‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 27 sur 33 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Voyage de Ghéorghiei^sk à lekaterinodar ^ chef-lieu des Cosaques de la mer-Noire ^ ci-deuant Zaporouiens.

Le comte Markov. — ^Bech-tav ou les cinq montagnes. — M. Labat,pristay des Tcherkesses. — Tradition relative aiix Amazones. — Tcherkesses. — Vorovskoï-lcs. — Abazes. — Temnoïlés. — ^Prince Kassaï. — Nevynomyskoï. — MontBoudar. — Hussein, prince des Kiptchak. — Nèdremannoï. — Fort de Pro-

chnoïokop. — Fin de la chaîne du Boudar. — Kavkazkaïa

Oust-Labinsk. — Cosaques Nekrassovtsy. — lekatrinodar.

Le 7 avril. A Konstantinogorsk.

N'ayant pu trouver le comte Markov à Ghéorgbievsk, je ne m'y suis arrêté que le temps nécessaire pour trouver des chevaux, et j'aiprisla route du Bech4ap^ où sonûesmonts Cerauniens desgéographes Grecç , et les Pety-ghory de nos chroniques, la patrie àevkO^Tataresde Lithuanie. Ce pays est bizarement conformé, si j'ose me servir de cette expression, et presque monstrueux. C'est une plaine hérissée de rochers aigus, d'arêtes tranchantes, de monts coniques, qui ont d'autres cônes sur les flancs, et d'autres accidens singuliers de la. nature. Le mont Bech-tav, qui donne son nom à toute la contrée , est une pyramide très régulière, et qui , Vue d'uh

ccrlaiii cote, parail accompagnée de quatre cch lonues, comme la pyramide de Caius Cestius; mais ces rocs inenaçans reposent sur de belles prairies, où les Ta tares ont construit de petits villages qui achèvent d'en faire des tableaui^ très agréables (i).

(i) Le Bech-tav est nommé parles Tcherkesses Och'hi'lkh'o^ ce qui signifie égaiement les cinq montagnes. Ces montagnes forment la partie la plus septentrionale du Caucase, et se rattachent, par une chaîne calcaire qui se prolonge vers le sud, aux montagnes schisteuses , situées à la base de l*£lbrous qui est à une distance de 25 lieues communes. Ptolémée parait avoir asse^ bien connu ces montagnes, qu'il appelle r« î«v<m ifn y momts des chevaux. £n effet , la contrée du Bech-tav fournit encore aujourd'hui les meilleurs chevaux tcherkesses. Le Beck-tav> souvent enveloppé de nuages jusqu'à son pied, et dont ou voit le sommet dépasser aussi souvent ces nuages, est situé, avec plusieurs montagnes adjacentes, au nombre desquelles est aussi celle de Metchouka^ au-dessus du niveau déjà exhaussé des rivières Kouma et Podkouma. Ce sol n'offre pas d'autre texture que d'antiques roches calcaires presque saos pétrifications et sans arbres; sur ce sol élevé sont situées isolément quatre montagnes enchaînées Tune à l'autre et boisées en grande partie, aussi long-temps que leur sol est recouvert de terre; leurs noms sont Bech-tav ichgway ou le Grand Bech-tav, Cheplsikaî, Ojhafa et Chakhoupsa. La cinquième montagne est le Bech-tav didako à double cime et situé aa 9Qrd*ouest. Toutes ces montagnes communiquent ensemble par des dos peu élevés, et forment entre elles un massif. Leur roche est de porphyre dont la masse parait être un feldspath compacte, mêlé de cristaux de feldspath vitreux , d'amphibole «t de grains de quartz de couleur foncée. La masse du feldspath «st grisâtre, dans d'autres endroits je Tai trouvée de couleur de chi^r et jauqe clair; quelques parties sont traversées pardas deqdrites fines ^ semblables à de la mousse. Le Grand Beçh^

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J'ai eu le plaisir de retrouver à Constant! nogorsk M. Labat (i), pristav de la Kabardah, mais très supérieur à cet emploi, tant par son grade que par &es lumières , son esprit, son goût et ses connaissances. Ce que j'explique ici , parce que je crois qu'un voyageur ne saurait assez citer ses autorités.

Or donc j'avais prié M. Ijubat de prendre des informations sur la tradition au sujet du roi des Scythes Toulme^ et des kmxioues E me tch. Ses recherches furent long- temps aussi infructueuses que celles que j'avais faites de mon côté. Enfin îl avait trouvé un vieillard qui racontait toute cette histoire telle que la rapporte Reineggs. Ce qui est très précieux; il disait que Toulm était un chef de

tav est presque de la forme d'un pain de sucre angulaire et se terminant en pointe, de sorte que dix hommes pourraient à peine se ranger à côté les uns des autres sur sa cime. Celle-ci est, selon les observations barométriques de MM. de Engelhardt et Parrot , à 4)062 pieds au dessus du niveau de la mer Noire.

. Le Métchouka est au sud-est du Grand Bech-tav^ sur le bord du Podkouma. Le Goutchibij ou mont de fer , est au nord-est, et son pi^ s'étend jusqu'à la Kouma. A l'est est le Barafyk^ en rosse Lyssie goruy ou la montagne du renard, situé sur la rive orientale du Podkouma. Kl.

(i) M. Labat , à présent décédé, était le fils naturel du comte Ivan Vassilievitch Goudovitch et d'une dame française. Cet homme spirituel a exercé plusieurs emplois ' élevés ; je l'ai connu vice-gouverneur en Sibérie» Il a eu plus tard le gouvernement de Pskov, et se trouvait, à la fin de ses jours, à Saint- Pétersbourg, directeur-général des approvisionnemens. Kl

;^[ogaï ; je dois faire obsenref à ce sujet , que ces traditions si anciennes se sont conservées chez les Tcherkesses dans les romances de leurs Kikoakoa^ qui sont de véritables troubadours, et comme tels respectésde tous les partisetmémedesvoIenrs.Leur instrument est une guitare à deux cordes; ils n'ont qu'à le montrer pour passer librement partout.

Le 8 avril , la journée s*est passée en visites: Nous avons eu deux sulthansdelamaisonde Gheraij plusieurs princes de la Rabardah , et beaucoup de Nogaï de tout rang. Le comte s'est occupé des affaires de toutes ces nations , qui ne sont point faciles à arrangef*, car tel particulier qui est le volé dans un procès , se trouve être le voleur dans un autre. H y a autres décisions également épineuses, par exemple: un prince circassien avait coupé le bras d'un Nogaï; il convenait lui devoir des dédommagemens, mais depuis dix ans que durait cette affaire, on n'avait pas encore pu s'accorder sur le juste prix d'un bras. C'est dans les environs de Constantinogorsk que l'on peut le mieux observer le double sommet du mont Elbrouz. Les anciens croyaient que Prométhée avait été enchaîné au fond du vallon , en sorte que chaque bras était rivé à l'un des sommets.

Le 9 avril à Fbroi^i-Âoslès (^i).

C'est avec une véritable satisfaction que j'ai trouvé sur le Rouma l'illustre race des Kiptchak^ l'une

(i) Appelé par les Nogaï Kara yaella. Kl.

( ^^7 ) le celles qui composaient la nation des Coumaliens. Aujourd'hui ces peuples n'ont plus qu'une luance de la vie nomade. Leurs maisons sont sur les roues, mais ils bâtissent tout autour des éta- !>les et d'autres édifices économiqties , ce qui ï'eropéche pas que souvent leurs villages ne changent de place.. li)< ...»

Puis nous avons remonté le Koùnkirpendant Tois heures, et sommes arrivés à une belle'vallée >ù habite la nation des Abazes. On nous a conluits dans la maison destinée aux hôtes, et nous y ivons aussitôt été entourés par un millier de ces uontagnards. Les nobles d'entre eux étaient revê- :us de côtes de mailles et armés d'arcs et de flèches ; les autres avaient des bâtons ferrés ou non Ferrés, et s'appuyaient dessus d'un air menaçant; Qfiais, malgré ce dehors guerrier, les Abazes ont une crainte extraordinaire des princes de la Kabardah, et demandaient à grands cris d'être transportés dans une contrée où ils fussent à l'abri de leurs visites. Cette crainte que l'on a de ces princes vient du soin qu'ils prennent de leur vengeance. Il y a trente ans que les Ossètes ont eu le malheur d'en tuer un', et depuis lors les princes ne manquent point, chaque année, de faire une incursion chez eux et d'y tuer autant de monde qu'ils peuvent. Les Abazes parlent une langue particulière qui a des mots communs avec la tcherkesse, mais qui n'est point monosyllabique comme celle-ci; on croit communément qu'ils sont de la même race que les Ahhasekh^ mais c'est un point sur lequel

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jeorois devoir encore suspendre mon jugement (i). On les appelle aussi Alti-kessek ou les six familles. Je ne sais où Reineggs a pris qu'ils étaient de race ta tare. C'est peut-être ce nom qui l'a trompé. Les affaires des Abazes ont pris toute la journée et nous nous sommesTemis en route après le coucher du soleil.

La nuit était déjà plus qu'avancée lorsque nous sommes .arrivés à VorovskoUlèSy ce qui veut dire le hoU des voleurs^ et ce nom conviendrait également à toutes 4es forêts du pays. Ce lieu passe pour être le plus sain de toute la ligne; les Russes y ont un fort, et les Cosaques une stânitsa.

Le 10 avril à TemnoMes{^.

Le matin , le comte Markov a reçu la visite de Kassai (3), prince des Mangout^ et à'jirslanbeg^ père

(i) Ce sont des Tcherkesses. Voy. mon Foyage I. aa4. Ki.

(2) Foret sombre; chez les Nogaï cheb-karagatch ou forêt de la nuit. Kl.

(3) Le prince Taganov , dont il a été question à la page i83, est d'origine nogaï et fils de Dimitri Vassilievitch Taganov^ qui était commandant de Mozdok à Tcpoque du voyage du comte J. Potocki. C'est un descendant de la famille des princes de la tribu de Kassaï. A cette tribu appartiennent aussi les Nogaï, qui, d'après leurs princes, sont appelés Mansourth, et habitent près du Grand Zelentchuk et de l'Ouroup ou Ouarp entre des Abasses, là où ces deux rivières, après avoir traversé une petite plaine de quelques verst au dessous des montagnes noires , en coupent une élevée recelant des mines. Cette dernière s'étend dans une même direction de l'est à l'ouest , se termine à l'est, au delà du Malka , aux montagnes noires, et à l'ouest, au delà du Labàd , de rechef au pied de

de ce joli prince que j'avais vu chez Djân Ali. Kasr sai, bien loin d'avoir le visage aplati, a une phyr sionomie presque italienne^ J'ai demandé à leur

celles situées en avant Une grande partie. de ce. Nogaî fnt transférée, dans une expédition du général Tœkelli en 1787, près du Kouma, et habita sous les ordres de leur prince Arsr lan-bek Mansour, dans les montagnes en avant du B^h-taV| principalement au pied du lUdn-tap (mont des serpens). En 1793 ils ont transporté leur campement à la source Kalaous, Ils sont, comme tous les Nogaï, nomades et cultivent cependant quelque millet , quoique leurs troupeaux leur fournissent tout ce qu'il y a de plus avantageux pour leur entretien. Les trois frères de Mansour, restés an delà du Kouban , habitaieni: avec leurs bordes daos. l'étroit défilé de la montagne minérale de rOuroup, dans lequel tombe le ruisseau d'Inal de la droite. Ils habitaient çocore près des deux ruisseaux Teghen, qui se jettent dans la rive gauche de l'Ouroup.

La tribu de Kassaî avait parmi elle une famille née avec le titre de prince, qui avait une puissante influence parmi toutes les hordes. Kaz-boulat en était la souche originelle, et dp son fils Arslan-bek sont pro venues deux lignes :

A^lan.-be.k.

Mourza-bek. Rararmourza.

Moussa. Moisauost.

Islam. Toghenn. Arslan-bek.

Kaz-boulat. By-arslan.

Arslan-bek, père de By-arsian, était ce célèbre partisan

( ^3o ) pristav s'il y avait chez eu^ plus ^Enarrées ou Kos que diez les autres Nogaï, et il m'a po$itivement répondu que non ; ainsi Reiaeggs(i) a été mal informé, et Arslan-beg me Tavait déjà dit depuis long-temps.

Puis nous avons gravide hauts som^lets, au delà desquels toutes les eaux vont à l'ouest et entrent dans le Koufoan^ dans le Manytch, et se rendent directement dans la mer d'Azov. Bientotaprès nous avpns apprçu les coteaux de la Circassie turque, et npus sommes arrivés à la redoute Neuj'nnomjskoi^ qui est sur les bords mêmes du Kouban. Uod ne permet point aux Nogaï de s'établir de ce côtéci des montagnes, parce qu'alors il serait trop difficile d'empêcher leur connivence avec les voleurs transkoubaniens. Aussi ce pays est-il tout-a-fait désert et nous n'y avons vu qu'une troupe de daims.

Puis nous avons profité du clair de lune pour

monter le mont Boudar^ qui n'est guère moins haut que l'Apennin entre Florence et Bologne. Sur son sommet est le fort appelé Tèmnoï-lèsy ou de la sombre forêt; il est effectivement bâti au milieu

qui, sous le nom de Sokour-h'adji, ou pèlerin aveugle, fit tant de mal dans lestep d'Astrakhan, jusqu'à ce que, battu en 1771, par le général de Medem , il rendit foi et hommage à la Russie. Sa ligne s* est éteinte avec son fils. Kaz-bulat de l'autre ligne fut baptisé étant en otage , et ce fut lui qui commandait à Mozdok sous le nom de Taganov, lors du voyage du comte Potocki. Kl,

(i) Foyez plus haut, page 212.

d^un bois très épais dans lequel on rencontre fréquemment.des ours.

Le 1 1 avril. La descente du Boudar est difficile^ il a fallu y desseller les chevaux et faire, pour ainsi dire, porter les porteurs. Nous y avons encore de la neige dans quelques ravins. Au bas sont les ruines d'un village où habitait Hussein^ prince des Kiptchak. 'On Ta forcé à s'établir sjilleurs, pour les raisons que l'on a vues ci-dessus, et maintenant il habite près du Kouma avec tout son peuple.

Puis nous avon$ encore voyagé sur des sommets très élevés, jusqu'au poste de Nèdremannoï qui est commandé par un colonel des Cosaques du Don. De là nous sommes tout-à-fait descendus dans la plaine, où nous avons trouvé la plus belle verdure, et des champs entiers couverts de tulipes. Ces fleurs ne sont point répandues dans la campagne, elles sont réunies dans de certains espaces, où el^es forment des parterres lilas et cramoisi ; mais quand on y regarde de près, on voit que beaucoup de ces tulipes sauvages ont des couleurs ondées et panachées comme celles des jardins.

Le fort de Protchnoi^okop (i) est sur les bords du Kouban , vis-à-vis du pays des Moukhoch qui sont un peuple de race tcherkesse (a).

Le 12 avril, à Kavkazkcua.

(i) Ce fort est placé à l'endroit même où est le gué du Kouban appelé Djangheldé. Kl.

(2) Us occupent le pays arrosé par le Laba et ses afBuents.

Kl.

La chaîne du mont Boudar s'abaisse ici tout-àfait, et n'est plus quune haute plaine qui com^ mande tout le désert des Tcherkesses et le cours du Kouban. Cette chaîne, qui n'est proprement qu'une continuation du Bech-tatfy semblerait au premier coup d'œil , entre les acquisitions méridionales de la Russie , la plus importante pour l'établissement d'une colonie de vignerons ainsi que pour toutes les cultures qui demandent un pays chaud. Cette contrée est située à 4^ degrés de latitude ; de hautes montagnes la défendent des influences du nord; les Alpes du Caucase sont trop éloignées pour pouvoir la priver de celles du midi. Les rochers ne s'y montrent nulle part à nu, partout ils sont recouverts d'umî excellente terre végétale ; Pair, qui est très malsain sur les I}ords du Kouban , est excellent à mi-côte ; les eaux y sont pures, le bois en abondance. Voilà, sans doute, de grands avantages; mais, il faut l'avouer, le climat n'y est pas beau. Pendant huit mois de l'année des nuages d'une singulière densité y semblent suspendus à une très petite distance de la terre et se résolvent en des brumes dont l'humidité pénètre tout. Cette humidité est sans doute cause de la belle verdure que l'on y voit, mais il y a apparence qu'elle serait funeste à plusieurs genres de culture; cependant, il me semble que c'est l'établissement qu'on devait proposer aux Arméniens du Chirvân.

Le i4 avril, à Oust-Labinsk.

Hier un parti de Tcherkesses a pénétré jusques

à six lieues dans *le pays et enlevé bétail et bergers. Nous avons parlé à un homme qui avait échappé en plongeant dans le Kouban. La place êi Oust'Labinsk est vis-à-vis de l'embouchure du Laba. Les Moukhoch habitent sur cette rivière. Leur établissement le plus proche est à huit verst d'ici. Avant d'arriver nous avons vu de loin les restes de l'ancienne ville des cosaques Nekras^ sovtsy ^ qu'ils ont abandonnée lorsque les Russes ont pris possession du Kouban (i).

(i) Ceci n'est pas tout-à-fait exact. Voici quelques renseignemens sur l'origine des Cosaques Nekrassovtsy : Pierre-Ie- Grand envoya , en 1 708 , le prince Dolgorouki à Tcherkask , capitale des Cosaques du Don , pour réclamer ces déserteurs. L'ataman et ses principaux olBciers dirent au prince qu'ils ne pouvaient répondre de l'exécution de cet ordre , mais que 's'il voulait se charger lui-même du soin de ramener les paysans, OD lui donnerait une escorte. Le prince y consentit, mais entraîné pendant la nuit dans une embuscade, il y fut massacré. Alors les Cosaques se mirent en révolte ouverte contre le tsar, et se donnèrent pour attaman un certain Kondrateï Boulapiriy qui avait été à la tête des assassins. Celui-ci essaya de s'emparer de la ville d'Azov par un coup de main , mais il ne réussit pas. Pierre fit partir contre les révoltés un corps de troupes considérables, et le sang de vingt mille Cosaques, versé dans les combats ou sur l'échafaud ^ vengea celui du malheureux Dolgorouki. Les autres rebelles, épouvantés du sort qui les attendait , se retirèrent , sous la conduite d'un de leurs chefs nommé Nekrassov , sur les bords du Kouban , où leur nombre s'augmenta considérablement par la désertion des Cosaques dn Terek, de sorte qu'ils comptaient environ mille familles. Ils s'étaient soumis aux Titres et dépendaient du seraskier de Kopyl ; ils habitaient alors sur les bords du Koubau au dessus de son

I^ 1 6 avril, à lekaterinodar.

A une lieue ô! Oust-Labinsk ^ on trouve une quarantaine, où commence le pays des cosaques de la Mer Noire^ et c'est là aussi que finissent les dangers des voyageurs ordinaires^ ce qui vient de ce que les Zaporoviens gardent leur propre pays, et le gardent à merveille, lekaterinodar ^ qui est leur capitale, n'est qu'un grand village, et la situation n'en a pas été bien choisie à cause d'un marais qui en rend le séjour très malsain.

embouchure dans son liman méridional ; leur principal éUtblissement était cependant beaucoup plus haut, sur la droite de ce fleuve et au dessus de l'endroit où est à présent la forteresse d'Oust-Labinsk. Les Turcs leur donnent le nom lignai ^ qui vient peut-être du mot russe vygnaiy^ les chassés. Pendant la guerre des Russes contre les Turcs, qui se termina par la paix de Kutchuk Kaïnardji (en 1774)1 les Cosaques Nekrassovlsy inquiétaient beaucoup les premiers et refusèrent de reconnaître la suprématie du khan de la Crimée auquel ils devaient fournir 5oo cavaliers. Les Russes parvinrent à détruire leurs trois stanitses nommées Seheloi^ Kagnat et Khantibé et situées, sur la droite du Kouban. Alors les Nekrassovlsy passèrent ce fleuve et se retirèrent dans le pays des Abkhaz. Ils y habitèrent dans le voisinage d'Anapa jusqu'à la prise de cette ville par les Russes, sous le général Goudovitch, en 1791. Après cet événement, les Turcs transportèrent les Nekrassovtsy en Europe, et les établirent en Bessarabie et en Bulgarie près de Varna. Ces cosaques ont toujours conservé leur langue, qui est le dialecte de la petite Russie, leurs mœurs et leurs institutions, ainsi que l'habillement porté par leurs frères sur la rive du Don. Quant à leur religion , ils professent la catholique-grecque, d'après Tancienne croyance, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à la secte que les Russes appellent Slarovèrtsy. Kl.

Le 17 avril. Il vient de se passer ici un événement qui n'avait pas encore eu d'exemple. Un gentilhomme tcherkesse a passé leKouban presque 3ar force et s'est mis sous la protection de laRusde avec tout son petit peuple; Textrême insou- :iai)ce des Zaporoviens a fait que je n'ai pas pu ivoir de justes renseignemens sur son sujet.

Le i8 avril. J'ai vu à la quarantaine un marchand arménien qui revenait de Circassîe avec ine vingtaine d'esclaves des deux sexes. La plupart étaient de Basikh ou Chapsik. J'ai examiné la angue qu'ils parlaient, et il m'a paru qu'elle telait plus du tcherkesse que de l'abazien. Il se ;rouvait parmi ces esclaves un homme dont per- K>nne n'entendait la langue, ni ne connaissait la oation. J'ai compris qu'il demeurait sur le haut de a Laba , qu'il était sujet des Bezleniéj et que sa langue ressemblait à celle des jdUi-kessek dont j'arais un vocabulaire:

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