‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 28 sur 33 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Voyage de lekaterinodar à Taman.

Esclaves abazes. — Kopyl. — Bifurcation du Kouban. -^ K,alaous. — Kourka. -^ Débris d'Aspourgium. — Liman d^ . Temmk Taman. — Ancienne géographie de cette contrée. — Tmoutarakan. — Antiquités. ~ Passage du Bosphore et retour en Europe.

Le 19 avril , à Kopyl.

Kopyl est une ancienne forteresse turque placée à la bifurcation des deux bras du Kouban (i). Le

(i) Pour aller de Kopyl à Tcherhask sur le Don , les Nogaï comptent : l'ajournée par la rivière Kongour au Kertmenle^ 2* journée, on trav erse Y Oussoungoule et arrive au Bi-sou, 3® journée au Tchalbach, 4* journée à VAk-bachy 5* journée à VEssiriy 6® journée aux vallées et canaux Djalàiryilga , 7« journée à la rivière Yé , 8® journée au Choubour, 9* journée au Gogonlik, en russe Kagalknik; 10® journée au Ten ou Don,^-^ A six heures au dessus du Kopyl est le lac Tchoubar-goly ou le tacheté; il sort de la gauche du Kouban et a deux écoulemens: l'un est nommé Teren Aganlé ou le torrent profond, et l'autre Kourou Aganlé y ou le torrent sec. Le Kongour est une rivière du step , il ne va pas au Kouban et forme des mares dans lesquelles il se perd finalement. Sur la rive septentrionale du Kongour est la grande colline Oï-boulat, A une journée au-

bras méridional est le seul qui conserve le nom de Kouban^et le septentrional est appelé par les Russes Protok (ou bras) ; d'après cela les géographes se sont imaginé que le méridional était beaucoup plus considérable que l'autre , et n^ont ilésigné celui-ci que par un simple trait de burin. Mais c'est une erreur; le Protok est beaucoup plus large et plus profond que le Kouban, aussi Strabon l'appelle-t-il le fleuve, et il n'appelle l'autre qu'un bras du fleuve. Ce géographe est le premier qui donne au Kouban le nom ^Aniikites^ ce qui vient SAntakalol^ nom que les Grecs donnaient à tous les poissons sans^ écailles. Strabon est l'auteur classique pour la géographie de Tîle de Tamarij c'est le seul qui en ait traité ex professo (i). Notez que tout ce que Reineggs dit de ce pays-ci ne mérite aucune attention.

Le 20 avril, à Kalaous (2).

Ici l'on suit encore la rive du Kouban , et le pays que l'on a sur sa droite jusques à la jçner est celui qu'habitaient les Méotes Dandariens. Strabon dit que Pharnace, roi de Bosphore, inonda leurs

dessous de Kopyl , tombe dans la gauche du Kouban le OUiu zalgan qui sort des montagnes ; plus à Test s'y jettent, en remontant et du même côté, les rivières Bàlé, Apaï-sou^ sur lequel habitent des Hattoukhaï, Kara-Kouharty Soup ou Kitlar^ hethen ( les filles noyées ) , etc. Kx«

(i) Vùjez mon Commentaire sur la Description des pays caw casiens par Strabon y insérée dans le premier volume du Nouveau Journal asiatique. Kx.

(2) Ou la redoute PetroçsÂoï, Kl.

pays , en ouvrant un bras de V^intikites andennément bouché. Cela n'est possible que pour ce pays-ci, mais cela est très possible.

Le même jour, à Koiirka (i).

Âpres être partis de Kalaous nous avons fait utre pêche qui par sa singularité mérite d'être rapportée. Nous étions dans un pays très sec , seulement le chemin étant plus bas, il s'y trouvait assez d*eau pour que les chevaux en eussent par dessus ht cheville. Nous avions fait à peine quatre pas dailêf cette mare, que le cheval d'un cosaque fit un écart et jeta bas son cavalier. Ceux de ma chaise en forent très effrayés ; enfin il n'y manquait qu'une fin tragique pour en faire la parodie d'Hippolyte, car bientôt nous aperçûmes un monstre aquatiques foulé sous les pieds des chevaui et les roues de ma chaise sans trouver nulle part assez d'eau pour se cacher. Les cosaques le harponnèrent à coups de piques, et il se trouva que c'était une carpe réellement monstrueuse; sa largeur était de quatre empans, et sa grosseur hors de proportion. J'étais cependant à comprendre comment cette carpe était venue sur le grand chemin, mais lorsque nous eûmes fait quatre pas de plus, nous ape^ çumes entre les roseaux un bras du Kouban dont les eaux étaient fort hautes, et un filet d'eau ayant percé le rivage, inondait le grand chemin.

(i) Ou jindrievskdî, datis un marais, à quelques verSt au sud-est de la pointe méridionale du golfe de la mer d'Azov, appelé Bolchoï Kandàoury ou le Grand Kandàour. Kl.

( a39 ) Ze filet était assez abondant, et si l'on considère e peu d'eau qu'il y avait encore, récent, et que a carpe ne faisait que d'arriver lorsque nous somnés venus par terre là où elle était venue par eau, on aura le mot de l'énigme.

Plus loin nous avons trouvé d'autres filets qui }e creusaient de nouveaux lits , car dans les grandes eaux le Kouban est plus haut que l'ancien pays les Dandariens^ et l'exhaussement du rivage était un fruit de leur industrie.

Le même jour, dans une cabane de pêcheurs.

A la dernière poste (Kourkd) commence un pays très remarquable et intéressant pour l'intelligence de l'ancienne géographie. Aussi j'y avance lentement et n'y fais pas un pas qui ne me donne matière à quelques observations.

Au milieu d'une vaste plaine dans laquelle les prairies, les roseaux et les eaux ne sont pas faciles à distinguer, s'élève un dos de montagne (i) qui

(i) Un tatare m'a donné Tindication suivante des lieux par

lesqueb passe la route de Kopyl à Temrouk , avec leurs noms

turco-tatares : i^ De Kopyl à l'endroit vis-à-vis de la réuuioB

da. Kara- Kouban avec le Kouban , 4 heures; on passe avant

la rivière Sazi ozek ou le bras pourri, a^ au Kousbak qui est

aussi un bras du Kouban; 3* au Kandaour^ puis le dos A'^rintr,

ensuite celui appelé Djaprik , et on arrive à Temrouk, Le Kou-

tlin se divise au dessous de Kopyl en trois bras : i* Teren

ozertj ou le profond; o? Koum ozek y ou le sablonneux, c'est le

Tchernoï protok des Russes; 3^ Mitckeght's, — Deux heures au

dessus de Kopyl est un autre bra» du Kouban , appelé Bùié.

Kl.

sépare le golfe appelé le Grand Kandàour du I{înan de Temrouk ( i) ; il commence à Kourka et finit avant Temrouk.

Prés de Kourka est une enceinte de terre que je pris d^abord pour un camp romain , à cause de sa forme parallélipipède , mais deux observatioos m'ont fait penser que c'était l'enceinte d'une Tille.

!• A côté de l'enceinte principale il y a un vaste appendice qui paraît avoir été un faubourg fortifié.

2** L'on trouve dans l'intérieur des deux enceintes des débris de vases de terre , ce qui annonce toujours une population suivie et non pas un camp passager.

Enfin, c'est nécessairement ici que devait se trouver l'ancienne ville des Aspourgiens (2) , car

(i) Appelé en Turc Ak-tenghiz ou la mer Blanche; soneaa est salée. Kl.

(2) Etienne de Byzance , dans son livre des Filles et des peuples dit : « 'Aa-^oufytecifo) thos rm ^tf!t rof Mutê/ltv x/^vfjf, ifIfiSm ivfiKetlfi, Tiiloif ^UTt Kcti *ATTtoupyiaiioi fctiuiu ^et^uyoptletç. » Les Aspourgiens, peuple sur le Méotis. Strabon, dans son XI* livre, dit : « De ceux-ci sont aussi les Aspourgiens entre Phanagoria.. »

— Le passage entier de Strabon porte Toùrw iiirt k^\ ot A'r- ^oufyiTUfùt fctretii ^xtetyo^ilxs otKUfrts kcli VùîytTrmxÇy tv vffltMt' vittg rlet^Uts. <c De ceux-ci sont les Aspourgitains qui habitent entre Phanagoria et Gorgippa un pays de cinq cents stades. »

— Dans les éditions de Strabon ou trouve 'Aç-vrsfytrttfo) pour 'Ao-7Fif£ytretvo); mais c'est incontestablement une faute ^ puisque ce géographe appelle ce même peuple Aspourgiens ( *kjnr- »çyiaf«/ ) dans son XII* livre ; et , parce qu*Étienne , qui cite le XI* livre , a également lu *Acrvovgytavo\. — La ville de ce

(a4i ) Strabon dit que leur pays s'étendait entre Phanagoria et ta Sindique dans une longueur de cinq cents stades. Mais la Sindique de Strabon était sur

peuple ne pouvait donc être éloignée, au plus, que de 5oo stades de Phanagoria. On est par conséquent étonné qu'un auteur russe , M. Boutkov , ait eu la fantasie de vouloir retrouver Âspourgium sur les bords du Grand Zelendjuk^ affluent considérable de la gauche du Kouban , lequel est au moins à a«5oo stades à l'est de Tancien emplacement de Phanagoria. Cette admirable découverte a été consignée dans un Journal russe intitulé Bihliographitcheskie listide i8a5, n^ 3o. Quand on connaît l'extrême ignorance qui préside à la rédaction du Bulletin des sciences historiques de M. le baron de Fénissac, on n'est nullement surpris d'y voir répéter de pareilles absurdités. Voici le morceau en question , qui n'est pas sans intérêt pour la notice de l'ancienne église sur le Grand Zelendjuk, de laquelle j'ai déjà parlé dans mon Voyage au Caucase ( Vol. I , page 196).

« £n 1802, le major Potemkin^ envoyé par le gouvernement « russe au pacha d'Anapa , pour lui demander raison des bri- « gandages exercés par les peuplades du Kouban sur le terri* • toire russe, eut occasion de visiter des lieux, qui dans les « temps modernes , sont presque demeurés impénétrables aux « Européens. Pendant ce voyage , il dressa une carte topogra- « phique de la contrée qu*il explora au-delà du Kouban et « dans le pays habité par les Bechilbaï, de la race des Abazes; « il découvrit trois anciennes églises en pierre , d'architecture « grecque, ainsi qu'une croix funéraire , à une verste et demie « l'une de l'autre. Ces églises sont situées sur la rive gauche du « Kouban, à quelque distance de l'endroit où ce fleuve reçoit « le Petit Kardenek , et sur la rivière lefir^ affluent de la gau- « che du Grand Indjik, appelé par les Nogaï Oulou Zelendjuk,^ ( C'est ainsi que je rétablis les faits tronqués par le journaliste , qui prétend que le Petit Kardenek a son embouchure dans

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la rive gauche du Kouban méridional; donc le pays des Aspourgiens s'étendait depuis le golfe de Phanagoria jusques ici , sur cette langue de terre

la gauche du Grand Indjik, ) « Le major Potemkim entra dans « ces églises, et en retira des vuq^ qui se trouvent entre les « mains de M. de Boutkov. Dans toutes les trois il vit, peintes à « fresque, des images de saints, absolument semblables à celles « des églises russes ; même , dans le premier de ces monumentSi « il vit, parfaitement conservée, la figure de Saint- Nicolas le « Thaumaturge^ et aux côtés de la tête les lettres suivantes :

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