‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 26 sur 33 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Retour à Ghèorigfieivsk.

Dpement des Nogaï. — Prince Arslan^bek Maqsour. -^ *uits rouges. — Vue sur la chaîne du Caucase..—. Pristav lès IJTpgai. — Kos ou efféminés. — Sables d'Anketei:!. • — iottliéur de la vie nomade. — Os d*éléphânt trouvé dans e Terek. -^ Ambassadeur persan. — Fortes Sariiiatiqnes , )!a«CM«nn66 et A.ItMiniennes. *^ Amlbassade. de Ze»arkli rjqr» \t Ifhvn des Turcs de l'Altai.' — Gerboise. — JoqrA¥ieY, pçsaque échappé de la captivité de S.hiv4- •«- Autre çoaoue , retenu prisonnier chez les Lesghi. — Effets de )a lumV «— Départ de Naour. — Soldatskai^ sloboda.

Le ai mars en route.

Iiodate comoie les navigateurs untelj&urenmen lam le step iressemble à ia «ler; ou n-y voit que oial et ; la plaine. Nous ne devons dous retrou*^ r sous un toit; qu'à Naour.

À deux heures après midi nous avons vu l'hori<^ n terminé par une longue file de huttes nogai. 6tak Tnoul du vieux Djan-Mi. Il était absent; MIS n'avons trouvé dans sa tente que sa vieille >ouse avec une créature charmante ,que je pris ibord pour une femme ; mais c'était un jeune ince, fils ^Arslan-bek Mansour^ que j'avais vu sount cet hiver. Son éducation était confiée au sux Djan-Ali, qu'on tient dans toute la contrée II. i4

( îïio ) pour une véritable Minerve sous la figure de Mentor , mais le petit Télémaque nogaî a de la peine à supporter la vie nonoade, et son tempérament parait faible et délicat.

Comme il s'agissait de nous amuser , on fit venir un virtuose que je connaissais déjà de réputation, mais il ne me parut pas qu'il pût la soutenir. Des Ta tares exécutèrent une danse dont les mouyemens imitent ceux d'un homme qui tire de Parc. Ensuite nous nous sommes remis en chemin, et sur le soir nous sommes arrivés à un cimetière nogaî. Us ne mettent point leurs morts dans des fosses. Us les couchent sur la terre et les couvrent avec celle d'un petit fossé qu'ils pratiquent tout autour. 11 est bon de remarquer ces difTérences dans les ouvrages en terre qui sont des monumens susceptibles d'une très longue durée, et les seuls qui soient d'usage pour l'histoire du step. Puis nous avons encore cheminé très avant dans' la nuit, ce que l'on peut faire ici sans inconvénient, car tous les points du step sont propres à s'arrêter. Les pays sont recherchés le jour, mais non pas la nuit.

Le 22 mars, aux Puits rouges.

Au soleil levant, j'ai vu distinctement toute la chaîne du Caucase depuis le i^az/-ée^ jusques à VElbrouz (i), ce qui m'a prouvé que nous avions réellement beaucoup cheminé pendant la nuit.

(i) Le Kazi-heg ou Mqinwaré a 1 4>4oo pieds de hauteur absolue, et V Elbrouz en a 16,700.

( ail )

Lorsque le soleil s'est élevé sur l'borizoD, nous avoos perdu de vue la chaîne et nous ne Tavons plus revue depuis.

Sur les huit heures nous sommes arrivés à uo aoul nombreux, mais dont les familles vivaient très éparses ; quelques unes de leurs huttes étaient encore sur des roues et ne faisaient que d'arriver. Puis nous avons rencontré le pristav des Nogai qui allait à cheval accompagné des principaux de b nation. On appelle en Russie pristav des hommes que le gouvernement place auprès des nations pour leur expliquer ses intentions. Plusieurs de ces pristavs ont exercé leur emploi avec beaucoup de probité; d'autres ont su rendre leurs places lucniUves, et le profit y est toujours en raison inverse des lumières de la nation. Les puits rouges Kmsnîe kolodtsy (i) sont creusés dans un terrain bas 9 qui parait avoir été le fond d'un petit lac; Peau j est assez bonne. Les nomades la tirent avec des petits sacs de cuir attachés au bout de leurs bnces.

A midi de nombreux troupeaux ont paru sur tons les points de l'horizon , et sont venus se réunir aux puits. Le coup d^œil était beau et rare. Un des troupeaux était conduit par un vieux Nogaï Imberbe que j'ai réellement pris pour une vieille Temme. Ces hommes chauves par la barbe, sont ippelés par les Tartares , Kos. Hérodote et Hip-

(i) En Nogai et en Toicoman Kisyl-komiy en Ralmok Omiam Jkomdimi. Ri..

pocrale eu font déjà mention sous le nom d'£narrées (ou efTéminées). Les Scythes Skohies pensaient . que cette maladie leur avait été envoyée par Vénus irritée contre eux parce qu'ils avaient pillé son temple en Syrie. Lorsque lesSchytes en étaient attaqués, ils s'habillaient en femmes et se renfermaient dans des chariots avec les femmes. Reineggs dit que les Mongouts font encore la même chose; je m'en suis soigneusement informé, et je n'ai point appris qu'ils en fissent plus à cet égard que tous les autres Nogaï.

Or donc , chez ceux-ci , les Kos ne s'habillent point en femmes, car il faudrait pour cela qu'ils missent la tunique rouge et le voile, mais il est vraiqueles vieilles femmes négligeant lear toilette, se contentent souvent de mettre une pelisse de mouton à cru sur leur peau ridée et un bonnet dé mouton sur leur tête. Alors on ne peut pas les distinguer d'avec les Kos\ et comme ceux-ci sont toujours assez vieux et plus faibles que les autres vieillards, ils restent volontiers dans les huttes avec les vieilles. Voilà la simple vérité, mais il n'en est pas moins évident que les Kos sont les Enwr* rées d'Hérodote et d'Hippocrate (i).

Le même jour, au sable cCAnketeri,

(i) La maladie en question est vraisemblablement produite par la vie nomade dans les steps ; mais on ne doit pas condare, puisqu'il y avait des E narrées chez les Scythes, et qu'on trouve à préstînt des Kos chez les No{;aï, que ces derniers soient les desceridans des Scythes. .. Kl.

Ayant quitté les Puits rouges, nous sonlmes entrés dans une contrée où le step était couvert d'une herbe touftuè, fine, et rare comme les gazons anglais. Celte vaste pelouse était remplie d'un nombre immense de troupeaux et d'aoul oôgaîs ,quî s'y étaient rassemblés pour profiter de la beauté du pâturage, ainsi que pour discuter quelques intérêts de la nation. Nous avons toujours voyagé au milieu de leurs établisseniensjùsques à l'entrée des sables SAnketeri (i), où nous passerons la nuit.

Le ^3 mars, à Naour,

I^sTatares appellent ^0^/72 (ou sables^) des contrées légèrement sablonneuses , qui se couvrent au printemps de fleurs jaunes et d'une herbe très salutaire pour les troupeaux. Ils s'y tiennent aussi très volontiers au gros de l'été, parce que les moucherons y sont moins incommodes et les eaux plus pures; et en hiver, parce que la neige y est noins tenace. En un mot, les nomades convoitent tsreaucoup la possession des sables, et voilà pour- |UOÎ jilmusy premier chef des Hongrois, venant sur la Theiss, fait demander à Salanus un échantillon des herbes qui croissent dans les sablesd'O/par, aujourd'hui step de Kecskemei. (2) Les sables

(i) Les Tatares appellent ces sables Koum-An-katar, c'est-àdke Parc des sables ; les Russes en ont fait le mot AnketerL

Kl.

(a) Ce step fait partie du district de Kecskemet ( Kecskemeti Taras ) en Hongrie , dans le département de Pesth. Kl.

( tii4 )

le9 plus célèbres dans l'histoire tatare sont le Sara koum et le Kara koum qu'il ne faut pas con* fondre avec Kara ^ koroum ^ résidence de Tchinghiz-khan. La Russie a dans son empire deux sables qui ont aussi beaucoup de réputatioa : ceux-ci et les Byn peskiii) au delà du Volga. Les sables àlAnketen sont traversés , en différens sens, par plusieurs bandes de dunes dont il serait curieux d'avoir la véritable direction , mais il faudrait y envoyer des ingénieurs naturalistes qui prissent intérêt à la chose. La petile rivière appelée Koura se perd dans les sables d'Anketeri et y filtre de bonnes eaux.

Au sortir des sables nous avons trouvé on hameau composé de quelques khoutor ou petites fermes appartenant aux cosaques de Naour , et nous sommes arrivés dans cette ville au soleil couchant

Je redoutais un peu l'ennui d'un voyage à travers le step; mais j'ai au contraire trouve dans celui-ci des tableaux très variés et très agréables de la vie nomade, et je m'y suis convaincu qu'elle a dans sa simplicité beaucoup de ce charme qu'on

m^m^^mmm^^ ^ I I » I — — ^— ^— — —i^— — ^«^

(i) Les sables appelés par les Russes Ryn peski sont situés dans le gouvernement d'Astrakhan, à l'est des monts Bogdeoola et 31oo Bogdo , et entre le Volga et le Petit Ouzen. Leur véritable nom en Kalmuk est Naryn; les Russes en ont fait Kyn. Ce clos sablonneux est très étendu, et se compose d'innombrables petites collines de sables mouvans de la hauteur de deux à cinq toisrs; les Kalmuks disent que ces coltines forment quatre chaînes parallèles, qu'ils appellent Gourôan ou- /aftoUj Taragtofi , Arcch et Courba n hmch. Kl.

( aiÔ ) peut mieux sentir qu'exprimer. Le nomade, couché sur son feutre, est si près de l'herbe fraîche ; il n'en est point séparé par des planches , il la touche, il respire ses parfums. Lorsque le gazon commence à se flétrir sous lui, il porte sa hutte à quelques pas de là. Les fleurs naissent réellement sous ses pas. Son paysage est uniforme, ce n'est qu'un fond vert et toujours le même, mais chaque pièce de son troupeau s'y distingue parfaitement, et d'un coup d'oeil il suit toutes ses possessions. Ce n'est point pour faire une phrase pastorale que j'ai dit qu'il changeait de place lorsque le gazon est foulé sous lui; les Nogaï le font réellement, et la preuve que cette vie est douce, c'est qu'ils y sont attachés avec passion ; au reste tout cela n'est possible que dans des plaines élevées où il ne pleut que rarement, même presque jamais.

Le 24 mars. On m'a apporté un os d'éléphant trouvé dans le Terek; il me paraît que c'est un fragment du tibia. Une partie commençait à se pétrifier.

Lea5 mars. Nous avons eu la visite d'un envoyé du roi de Perse, qui va se rendre à Pétersbourg. Il nous a dit que le roi son maître Chah Baba (i) avait été reconnu par tous les khans, et même par la Porte ottomane, qui avait ordonné au pacha de Bagdad de le complimenter officiellement. Cepen-

(i) c'est le roi actuellement régnant sous le nom de Feth'afy chah; avant son avènement au trône, il s'appelait Baba khan.

Kl.

daot il n'arbora Tai^fette royale qu'à. Ardabil. Ch&h Baba n'a que vingt-cinq ans; il a quarante femmes et vingt-deux fils. L'envoyé lui-niéme est un mirza ou lettré ; on l'appelle Mirza Séid Hassan. Son maintien est composé, son caractère parait être de la plus grande douceur diplomatique, et le âourire de la conciliation ne quitte point ses iè^ vres. Une partie de sa commission m'est très agréa*^ ble, car il est chargé de demander la liberté de mon ami Abas khan^ dont il a été question daas le premier livre.

Le 26 mars. Me trouvant ici de loisir, je dirai quelque chose des portes sarmatiques sur lesquelles Reineggs a un peu divagué.

Strabon dit qu'il y a quatre chemins pour entrer en Ibérie. i** parla Colchîde. a* par l'Arménie. 3° par l'Albanie. 4"* pa»* le pays des nomades^ au nord du Caucase.

Texte de Strabon. Il y a aussi un chemin pour entrer en Sibérie par le pays des nomades qui sont au nord. On a d'abord une roule très difficile de trois journées, puis Ton arrive à des passages étroits où coule le fleuve Aragus ^ et l'ori fait encore quatre journées; la fin de ce chemin est protégée par une muraille qui semble imprenable.

Commentaire. Tout cela désigne parfaitement le chemin que Ton fait encore pour entrer en Géorgie* On suit encore le Terek^ puis \Arag^>u

Texte dk Pline. Près de ces peuples sont les

( ai7 ) portes Caucasiennes^ qae Ton a improprement appelées Caspiennes ^ ouvrage étonnant de la nature, qui a brisé en cet endroit d'immenses rochers. L'on y a placé des portes en poutres garnies de fer. Sous ces portes coule le fleuve Dfriodoris.

Commentaire. Le seul endroit de ce passage où l'on ait pu placer des portes , est Dariel; ainsi le fleuve Dyriodoris est leTerek, maisc'^est toujours le même passage dont parle Strabon.

Suite du texte. Sur un rocher de ce côté-ci est un château appelé Cumania^ que Ton a beaucoup fdrtiSé pour défendre ce passage contre cette foule de peuples divers.

Commentaire, Ce château existe encore et s'appelle DarieL

Suite du texte. Il est bon de relever ici une faute, qui a été souvent faite même par ceux qui ont accompagné Corbulon dans sa guerre d'Arménie. Us appellent /?or^e Caspienne ce passsage d'Ibé-rie , que Ton doit appeler portes Caucasiennes ^ et même ce nom est écrit dans les situations peintes: que l'on nous a envoyées de ce pays-là. Néron Ta aussi employé dans ses menaces. Il disait vouloir aller aux portes Caspiennes , et cependant il voulait passer d'Ibérîe chez les Sarmates, et trouver ce passage , unique de ce côté-là. Il y a sur la mer Cas- 'pienne d'autres portes qui appartiennent aux Cas* pieQS,et pour s'en instruire il faut lire les auteurs qu4 on4 traité des affaires d'Alexandre-le^rand^

(al8)

Comment A.IBE. Ces portes Caspiennes sont celles de Derbend.

Texte dePtolémée. J^es portes Sarmatiques sont

à 8i« {long.), 48« 3o '(/«/£>.) (0-

Les portes Albaniennes à 80** {long.) 47** {latit.).

Commentaire, hes portes Sarmatiques sont encore le mé^ie^assage que l'on traverse pour aller de Mozdok à Tiflis. Mais il ne faut point le confondre avec la porte de Tsour, dont parlent Procope et Moïse de Khoréne. Celle-ci était près de Derbend dans la grande muraille. Elles conduisaient les barbares droit en Arménie , sans passer par ribérie. Pour ce qui est de Dariel ou DarinCj la plus ancienne mention s'en trouve dans Zemarkh (chez Menandre) , mais je crois que le texte y est vicié (1). Voilà ce que j'avais à dire sur les portes

(i) Ptoléinée connaît deiix portes Sarmatiques. Il place la première par 77° long, et 47^ latit.; ce sont-celles de la vallée du Terek ou de Dariel. Les autres, qu'il raet par 81° long, et 48° 3o' latit., paraissent être un des défilés qui conduisent de la Kakhcthi par le pays des Touchii chez Ptolémée Tousci) et à travers le Caucase chez les Tchetchentses . Kl.

(2) Autrefois j'étais aussi de Topinion que Zemarkh avait passé par la porte de Dariel; un examen plus attentif du texte ra*a démontré le contraire. Quand cet ambassadeur revint de la cour de Diznboul, khan des Turcs , qui campait au mont £/7c/ ou Altaï, il arriva au pays marécageux à Tembouchure de VAttilia ou Folga, et traversa le pays des Hougores. Ceux-ci le prévinrent que les Persans s'étaient mis «n embuscade dans les forets qui avoisineut le Kophen ( Kouban )

( -^^9 ) Caucasiennes ou Sarmatiques ^ aujourdMiui Da* rieL

Le 2 avril. C*est enfin aujourd'hui qu'on m'a

pour le faire prisonnier. Le prince des HougoreSy qui gouvernait ce pays au nom du kakhan des Turcs , donna à Zemarkfa des outres remplies d'eau, pour qu'il pût passer la plaine aride qui s'étend au nord du Caucase. Après avoir franchi un grand lac ou marais ( vraisemblablement le Manytch supérieur ) , ils parvinrent à celui qui reçoit les eaux du Kophen. Ce sont sans doute les marais formés par le Kouban^ qui autrefois étaient beaucoup plus considérables que de nos jours, et dont les traces marquent encore l'ancienne extension. Quoique les éclaireurs envoyés en avant n'eussent rien trouvé qui put indiquer une embuscade persane , Zemarkh jugea pourtant à propos de gagner promptement le pays des Alains ( Ossèles); car il craignit d'être attaqué par les Horomoches, II voulut se présenter avec les ambassadeurs turcs chez Sarodiusy roi des Alains; celui-ci refusa de recevoir ces derniers avant qu'ils eussent déposé leurs armes. Il dissuada Zemarkh de traverser le pays des Mindimianes ^ ou plutôt Missimianes ^ parce|que les Persans s'y étaient postés près de la Souanie ;. il lui conseilla au contraire de prendre le chemin de Darina. . Ia Souanie est In partie des hautes montagnes du Caucase qui s'étend à l'ouest du iJib/i« supérieur vers la Mer-Noire. Les Missimianes habitaient entre le pays des Abkhazes, situé sur les bords de cette mer et la Souanie; c'est-à-dire au nord-est de la province mingrélienne d'Odichi. Le chemin de Darina était donc vraisemblablement celui qui remonte le grand Indjik jusqu'à sa source , passe la crête du Caucase par le défilé au pied du mont Maroukh , et descend aux sources du Kodoris , dans l'Abkhazie, d'où il conduit dans l'Odichi. Zemarkh suivit le conseil de Sarodius , passa par Darina et arriva heureusement en Apsilie, située au sud-ouest des M issimianes ; ayant laissé ceux-ci sur sa gauche, de là il se rendit à Rogatorium , fort si-

( îiao ) apporté uDe gerboise (i); il ne me parait pas que ce soit entièrement celle d'Egypte. Je tfai pas, à la vérité, la figure de celle-ci bien présente à la mémoire; mais il me semble qu'elle n'a pas le grouin aussi marqué ni la croupe du derrière aussi fournie et dessinée en forme de plume. La pauvre gerboise que l'on m'a apportée était malade, et elle est morte quelques heures après. £q mourant elle ne s'est pas mise sur le côté , comme font tous les quadrupèdes , elle est tombée sur le ventre, les pieds de derrière étendus en droite ligne. Je l'ai dessinée dans cet état, et je l'ai aussi dessinée étant malade. Je crois que ces esquisses, où la vérité est saisie, seront un présent agréable à faire aux amateurs de Thistoire naturelle.

Le 3 avril. Je me suis entretenu avec le cosaque Jourai^Iiei^, qui a été encore à Khiva pendant quinze ans. La plus curieuse partie de ses récits est une navigation sur le lac Aral. Il s'est échappé avec plusieurs autres prisonniers de sa nation , et a passé trois mois sur le lac. Il voulait trouver la rivière

tué sur lePhasis, et s'embarqua sur ce fleuve pour Trcbizoode, d'où il partit en poste pour Byzance. Apsili e^t encore aujourd'hui le nom d*un village en Mingi élie. Kl.

(i) La gerboise de l'Asie moyenne est le dipusjaculus owjaculus orientalis ; en russe zemlianoï zaètSj lièvre de «terre, et dans l'Oural touchkantchik, petit lièvre; en kirghiz tach-arap^ tchikan; en kulmuk iaUtian ou ialoman mouro*An; en bachkire ialman et ielman; en turc de la Sibérie akkik^ malin et tya iei" man, lièvre-chameau ; en mongol et mandchou alakdahha; en chinois thiao ihou , lièvre sauteur. Kl.

Ogdoumak^ dont la source se rapproche de celle du lemba^ et il l'avait trouvée lorsque les Tatares Tont repris. Jusqu'alors il leur avait échappé, parce qu'il avait des voiles dont les naturels du pays no connaissent point Tusage. Souvent les gensdeKhiva lui ont dit : « Si l'ancien canal du fleuv&> Amou ce existait encore nous ne garderions pas un seul à Russe; tous échapperaient parla mer Caspienne, t» Ceci semble ne devoir laisser aucun doute sur l'existence de cet ancien canal. ^

Le 4 avril. J'ai parlé à un Cosaque qui vient de s'échapper du Caucase. Il m'a dit , et tout le monde sait icif que lorsque les Lesghi rattrapent un es^ clave Fugitif , ils le battent, lui coupent les oreilles ou le nez, o\i le brûlent avec des fers chauds; je ne sais donc pas où Reineggs a pris ce qu'il dit de leur douceur dans ces occasions- là. L'homme dont j'ai parlé a marché dix nuits de suite, se cachant, pendant le jour, et sans autre nourriture qu'un peu de n^ige qu'il mettait dans sa bouche. D'abord je n'^i pas voulu croire que cela fût possible, mais on m'a dit que ces cas-là n'étaient point rares; seulement qu'à l'arrivée de ces affamés on ne leur donnait de nourriture qu'avec beaucoup de précaution. En général il est sûr que les Russes supportent plus que les autres hommes. D'habiles chirurgiens m'ont dit s'en être aperçus dans le sncces des opérations. I^e Cosaque m^a dit qu'il lui semblait avoir soif et pas faim.

Le 4- Avant de quitter Naour je dirai qu'il n'eût tenu qu'à moi de faire avec beaucoup de sûreté le

( aaa )

voyage de Tchechen et du pays des Avar , et si je ne l'ai point fait, c'est qu'à présent je suis occupé à me résumer, et que cette opération difficile ne permet pas de me livrer à de si longues distractions.

Le S^flvril. A Mozdok,

Je reviens à Ghéorghievsk par le même chemin que j'avais fait au mois de décembre, mais je n'y vois pas les mêmes choses; ou plutôt, je les vois à présent^ au lieu qu'alors tout était dans le brouillard. Sur ma droite , j'ai la plaine sans borne, sur ma gauche le cours du Terek , les coteaux de la Circassie, et les neiges éternelles du Caucase; devant moi, la chaîne bleuâtre se perd au loin et se confond avec un ciel de la même Cbuleur. Mais le superbe Elbrouz ne se confond point ; il s'élève au dessus de la région des vapeurs, et parait comme une immense pyramide suspendue dans les airs. Ce sont là de ces effets qu'on ne peu,t rendre d'après nature; mais l'artiste peut en charger sa mémoire, et il les retrouve lorsqu'il est à son chevalet.

Le 6 avril. A Soldatskaïa sloboda.

J'apprends ici que le comte Markou , commandant de la ligne , va faire le tour des postes du Kouban. C'est un voyage rare et que je n'aurais pas pu faire dans une autre occasion , c'est pourquoi je cours l'atteindre et lui demander la permission de l'accompagner.

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