ci le conduisaient dans le salon. Làoo le plaçait sur des carreaux , puis la maîtresse de la maison venait lui présenter un verre d'eau fraîche. Pendant qu'il buvait, tout le monde restait debout; après qu'il avait bu , il était censé de la société , et la liberté y était d'autant plus grande que le jeune^Taganôv sait la langue tchetchentse et pouvait prendre part à tous les jeux. Les jeunes gens jouaient de leur guitare à deux cordes , les jeunes filles chantaient, dansaient, et la veillée se prolongeait fort avant dans la nuit.
Le prisonnier s'est aussi trouvé souvent avec des jeunes femmes qui ne se cachaient ni se voilaient devant lui; car là, les femmes vivent dans la maison du mari, mais non pas chez les Tcherkesses : ceux-ci tiendraient à grande honte d'être jamais vus avec leurs femmes; elles ont une maison à part, où le mari ne va que la nuit et à la dérobée. Quant aux hommes tchetchentses (m'a dit Taganov), toujours gais, même lorsqu'ils manquent de tout , mais sujets à se livrer à d'extrêmes
emportemens à la moindre occasion , surtout lorsque l'un d'eux veut affecter quelque supériorité sur les autres, ce qui n'empêche point qu'ils ne se conforment volontiers aux distinctions établies chez les autres peuples, ainsi que je l'ai vu à Kiz- Har. Il y a même des villages tchetchentses soumis aux princes koumuk , et d'autres qui ont des princes. Il n'est question ici que des Tchetchentses indépendans, qu'il est impossible de soumettre, parce qu'ib abandonnent leurs villages dès qu'il y a invasion, et vont vivre dans les bois et les rochers.
Notre prisonnier avait ainsi passé cinq mois dans une assez douce captivité, lorsque tout-àcoup les Tchetchentses le mirent à cheval, le firent passer de hautes montagnes, et le conduisirent dans le pays de Lesghi'Andi {i). Là il trouva
(i) Ij^Andiy ou Andalal^ sont une peuplade lesghi d'environ 800 familles; elle parle un dialecte particulier de la langue lesghi , lequel diffère considérablement de celui des Avar , mais qui est aussi celui des Bogos et des Tindi. Le district qu'occupent les Andi est situé sur une forte rivière qui vient du sudouest et se jette, au-dessous de K'houndzakh, dans la gauche de l*Atala du Koïsou. Ses frontières sont à l'est Avar et Tsoudakhara; c'est le Koï-sou qui le sépare du dernier; au sud Avar et Bogos; à l'ouest la rivière Ak-tacli ou Kazba fait la frontière avec Tindi, et au nord est la tribu de Bourtounèh qu'on range aussi avec les Andi. Ceux-ci dépendent en quelque sorte des princes koumuk de Iakhsaï , et leur paient un tribut. Ils donnent également au khan des Avar un mouton de chaque famille. Le village principal est Andi ou Kounnnîy près duquel ~ sont des sources salines, ainsi que dans le voisinnge de
( i66) à peu prés les mêmes mœurs que chez les Tche^ tchentses. Pour les femmes un costume dînèrent, encore moins de réserve , enfin des maisons mieui^ biltties et garnies, mais une extraordinaire pénurie de tout ce qui s'appelle nourriture.
Ensuite on a conduit le prisonnier dans les contrées encore plus méridionales; mais n'ayant pu bien éclaircir cette partie de son itinéraire , j'aime mieux la supprimer tout-à-fait. Quoi qu'il en soit, des menaces de représailles obligèrent les Tcher tchentses à le rendre.
Le jeune Taganov fut rendu à sa famille , et telle est son histoire assez romantique. J'en entendais parler depuis long-temps, mais diverse^ ment^ et voilà pourquoi j'ai été charmé de U lui entendre conter lui-même; ainsi, dans tout mon récit, ce sont ses propres paroles que l'on a eni tendues.
Le 2 5 novembre. Je disais ce soir à Févéque Cajus qu'il me semblait bien probable que les Ossètes, proprement appelés Osses^ étaient les Ossi- » Il I ■
KamA/tidOy de Bounoub et de BoVlihL Les autres villages s'appellent Agatlé, Rikouna^ Gonkha, Achele^ Siîoda^ Oboky Bourtouna^ Teletla^ Gogol et Toumouda. Les Ândi vendent leur sel aux peuplades voisines, et les Dido le cherchent chez eux ; en donnant une mesure de froment pour une pareille de sel. Les Andi sont mahométans de la secte des Sounni. Leur pays est assez fertile et produit du blé et du vin. Ils ont aussi des bestiaux, et fabriquent ^ de la laine des brebis , du drap et des manteaux de feutre; qui, étant imperméables^ sont très recherchés. Kl.
liens de Ptolémée, placés sur le Don ; d'autant plus que dans la langue des Osses don voulait dire eau, rivière. L'évêque mè répondit que je ne lui apprenais rien de nouveau, et que c^était une chose reconnue chez les Géorgiens, que les Osses avaient autrefois habité au nord des montagnes où ils spnt aujourd'hui, et qu'ils étaient venus du Don chassés par les Khazar (i). Ensuite l'évêque Cajus me dit beaucoup de choses intéressantes sur les Albaniens et les Outiens; en général chaque mot qu'il me dit me semble éclaircir l'horizon de mes recherches; aussi, je ne manque point de passer toutes les soirées avec lui. J'y ai aussi commencé un vocabulaire ossète avec un individu de cette nation qui parle russe et géorgien , et sous la présidence de l'évoque, qui parle cette langue, dans laquelle il a fait faire un catéchisme qui va être imprimé à Moscou {%). La langue ossète ne présente point les mêmes difficultés que le tcherkesse; au contraire, tous les sons y sont distincts et faciles à rendre avec notre alphabet.
Quant au vocabulaire tcherkesse, je l'écris sous la dictée du capitaine Vilkovski, Polonais d'ori-
(i) Un ouvrage géographique géorgien , dont j'ai fait des extraits durant mon séjour à Tiflis, dit que ce fut Vinvasion de Batou-khan qui força les Ossètes de se retirer dans les montagnes du Caucase. Kl.
(2) Il y a paru en 1798. C'est un petit volume in-8; j'en ai donné des extraits dans le second tome de mon Foyage au mont Caucase, page A61 , /i68. Kl.
gine, mais né sur la ligne d'une mère tcherkesse, et qui a passé quinze ans en Circassie en qualité d'interprète. J'aurais pu l'écrire sous la dictée d'un Tcherkesse ; mais ils sont tout-à-fait inintelligibles. Les Lesghi le sont aussi, mais c'est dans un autre genre; ils caquétent comme des canards, et les Tcherkesses gazouillent et mouillent toutes les lettres.
Le 26 novembre. Aujourd'hui je dirai quelque chose du Choupchouoa^ dont j'entendis parler depuis long-temps, sans pouvoir bien comprendre ce que cela pouvait être; or donc comprenne qui pourra.
Vers les premiers jours de septembre, chaque prince tcherkesse quitte sa maison , se retire sur quelque montagne ou dans le fond d'une forêt, et il y bâtit une hutte de branchages. Ses gentilshommes affidés le suivent ; mais personne de la famille n'ose en approcher, pas même un frère. Là tout le monde est masqué ; c'est-à-dire qu'on a le visage voilé et qu'on ne parle point tcherkesse, mais un certain jargon qui s'appelle chakobza (i). Là se rendent les amis secrets du prince qui ont volé et rapine avec lui , de quelque nation qu'ils soient, Misdjéghi, Ossète etc.j ils viennent aussi masqués, par la raison qu'ils pourraient rencontrer des gens avec lesquels ils seraient en rapport de vengeance et qui les assassineraient. Le prince
(i) Voyez ce que j*en ai dit dans mon Voyage au Mont Cauease ^ vol. i , pag. 38 1. Kl.
( i6«j ) seul les connaît tous, et il est le centre (je tous les mystères. Cette mascarade dure six semaines, pendant lesquelles des petites bandes de masques se détachent pour aller voler dans les environs , et comme tout le monde est sur ses gardes, il y a nombre de tués et blessés , et même des princes, parce qu'ils ne se nomment point, sans quoi on les épargnerait. Je sais déjà plusieurs mots du jargon chakobza^ et je compte compléter mon dictionnaire à Gcorgievsk, où l'on m'a indiqué quelqu'un qui en a la clef.
Dans le dialogue de Lucien , intitulé les Scythes y onde V Amitié^ il y ^ des choses qui ont un rapport évident avec cet usage tcherkese, et je suis bien fôché de n'avoir point mon Lucien avec moi.
Le 27 novembre. Depuis que je suis ici le temps a été toujours fort doux, mais lourd et brumeux. Ce matin, pour la première fois, une petite gelée d'automne a cclairci l'atmosphère, et lorsque l'on a ouvert les volets, le Causase, que je n'avais, pas même aperçu, m'a paru, comme on dit, tout-à-fait sur mon nez. Alors je suis allé sur le rempart, et j'ai vu toute la chaîne, depuis le moïïi Mqinwdre , appelé par les Russes Kazibegy jusqu'à \ Elbrouz. J'ai été prendre mes crayons, et j'ai achevé, en deux heures de temps, un dessin d'une ressemblance frappante, et sur une échelle considérable, car j'ai employé neuf grandes feuilles de papier de Hollande. Le soleil se levait audessus du Mqinware , qu'il laissait dans l'ombre ; mais l'autre moitié de la chaîne brillante de glace,
( '7^ ) et hachée et facettée, réfléchissait la lumière av€Ç
un éclat que l'œil ayait peine à soutenir.
Les Grecs n'allaient point faire le tour des gbh ciers de GrindeliPald et de ChamounLlh n'avaient vu que leurs taupinières de Parnasse et àiOfympe. Ceux d'entre eux qui venaient au Phase et à IKoscourias, devaient sans doute être frappés d'un si grand spectacle , et facilement adopter les opi* nions des Orientaux, qui y plaçaient la scène de leurs récits mythologiques.
Zoroastre parlant du mauvais ^émei Ahriman dit: (c II s'élance de dessus le sommet du Boruz et son « corps étendu sur l'abîme semble un pont jeté ce entre les niondes. » Je ne connais rien dans Milton de plus beau que cette image ; mais dans le Zend-Avesta elle se trouve mêlée d^ tant d'inepties, qu'il me semble évident que cet ouvrage a, pour ainsi dire, été édifié par les déstours sur les débris de celui de Zoroastre.
Un certain Cléanthe, qui a écrit une Théomachie que nous n'avons plus, dit que le nom de Caucase était celui d'un berger tué par Saturne déguisé en crocodile; mais, ne lui en déplaise, ce nom doit être prononcé Koh-Kâf, et les Persans le prononcent ainsi. Dans leur langue il veut dire Montagne de Kâf. Or la montagne de Kâf qui entoure la terre , et qui est habitée par l'oiseau Anka, est connue chez eux de toute antiquité. Je reprendrai ailleurs l'histoire de l'Elbrouz.
Le soleil se couchant derrière la chaîne me l'a fait voir tout entière, et pour ainsi dire en sil-
( '7' ) houette; alors elle m'a paru comme une crête pro^
digieuse, hérissée d'une infinité de dents que l'on n'apercevait point lorsque le soleil donnait dessus. Les Alpes ne sont point ainsi découpées, et ne se présentent point de cette manière de quelque côté qu'on les regarde.
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